CHAPITRE i
Origine des Indiens mexicains. — Leur arrivée à la Nouvelle- Espagne, où ils fondent la ville de Mexico-Tenuchtitlan.
Nous parlerons plus loin de Tépoque à laquelle ces Indiens arrivèrent dans le Nouveau -Monde. Ce fut par Tordre de leurs dieux HuitzilopochtU^Quet^ zalcoatl, Tlalocateoll et autres , qu'ils se décidèrent à quitter le pays qu'ils avaient habité jusque-là et qui était devenu trop étroit pour eux.. Ils désignent
Tendroit où ils demeuraient autrefois sous le nom de Chicomoztoc ou les sept cavernes , et èiAztlan ou pays des hérons.
Dans le pays d'Aztlan se trouvait, au milieu d'un marais , le temple ou cou de leur idole Huitzilopochtli. Elle tenait à la main un rameau de plus d'une vare de longueur, terminé par une fleur nommée, dans leur langue , Aztaxochitl ^ qui est de la grandeur d'une rose de Castille et répand une odeur des plus suaves.
Ces Indiens se donnaient à eux-mêmes le nom diAztlantlacas. On les nommait aussi Aztecas Mexiton^ dont nous avons fait Mexicains, d'après le nom de Tenuchtitlan Mexico leur capitale. On les nommait aussi autrefois Mexica Chichimeca, ce qui veut dire Mexicains sauvages. Après avoir été vaincus par les Culhuas, ils arrivèrent, guidés par leur dieu Huitzilopochtii , sur les bords du lac de Mexico, à deux lieues de Tendroit où est actuellement la ville de ce nom. Là, ils aperçurent une petite tle sur laquelle était un rocher. Au sommet de ce rocher il y avait un tunal ou figuier d'Inde. Pour se rendre dans cette île, les Mexicains fabriquèrent des radeaux avec des roseaux ; en y arrivant ils aperçurent au sommet du tunal un aigle qui dévorait un serpdat , et au pied du tunal une fourmilière. C'est pour cela qu'ils donnèrent à cet endroit le nom. de Tenuchtitlan. Us adoptèrent pour eux-mêmes le nom de Tenuchcas , et choisirent pour armoiries un aigle perché sur un figuier.
Avant d'arriver en cet endroit» les Mexicains avaient traversé une grande quantité de pays > de montagnes ^ de lacs et de rivières ; ils avaient passé par les provinces qu'habitaient les Chichimèquea , tels queSanta^Barbara, Sant«Andres, Cbalchibuites, Guadalaxara, Xucbipila, Mecboacan et d'autres qu'il serait trop long d'énumérer. Toutes les fois qu^ils rencontraient un pays fertile et qui fournis-^ sait en abondance de leau et du bois , ils y faisaient un séfour qui durait quelquefois quarante ans^ d'autres fois trente , vingt ou seulement même dix années. Souvent même quand le lieu ne leur parais* sait pas favorable, leur balte ne durait qu'une vingtaine de jours , et ils se remettaient en marcbe par ordre de leur dieu Huitzilopochtli.
Gedieu conversait avec eux quand il fallait se remettre en marcbe ; il leur disait : Caza achitONca ton nenemica Mexiatl^ allons , Mexicain, nous ap-^ prochons de notre destination. Les hommes faits et les femmes portaient les bagages et avaient soin des enfants et detf vieillards, tandis que les jeunes gens allaient à la chasse aux cerfs» aux lapins, aux lièvres, aux rats et aux serpents, qui servaient de nourriture à toute la troupe. Ils portaient avec eux du maïs , des haricots , dfrs citrouilles du Chili , des xitomates et des miUtomas qu'ils cultivaient soigneusement dans tous les endroits où ils faisaient quelque sé^ iour afin de renouveler leurs provisions. Le chian et le huauthli étaient portés par les jeunes garçons à cause de leur peu de poids.
Quand les Mexicains s'arrêtaient dans un endroit, leur premier soin était d'élever des cous ou temples à leurs idoles , qui étaient fort nombreuses , car chacune des sept tribus qui composaient la nation en avait de particulières dont elle prenait le nom. Les principales étaient Quetzalcoatl , Xomocô, Ma« tia, Xochiquetzal , Chichiltic, Centeutl, Piltzintecuhtli , Meteutl , Tezcatlipoca , Mictlanteuctli , TIamacazqui , etc. Car , quoique chaque tribu eût son dieu principal , par lequel elle se distinguait des autres , il n'était pas le seul qu'elle adorât. Ceux qui parlaient le plus souvent aux Indiens , étaient Huitzilopochtli , Tlacolteutl et Mictlanteuctli.
Les noms de ces sept tribus étaient Yapica , Tlacochcaica , Huitznahuac , Gihuatepaneca , Chalmeca, Tlacatecpaneca et Izquiteca« Quand les Mexicains arrivaient dans des terres vagues , ils y laissaient des lièvres et des lapins vivants pour qu'ils s'y multipliassent. Quand leurs dieux leur ordonnaient de se mettre en marche , ils abandonnaient leurs champs , soit qu'ils fussent en fleur , soit même que l'épi fût déjà iormé. Quelquefois aussi la récolte était déjà faite, et ils pouvaient l'emporter; de sorte que , partout où ils paissaient , ils cultivaient la terre , construisaient des maisons, et élevaient des tours en l'honneur de leurs idoles. Ils traversèrent ainsi Gulhuacan, Xalisco et beaucoup d'autres en* droits auxquels ils donnaient des noms , ainsi que Méchoacan, laissant partout quelques-uns de leurs descendants qui s'y établissaient Étant arrivés à
MalinalcOy dans l'endroit où est aujourd'hui Patzquaro , un grand nombre d'hommes et de femmes commencèrent à se baigner dans le lac. Mais d'autres Mexicains étant survenus ^ profitèrent de Tocçasion pour s'emparer de leurs manteaux , de leurs maxtlis ou pagnes, ainsi que des huepiles ou jupons des femmes. Les baigneurs furent obligés, pour cacher leur nudité , de se faire des espèces de capotes , semblables à celles que l'on porte en Biscaye, qu'ils nommèrent zicivilli^ et dont ils ont conservé l'usage jusqu'à présent à cause de la chaleur du climat. Les hommes adoptèrent aussi l'usage d'une espèce de huepil ou de tunique avec des bro*^ deries sur les épaules.
Malinalxoch , sœur de Huitzilopochtli , qui avait jusqu'alors accompagné les Mexicains , était restée un peu en arrière pour consoler ceux qui étaient demeurés dans le Mechoacan ; les vieillards les plus respectables de la nation , qui étaient chargés de sa garde , profitèrent de cette occasion pour l'abandonner endormie dans un bois, car ils la détestaient à cause de sa méchanceté qui la faisait redouter de tous ceux qui Tentouraient. Elle avait fait périr un grand nombre de personnes par son art diabolique. Il lui suffisait de regarder quelqu'un, pour qu'il mourût le lendemain ; car elle lui dévorait le cœur, sans qu'il s'en aperçût , par la seule force de son regard. Les Mexicains nomment ce sortilège, dans leur langue, tejolocuani tecotzana teixcuepanL Elle avait aussi le pouvoir de troubler tellement la vue.