CHAPITRE LXV
Après avoir renvoyé les chefs étrangers très-satisfaits, on invite les vassaux de Fémpire à venir assister an couronnement d'Ahuitzotl.
Les chefs de Jupitzinco et de Cholula sortirent du palais tenant à Ja main des guirlandes de fleurs et vêtus de peaux d'animaux fort artistement brodées. Ils étaient précédés par des guides mexicains et suivis de leurs vassaux , qui portaient sur le dos tous les présents qu'on leur avait faits. Ces derniers avaient des bracelets d'or richement ornés de plumes et portaient à la main des chasse-mouches de plumes précieuses et entourés des oiseaux quetzaltotome, zacuan et tsiniscantlauquecholi.
Quand ils furent partis, Gihuacoati envoya des messagers à tous les chefs vassaux de l'empire pour les engager à venir assister à la cérémonie du couronnement. Il dit au roi Ahuitzotl : « Mon fils, nous avions oublié les chefs de Cuextlan, de Tizicoacan ,
de Tuzapan et de Tamapachacan, qui sont très-paissants et très-riches. Ils ont beau faire les sourds , il faudra bien qu'iisnous entendent. Mon frère Tlacate-^ call Moctezumu avait formé le dessein de les soumettre, mais depuis sa mort on n'a plus songé à cette entreprise. Quant à moi je pense que mes jours sont comptés et que ma fin est proche; mais je voudrais bien les voir soumis à l'empire avant de mourir. »
Ahuitzotl lui répondit : « Il faut que votre volonté s'accom|>Usse. » Il convoqua donc les principauii généraux mexicains, et leur communiqua le (tesseini de Gihuacoatl. Ceux-ci lui répondirent qu'ils ne demandaient pas mieux que d'entreprendre cette con-^ quête; mais qu'il fallait commencer par convoquer les principaux vassaux de l'empire , et notamm^Qt les rois Totoquihuaizin, de Tacuba, et Netzahualpilliyde Tezcuc0. Aussitôt que ces deux princes eu>^ rent été prévenus par les messagers qu'on leur en-« ▼oya, ils firent préparer des canots , et se rendirent en tonte hâte k Tenuchtitlan Quand on leur eat fait part de l'entreprise projetée, ils promirent de mettre leeir armée sur pied le plus promptément possible. Gihuacoatl ajouta t « Nous aurons biea des obstacles à vaincre , et nous trouverons uneviw goureuse résistance ; il faut donc donner à ces deux rois une grande quantité d'armes offensives et dé^ fensives, afin qu'ils les distribuent à leurs plus vaiU lants guerrieiis. » Cet ordre fut aussitôt exécuté. On fil ensuite avertir les chefs de toules les atitres^vil-^
les , afin qu'ils armassent leurs guerriers et fissent préparer des vivres.
Au jour fixé l'armée mexicaine se mit en marche, et se rendit d abord à Guauhchinauco , où le roi Ahuitzotl comptait attendre l'arrivée de ses alliés. Xochiteuctli, chef de cette ville , vint au-devant de lui, et, après l'avoir humblement salué, il l'engagea à venir se reposer dans son palais et dans sa ville , en disant que tout lui appartenait. Mais Ahuitzotl lui répondit qu'il n'était ni d'un bon roi ni d'un bon général d'abandonner son armée , et se fit apporter à manger dans son xacatly ou tente^ où Xochiteuctii lui envoya un festin digne de lui.
Après son repas, Ahuitzotl fit appeler les cuauhchinancas^ leur recommanda de ne s'avancer qu'avec prudence comme de bons soldats , d'emporter une quantité suflSisante de vivres et de s'ava&cer jusqu'à, Tuzapan , Tziuhcoca et Tamapachco. Ils pro^ mirent d'obéir exactement à ses ordres, et reçurent avant leur départ une distribution d'armes et de vêtements. Xochiteuctii vint ofi'rir au roi un bouclier orné d'une devise, et une épée garnie des pierres les plus tranchantes. Le lendemain l'armée se remit en marche. Quand ellç fut arrivée sur la frontière du pays ennemi , Ahuitzotl la divisa en deux corps, qui aussitôt se mirent à construire leurs jsracales pour camper séparément. Le roi fit ensuite appeler dans sa tente les généraux Guauhnoctii et Tiçocyahuacatl , et leur dit : « Choisissez pour les placer en téie du corps que vous commandez les jeu-
nés gens les plus braves et qui ont déjà fait la guerre ; que les chefs de chaque nation aIHée en fassent autant. Allez maintenant reconnaître par vous-mêmes le territoire ennemi , et désignez à chaque chef le côté par lequel il doit attaquer. »
Les deux généraux choisirent deux cents des plus ▼aillants guerriers de Mexico , trois cents de ceux d'AcuIhuacan , et le même nombre de ceux de Ta^' cuba, ce qui formait un corps de huit cents hom^ mes, et allèrent à leur tête reconnaître In capitale de l'ennemi qu'Ahuitzotl voulait attaquer. Tlacochcalcatl proposa ensuite d'envoyer en avant un corps d'observation et de le porter à douze cents hommes, afin qu'il fût en état de résister s'il était attaqué par larmée ennemie. Tlacolcal, général de Xochimilco. fournit soixante hommes choisis, et les chefs des autres nations en firent autant ; de sorte que le nombre de douze cents hommes fut complété. Quand ils eurent pénétré dans le Cuextian ils découvrirent un grand nombre de s^uerriers qui gardaient les champs cultivés. Us résolurent de les tourner sans faire aucun bruit de manière à les enlever par surprise. 11 fut convenu que chaque guerrier saisirait un prisonnier et l'entraînerait avec lui sans s'occuper d'en faire d'autres, et que quiconque pousserait le moindre cri serait aussitôt assommé par les autres ; cela fut exécuté comme on l'avait projeté. Les Mexicains se précipitèrent en silence sur les champs cultivés et se mirent à attacher les hommes, les femmes et les enfants ; de sorte qu'il n y eut pas de guerrier qui ne
fit son prisonnier. Au lever du soleil ils furent de retour auprès deTlacocbcalcatl, et le prièrent d'aller annoncer au roi Ahuitzotl leur victoire et la bonne prise qu'ils avaieut faite. Ahuitzotl les fit venir et leur demanda des renseignements sur la capitale de Tennemi. Ils lui répondirent qu'elle renfermait un grand nombre de rues qu'ils avaient parcourues, et que pour le prou ver ils y avaient laissé des pierres. Ils lui présentèrent ensuite leurs captifs.
Ahuitzotl , après les avoir félicités, leur distribua des présents et fit attacher les mains des prisonniers entre des pièces de bois destinées à cet usage, qu'on nommait cuauhcozcatl. Le lendemain Guauhnoctli choisit dans le camp , par ordre du roi , deux cent quatre-vingts des plus braves guerriers qui devaient charger en tête de larmée. On proposa que tout capitaine qui ne suivrait pas la direction qui lui était tracée, ou qui perdrait ses prisonniers serait honteusement mis à mort dans le palais du roi. On arrêta, sur la proposition de Netzabualpillid'Aculhuacan , que tout chef qui ferait un prisonnier serait récompensé , et que tous ceux qui n'en, feraient pas ne pourraient plus aller à la guerre ni être admis dans le palais du roi, et qu'il ne leur serait plus permis de sortir de leur maison. « II ne faut pas d'avance les condamner à mort, fit observer ce prince à Ahuitzotl, car cela pourrait vous arriver ainsi qu'à moi ou à quelqu'un des autres rois. »
L'avant-garde chargea hardiment les Cuextecas en poussant de grands cris et en frappant les épées