‹ Histoire du Mexique (volume 3)Chapitre 20 sur 39 · CHAPITRE XC · texte numérisé non relu

CHAPITRE XC

Mocteiuma , instrait da massacre des marchaDdâ mexicains r déclare la guerre aux habitants de Tututepee et de Quet* xaltepec»

Quand leç ntarcliands furent arrivés à Mezko, rifi vinrent rendre <n>ii2pte k Moctezuma et à son conseil des refus que Ton avait fait de les admettre dans ces devix villes et lui présentèrent les vêtements qv^'ils. avaient trouvés. Moctezuma convoqua aussitôt le9 chefs des di vers quartiers et leur demanda s'ils savaient à qui ils appartenaient. Ceux-ci ne tardèrent pas n les reconnaître. Moctezuma ordonna alors aux marchands de garder le silence jusqu à ce qu'il eut pu prendre ses mesures, et chargea d'autres marchands d'aller reconnaître les préparatifs de défense qu'on, avait faits à Quetzaltepec. Il leur enjoignit iho demander des renseignements aux marchands qui avaient commercé dans ce pays et d'examiner les retranchements qui avaient été construits par l'ennemi. Il leur recommanda surtout d'examiner

-noies bords de la grande rivière et d'y chercher la trace des cadavres qu'on y avait jetés , et d'interroger les habitants des contrées voisines qui étaient vassaux de Tempire.

Les marchands voyagèrent jour et nuit , et quand ils arrivèrent aux palissades qui avaient été construites par les habitants de Tututepecet de Quetzaltepec , ils virent bien qu'ils ne pourraient passer dans cet endroit , et se décidèrent k traverser la rivière à la nage. Ils allèrent ensuite examiner la forteresse qu'on avait remplie de quartiers de roc pour les faire pleuvoir sur les assaillants. Ayant été découverts par les gardes , ceux-ci leur demandèrent à grands cris qui ils étaient , leur déclarant que s'ils étaient Mexicains , il leur était défendu de les laisser passer outre , mais qu'ils allaient les massacrer jusqu'au dernier. Les Mexicains leur répondirent : « Nous ne sommes pas de Mexico , mais bien de Huexotzinco. » Les gardes répliquèrent: « Gela ne fait rien, retournez sur vos pas, si vous ne voulez pas avoir le sort des Mexicains qui sont tombés sous nos coups. »

Les marchands furent donc forcés de repasser ^ fleuve et retournèrent en toute hâte à Mexico pour rendre compte à Moctezuma de ce qu ils avaient vu. Quand le sénat fut rassemblé , le plus habile d'entre eux prit la parole et rendit compte de ses observations. « La muraille que les ennemis avaient élevée était, dit-il, haute de cinq vares , et au sommet l'on avait amassé de gros quartiers de roc pour les

faire roaler sur les assaillants. » II ajouta qu'ils avaient été obligés de prendre la fuite et de repasser la grande rivière parce qu'on avait voulu les massacrer. Quand les marchands eurent terminé leur rapport, Moctezuma leur fit servir un repas, et après leur avoir donné à chacun deux vêtements complets, il les envoya se reposer dans leur maison.

Aussitôt que le roi d'Âculhuacan et celui des Tecpanèques furent arrivés à Mexico, Moctezuma se concerta avec eux, et il fut convenu qu'ils réuniraient leur armée le plus promptement possible ; que chaque roi marcherait séparément afin d'attaquer l'ennemi de différents càtés , et mettrait tout à feu et à sang sans épargner personne que les jeunes enfants. Guauhnoctli , capitaine général de l'armée mexicaine , convoqua les principaux guerriers ainsi que les Tequihuaques , les Cuachics, les OtomiSj et les Cuauhuehuèques , et leur ordonna de réunir leurs soldats et de faire fabriquer des armes de toutes espèces. 11 envoya aussi auxGhichimèques des montagnes l'ordre de fournir une quantité de vivres double de celle que l'on emportait ordinairement en campagne, parce que l'on avait une longue route à faire. A mesure que les guerriers avaient terminé leurs préparatifs, ils se rendaient à Ocotepec , où l'armée devait se réunir, de sorte qu'il ne resta pas k Mexico un seul jeune homme audessus de quinze ans : l'on n'y voyait que des vieillards et des enfants.

Quand Moctezuma eut réuni toute son armée , il

se hâta d'envoyer des messagers à Tezeudo et à Tacuba pour avertir les deux roôs de le rejoindre à Xallianqutsco. Dès ({u'ils y furent arrivés , on examina U marche à suivre. Moctetuma dit : « Je vais marcher droit à l'ennemi; nous verrons s'il sait défendre ses retrancliements , si le jeune homme vaut mieux que le vieux , et si son épée est plus tranchante que la mienne. Que le roi d'Aeuthuâcan attaque en même temps par la droite , et celui des Tecpanèques par la gauche. » 11 envoya en avant cinquante vieux guerriers pour reconnaître la route. Ceux«-ci 'marchèrent toute la nuit, et n'en trouvèrent pas de meilleure qu'un ancien sentier qui passait par-dessus une montagne. L'armée se mit en marche au lever de l'aurore , et traversa , malgré la rapidité effrayante du courant , la rivière qui se nommait Quetzalotzitempan. Pour en venir à bout, Moctezuma fil fabriquer des radeaux avec des bottes de it>seaux qui croissaient en grande quantité sur les bords de la rivière; on les recouvrit avec dés planches et on les gouverna tivec des rames fabrl^ quées en toute hâte dans le^ grandes foirèts qui se trouvent près de là.

Aussitôt que les Mexicains eurent traversé la rivière, ils attaquèreoQt si vivement lea fortifications do l'ennemi , qu'en moins d'un quart d'heure ils s'en rendirent maîtres» Ceux qui étaient chargés de les ^ défendre , se voyant a ttaqués par derrière , voulurent prendre la fuite; mais il$ furent atteints par les Mexicains qui , voulant les empêcher de donner

l'alarme, les massacrèrent jusqu'au dernier. Mocte» zuma, qui avait chargé en tête de ses guerriers, monta au sommet du temple et donna Tordre de mettre le feu à la seconde palissade et aux cabanes que ses défenseurs avaient construites pour s'y lo* ger. Les Mexicains furent si prompts, qu'avant neuf heures du matin il ne restait pas un seul ennemi vivant dans le fort, à l'exception de quelques eufants âgés de moins de huit ans. Moclezuma fit reposer ses guerriers , et lui-même, tout couvert desaug, se coucha à Torabre de quelques arbres qui se trom*^ vaient là. Jusqu'à la nuit les Mexicains, qui s'étaient répandus de tous «côtés , arrivèrent auprès de lui chargés de dépouilles , et lui amenant une grande quantité de prisonniers; les uns étaient attachés avec des cordes, les autres avec des colliers nom* mes cuauhcozcatl. Le lendemain , Moctezuma fît compter ses captifs et il se trouva que leur nombre se montait à six cents; les guerriers d'Aculhuacan en avaient pris quatre cents , et les Tecpanèques trois cent cinquante.

Moctezuma dit alors : « Le dieu Tlalteuctii et le Soleil nous ont favorisés ; reposons-nous jusqu'à de* niaio ; pendant ce temps nos frères iront recon^ nattre les fortifications de Quetzaltepec et l'endroit par lequel il convient de les attaquer. Je choisirai pour cela des gens habiles et prudents. » Il y en* voya en effet douze vieux guerriers , qui tournèrent pendant toute la nuit autour des murailles sans pouvoir découvrir d'entrée. La première enceinte

— tu —

avait cinq brasses de làv^e et trois de haut ; on avait accumulé une grande quantité de pierres au sommet ; il y en avait quatre autres également fortes. La siième n'avait que deux brasses de haulr, «lais elle en avait six d'épaisseur ; il y avait au sommet des cabanes destinées à protéger les défenseurs qui étaient en très-grand nombre. Moctezuma ayant entendu leur rapport résolut de faire faire des échelles dans la grande forêt pour escalader les murs, pensant avec raison que tous les ennemis qui étaient dispersés le long de l'enceinte, se réuniraient sur le point qui serait attaqué de front; car il y avait à l'intérieur des escaliers de pierre pour faciliter les communications. Pouc empêcher les ennemis d en profiter pour gagner la seconde enceinte quand ils auraient été repoussés de la première, il ordonna que ceux qui monteraient les premiers à l'assaut seraient des archers, qui, dès quUls seraient parvenus au sommet de la muraille , feraient pleuvoir sur eux une gréle de flèches. L'armée de chaque roi devait avoir six échelles, et pendant qu'on escaladait le mur d'un côté , on devait d'un autre chercher à y faire une brèche, ce qui n'oOrait pas de grandes difficultés, parce qu'il n'était construit qu'enterre; « car , dit-il , il faut absolument que nous nous emparions de cette ville ; ce n'est que pour cela que je suis venu ici , et j'y resterai , s'il le faut , un ou deux ans. » On se mit donc aussitôt à travailler aux échelles avec tant de zèle que loin de s'en tenir à la quantité

qui avait été ordonnée , on en fabriqua plus de deux cents.

Quand tout fut près et que les Mexicains marchèrent à l'assaut , les habitants de Quetzaltepec poussèrent de si grands cris qu'ils s'élevaient jusqu'au ciel. Les guerriers de Tacuba attaquèrent ensuite et perdirent beaucoup de monde parce qu'ils avaient négligé d'apporter des planches pour se mettre à l'abri des pierres et des traits qu'on leur lançait; mais enfin ils parvinrent à y faire brèche au moment même où les Mexicains étaient parvenus au sommet , de sorte que les défenseurs furent forcés de chercher un refuge dans la seconde enceinte. Mais les Mexicains les poursuivaient de si près, qu'ils y entrèrent péle-méle avec eux, de sorte que les cinq premières enceintes furent enlevées en un instant. Avant d*attaquer la dernière , Moctezuma fit retirer ses guerriers pour les laisser se reposer ; mais il fit si bonne garde que les ennemis ne purent lui enlever les postes dont il s'était emparé, et que les Huastecas, qui essayèrent pendant la nuit de porter secours à ceux de Quetzaltepec leurs alliés , furent également repoussés quand ils tentèrent de traverser la rivière ; de sorte que les premiers , qui avaient concentré toutes leurs forces dans les fortifications dont Moctezuma s'était emparé , ne purent lui résister plus longtemps.

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