‹ Histoire du Mexique (volume 2)Chapitre 45 sur 73 · CHAPITRE XLIIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIIÎ

De la guerre contre Tlatilolco » qui fut la première de celles

dû règne d'Axayacatl.

Sans que les grands du Mexique eussent quitté le palais d'Âxayacatl , ni que l'assemblée se fût séparée, Cifauacoatl, qui hésitait à répandre le sang de sa propre nation, continua ainsi son discours: (( Vous connaissez ce que Moquibuixtli et les principaux chefs de Tlatilolco trament contre les Mexicains : mais , en se préparant à nous combattre, c'est à la mort qu'ils se préparent. Prenez courage , Seigneurs , et qu^on ne dise pas que ceux qui ont conquis tout l'univers se sont montrés indignes de leur réputation ; avec l'appui de celui qui est le maître du sommeil, de la nuit, de l'air et du temps, nous remporterons la victoire en moins de deux heures de combat. Rappelez vous que vous avez mérité leti surnoms de Cuauhtli, dOcelotl eideffueycuetlchtliy c'est-à-dire d'aigle , de tigre et de lion valeureux , et

que vous êtes la tête , les pieds et les mains de !.-> yille de Mexico Tenuchtitlau, demeure du puissant Huitzilopochtii. Rappelez-vous vos anciennes victoires et vos premiers succès. Les habitants d'Atzcaputzalco étaient innombrables et vous ne comptiez que trente ou quarante guerriers; cependant vous les avez soumis en un seul jour, car Huitzilopochtii vous dit de les attaquer hardiment et qu'il marcherait avec vous. Maintenant que vous êtes devenus la fleur du monde , le courage vous manquerait-il? Gë n'est qu'un jour de fatigue à passer pour gagner une gloire éternelle qui ne finira jamais. Tous nos vassaux et même les peuples les plus éloignés apprendront que nous avons su nous faire justice, même contre notre propre nation, et seront remplis de respect et de crainte. Oubliez même que vous avez à votre tête des guerriers tels que Gihuacoatl , Tlacaeltzin , Cuauhnoctli , Tilancalqui , Ticocyahuacatl , Tezcocoacatl , Cuachimec , Otomitly et Tequihuaque , mais rappelez-vous que c'est Huitzilopochtii qui vous conduit et qui a jadis vaincu les Atzcaputzalcos. Quand à moi, je suis prêt à marcher le premier. » Mais les autres chefs lui dirent qu'il était déjà vieux et fatigué, et qu'ils suffiraient avec leurs vassaux pour achever l'entreprise sous la conduite du jeune roi Axayacatl. Cependant , ajoutèrent-ils , ils faut veiller avec le plus grand soin , car nos ennemis sont presque dans nos maisons. Gihuacoatl se rendit donc auprès d'Axayacalzin et lui rapporta ce qui avait été décidé dans le

conseil des chefs où tous avaiept promis d'être en armes au premier son de la trompette. Après Tavoir remercié de son zèle, le roi Axayacatl le renvoya dans sa maison.

Retournons à Tlatilolco, dont les habitants continuaient de s'exercer au maniement des armes. Inteconal vint trouver Moquihuisttli et lui dit : « Sei' gneur, quand nous aurons vaincu les Mexicains, nous serons les suzerains de toutes les villes qui ont été soumises par eux, tels que Atzcaputzalco , Ghilocan , Guauhtepec , Chiquilitepec , Huixachtitlan , Tecalco, Atzumpan , Xoloc , Tezontepec > Cuyoacan , Xochimilco et Chalco. Nous nous partagerons leurs revenus et leurs femmes. Toutes celles du roi Axayacatl seront pour vous , ainsi que toute sa maison, jusqu'aux nains et aux bossus i^|i^ lui servent de bouffons, et aux bêtes sauvages qîk'il nourrit dans son palais. Les calpixques et tous le$ esclaves qui sont confiés à leur garde seront aussi pour nous. » . — (c C'est bien, dit Moquihuixtli , que tout se fasse comme vous le proposez.

Un jour l'épouse de Moquihuixtli ^accompagnée de ses servantes , se baignait dans un réservoir en •maçonnerie qui se trouvait dans l'iptérieur dupalais. Une voix sortit de son corps ep disant : « Maman, comment peux- tu rester ainsi couchée, quand Tlatilolco va être détruite? écoute^moi, ma mère : oh ! malheureuse que je suis ! » Toutes les femmes qui la servaient entendirent ces paroles. La reine elle-même dit à ses suivantes : « Qui est-ce qui vi^ni

Je parler? > Elles lui répondirent : « Madame, c'esf ane voix qui est sortie de votre corps. • Bile alla a'tissitAt raconter cela à son mari qui fit venir les suivantes et les interrogea ; mais toutes lui confirmèrent le fait. Moquihuixtli en fut si effrayé qu'il perdit le sens et tomba à la renverse. Quand il fut revenu à lui , il dit à sa femme : « Quel mauvais augure vous m^apportez ! car sachez que depuis longtemps les Tlatilolcas ont résolu de détruire les Mexicains de Tenuchtitlan. Allons-nous donc être plongés dans une mer d'amertume et de douleur? » La reine lui répondit : « N'avez-vous donc pas pitié des vieillards , des femmes et des enfants , de ces faibles créatures , dont les unes tetteut encore et lés autres se traînent à quatre pieds? Malheureuses femmes , qui vont être sacrifiées aux sanglantes divinités des Mexicains ! Malheureux vassaux, qui subiront une mort cruelle et imméritée! Malheureux enfants, qui passeront leur vie dans un dur esclavage ! » Moquihuixtli lui répondit : « Écoutez , chère épouse , ces desseins que vous me reprochez ce n^est pas moi qui les ai formés , c'est votre père Huitznahuatl qui a persuadé les autres chefs. C'est lui qui est l'auteur de cette trahison, c'est à lui que la voix qui est sortie de votre corps devait faire des reproches. » Sa femme lui répondit : « Ce que vous dites n'est pas une excuse ; car c'est vous ^ui , comme roi et chef de Tlatilolco , êtes responsable de tout. Mais quoique je ne sois qu'une . . :feTnme, je veux tâcher d'arrêter le mal? peut-être

les chefs de Tlatilolco se laisseront-ils fléchir par mes prières, afin que dorénavant les Tlatilolcos et les Tenuchcas vivent en paix , et que toutes les résolutions que Ton avait prises ne soient plus qu'un songe. Coavoquez-Ies dans votre palais pour les inviter à la paix , et allez ensuite visiter en personne votre frère Axayacatl pour rétablir la concorde ; écoutez, je vous en supplie , ma prière, et convo.** quez les chefs sans perdre de temps. » Moquihuixtli lui répopdit : « Ce sera bien inutile , car ils sont bien décidés et n'écouteront pas. »

Quelques jours après , il y eut un autre présage. Un vieillard ayant acheté quelques oiseaux que Ton trouve sur le lac Salé, et que l'on nomme Atzitziau^ loti y il les pluma et les mit à cuire avec du cbile; ensuite il s'assit tranquillement auprès du feu avec son petit chien. Celui«ci se mit à parler et lui dit : « Regarde si les oiseaux sont encore dans la marmite , car ils se sont envolés. N'est-ce pas un présage? » — « Que viens- tu me parler de présage , toi qui n^es qu'un chien? » En disant ces mots, le vieillard irrité le frappa sur la tête et le tua. Un huexoloti ou dindon , qui se promenait en faisant la roue dans la cour de la maison , dit alors : « Tu viens de tuer ton chien Matopan , que cela ne retombe pas sur ma tête. » Le vieillard s'écria : « Nocne intehuatl amonotinotetzauh , coquin , tu ne seras pas non plus mon prophète , » et lui coupa la tête. Ce vieillard avait un masque dont il se servait pour danser le mitote^ appelé macehuaz ; ce masque qui était sus*

pendu S'ia muraille se mit à parler et dit : « Zani yhuian tlenozo mitoz axcan, doucement, que dirat-on de cela? » — « On dira ce qu'on voudra , » répondit le vieillard en arrachant le masque de la muraille et en le mettant en morceaux.

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