CHAPITRE LXXXV
De la réception qui fat faite à Moctczama dans toutes les \ilies qa*ii traversa jusqu'à son entrée à Tenuchlillan.
Quand l'armée fut arrivée aux environs de Ghimalhuacau, les Chalcas, qui habitent les flancs du volcan et des montat^nes neigeuses, vinrent au-devant d'elle avec des fleurs et des parfums ; mais , comme c'était pendant la nuit , ils n'oflrirent pas de présents. Le lendemain, l'armée arriva à Amecameca , dont les habitants lui firent la même réception en y ajoutant des vivres , des boissons de toutes espèces. Chaque ville se hâta d'envoyer son tribut, de sorte que ceux qui le portaient paraissaient former une nouvelle armée. Tous les habitants de Tenuchtitlan viiirent au-devant de lui , car on avait défendu sous les peines les plus sévères à qui que ce fût de rester dans la ville.
Quand les messagers que Moctezuma avait envoyés en avant furent arrivés à Mexico , ils rendirent compte de ce qui s'était passé à Cihuacoatl Tlil-
potonqui que Moctezuma avait laissé pour gouverner en sou absence, et à tous les Galpixques, et leur donnèrent de sa part l'ordre de s'avancer jusqu'à Tlalpitzabuayan sur la route de Gbalco. Le lendemain ils s'y rendirent et y rencontrèrent Moctezuma qui y fut reçu avec les cérémonies les plus brillantes. Les vieillards lui adressèrent de longs discours, en disant: «Que nous sommes heureux, poussière et boue que nous sommes, de te voir de retour en bonne santé ! Tu arrives fatigué par les mauvais chemins, les pluies, les vents et le soleil. Repose- toi , père chéri de touslesMexicains. Après avoir pris un repas, Moctezuma s'avança jusqu'au lac d*Âtenhuaques , où il était attendu par les vieillards des deux sexes, qui lui offrirent en présent toutes sortes de produits du lac. Moctezuma les remercia et ordonna à ses majordomes de leur servir à manger et de leur distribuer ensuite des vêtements de toulp espèce.
L'armée se mit ensuite en marche. Moctezuma la suivait; les esclaves s'avançaient sur deux files. Quand on entra dans Melzatlan, ils se mirent à pousser des cris plaintifs et à chanter dans leur langue des lamentations qui touchaient le cœur de tous les assistants. Les vieux prétreSi^ qui étaient seuls restés dans la ville, faisaient résonner du haut des temples leurs tambours et leurs trompettes de coquillages. Les vieux Cuauhuehuèques étaient rangés sur deux files ; leurs cheveux étaient tressés avec des bandelettes de cuir ; ils portaient à la lèvre ioférieure des bandelettes de couleur fauve , et des hou-
— gicles d'oreilles de coquillages. Ils avaient des Ichca-^ huipiles ^ des boucliers, et tenaieut à la main des bâtons au lieu d'épées. Les Achcautzin , ou ceux qui étaient chargés d'enseigner à la jeunesse le maniement des armes , avaient revêtu le même costume ; tous avaient à la main des brasiers sur lesquels brûlaient du tabac et du copal.
Quand ils eurent pris place à Xoloco , les captifs firent leur entrée et leur dirent : « Soyez les bienvenus, fils du soleil ; vous voilà arrivés à Mex.ico Tenucbtitlan , séjour et Scinctnaire du puissant Huitzilopochlli. » Ils les conduisirent ensuite au temple, où les prêtres les reçurent au son des trompettes* Quand ils se furent mis à genoux devant l'idole, on leur ordonna de prendre avec leurs doigts un peu de la terre qui était devant eux et de la manger. On les renferma ensuite dans une grande salle , nommée Cuaubcala ou la forteresse de TAigle.
Moctezuma arrivé sur la grande place, y fut reçu au son des instruments. Il monta au temple de Huitzilopocbtli et offrit son hommage à Tidole en se piquant, avec un os pointu de tigre, les oreilles et difiérentes parties du corps. Quand il fut rentré dans son palais, les rois de Tezcuco et de Tacuba l'invitèrent à se reposer des fatigues de la guerre, et prirent congé de lui.