‹ Histoire du Mexique (volume 2)Chapitre 67 sur 73 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

]>e8 conseils que le roi Colomuchcatl donna aux envoyés du roi Ahnitzotl sur leur retour à TenuchtîUan.

En renvoyant les ambassadeurs à Tenuchtitlan , le roi de Cholula leur donna deux guides pour qu'ils ne fussent pas arrêtés par les gardes des chemins qui se tenaient dans un endroit nommé Huitzyacan, qu'on appelle aujourd'hui los Ranchos, Les Mexicains enveloppèrent les vêtements neufs qu'on leur avait donnés de manière à les faire ressembler à des bottes de paille , ou zacaquimilli , et passèrent au milieu de la nuit auprès des gardes sans en être aperçus. Quand ils furent arrivés au pied des montagnes de Chalco, ils dirent à leurs guides : « Amis, nous voici en sûreté et sur le territoire mexicain. » Ayant donc ramassé du bois au pied du volcan ^ et de la sierra Nevada , ils allumèrent du feu pour se réchauffer. Ils arrivèrent ensuite à Amecameca. Les ambassadeurs Tilancalqui et Tocuiltecatl se rendi-

rent à la maison du principal chef, et lui dirent : « Seigneur, nous revenons d'une ambassade ; faitesnous donner à manger , car nous mourons de faim a ; ce qu'il s'empressa de faire. Les ambassadeurs dirent alors aux guides de Cholula : u Ne parlez pas , et laissez -nous faille , car si on vous reconnaissait on vous tuerait. » Ils dirent ensuite aux Gbalcas : « Envoyezau pont d*Ayotzinr o, afin qu'on nous prépare des canots pour nous rendre à Tenucbtitlan par le lac , car nous sommes épuisés par la marche. » Les Chnicas s'empressèrent d'c^éir h cet ordre.

Quand les ambassadeurs furent de retour à Tenuchtitlan, ils rendirent compte de la réponse que leur avaient faite les rois de Huexotzinco et de Cholula , et présentèrent à Cihuacoatl les guides qui les avaient amenés de cette dernière ville. Cihuacoatl répliqua : « Nous leur sommes reconnaissants de ce qu'ils viennent assister à nos fêtes ; nous le sommes aussi à leur dieu Camaxtle Tlilpotonqui ; car c'est cettcf divinité que nous- avons invitée plutôt que les chefs étrangers ; cependant je pensais que la crainte les empêcherait devenir. » Il fit ensuite appeler le calpixque en chef , Petlacatl ; ainsi que le calpixque de Cuextlan , et leur dit ; « Emmenez secrètement ces Cholulteques ; servez-leur à manger et donnez-leur des vêtements à la mexicaine ; que leur festin soit splendide , orné de fleurs et de parfums \ mais que leur présence reste ignorée , car il y va de votre vie. »

Le lendemain CihuacoB.tl s'informa si les ambassadeurs qu'il avait envoyés à Tlaxcallan étaient de retour^ on lui répondit qu'ils n avaient pas encore paru. « Que nos dieux veuillent les protéger, s'écria-til, et qu'il ne leur soit arrivé aucun malheur. B Cuaubnoctli s'empressa donc d'envoyer au-devant d'eux, jusqu'à Galpulalpan, quatre chefs mexicains avec une forte garde. Le troisième jour les ambassadeurs qui avaient été envoyés à Tlaxcallan arrivèrent à Caipulalpan. Ils étaient couverts de vêtements de paille , et portaient sur le dos des charges de bois et de trèfle sauvage , ou ocoxotli. Les gardes leur demandèrent qui ils étaient et où ils allaient. Ils répondirent: «Nous sommes des Mexicains qui revenons de Tlaxcallan et de Tliliuhquitepec oii on nous a envoyés. » — « Qui vous a envoyés? » demandèrent les gardes. — « Cihuacoatl Tlacaeltzin. » — Les gardes les reconnurent alors, et leur dirent : « Soyez les bienvenus , mes frères ; c'est pour vous attendre que nous sommes venus ici, car nous étions très-inquiets de vous. »

Quand les ambassadeurs furent de retour à Mexico ils racontèrent que les TIaxcalteques les avaient très-bien accueillis, ainsi que les habitants de Meztitlan et ceux de Tliliuhquitepec , mais qu'ils refusaient de venir, « Est-ce ainsi , leur répondit Cihuacoatl, que vous vous êtes acquittés de votre commission? » — « Nous leur avons dit, répliquèrent les ambassadeurs , qu'on avait également con-

yié les chefs de Huexotzinco, de Cholula et de MechoacaD; mais ils ont refusé de venir et de nous, donner des guides. Ils se sont contentés de nous dire : « Tâchez de traverser nos gardée si vous pouvez. M C est pour cela que nous sommes venus à travers les montagnes en voyageant la nuit avec beaucoup de difficulté. »

Les ambassadeurs qui avaient été au Mechoacan arrivèrent ensuite , et rapportèrent que le roi Camacoyabua leur avait dit : « Quel est maintenant votre nouveau roi ? » — « Nous lui répondîmes : Abuitzotlteuctli. » — « Et, comment , nous répliqua*t-il , votre dernier roi Axayacatlteuctli a-t-il osé mettre les pieds dans mes États? Son armée a été d^aite , et si ses guerriers n'eussent pris la fuite, pas un d'entre eux n eût conservé la vie. Retournez auprès de ceux qui vous ont envoyés , et dites-leur que je ne veux pas venir à Mexico. » Il paraît cependant qu'il a eu pitié de nous, car ses gardes ne nous ont pas tués, et il nous a fait conduire jusqu'au milieu des montagnes. » Gihuacoatl se montra satisfait de la manière dont ils avaient rempli leur mission.

Le lendemain ceux qui avaient été à Jupilzinco arrivèrent et annoncèrent que les chefs de cette ville, satisfaits du sauf-conduit qu'on leur oiirait, viendraient assister à la fête du couronnement , et qu'ils leur avaient donné des guides pour les ramener chez eux. Gihuacoatl se montra trés-satisfait de celte réponse, et demanda où on avait logé les gui-

des ; on lui répondit qu'ils étaient , ainsi que ceux de Huasiepec , dans la maison du calpixque de Cuernayaca. Il ordonna aussitôt à Petlacatl d'en avoir grand soin, ei de leur fournir tout ce dont ils auraient besoin.

Quand Tépoque de la fête fut arrivée, Gihuacoatl convoqua les chefs mexicains, et leur dit r « Voici le moment où nos hôtes doivent assister à la mort cruelle que nous donnons aux captifs faits sur l'ennemi. » Les chefs lui répondirent que tout serait prêt pour le troisième jour. En effet , on couvrit* d'une vaste tente le palais de XunciatuUi et tous ses environs, ainsi que le temple. Cette tente avait quatre cent soixante^dix brasses de long et autant de large. Au sommet du temple on avait élevé une hutte de roseau et de trèfle sauvage qui s'étendait éi^alement sur toute la longueur de Tescalier , lequel avait, comme on l'a dit, trois cent soixante marches, nombre égal à ceux de Tannée mexicaine, un peu plus courte que celle des chrétiens. On y al* luma un grand feu de bois et de résine qui brûla quatre jours avant la fête; on y apporta également quantité de fleurs de toute espèce.

Au point du jour les chanteurs arrivèrent avec des teponaztlis et des tlapanhuehuetl dorés ^ et commencèrent un chant solennel. On oQrit aux rois de Tezcuco et de Tacuba des fleurs et des présents de toute espèce, et on plaça sur leur tête une coifiure de plumes nommée quetzaltlapiloni. On offrit égalen^ent à tous les chefs ennemis qui étaient venus de

paya éloignés , des manteaux , des cuirasses dorées el des bracelets en cuir doré pour les pjeds. Cihuacoatl, accompagné du roi Ahuitzotl , alla lui-même visiter les chefs de Cholula et de Jupitzinco pour leur oflrir ses présents en personne. Ceux-ci , pour lui faire fête, commencèrent à chanter et à danser à la mode mexicaine. Aussitôt que ces ennemis de rempire'entrèrent dans la danse générale , les cal-pixques éteignirent en signe de paix les flambeaux et les encensoirs.

Quand la danse fut terminée on chanta quatre espèces de chant , savoir : le melahuacuahuitl , ou chant vrai et droit, le chant de Huexotzinco, le chant de Ghalco et le chant des Otomites. Chaque fois que les chefs de Huexotzinco , de Cholula et de Jupitzinco retournaient à la danse , on leur offrait un vêtement neuf quand ils étaient fatigués; ils retournaient au palais qu'on leur avait donné pour logement, où personne n'était admis auprès d'eux et où on leur offrait des fleurs et des parfums. Au bout de quatre jours Cihnacoatl et Ahuitzotl les congédièrent en leur offrant de nouveaux présents plus précieux que les premiers , afin de leur prouver la puissance de l'empire mexicain et sa reconnaissance de la visite qu'ils lui avaient faite.

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