‹ Histoire du Mexique (volume 2)Chapitre 73 sur 73 · CHAPITRE LXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXX

Suite du précédent.

Dès le point du jour, le teocaili était orné de fleurs et de feuillage , ainsi que l'escalier de 360 marches , qui servait pour y monter. Ce temple était placé dans l'endroit où l'on a construit les maisons d'Alonzo d'Avila et de don Louis deGastilla et s'étendait jusqu'à l'emplacement qu'occupe aujourd'hui celle d'Antonio de la Mota L.i figuré dé l'idole était tournée du côté du raidi que les Indiens appelaient mitlampa. Les places publiques et les ierra.«ses des maisons étaient tellement couvertes de monde, que Ton eût dit des mouches sur des tas de millet. La foule qui était venue pour assister au sacrifice, couvrait tout le terrain qui s'étend entre Huichilo-pocbco et le monticule où Ton a construit l'église de Notre-Dame de Guadalupe, tt depuis les jardins du marquis de la vallée d'Oaxaca jusqu'à la ville ; elle se compo?ait de six ou huitmillions.de perso»-

nés , chose que Ton n'a jamais vue et qu'on ne verra jamais.

Le roi Ahuitzotl, accompagné de Cihuacoatl , mon la sur la pierre des sacrifices ; tous deux tenaient à la main des couteaux tranchants. Netzhualpilli et Totoquihuatzin, armés de même, montèrent sur la pierre qui était du côté de Huitznahuac. Les prêtres , qui avaient revêtu le costume des divers dieux, les suivirent, tenant également des couteaux à la main. Ils se divisèrent en deux bandes; ceux qui représentaient Huitzilopochtli , Tlalotlateuctli , Quetzalcoatl , Zopochtli et Itzpapalotl , se rangèrent derrière Âhuitzotl pour Taicler et tenir les victimes pendant qu'il leur ouvrait le corps ; et ceux qui représentaient Apunteuctii» Zactlamatzin , Tonzi, Eyzquitecatl et Chinauhecatl devaient rendre le même service à Gihuacoall , qui se tenait auprès du Cuauhxicalli. De l'autre côté, les représentants de Jopico, de Jahuainhua et de Coatlicue , devaient aider les deux rois de Tezcuco et de Tacuba. Quand fout le monde fut à son poste , les prêtres commencèrent à (aire retentir l'air du son de leurs instruments, qui étaient le teponaztliy le tlapanhuehuetl , le teczistli^ Irompetle faite d*os ou de coquillage, les ayacachtlis ou sonnettes, YAjotl^ tambourin fait d'une écaille de tortue, et les chicahuaztli y faits de cornes de cerfs, aigus comme des dents de chiens.

La même cérémonie eut lieu dans tous les autres temples , où Ton devait sacrifier à la fois ; c'étaient

ceux de Goatlan, de Zommolco, d'Apanteucllan , de Jopico , de Moyoco , de Chililico, de Xochicalco, de Huitznahuac , de Tlamatzinco , de Natempan , (le Tezcoac , d'Izquitlan , de Tepantzinco , de Cuauhquiahuac, d'Acatliacapan. Aussitôt que le soleil fut levé , on commença à teindre le corps de ceux qui devaient mourir avec une couleur noire, appelée iizatl, et on orna leurs télés de plumes ; on les fit ensuite monter au sommet des tem{>les. Ceux qui devaient les tenir pendant qu'on les immolait , avaient les mains et les piedç peints en rouge, et la figure barbouillée de noir de fumée, de sorte qu'ils ressemblaient à de véritables .damons . et qu'ils étaient efl'rayants à voir. Le roi Ahuilzotl était monté sur une pierre dans laquelle on avait sculpté une figure épouvantable. Quatre des affreux ministres du temple saisissaient la victime et retendaient à ses pieds. Ahuitzoll se prosternait en se tournant successivement vers les quatre points cardinaux, puis il lui ouvrait la poitrine avec son couteau, en arracbait le cœur et le présentait encore tout palpitant vers les quatre points cardinaux. II le remettait ensuite aux tlamacazques y qui allaient le jeter dans l'auge en pierre , appelée cuauhxicalli , qui avait plus d'une vare de profondeur. Cette auge se voit encore aujourd'hui en face de la cathédrale. Les prêtres secouaient également le sang qui restait à leurs mains vers les quatre points cardinaux.

Après avoir immolé de la sorte un grand nombre de victimes, Ahuitzotl^ voulant se reposer , passa le

rouleau au pfélre qui représentait Huilzilopocklli. Celui ci immola également jusqu'à ce que ses forcés fussent épuisées. Le couteau passa alors de ses mains dans celles de Quetzaicoatl. Ce fut celui-ci qui immola le plus grand nombre de victimes , parce que c'étiiit un jeune homme dispos et vigoureux ^ il fut remplacé ensuite par Opochtli. Les prêtres qui représentaient les autres divinités, que j'ai déjà nommées, prirent aussi successivement la place de Cihuacoatl et des deux rois ; de sorte que le sanf^ coulai t comme deux fontaines des deux côtés du temple, et qu'on eût dit que les sacrificateurs étaient revêtus de vêtements écarlales; la même chose avait lieu dans tous les autres temples. La muraille de la maison des vierges, appelée Ghuatcocalli , était également teinte de san*::;. Ces vierges se nommaient ziauhtlamazeuhqiie ; elles étaient une quarantaine âgées de quinze à vingt ans, et dévouées au service du temple. Leur devoir était de se lever à minuit » de balayer le temple et les escaliers qui y condui-» saient et de les arroser. Elles allaient ensuite se prosterner devant la statue de Huitzilopochtii , el l'invoquaient pour qu'il les mariât honorablement. Pendant l'espace d'un an elles jeûnaient tous les quatrejours au pain el à Peau ; au bout de ce temps, jour pour jour, le gnind prêtre examinait quel était le dieu qui présidait au jour de la sortie, et annonçait qu'elle épouserait un chef, un guerrier, un marchand ou un laboureur; quelquefois même il lui était prédit qu'elle serait une abandonnée.

Pour en revenir aux sacrifices, je dirai qu'ils durèrent quatre jours entiers, et que le sang et les cœurs commençaient déjà à répandre une mauvaise odeur. Quant aux entrailles, on allait les jeter dans le lac de Mexico, derrière un rocher nommé Pantitlan. Lors des famines et des sécheresses on y jetait aussi les enfants qui étaient nés si blancs qu'ils ne pouvaient pas voir {les albinos)^ ainsi que ceux qui avaient quelque difformité monstrueuse. On appelait, et on appelle encore aujourd'hui ceux-ci tlacayxtalh jontecuezcomayo^ parce que les tètes de ces malheureux innocents étaient placées le long des murailles intérieures du temple de Huitzilopochtli. Quand don Fernand Cor tes fit la conquête de la Nouvelle-Espagne , deux soldats affirmèrent avoir vu soixante-deux mille têtes d'Indiens qui avaient été sacrifiés, ce qui étonna beaucoup leur général. Pour en revenir à notre récit, la ville était toute remplie de la puanteur qui. s'exhalait des corps des Indiens qui avaient été immolés. Les conviés» qui étaient de neuf nations différentes, savoir de Huexotzinco, de Gholula, d« TLixrallan, de Tecoac , de Tliliuhquitepec, de Meztiilan, de Mechoacan et de Jopitzinco, avaient été placés Vi^ sommet du temple de Cihuatecpan, d'où ils pouvaient tout voir sans être aperçus. Quand la cérémonie fut terminée , Cihuacoatl dit à Ahuitzoll : « Seigneur, maintenant il est temps que les chefs ennemis que nous avions conviés à la fête retournent dans leur pays ; en y racontiint ce qu'ils ont vu , ils répandront la terreur de notre

hom. Mais auparavant il faut leur distribuer des '|)ré8eDls et leur donner une escorte jusqu'à la frontière, afin qu'ils retournent chez eux en pleine sécurité. » Ahuitzoll approura cet avis , et ayant donné Tordre à Petlalcall et aux autres calpixques d'apporter les présents qui devaient être distribués, il se rendit en personne au cihuatecpan. CibuacoatI leur fit un long discours ^ après lequel on remit à cbacun les riches dons qui lui étaient destinés. Mais teux qui furent les mieux traités , furent les chefs de Huexotzînco, de Cholula, de TIaxcallan et de Mechoacan. Dix Mexicains furent chargés d'accompagner les chefs de chaque nation jusqu'à la limite de son territoire respectif.

Le lendemain Ahuitzotl et CibuacoatI firent également aux chefs mexicains une distribution d'armes et de présents. Après les chefs on en donna aux cuachis, aux otomites, aux cuauhuehueques et aux tequihuaques. On soccupa ensuite de fixer aux murailles du tzompantli les tètes des victimes qui avaient été sacrifiées. Les deux rois des Aculhuas et des Tecpanèques, qui restèrent les derniers, reçurent en présent de riches ouvrages d'orfèvrerie ornés de pierreries et des ouvrages en plumes précieuses de toutes espèces. Ils prirent ensuite congé et retournèrent dans leurs élats. Ahuitzotl n'oublia pas non plus les calpixques , qui avaient tant lr<ivaillé pour donner de l'éclat à cette fête, et les combla de ses dons, ainsi que les prêtres des temples et

les jeunes gens qui , comme on l'a vu, s^étaicnt distingués danè la guerre du Meztitlan et avaient fait tant de prisonniers. Enfin la fête finit par un mitote, ou danse universelle»

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