CHAPITRE LXXXIV
Moctetnina va en personne faire la guerre aux Icpactepè^aea» habitants de Nopalla , qui refusaient de payer un tribal à Tempire da Mexique.
Afin de se procuretr les victimes néeessaires pbur les fêtes de son couronnement ^ Moctezuma fit som-* mer de nouveau Jes>habitants de Nopalla , de Huitz^ pae et de Tepeacan de payer un tribut à 1 empire mexicain. Comme ils s'y refusèrent une seconde fois, Moctesftîima convoqua tous les rois et tous les chefs ses vassaux, auxquels il envoya à cet effet Tlacatecatl , Tlacochcalcatl ^ Acolnahuacatl , Hetznabua'^ catl , Ticocyahuacatl , Tescocofauacatl et Tecuiitecail : il réunit également l'armée mexicaine dont il donna le commandement à Guaufanoctii et à Tilan-»calqUi. Tous les chefs reçurent très-bien les messa** gers qui leur apportèrent la nouvelle de cette convocation , leur donnèrent des vêtements neufs et leur promirent d'être prêts au jour fixé.
De tout côté on se mit à préparer avec une grande
activité tout ce qui était nécessaire à cette expédition , surtout des vivres , car on avait une longue route à faire. Les Mexicains ordonnèrent aux Tequiliuaques, aux Guauhuebuèques et auxAchcauhtzins, des quatre quartiers de la ville de se réunir dans les écoles pour s'y exercer aux manoeuvres de la guerre. Us firent également fabriquer des armes de toute espèce. Après avoir organisé les compagnies de manière à ce que les jeunes gens inexpérimentés fussent toujours entremêlés avec de vieux soldats , Moctezuma fit proclamer une défense générale à tout homme en état de porter les armes de rester en arrière, et déclara que tous ceux qui y contreviendraient seraient déshonorés publiquement et exilés après la guerre.
Deux jours avant que l'armée se mit en marche sous les ordres de Moctezuma , ce prince avait en* voyé des messagers dans toutes les villes qu'il devait traverser pour faire préparer les vivres nécessaires^ promettant de ^récompenser dignement celles qui obéiraient et de châtier sévèrement les autres. Les habitants de la première ville qu'il rencontra sur son passage vinrent au-devant de lui avec des parfums , des bouquets et des guirlandes de roses. Un palais était destiné à son usage , deux autres pour celui des rois d'Aculhuacau et de Tacuba. Chaque guerrier fut également bien logé selon son rang, mais Moctezuma ne voulut pas toucher au festin délicat qu'on lui avait préparé , e^t ordonna qu'on lui apportât des vivres de campagne.
Les habitants lui oiFrirent également quantité dis vêtements pour les soldats , et des armes pour les principaux guerriers. Moctezuma leur dit en les quittant : « A mon rçtour, je vous ferai prévenir par des messagers afin que vous veniez au-devant de nous. 9 L'armée continua sa marche , et fut reçue de la même manière dans tous les endroits où elle passa jusqu'à son arrivée à Nopalan. Moctezuma chargea Guauhnoctii d'adresser aux rois et aux chefs le discours d'usage avant de coiiimencer le combat; il était destiné à les encourager en leur représentant la gloire qui attendait les victorieux * et eu promettant à ceux qui succomberaient un re«pos éternel dans le Titlacahuan, avec les dieux Tlalotlateuctli et Xiuhtecutli, et les dieux des airs, de la pluie et des nuits. Moctezuma fit ensuite appeler les plus vieux guerriers , et les chargea de recom-^ mander à leurs camarades de ne pas tuer ceux des ennemis qui tomberaient entre leurs mains , mais de leur conserver la vie pour les conduire prisonniers à Tenuchtitlan. Il envoya ensuite les guerriers les plus rusés explorer les villes et les fortifications de l'ennemi, et se mit ei!i marche avec l'armée , en prdon-* nant , sous peine de mort , le plus profond silence , parce que son intention était de surprendre les Icpactepèques. Les guerriers qu'il avait envoyés pénétrèrent dans Nopalan sans être aperçus; ils examinèrent le palais du roi , ses entrées , ses sorties , et montèrent au sommet du grand temple. Pour le prouver à Moctezuma, ils enlevèrent des enfants
leurf berceaux à c6té de leur mère et d'autres plus grands qu'ils envelorppèrent dans leurs manteaux , pour les empêcher de crier. Ils emportèrent aussi quelques mitlapites ou pierres k moudre le grain. Ils sortirent ainsi de la ville et arrirèrent avant le lever du soleil dans la tante de.Moctezuma , qui les attendait revêtu d'une armure magnifique ; au sommet de son casque brillait un oiseau appelé tlauhquechol tontec^ qui paraissait sur le point de s'envoler ; il avait un superbe bouclier doré > coilime ceux qu'on fabrique sur la côte ; une tranchante épée de cailloux , un petit tambour d'or et une sonnette -du même métal.
Au point du jour on leva les étendards ., et on donna par un griand cri, aux troupes qiii se tron- Taiant en tèle, le. signal d'attaquer sous la conduite de ceux qui avaient été reconnaître la ville. Les guerriers de chaque nation étaient réunis par compagnie, et 4oute . l'anlnée ofirait l'image d'un mur solide; Moctezuma^ gravit un des. premiers les remparts des ennemis, et fit retentir son tambour et savonnette pour animer ses guerriers; ce qui les encouragea tellement qu'ils firent un Inassacre épouvantable de leurs ennemis ^ sans épargner l'âge ni le sexe. Ils renversèrent le grand temple et mwent Je feu de tous côtés, déserte que 4a villeTesseinblait û univolcan; :A sept heures du matin ^ ils^commeoeèreotà faire prisonniers les vieillards , les 'femines et les 'énfaJQts.
(#es misérables Otomis pleuraient et jetaieiït des
cris lamentables qui eussent attendri les âmes les plus dures. Ils disaient; «Seigneurs Mexicains, épargnez-nous , nous vous payerons un tribut; vous avez fait un tel massacre et un tel nombre de captifs , qu'il reste à peine la sixième partie de notre nation. » Mais les Mexicains continuèrent à les mas-^ sacrer en disant :« Non ,- coquins , vous périrez jusqu'au dernier. » Ils recommencèrent leurs supplica*> tions et leurs offres de tribut avec tant d'instance que les autres rois eurent pitié d'eux et implorèrent en leur faveur Moctezuma qui consentit à leur j>ar« donner, à condition qu'ils payeraient le tribut qu'ils avaient promis , et qu'ils se reconnaîtraient ses vas* saux. Il donna ensuite l'ordre à son armée de commencer sa retraite , mais en marchant lentement et en prenant toutes les précautions possibles pcwr que les prisonniers ne pussent s'échapper. Il recommanda également qu'on eut soin de leur donner à manger pour qu^ils ne périssent pas de faim , et qu'on pût les offrir en nourriture au soleil, à Xiubpilli ». dieu des champs et de la verdure, et à YacuauhlU Ehuanitl, dieu des montagnes, et les présenter aux vieillards et aux enfants de Mexico qui attendaient en jeûnant et en priant le retour de leurs fils et de leurs pères. II eut également soin d'envoyer des mes* sagers aux habitants de toutes les villes qu'il devait traverser, pour leur ordonner de préparer les vivre» nécessaires à son armée.