‹ Histoire du Mexique (volume 3)Chapitre 23 sur 39 · CHAPITRE XCin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCin

Conquête des proviqces de Yanbniilan et de Zoxolan par les Mexicains. L*armèe victoriease célèbre à son retour à Tenuchtitlan la grande fête du TIacaxipehualiztli.

Tlacotecatl, Tlacochcalcatl, Nezabuahuacatl, Nacolnahuacatl, Tilancalqui , Tocuiltecail , Tezcocoacatl et Atlixratl furent chargés par Moctezuma rie diriger les jeunes guerriers qui n'avaient point encore Texpérience de la guerre , et de les guider dans tous ses exercices et toutes ses ruses. Le lendemain , les Mexicains se mirent en marche , et quand ils furent arrivés dans un endroit nommé Tzapotitlan , ils s'y arrêtèrent pour attendre leurs alliés. Gomme on était en face de l'ennemi, Moctezuma , qui comptait l'attaquer le lendemain , envoya de tous les côtés des partis pour reconnaître sa position et pour aller chercher dans les montagnes de fortes pièces de bois dont on fabriqua des échelles. Les chefs se mirent à exhorter leurs soldats à bien combattre en leur promettant la protection des dieux. «Oubliez, leur

disaient-ils , vos familles , vos femmes et vos enfants ; oubliez toute crainte et vous obtiendrez avec la victoire des richesses et du repos. Si vous tombez sous les coups des ennemis y tous irez jouir d'une gloire et d'une joie éternelles auprès du dieu Mictlanteuctli. K Ils rangèrent ensuite leurs soldats en bataille et attendirent jusqu'au lever du soleil le retour des partis qui avaient été explorer les positions de l'ennemi. Ceux-ci arrivèrent au lever du soleil en amenant plusieurs prisonniers et en criant : a En avant , Mexicairis, nous vous amenons déjà des captifs. »

Les Mexicains se mirent aussitôt à massacrer tout ce qui se trouvait devant eux , sans épargner même les vieillards. Ils coupaient les arbres fruitiers et les ma^ueys, et mettaient le feu partout, et renversaient les édifices sans laisser une pierre sur l'autre. Enfin les principaux chefs fatigués eux-mêmes, dirent à leurs soldats de se reposer pour pouvoir attaquer le lendemain les Zozoltèques. Mais ayant pris le lendemain la ville de Zozolan, ils n'y trouvèrent pas un seul être vivant , car tout le monde avait pris la fuite et s'était caché dans les montagnes. Les Mexicains les parcoururent dans tous les sens pendant quatre jours sans pouvoir découvrir les fugitifs. Ils se décidèrent donc à retourner à Tenuchtillan pour rendre compte à Moctezuma de ce qui s'était passé Ils le prévinrent par des messagers de le ur arrivée, et celui-ci vint au-devant de l'arméejusqu'à un endroit nomroéChalchiuhtlarayocan. Les prêtres firent

selon l'usage retentir , au sommet des temples, leurs instruments de musique ; et ceux qui avaient pris part à cette campagne, après avoir fait leur adoration au temple de Huitzilopochtli , se rendirent au palais de Moctezuma , et lui rendirent compte de la défaite des habitants deTanhuillan et de la fuite de ceux de Zozolan qu'ils n'avaient jamais pu trouver et dont ils avaient brûlé la ville. Après le repas , Moctezuma fit appeler le grand majordome Petlacatl et lui ordonna d'apporter tous les vêlements qu'il avait sous sa garde. Il choisit les plus riches mantaux qu'on nommait nextlacuilolli et coaxayacayo, et les leur distribua ainsi que les plus belles pagnes ou maxtlatl.

Peu de temps après arriva la fête appelée Tlacaxipehualiztli , dans laquelle on devait sacrifier les malheureux captifs faits dans sa dernière campagne. Moctezuma fit convier les habitants des villes voisines à y assister , et même ceux de Huexotzinco , de Cholula , d'Atlixco , de Tlaxcallan et d'autres villes ennemies. Quand ces derniers furent arrivés , on les logea secrètement dans un palais que Ton avait préparé pour eux sans que personne se doutât de leur présence, oii on leur fournit en abondance tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Ceux de Tliliuhquitepec, de Meztitlau , de Mechoacan et de Yapitzinco qui arrivèrent le lendemain, furent traités de la même manière. Les messagers qui avaient été les chercher furent chargés de les servir et de leur fournir tout ce dont ils pourraient avoir besoin jusqu'au

jour de la fête. Trois fois par jour os leur apporUit des mets de toute espèce , des fleurs et de& parfums. Moctezuma avait signifié aux Mexicaios , chargés de les servir, qu'il ferait brûler leuf maison et qu'illes ferait mettre à mort avec leurs femme» et leura emfaots si le secret se découvrait. Les chef» eooemis témoignèrent à ceux qui les servaient le déïind'étre admis en présence de Mocte2&uma et de lui offrir les présents qu'ils avaient apportés. Celui-*ci y consentit et se les fit amener avec tant de secret que personne ne se douta de leur venue. Il le» reçut sissîa entre ks deux roi» d'Aculhuacan el de Tacuba. Les TlastcaK tèques entrèrent les premiers. Après lui avoir fait un compliment de la part de leur roi, ils lui offri'rent de riches plumes , ainsi que des arcs et des flèches, armes des Ghichimèques. Ceux de Me^titlan vinrent ensuite et présentèrent des colliers de pe*tites pierres brillonles et des manteaux brodés. Ceux de Mechoacan et de Yopico ofirirent des maoteauit et des robes étroites , nommées Zànatan , des calebasses très^ornée» et des TopalU ou tabourets en bois sculptés. Ceux de Yupitzinco donfièref»t plusieurs charges de cacao.

La veille du jour où devait se célébrer le cruel sacrifice^ on servit un superbe souper aux étrangers, et le matin on leur distribua de riobes vêteineals tout neufs, nomimés tlauhtemalacaya » et des manteaux imitant la peau du tigre ocelotlimatli. Les tlauhtenialacayo étaient ornés d'une roue brodée ^ et les tlauhtonatiuh qu'on leur distribua également y

d'une %ure du soleil brodée en bleu. On leur donna aussi toute espèce de pagnes ou maxtlait, des boucliers et des* casques ornésavecdes pi umesdes oiseaux tlauhquechol et tzinitacan-y des chasse-mouches et des parasols de plumes précieuses. Moctezuina les fit placer dans un endroit secret , d'où il» pouvaient très-bien voir la fêle. Ils étaient couverts en feuilles de zapotiller ou tzapocalli. Ony avait placé de trèsbeaux siéjzes nommés quecholyepaUi.

Quand la malheureuse victime, armée d'une épce et d'un bouclier , était placée sur le tamaiacdal , un guerrier, qu'on nommait ^wma/aAii^ on celui qui combat de nuit , descendait du temple de Huitzilopochlli et allait l'attaquer en dansant autour de lui au son du teponaztli. Il couvrait de blessures la malheureuse victime qui ne pouvait se défendre , parce qu'elle était placée beaucoup plus haut que lui. Aussitôt qu'elle était tombée , cinq ou six prêtres s'en emparaient et l'entraînaient sur le cuauhxicalli , où ils le tenaient sans qu'il pût faire un seul mouvement. Celui qui lavait abattu s'approchait alors de lui, lui ouvrait la poitrine avec un caillou tranchant et lui arrachait le cœur, qu'on jetait dans le cuauhxicalli. Il arrivait quelquefois qu'après cette cruelle opération la victime se relevait encore et faisait trois ou quatre pas en avant. Fernand Cortez , lors de la conquête du Mexique^ assista à un sacrifice de ce genre dans la ville de Tepeaca, et en fut si irrité qu'il fit renverser à l'instant l'idole du grand dieu Quetzalcoatl qui se trou-

vait au lommet da temple. Il s'ensuivit une grande révolte parmi Us Indiens, dont plus de dix mille tombèrent sous les coups des E8p;igiiol8. Pour en revenir à notre histoire , quand la victime tombait, elle était remplacée par une autre; et ces sacrifices duraient toute la journée. Pendant les deux jours suivants , on exécuta un mitote ou danse soleunelle sur la grande place. Quand il fut terminé , Moctezuma congédia tous les conviés apj^ès leur avoir distribué des présents pour eux et pour leur roi , et , pour qu'ils voyageassent avec plus de sûreté, il les fit escorter jusqu'au milieu des montagnes par des guerriers mexicains.

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