‹ Histoire du Mexique (volume 2)Chapitre 43 sur 73 · CHAPITRE XLÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLÎ

Netzahualcoyotl et Totoqoihnatzin viennent faire hommage au* noaveao roi. — Commencement de la guerre de Tlatilulco.

Les deux rois vinrent donc à Mexico prêter serment à Axayacatl. Ils étaient les deux principaux vassaux de Tempire^ car eux seuls avaient le droit d'avoir dans leurs états une cour souveraine dont ils étaient les présidents. Peu de temps après quelcjues jeunes Mexicains ayant rencontré des filles du quartier de Tlatilolco, leur offrirent de les reconduire chez elles, et comme il était très-tard et qu'il, falhiit passer par un chemin écarté , ils en profitèrent pour abuser d'elles. En revenant ils aperçurent, en passant par un endroit nommé Taziticatyan, un conduit d'eau que les habitants de Tlatilolco étaient occupés à construire, et s'amusèrent à détruire tout l'ouvrage qu'ils avaient fait. Quand ceux-ci s'aperçurent le lendemain du dégât qui avait été fait, ils s'écrièrent : « Est-ce que par hasard ces scélérats

de Mexicains nous ont soumis par la force des armes pour nous traiter ainsi? ne sommes-nous pas de la même nation et originaires du même pays ? » Ils allèrent se plaindre à leur roi Moquihuixtli qui eiccita encore leur fureur en leur disant : « Que pensezvous des Mexicains, et le pays leur appartient-il? Il me semble, au contraire, qu'il est à nous, puisque nous sommes de race tecpanèque. Loin de nous soumettre à eux, il faut leur reprendre ce qui nous appartient; mais, pour cela, il faut envoyer au delà des montagnes demander du secours à ceux de Huexotzinco, Tlaxcallan et Tliliuhquetepec, et les prier de garder les passages. » Un des principaux chefs de Tiatilulco, nommé Teconal , lui répondit: « Qu'il soit fait comme vous le dites; envoyez-leur des ambassadeurs. » Ceux-ci se rendirent d'abord à Huexotzinco, et quand ils furent arrivés en présence du roi Goyolchinque , ils le saluèrent de la part de leur maître et lui dirent:» Les Mexicains de Tenuchtitlan, nos parents, nous ont maltraités et veulent nous enlever le territoire qui nous appar* tient ; nous venons vous demander de venir à notre aide avec vos plus braves guerriers. » Coyolchinque répliqua : « Je ne veux pas prendre part à cette guerre, car cette querelle ne regarde en rien ma nation , et je ne veux point attaquer les Mexicains sans motif. Les ambassadeurs allèrent successivement trouver Colomocatl, roi de Gholula, Xayacamalchan et Tlehuexoloi, rois de Tlaxcalla. Ceux-ci demandèrent h connaître la cause de la querelle, et

*quand les ambassadeurs la leur eurent raconté , ils répondirent : « Vous êtes Mexicains et nos frères , mais avant de nous décider il faut que nous consultions notre nation et nos amis ; excusez-nous si nous ne pouvons faire 'davantage. Les ambassadeurs retournèrent donc auprès de Moquihuiztli et lui firent connaître le résultat de leur ambassade. Il les envoya porter le même message à Cuaubtonal , roi de Tliliuhquetepec. Quand le roi des Chichimèques eut entendu les plaintes qu'ils portaient contre Âxacayatl , il leur dit : « Mes frères , vous ne formez avec les Mexicains qu'une seule nation et qu'une même ville; il n'y a qu'un pont qui vous sépare , pourquoi donc voulez-vous que j'intervienne dans vos affaires; dites donc à votre roi Moquibuixtli que je vous laisserai vous arranger.» Moquibuixtli réunit alors les principaux chefs de Tlatlilulco et leur dit : « Vous voyez que les rois du voisinage ne veulent pas prendre part à notre querelle et nous aider à nous ven<çer des Mexicains; que pensez vous décela?» Teconal lui répondit alors: a Sei- •^neur , pourquoi craindrions-nous les Mexicains , ne sommes -nous pas des borames comme eux? Hâ< tons-nous seulement d'enseigner aux jeunes gens de Tlatilolco la manière de combattre et de se servir de toutes sortes d'armes. • Teconal convoqua donc tous les jeunes gens et même ceux qui avaient à peine vingt ans. « Il est nécessaire que vous vous exerciez à manier toute sorte d'armes, mais ne vous effrayez pas plus que si vous aviez à combattre des

dindons voiaiUs (^a£05 isolantes) et frappez comme si c'était sur un rocher ou sur un grand arbre ; mais le roi Moquihuixtli veut voir ce que vous savez faire. » lis amenèrent alors dans leur ville une grosse pierre qui avait plus d'une toise de haut, et se mirent à lui lancer des tlatzontectlis ou javelots durcis au feu , et ensuite à l'attaquer avec des massues et des épées ou macuahuitl, de telle sorte qu'ils finirent par la mettre en pièces. Moquibuixtli leur dit : « Vous voyez , jeunes gens , que vous avez pu mettre en pièces un rocher de pierre dure , comment ne mettriez-vous pas en pièces les Mexicains qui sont de chair et d'os? » On planta ensuite en terre un madrier qui avait deux toises de haut ^ et à force de le frapper on le rompit par le milieu. Moquihuixtli leur dit alors : « Vous avez rompu par le milieu cet énorme madrier , comment n'en feriezvous pas autant des Mexicains qui ne sont pas de bois, mais bien de chair et d'os? »Les Tlatilulcas montèrent alors dans des canots et poursuivirent un minacachal en lui lançant un dard armé de trois pointes , nommé minacachalli ^ à l'aide d'un bâton de trois palmes de long , nommé atlatli. Quand ils l'eurent apporté à Moquibuixtli, celui-ci leur dit : « Vous voyez , mes enfants , que vous avez pu tuer un oiseau qui volait dans l'air, prenez donc courage, et les Mexicains, qui ne peuvent voler, tomberont sous vos coups. Tlatilolco deviendra la capitale de l'empire ; ce ne sera plus Mexico Tenuchtitlan, mais bien Mexico Tlatilolco qui sera le

siège de lempire du monde. Mais, pour réussir, il faut observer sur nos projets le plus profond silence , de manière à attaquer les Mexicains à l'improviste, au moment où ils y penseront le moins, et si cela est possible , pendant leur sommeil , afin qu'ils expirent avant de se réveiller. Quand nous aurons pris Axayacatl , que pourront faire Gihuacoatl et les autres chefs? C'est bien ce dernier qui dirige l'empire mexicain, mais quand il sera notre prisonnier il sera aussi impuissant qu'une vieille femme. En attendant , que nos jeunes gens s'exercent sans cesse au maniement des armes , car nous comptons sur eux encore plus que sur les hommes faits. N'oubliez pas que les femmes mexicaines insultent tous les jours les nôtres en leur disant : « Attendez , et bientôt votre ville sera notre bassecour. » Les gens honorables de notre ville méprisent ces vieilles ivrognesses ainsi que leurs maris; cependant ces injures sont une juste cause de guerre. C'est en vain que nous avons demandé à Axayacatl et à Cihuacoatl de mettre un terme à ces insultes , loin de nous rendre justice, ils ont ordonné à leurs pécheurs d'observer attentivement tout ce qui se fail dans notre ville et de leur en rendre compte. »

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