‹ Histoire du Mexique (volume 2)Chapitre 18 sur 73 · CHAPITRE XVF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVF

Guerre contre Xochimilco dont les habitants , vaincus par les Mexicains , sont obligés de se reconnaître leurs vassaux.

Les habitants de Xochimilco, voyantque les Mexicains avaient vaincu et réduit en servitude les Tecpanèques d'Alzcaputzalco et ceux de Cuyoacan, et s'étaient partagé leurs terres, en furent très-irrités. Leurs chefs Te uctl, Panchiraalcatlteuctli, Xayacacatl Mectlaacateuctl et Quejacteotia, se dirent : « Pour que notre nation et notre ville ne soient pas également détruites, ne vaudrait-il pas mieux nous soumettre aux Mexicains de notre plein gré , afin qu'ils nous traitent bien? » Mais cette proposition souleva une grande opposition. Jacaxapos'écria : ((Comment, moi qui suis un chef, irai-je m'abaisser à balayer pour les Mexicains et à leur donner à laver ? Ne vaut-il pas mieux faire nos efibrts pour conserver notre in< dépendance el tenter le sort des combats ? •

Le lendemain, les femmes mexicaines vinrent, se-

Ion leur coutume , au marché de Xochimilco pour y vendre des canards , c^ss poissons et d'autres produits du lac. Les femmes de la ville en achetèrent , les firent cuire après les avoir bien lavés , et les portèrent au palais de Tecpan pour le repas des chefs. Ceu&-ci en mangèrent avec plaisir ; mais ils furent bien étonnés de trouver au fond du vase des létes d'enfants, ainsi que des pieds , des mains et des lambeaux de chair humaine. Les Xochimilcas s'écrièrent alors : « Eh bien ! nele disions-nous pas ? Yoyez comme ces Mexicains sont méchants! C'est avec de semblables fourberies qu'ils ont réduit en esclavage les Tecpanèques d'Atzcaputzalco et de Cuyoacan. Préparons nos armes pour leur résister, car il en est temps. »

Le lendemain on vit arriver à Xochimilco des ambassadeurs mexicains qui étaient envoyés par le roi Itzcoall et les principaux chefs. Ils furent conduits au palais de Tecpan et reçus par deux chefs , dont l'un se nommait Quauhquechol et l'autre Tepentenlli Tepanquinque. Les ambassadeurs leur offrirent en présent divers produits du lac, et leur dirent : « Puissants seigneurs , nous sommes envoyés par vos humbles vassaux, notre roi Itzcoatl et les autres chefs qui habitent avec lui au milieu des roseaux et des marais , et qui ne gouvernent qu'en votre nom la ville de Mexico Tepuchtillan. Ils vous baisent les mains et vous supplient de vouloir bien leur accorder la permission de prendre quelques pierres pour la construction du temple de notre

dieu Huitzilopochtli, et de couper un peu de bois de ayaukcauhuitl-pinai/ete, Cest pour cela que nous sommes venus. »

Les seigneurs leur répondirent aussitôt : « Que venez-vous nous proposer, Mexicains; étes-vous ivres? Sommes-nous vos vassaux ou vos esclaves, pour que vous veniez nous proposer de travailler pour vous , et de vous fournir de la pierre et du bois ? Retirez^vous sur-le-champ , et allez porter cette réponse à ceux qui vous ont envoyés. » Les ambassadeurs retournèrent donc à Tenuchtitlan , et rendi-» rent compte à Itzcoatl et aux autres chefs de la réponse fière et insolente qu'ils avaient reçue. Le roi répliqua : « Laissons-les pour le moment y et voyons s'ils oseront venir nous attaquer; en attendant , que toutes les communications soient coupées entre cette ville et Xocfaimilco. »

Pendant ce temps les Xochimilcas se disaient entre eux : « Que pensez-vous de ce qui s'est passé ? Fallait-il permettre aux Mexicains de venir s'approvisionner de pierres et de bois , à condition qu'ils le transportassent eux-mêmes?» Jacaxapo prit alors la parole et dit : « Il est impossible de permettre une pareille chose ; car même si nous y consentions nos sujets en seraient in'iignés et se révolteraient contre nous, avec raison. II faut, au contraire i. nous préparer à défendre notre ville , et même à attaquer les Mexicains. Si nous devons périr, succombons du moins avec gloire et les armes à la main.»

Quelques Mexicains qui suivaient la route appe-

léeCbiquemalUtUin s'assirent dans la forétpourse reposer. Une troupe de Xochimilcas armés s'approcha d'eux et leur demanda : «De quel pays étes-Tous? • -— « Pourquoi nous faites- tous cette question ? répondirent les Mexicains, Sommes-nous vos escLives ouéles-TOus des voleurs de grands diemins? Nous sommes des Mexicains qui travaillons pour gagner notre misérable vie , et nous venons de Cuemavaca chargés de chileeiàe coton.» — «C'est vous que nous cherchons» reprirent les Xochimilcas^ car vous êtes des misérables. » Comme ils étaient nombreux ils maltraitèrent cruellement les Mexicains et les dépouillèrent de tout cequ'ils portaient, mémede leurs vêtements. Ceux-ci revinrent complètement nus à Mexico, et se rendirent, tout sanglants , au palais d'Itzcoatl pour lui porter leurs plaintes. Le roi et tous les chefs s'écrièrent aussitôt ; « Nous ne pouvons nous laisser insulter de cette manière par les Xochimilcas.» Itzcoatl, dit à ceux qui avaient été pillés : cr Que voulez-vous , mes frères , nous ne pouvons pas toujours avoir les yeux sur ce qui se passe dans les forêts et dans les montagnes ? Ayez un peu de patience , et reposez-vous dans vos maisons. Votre vengeance ne se fera pas attendre. » Itzcoatl rassembla aussitôt les capitaines , et leur dit: « Vous voyez les insultes constantes que nous font les Xochimilcas. Ne sommes-nous pas assez forts et assez vailjants pour les repousser ? Que Ton envoie sur-le-champ des gardes sur les routes et les passages , et surtout à Coapan et à Ocolco. Il faut aussi

que quelques guerriers aillent plus loin. Si Tennemi les rencontre et leur demande qui ils sont , il faudra lui dire la vérité. » Cinq cbefs et cinq jeunes macehuales se chargèrent de cette commission. Les chefs se nommaient Tlatolzacà^, Tzumpan, Mecatzin, Epcoatl et Tlazalteuctli ; et les macehuales, Chicahuac , Ghical, Acohzauhqui, Tlahuazomal et Itzomyeca. Quelques laboureurs deXochimilco qui allaient cultiver leurs champs du côté de Goapau ayant aperçu les gardes mexicaines s'approchèrent d'elles et leur demandèrent : • Qui étes-vous et que venez- vous faire ici ?» — «Qui étes-vous vous-mêmes? répondirent-ils. » — «En vérité, s'écrièrent les Xochimilcas , ce doit être des Mexicains. » — « Oui, reprirent-ils, nous le sommes ; mais que vous importe , avez- vous quelque chose à nous demander? » Une parole en amena une autre , de sorte quMIs finirent par en venir aux mains. Les Xochimilcas repoussés revinrent en grand nombre armés d'épées et de massues , et poursuivirent les Mexicains presque jusque dans l'intérieur de leur ville , où ils revinrent en toute hâte raconter ce qui s'était passé.

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