‹ Histoire du Mexique (volume 2)Chapitre 17 sur 73 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les Tecpanèques implorent la pitié des Mexicains qui étaient décidés à les détruire , mais qui finissent par leur accorder la paix.

Les Tecpanèques, efirayés, se réfugièrent au sommet d'une montagne nommée Axochco , et de là ils se mirent à crier : « Seigneurs mexicains, ayez pitié de nous ; arrêtée- vous , et déposez vos armes. » — « Non , misérables , leur répondit Tlacaeltzm , non , je ne m'arrêterai que quand j'aurai complètement détruit Cuyoacan. » Mais ils reprirent : « Nous vous supplions de nous écouter. » Tlacaeltzin y ayant consenti , ils lui dirent : a Seigneur, nous consentons à être les esclaves des Mexicains ; nous couperons du bois pour eux et nous le traînerons jusqu'à Te< nuchtitlan , ainsi que les pierres nécessaires pour la construction de leurs maisons. » — «Qu'offrez-vous encore ?» — « Nous offrons encore de vous apporter des planches , car vous save% que nous habitons au

milieu des forêts et des montagnes. » — « Et quoi de plus? » — «Nous n'avons rien de plus à offrir ; Seigneurs mexicains, ayez pitié de nous !» — « Non, reprit Tlacaeltzin , non, misérables , je ne m'arrêterai qu'après avoir détruit Cuyoacan, pour vous apprendre à nous a\oir forcés à revêtir des huepiles et des vêtements de femme. Vous périrez jusqu'au dernier.» — «Eh bien! reprirent alors les Tecpanèques, nous consentons aussi à construire vos maisons. et à labourer vos champs de maïs ; nous creuserons un canal qui fournira à votre ville de l'eau douce et potable. Quand vous irez à la guerre, nous porterons vos vêtements , vos armes et vos provisions. Nous vous payerons un tribut de maïs , de fèves, de concombres , de chian , et de tluauhtli. » — « Est-ce là tout? leur demanda alors Tlacaeltzin. » — « Oui , cela est tout. »

Les Tecpanèques qui étaient sur la montagne d'Âxochco dirent cela d'une voix assez haute pour être entendus de ceux qui s'étaient réfugiés à Ocuilan, à Xalallaubco et à Atlapulco. Les Mexicains répliquèrent : « Faites bien attention à ce que vous dites, Tecpanèqu€5, et ne venez pas un jour nous reprocher d'avoir obtenu votre soumission par la fraude. Rappelez-vous que c'est dans une juste guerre et parla force des armes que nous avons soumis votre ville de Guyoacan. » Les Tecpanèques dirent : « Non y nous ne dirons jamais une pareille chose; c'est nous qui avons commencé la guerre et c'est par notre lâcheté que nous avons été vain-

eus. Nous allous à l'instant même prendre nos pioches (coas) et nos cordes pour exécuter les ordres que nous donneront nos seigneurs les Mexicains. »

A ces conditions , les Mexicains consentirent à arrêter les progrès de leurs armes et retournèrent à Tenuchtitlan pour rendre compte à leur roi Itzcoatl de tout ce qui s'était passé. Itzcoatl leur dit : « Après avoir rendu d'aussi grands services à votre pays, il est temps que vous alliez vous reposer des fatigues de la guerre. Vous avez assuré la domination de Tenuchtitlan, et, grâce à la protection de notre dieu Huitziloporhtli, nous n'avons plus rien à redouter d'aucune nation du monde. Mais, maintenant, qu'allons-nous faire des terres des Tecpanèques ? Il me paraît juste de les partager entre les seigneurs mexicains , puisque ce sont eux qui les ont gagnées par leur valeur. »

Tlacaeltzin lui répondit: «Faites ce que vous voudrez, je suis à vos ordres, mais rappelez- vous que les chefs qui ont conquis Atzcaputzalcô et Cuyoacan sont pauvres, il est donc hon de leur donner quelque chose pour eux , leurs enfants et leurs héritiers. » Tlacaeltzin convoqua alors dans une salle du palais dllzcoatl tous les chefs qui avaient pris part à la conquête et leur dit : « Noire foi Itzcoatl a pitié de votre misère et veut que nous retournions à Cuyoacan pour nous partager les terres des Tecpanèques, afin de pouvoir vivre dansTaisance ainsi que nos descendants. » Les chefs répondirent par des vœux pour que leur dieu Huitzilopochtli

accordât un long rèfc^e à leur souverain et augmentât sa puissance. Le lendemain ils se réunirent et commencèrent par prendre les surnoms suivants : Tlacaeltzin , celui de Tlacochcalcatl; Moctezuma, celui de Tlacatecatl; Tlacabuepan, celui de Icshuahuacatl , et Cuatlecoatl , celui de Tilancalqui.

Ceux-ci furent à l'avenir regardés comme les quatre plus puissants seigneurs du Mexique. Après eux vinrent les Tiacanes ou capitaines qui s'étaient distingués comme de vaillants guerriers. Voici leurs noms et le surnom qu'on leur donna :

Huehuezacan, surnommé Tezcacoatltiacauh.

Gahual, Âcohiahuacatltia.

Tzompantzin, Hueytiacauhtlitia.

Nepcoatzin, Temilotlitia.

Cillalcoatl, Atempanecatltia.

Tlahueloc, Calmimilolcatltia.

Ixhuetlantoc , — — * Huitznahuacatltia.

Xiconoc , Atempanecatltiauh.

Tlacolteutl, Quetzaltotoncatl.

Axicyotzin , Teuctlamacazqui.

Ixnehuatiloc, Tlapaltecatl.

Maealzin, Quaubquiahuacatl.

Temimamaxtli , . ' Goatecatltiacauh.

Tzonlemoc, Pantecaltzin.

TIaCacocbtoc , Tiuecamecatltiacaub .

Tels furent les vaillants soldats qui conquirent les villes d'Atzcaputzalco et de Guyoacan. Il y eut encore d'autres jeunes guerriers qui se <iistinguè-

— Tirent et firent des prisonniers. Quelques-uns ramenèrent même jusqu'à deux ou trois esclaves. Ceuxlà, parmi lesquels étaient Machiocall et Telpoch, se rasèrent les cheveux derrière la tête pour montrer qu'ils avaient fait un prisonnier à la guerre , et de macehuales (qu'ils étaient auparavant, ils furent à l'avenir regardés comme de vaillants guerriers. Quant à Acaxel , Atanial et Quillaoljo, les trois qui avaient accompagné Tlacaeltzin , on leur accorda la permission de placer à leur lèvre inférieure une pi erre que Ton appelait tentetL Tlacaellzin supplia le roi Itzcoatl de leur accorder également un nom honorifique, puisque c'était grâce à ces trois chasseurs de canards et à deux Mexicains qu'il avait remporté la victoire. Un de ces Mexicains fut donc surnommé Guaufanuchtli , et l'autre, qui était son fils, Cuauhquiahuacatl. Acaxel reçut le nom de Inpicall , Atanial celui de Huitznahuacati et Quillaoljo celui de Itzcotecatl. Quand tout cela fut terminé, Tlacaeltzin leur dit: «Rendons grâre au roi Itzcoatl des faveurs dont il nous a comblés , et retournons dans nos maisons. »

Au bout de quelques jours Itzcoatl le fit appeler de nouveau et lui dit : « Maintenant il est temps de faire entre les chefs la répartition des terres qui ont été enlevées à ceux de Cuyoacan. n Tlacaeltzin obéit et commença par la capitale. Il assigna d'abord au roi tout ce dont il avait besoin pour la consommation de sa maison et pour donner dans son palais des festins aux chefs mexicains et aux seigneurs qui

venaient des pays éloignés, que ce fussent des tributaires , des ambassadeurs ou des marchands étrangers. Il donna ensuite à Tlacochcalcatl Atenpanecatl des pièces de terre situées à Ghicahuaztitlau , Huchuetlan , Izquitla, Âtoyachecateopan , Icpaltitlan, Tecuacuilco, Mizoac, Go pilco, A tlitic. Palpan etToltepec, parce que dans chacun de ces dix endroits il avait tué un Tecpanèque et lui avait coupé la tète. Il en fut de même des autres Mexicains, qui reçurent chacun une ou plusieurs pièces de terre dans les endroits où ils s'étaient signalés.

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