CHAPITRE LVt
Après les fanérailles d*Axayacatl , les Mexicains élisent
pourvoi Tiçoczic.
Quand les funérailles d'Axayacatl furent terminées et que les rois d'Aculhuacan et de Tacuba futent retournés dans leurs Etats , CihuacoatI convoqua au palais les principaux chefs mexicains , qu'il est inutile d'énumérer ici, puisque nous Tavons déjà fait plusieurs fois. Quand ils furent réunis , il leur dit : « Mes frères et mes enfants , vous savez que notre roi Axayacatl est mort; il ne faut pas que cet empire si redouté dans le monde s'éteigne dans Tob- «curité ; il est donc nécessaire de choisir un nouveau roi pour nous gouverner et augmenter la gloire du temple de Huitzilopochtli. Faites-moi donc connaître votre opinion et désignez du doigt celui qui par ses qualités personnelles, sa race, sa valeur y sa sagesse et sa prudence vous parait le plus digne de régner sur nous. » Le sénat mexicain décerna par trois
fois la couronne à CihuacoatI, et trois fois il refusa. Voyant qu'il était impossible de vaincre sa résistance, le sénat déclara enfin qu'il reconnaîtrait pour roi celui qu'il désignerait. Il leur répondit : «c Vous savez qu'après la mort de votre troisième roi Moctezuma Ilhuiieamioa , mon frère, c'était à moi que la couronne revenait de droit ; mais comme je ne veux pas l'accepter, je vous dirai que Tiçoczic est de la race de Moctezuma et son neveu léuitime , et , s'il vous convient, c'est lui que.je désigne pour gouverner cet empire, le temple de Huitzilopochtli. »
Les chefs approuvèrent cette élection à l'unanimité. On plaça Tiçoczic sur le trône , et on lui fil un très- long discours sur les nouveaux devoirs qu'il avait à remplir, ainsi qu'on l'avait fait à l'égard des rois, ses prédécesseurs ; on lui fit ensuite jurer de travailler sans cesse à augmenter l'empire et la gloire de Huitzilopochtli ; on envoya inviter les rois Netzahualcoyotl d'Aculhuacan et Totoquihuatzin de Tacuba à se rendre à Mexico en leur annonçant l'avènement du roi Tiçoczic, chalchiuhtona ^ ou l'émeraude resplendissante. Ils promirent de s'y rendre exactement, en remerciant le sénat mexicain delà nouvelle dont il leur faisait part. Ils firent ensuite servir aux ambassadaurs un festin somptueux , et leur distribuèrent en présent des armes et des vêtements de prix.
Netzahualcoyotl arriva effectivement au jour fixé, suivi des principaux seigneurs d'Aculhuacan. Après avoir salué le sénat, il alla trouver le nouveau roi et
lui fit unlongdiscours à la louange de Huitzilopochtli, lui rappelant en même temps le lourd fardeau qui reposait sur sa tête. Il lui offrit ensuite en présent une xiuhuitzollij ou veste bleue, que le roi revêtit à l'instant. Puis on lui perça légèrement un des cartilages du nez dans lequel on plaça une petite émeraude ; on lui mit de petits pendants d'oreille très -brillants ; on plaça sur son épaule une espèce d'écharpe nommée mâi(e/necai(/; on lui mit un matzopetzU, qui ressemble à nos gantelets d'acier et aux pieds des bracelets , yexitetecuextli. On lui jeta enfin sur les épaules un manteau de nequen bleu , au milieu duquel était peint un soleil d'or , xiuhayatl ; papdessous ce manteau il en portait un autre fort riche ; on le coiffa d'une mitre bleue couverte d'émeraudes très-habilement enchâssées, et on le fit asseoir sur une estrade couverte d'une peau de tigre dont les yeux étaient des miroirs ; on avait conservé la tête dont la gueule était ouverte^ et montrait deux rangées de dents; on y avait également laissé les ongles , de sorte que l'animal paraissait vivant; le siège était couvert d'une autre peau de tigre; il était d'une forme antique qui est encore d'usage aujourd'hui parmi les naturels; à sa droite était un carquois. rempli de flèches dorées , et un arc, qui signifiaient la justice qu'il devait observer. On le conduisit ensuite au temple de Huitzilopochtli pour y offrir un sacrifice. Dès qu'il y fut entr« on lui présenta un couteau très-pointu , avec lequel il se tira du sang des oreilles, des pieds et des bras; il pi-
qua ces derniers avec un os de tigre , pour signifier qu'il était vaillant et courageux. Quand ce sacrifice fut terminé , Tiçoczic se dirigea vers le cuauhxicalli ^ où on jetait les cœurs des victimes humaines , et s'y piqua de nouveau la plante des pieds; on lui remit ensuite quelques cailles qu'il égorgea , et dont il offrit le sang en sacrifice ; puis on le parfuma avec un encensoir dans lequel brûlait du copal.
Tiçoczic se retira après cela dans un palais appelé Tilancalco , dont les murailles étaient peintes en noir, parce que c'était un lieu de retraite et de tristesse ; il est devenu depuis THôtel de la Monnaie. Il y avait à celte époque trente ans que Gihuacoatl était chargé de sa garde ; en y arrivant , le nouveau roi recommença à se tirer du sang et «î immoler des cailles. On parfuma ensuite la grande salle dans laquelle il était ; puis il alla à un autre palais nommé Yopico, à celui de Huitznahuac, ou maison des couteaux , sur le bord du grand lac de Mexico, et à un autre où est aujourd'hui l'audience royale ; il se compose de plusieurs vastes salles, mais elles sont trop basses comme celles de Tezcuco et de Tacuba ; partout il renouvela les mêmes cérémonies.
Les rois Netzahualcoyotl et Totoquihuatzin armèrent ensuite le nouveau roi chevalier, et lui firent un long discours , dans lequel ils lui représentèrent derechef tous ses devoirs; ils lui recommandèrent d'agrandir l'empire mexicain, et d'offrir souvent des sacrifices h Huitzilopochtli , et fini-
reni en lui disant : « Seigneur , coDservez ce trâne fondé par Zencatl , Macxitl et Quetzalcoatl , car le roseau seul n'aurait pu arriver aussi loin que le ser-. pent couvert de plumes. G est en leur nom que vint Huitzilopocbtli et qu'il fond^. le trône qui existe encore aujourd'hui; il eut pour successeur A ca ma pichtli. Ce n'est donc pas votre trône, c'est le leur, et ils ne font que vou^s le prêter , et il reviendra un jour à celui auquel il appartient ; tachezde Tauj^menter et de le faire briller de plus en plus; voyez dans les histoires le rôle que jouent vos ancêtres Huitzilihuitl , Cbimal popoca et Itzcoatl ; pensez à votre propre père qui régna trente -quatre ans, et qui re^ çut le surnom d'Ilhuicamina , à votre oncle Axayacatl , et protégez les faibles, les vieillards , les femmes et les enfants. « Le lendemain les cbefs de Cbalco arrivèrent, et après avoir fait un discours au nouveau roi , ils lui oilrirent également des présents; puis les China mpanecas , qui sont les habitants de Xocbimilco , de Gulhuacan , de Cuitlahuac et de Mizquic, puis les Matlaltzincas , les Mazabuaas et les habitants de la terre chaude , ainsi que cenx des côtes de Cuetlaxtlan, Quiahuiztlan, Cuauhnahuac, Huaxtepec, Jautepec, Jacapichtlan Ces peuples lui offrirent en présent des vêtements d'homme et de femmede toute espèce, parfaitement travaillés, des charges de coton, du poivre, des concombres, et enfin toutes les espèces de fleurs qu'on trouve à la, Nouvelle-Espagne .