CHAPITRE Lxxxyin
lloctezuma ayant appris qae des marchands mexicains ont été massacrés par les habitants de Xaltepec et de Gaatzonteca , convoque les rois ses vassaux , et réunit une armée considérable pour marcher contre eux.
Moctezuma fut le premier roi du Mexique qui invita ses ennemis pour assister à son couronnement, ce que ses ancêtres n'avaient jamais fait; et jamais cette cérémonie n'avait été célébrée avec tant de splendeur , à l'exception des sacrifices qu'il réserva pour la fête du commencement de l'année nommée Huey tecuilhuitl y car il n'avait pas voulu qu'à cette occasion le grand temple de Huitzilopochtii (ùt empesté par la puanteur que répandait la grande quantité de sang versé à cette occasion.
Quelque temps après la fête du Huey tecuilhuitl ^ Moctezuma apprit par quelques marchands d'Atzcaputzalco, de Cuauhtitlan et de Chalco que les habitints de Xaltepec et de Guatzontucan avaient massacré plusieurs marchands mexicains pour les
dépouiller y et qu'ensuite ils s'étaient retranches et ne laissaient pénétrer aucun étranger dans leur pays.
Aussitôt que Moctezuma eut appris cette nouvelle , il convoqua aussitôt le roi d'Aculhuacan , Netzahualpilli , et celui des Tecpanèques, qui était alors Tlatelcatzin , parce que Totoquihuaztli , son prédécesseur, était mort depuis quelque temps. Ceux-ci, dès qu'ils eurent appris cette mauvaise nouvelle , réunirent leurs troupes et ordonnèrent qu'on préparât les vivres nécessaires pour entrer en campagne. Les Cuauhuehuèques reçurent l'ordre de faire préparer dans tous les quartiers de Mexico une grande quantité Aepinole, espèce de pâte scchée au soleil et ensuite réduite en poudre, ainsi que du texhuazalli ou farine de fèves, et du tlaxcatltotopochtli , espèce de biscuit. Ils firent fabriquer également quantité de boucliers , de cuirasses et d'épées armées de cailloux tranchants. Chaque jour on exerçait dans les écoles de Tlolpochcala les jeunes gens au maniement des armes.
Moctezuma fit appeler Cuaubnoctli et lui ordonna de se rendre h Tlatilulco pour y faire préparer des vivres pour cette expédition. Il convoqua donc les chefs de cette ville et leur ordonna de fournir dans le délai de trois jours une certaine quantité de cacao , de pinole, de cuechpinole , de peaux de cerf pour servir de lit , et de toutes espèces d'armes qui devaient être distribuées aux guerriers mexicains. Aussitôt que les marchands et les chefs de Tlatilulco
eurent reçu cet ordre, ils s'empressèrent de Texécu^ ter. Ils y mirent tant de zèle que Moctezuma s'empressa de les en remercier, et oubliant qu'ils étaient des vaincus, il ne les regarda plus que comme une seu^ et même nation avec les Mexicains descendus comme eux de Mextin , et venus comme eux du pays d'Aztlan Chicomoztoc. Il ordonna à Petlacatl de faire servir à leurs députés à boire et à manger , et de leur distribuer deux charges de beaux manteaux ; de sorte qu'ils s'en allèrent très-contents. Ils étaient tellement touchés de TaSection que leur témoignait Moctezuma , qu'ils en versaient des larmes , surtout en pensant à la conduite de leur roi Moquihuiztli et de son beau- père.
Deux jours avant de se mettre en campagne, Moctezuma fit appeler Cihuacoatl, remit le gouvernement entre ses mains et lui ordonna de quitter sa maison pour venir demeurer au palais , pour pouvoir plus facilement donner des ordres pour le bon gouvernement du pays , et pour rendre la justice à tous ceux qui viendraient la demander; il l^ii donna pour l'aider deux vieux cbefs nommés Mixcoatlailotlac et Tlebuahuacatl. Il recommanda surtout à ceux-ci la direction de sa maison et de celle où étaient les vierges consacrées au service des dieux. 11 les chargea aussi de veiller au bon ordre et à ce que les passages des montagnes fussent soigneusement gardés.
Aussitôt que Moctezuma fut parti , Gihuacoatl renvoya tous les serviteurs qui étaient trop vieux et
en^prit de jeunes, actifs et diligeals. Quand Mocte*zuina fut arrivé sur les frontières des provinces de Xatlepec et de Guaizontecan , Moctezuma dit aux principaux chefs : « 11 roe parait convenable que les guerriers mexicains prennent par une route eti:eux deTacuba par une autre ; de cette manière , les deux corps d'armée pourront se soutenir réciproquement, et nous sommes plus' surs d'atteindre l'ennemi s'il cherche à nous échapper. » Cette proposition ayant obtenu l'assentiment général , oq se disposa à la mettre à exécution. Chaque roi rassembla 5es guerriers et les excita à combattre vaillamment en leur promettant la victoire. Il leur recommanda de s'avancer en silence afin de ne pas être découverts, et de retenir l'ardeur des jeunes guerriers qui voudraient s'élancer sur l'ennemi sans attendre le moment favorable; mais quand il serait venu , d'attafquer sans crainte de la mort pour soutenir la gloire de la nation mexicaine , nation si renommée par sa valeur» que son nom seul suffisait pour remplir Tennemi d'effroi. Ils leur recommandèrent aussi d'avoir soin d'entremêler dans leurs rangs les vieux guerriers avec les jeunes gens qui n'avaient point encore été à la guerre.
Au lever de l'aurore, les Cuauhuehuèques et les Tequihuaques Achcauhtzin , qu'on avait envoyés reconnaître la position de l'ennemi , revinrent au camp ; ils rapportèrent plusieurs enfants et un grand nombre de divers objets qu'ils avaient enlevés dans les maisons. Aussitôt les Mexicains s élancèrent ^
l'attaque , en ctiant : « En avant , metlons tout à teii et à sang , et faisons peu de prisonniers ; la victoire est à nous, et pas un ennemi n'échappera à nos coups. » Moctezuma s'avança en personne à la tête des guerriers mexicains. Il portait pour devise Toiseciu appelé Tlauhquechol ^ qui est de la grandeur d^un aigle de petite taille et dont les plumes sont d'un éclat admirable. Il frappait sur un petit tambour , nommé cuahui/acatzoque, pour encourager ses soldais. Les Mexicains attaquèrent l'ennemi avec tant de vigueur que Moctezuma et quelques autres chefs parvinrent bientôt au sommet du mur d'enceinte de la ville ; ils escaladèrent ensuite le grand temple et y mirent le feu. Moctezuma, voyant que malgré cela les ennemis refusaient de mettre bas les armes , donna Tordre à ses soldats de n'épargner ni l'âge ni le sexe et d'en faire un massacre général , et de ne conserver que les enfants au-dessous de huit ans, de sorte que toute cette nation fut détruite sans qu'il en restât vestige.
A cette époque arrivèrent des ambassadeurs dcf Tehuantepec, des Miaguatecas et desr Izîhuatecas , qui, après avoir humblement salué Moctezuma, lui dirent : « Seigneur, toi qui as remplacé notre an-" cien maître Âhuitzotl, nous avions un vif désir de te connaître et de te payer le tribut que nous te devons. Entre donc pour te reposer dans ce palais quef tes guerriers viennent de ravager.