‹ Histoire du Mexique (volume 3)Chapitre 17 sur 39 · Chapitre lxxxvîl · texte numérisé non relu

Chapitre lxxxvîl

Grand sacrifice célébré ea Thonneur de Huitziiopocbtli lors du couronnement de Moctezuma. |Les chefs étrangers retoament chez eux très-satisfaits d'atoir assisté à des fêtes comme ils n'en avaient jamais vu.

Quand h jour fut venu , Moctezuma envoya d'abord et avant tous les autres des vêtements au roi d'Aculhuacan* C'étaient une tresse de cheveux ornés de plumes » des anneaux d'or pour les lèvres et pour les oreilles , un large ruban doré ( teocuitla matemecatl) y des anneaux dorés pour les pieds ornés d'un grelot d'or , et un riche manteau de filet dont chaque nœud était orné d'une pierre fine et qui était bordé d'un frange de sonnettes d'or , ainsi qu'une pagne bleue bordée de la même manière. Le roi des Tecpanèques, qu'on regardait comme son frère, reçut un costume exactement pareil , et de moins beaux furent distribués aux principaux chefs. Ceux-ci^ après avoir orné leur tête d'une grande quantité de plumes et mis des bracelets d'or, rejoignirent les

danseurs daBs la cour du palais, guidés par les deut rois.

Moctezuma appela ensuite le majordome Petlacall et lui dit d'apporter les présents qu'il avait préparés pour être distribués aux chefs étrangers. Tout cela était très-beau et très-ricbe; GihuacoatI en distribua également aux chefs mexicains , de sorte qu'il n'y en eut pas un seul qui ne reçût un superbe costume. Il leur dit en les leur distribuant : « Orneï votre personne et jouissez du temps présent , car vous avez la mort devant les ygux. Vous voyez vos ennemis devant vous , et peut-être que demain ils. recevront la mort ou vous la donneront. Mais maintenant dansez et jouissez des douceurs du repos. » Les chefs mexicains allèrent donc au-devant des chefs étrangers. On avait eu soin de placer ceux-ci dans des salles qui n'étaient éclairées que par de grands brasiers, afin que la populace mexicaine ne s'aperçût pas de leur présence, car elle les aurait massacrés et aurait détruit la maison. Quand ils se furent assis sur de magnifiques sièges ornés de peaux de tigre, les chefs étrangers demandèrent la permission d'aller saluer Moctezuma et de lui baiser les mains. Ayant été introduits, ils le saluèrent humblement et lui adressèrent un long discours au nom de Maxiscat^in , roi de Tlaxcalla. Ils lui dirent qu'ils voyaient bien que sa magnificence et sa générosité surpassaient toute chose au monde , puisque , malgré la guerre cruelle qui les divisait, ils les avait invités à assister à ses fêtes. Ils lui ofirireut un arc , de»

plumes 9 des cuirasses , des étoiles de nequen et dw vers autres objets, eu excusant la mesquinerie de leurs présents sur ce qu'ils étaient de pauvres mon^ tagnards. Après avoir répondu amicalement aux Tiaxcaltèques, Moctezuma reçut successivement les hommages de tous les autres chefs des nations enneimies, qui lui offrirent également des productions de leur pays. Ceux de la Huasteca offrirent des acatla^ pitzalliy étoffes ornées de lames d'or ; des matlapi^ loin, bracelets ornés de pierres précieuses , Aesyexipapaatl, ornements du même genre pour les pieds, auxquels était attachée une aile d'oiseau nommée tzicayulli , ornée de grelots d'or , et des zoatezcatl , espèce de gants ornés de petites plumes brillantes.

Les chefs de Mechoacan , après l'avoir salué de Içi part de Caltzontzi leur roi , lui adressèrent un discours et lui offrirent des huepiles, espèce de vêtement à longues manches, qui ressemble à celui des prêtres, il s'attache par-devant et descend jusr qu'au milieu des reins ; des tzanatons ou cottes de mailles très-bien travaillées , des arcs avec leurs car* quois dont chacun contenait cent flèches dorées et du poisson fumé sur claies. Moctezuma leur répondit par des vœux en faveur du roi Caltzontzi et de tous les chefs du Mechoacan. Il les fit asseoir et serr vir avec la pompe qui convenait à un roi comme lui, le plus redouté qui eût jamais régné dans le Mexique.

Ceux de Yoptzinco entrèrent ensuite, firent leur compliment et oQrirent leur présent qui consistait

en pierres précieuses de diverses couleurs , des tuyaux de plume remplis de poudre d'or, et des peauY tannées de tigre , de lion et de loup. Après les avoir remerciés , Moctezuma fit servir à tous les chefs étrangers un festin digne d'un puissant roi comme lui. Il leur fit ensuite distribuer des xahual* cuauhjo , riches manteaui[ brodés de bleu, et des ysnextlacuilolo ^ autre espèce de manteaux de diverses couleurs; des ozelotlimatli ^ manteaux tachetés , qui imitaient la peau du tigre, et desjrtzcoyaOi qui imitaient celle du serpent ; ainsi que d'autres , nommées yopimaxtlatl , ytzohuatzallimaxtle et cuayaliualiuhqui. On leur distribua également de riches boucliers, des épées, des devises ornées de plumes brillantes. La devise qui fut donnée aux Tlaxcaltèques était une tête de cuexololl en or : elle ressemblait à une tète de chien sans oreiUes. Celle qui se trouvait sur les armes données aux chefs de Huexotzioco était un tzocolle ou rivière courante, en or. Un tozmicuiztliy ou télé de mort en or, ernait celles qui furent données aux guerriers de la ^uasteca; et ceux du Méchoacan en reçurent sur lesquelles brillait un papillon d'or avec des ailes dassur^ le même insecte, mais noir et fauve, ornait celles des Yopicas.

Quand Gihuacoatl Tiilpotooqui eut terminé cette distribution, il leur fit un long discours pour les remercier d'être venus de pays si éloignés, et les chargea de saluer à leur retour leurs rois de ia part de Moctezuma. Il les invita pour le moment à seré-

jouir , à danser et à chanter dans Je grand palais de Huitzilopocbtii.

Cette cérémonie terminée , ils se rendirent tous dans la cour du palais pour recommencer la danse; et pour qu'il y eùl place pour tout le monde , car ils étaient plus de deux mille, ils éteignirent les bûchers qui y brûlaient. Chaque fois que les chants recommençaient , les chefs étrangers redescendaient dans la cour pour chanter et pour danser, sans que personne s'en aperçût , car cela n'avait lieu que de nuit et ils se déguisaient avec de fausses chevelures. Au bout de quatre jours, ils firent un discours éloquent à Moctezuma pour prendre congé de lui et retourner dans leur pays. Cihua* coati les remercia en son nom , et Moctezuma leur donna des milres telles qu'elles étaient portées par les seigneurs , que l'on nommait teocuitlajrxcua ametl jrtzoyo , et des chasse-mouches pour les re<* mettre à leurs rois. Chacun se mit alors en route pour retourner dans son pays , et un grand nombre de guerriers mexicains les accompagnèrent jusqu au milieu des montagnes.

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