CHAPITRE IV
Mort d'Acamapichtli^ roi des Mexicains. — Élection de son ' successeur. — Conduite des peuples voisins.
A cette époque , où les Mexicains commençaient à devenir tributaires des étrangers , ils perdirent leur roi Acamapicbtli. Les vieillards se réunirent alors et se dirent : « Notre roi est mort, c^ui allons-nous mettre à sa place , où trouverons-nous pour nous gouverner un roi qui soit de notre nation ? Infortunés vieillards , pauvres enfants , qu'allez-vous devenir ? Répondez et que personne ne reste muet; car il nous importe à tous d'avoir un chef pour nous protéger, pour défendre notre dieu Huitzilopochtli, et pour devenir le père des vieillards , des femmes et des enfants ; mais , en faisant votre choix , n'ou • bliez pas qu'Acamapichtli , votre dernier roi , a laissé un srand nombre de fils. »
Les prélres et les priucipaux vieillards des quatre
quartiers de Mexico , Moyoleca , Teopantlac, Alzacualco et Cuepopan , dirent alors au peuple assemblé : « Mexicains , Tenuchcas , Chichimèques , et vous tous y habitants des quatre quartiers de Mexico, quiètes rassemblés ici, pourrions-nous faire un meilleur choix que notre fils bien-aimé Huitzilihuitl ; quoique jeune encore , il saura nous gouverner et défendre le temple de Huitzilopochtli. » A ces mots , tous , jeunes et vieux , s'écrièrent qu'ils reconnaîtraient volontiers Huitzilihuitl pour leur chef, et allèrent en toute hâte le chercher pour le proclamer second roi des Mexicains. Les vieillards lui dirent alors : « O toi , notre fils bien-aimé ! charge toi de gouverner ce peuple qui a été obligé de chercher un asile au milieu des roseaux et des marécages, pour y construire un temple à HuitzilopochtU leur dieu révéré. Tu sajs, ô notre roi et notre fils, que les Mexicains sont vassaux des Tecpanèques et de Tezozomoctli leur roi , qui habite Atzcaputzalco. Nous avons été réduits en esclavage, parce que nous avons été forcés de venir chercher un refuge sur une terre étrangère. Imite ton père Acamapichtli , qui , jus* qu'à la fin de ses jours, a su souffrir tous ces maux avec patience. »
Le sénat s'étant réuni quelques jours après cette élection , un des principaux vieillards prit la parole et dit : « Maintenant que nous avons un roi , il faut espérer que nos maîtres étrangers nous laisseront jouir d'un peu de repos. No^re servitude est lourde à porter , car nous sommes soumis à la fois aux Tec-
panèques d'Atzcdputzalco , aux habitants d'Acolhuacan et à ceux de Gulhuacan. Envoyons une ambassade h Tezozomoctli , roi d'Atzcaputzalco , et demandons-lui sa fille unique pour notre roi Huitzilihuiti ; peut-être , en faveur de ce mariage, nous accordera- t-il la paix.
Cette proposition ayant été adoptée , on choisit pour cette mission les vieillards les plus respectables et les plus éloquents. Ils étaient chargés pour Tezozomoctli d!e8 seuls présents que pussent offrir les Mexicains , des poissons , des grenouilles et d'autres airimaax du la<c. Quand ils furent arrivés en-sa présence , ils lui dirent :
ft Fils bien- aimé , toi qui as soumis à ta puissance les misérables Mexicains , sois assuré qu'ils accompliront toujours , avec la plus grande humilité , ta volonté royale. Nous venons pour te suppher de nous conserver ta puissante protection ; car tu es grand et riche , tu possèdes de précieuses émeraudes et des filles chéries , et nous , qui sommes tes pauvres vassaux , nous n'avons d'espérance qu'en toi. Accorde-nous une de les émeraudes , c'est-à-dire une de tes filles pour nous gouverner , et pour qu'elle soit l'épouse de Huitzilihuitl , notre roi et ton esclave »
Tezozomoctli leur répondit : « Fils et frères Mexicains, que vous dirai-je ; puisque c'est le sort des femmes d'être nées pour être emmenées hors de leur famille , j'accorde donc Ayaubcihuatl , ma fille, pour être l'épouse de Huitzilihuitl , votre roi et mon fils.»
Après s*étre prosternés en signe de reconnaissance devant le roi des Tecpanèques , les ambassadeurs , joyeux d'avoir si bien réussi dans leur mission , se biièrent d'emmener Ayauhcifauatl à Mexico. Après lui avoir fait un discours , comme c'est l'usage dans cette occasion , les vieillards la placèrent sur le trône à côté de son époux et la proclamèrent leur reine.
Au bout de quelques années Ayauhcihuatl mit au monde un fils. Quand Tezozomoctli eut appris cette nouvelle , il en ressentit une grande joie et con-voqua à Tenuchtitlan les Tecpanèques ainsi que les babitants d'Atzcaputzalco et d'Açulhuacan. Quand il leur eut fait un discours, les Mexicains prirent la parole pour remercier les Tecpanèques de la reine qu'ils leur avaient donnée, et ceux-ci leur répondirent : « Nous sommes beureux de la naissance de notre neveu , et nous lui donnons le nom de Ghimalpopoca. » On célébra des fêtes en Tbonneur de cet heureux événement qui affermissait l'union entre les deux nations > et le bruit s*en répandit rapidement dans tout le Gulhuacan.