CHAPITRE XCIV
Des messagers de Haagaechula et d*Atzitzifauacan viennent se plaindre à Moctezuma de ce que les habitants de Haexotzinco et d'Atlixco ont détruit leurs champs de mais. Moctezuma réunit une armée pour marcher contre ces derniers.
Un des principaux cheFs mexicains fut envoyé à Tezcuco et à Tacuba pour ordonner aux deux rois de réunir leurs troupes le plus promptement possible. Le roi de Tezcuco se montra fort satisfait et déclara qu'il leur ferait la guerre à feu et à sang. Il chargea de réunir ses troupes les capitaines nommés Zeze* péctic (la gelée pure], Macuilmalinal (le cinquième tordu), et Tezcatlpopoca (le bouclier qui fume). Atlixcatl et Tepehua furent envoyés par Moctezuma pour ordonner au seigneur de Tula ,Ix tlilquechahuac de venir le trouver aussitôt à la tète de toute sou armée. Celui-^ci se hâta d'obéir et l'armée mexicaine se mit en marche. Quand elle fut arrivée dans un
endroit nommé Tzilzihuacan, Ixtlilquechahuac dit II. 10
à Moctezttma : « Que ferons-nous ? Si vous y con* sentez, j'attaquerai le premier l'ennemi, et si je suis repoussé les Mexicains et les autres nations viendront à mon secours.» Moctezuma y consentit, et quand Iztlilquechabuac à la tète de ses guerriers attaqua ceux de Huexotzinco, ces derniers leur jetèrent insolemment des roses et des parfums et se mirent à pousser de grands cris en frappant sur leurs boucliers. Les guerriers de Huexotzinco étaient tous uniformément vêtus de couleur jaune. Ixtlilquecbahiiac, au contraire, voulant se faire reconnaître dans le combat , était orné de plumes magnifiques ; il portait des bracelets d'or et son casque était surmonté d'un aigle qui battait des ailes. Il enfonça d'abord les rangs ennemis, mais les guerriers de Huexotzinco l'ayant reconnu à son brillant costume, l'entourèrent de tous les côtés et le firent prisonnier après avoir pris ou tué tous les guerriers qui l'entouraient. Les Mexicains s'en étant aperçus volèrent à son secours et s'élancèrent sur l'ennemi. Mais , mali^ré leur valeur , ils tombaient comme les agneaux sous le couteau du boucher. Us furent presque tous tués ou pris. Au nombre de ces derniers se trouvaient les deux chefs, Zezepactic et Tetzcatlpopoca ; mais , heureusement pour eux , les guerriers de Mailatzinco et de Gbalco chargèrent à leur tour l'ennemi et finirent par obliger ceux de Huetzotainco à demander une trêve que les Mexi^ oatns leur accordèrent.
Cuauhnoctli envoya aussitôt des messagers a
Mexico pour annoncer la fin de cette guerre intestine ou Xochijafoil par la défaite de ceux de fluexotzinco. Quand Moctezuma eut reçu son mes- «age, il se mit à verser des larmes sur la mort des Mexicains qui avaient succombé. Il appela ensuite Cihuacoatl et ordonna que les réjouissances pour la victoire succédassent aux larmes , et que les prêtres se rendissent au sommet des temples pour faire retentir Tair du son des instruments. Ceux qu'il en- Toya au-devant de Tarmée la rencontrèrent dans un endroit appelé Tozitlan et la reçurent avec les cérémonies usitées en pareille occasion. Après avoir été se prosterner devant Tidole de Huitzilipochtli , Guauhnoctli se rendit auprès de Moctezuma et lui raconta la bataille ainsi que la mort des trois chefs et de plus de 10,000 soldats qui étaient restés sur le champ de bataille. Quand il eut fini son discours, Moctezuma le remercia du service qu'il lui avait rendu en terminant cette guerre intestine, et lui. fit distribuer, ainsi qu'à ceux qui avaient pris part à son expédition , les présents d'usage.
Le lendemain, il fit construire un tlacockcalli pour ceux qui avaient péri dans cette guerre, et fit engager les habitants d'Âculhuacan et de Tacuba à venir assister aux funérailles d'Ixtlilquechahuac, de Zezepactic et de Tezcatlpopoca. Tous les chefs du voisinage s'empressèrent d'y accourir, apportant avec eux de riches étoffes pour envelopper les morts. Dans les villes de Huexotzinco , de Cholula et de Tlaxcallan, on rendit les mêmes bonheurs à ceux
qui avaient péri dans le combat, car ce n'était pas seulement chez les Mexicains qu^ls étaient usités. Le lendemain on sacrifia une grande quantité de captifs , et on brûla sur le tlacochcalli les simulacres qui représentaient les trois chefs , ainsi que toutes leurs richesses et leurs armes.
Cette cérémonie terminée , Moctezuma convoqua les chefs et leur dit : « J'ai appris que les habitants de Tuctepec ont construit un temple et se sont révoltés. Ils ont fait alliance avec ceux de Coallan. II faut faire avertir tous les princes de réunir leur armée à la nôtre; les captifs que nous ferons dans cette expédition serviront à la dédicace du nouveau temple de GoatepetI et de Goatzocalli. Tous les princes se préparèrent en toute hâte à entrer en campagne ; on en fit de même à Tenuchtitlan. Aussitôt qu^on fut arrivé sur les frontières des pro- ^nces révoltées , Tannée se mit à dresser ses tentes et à construire des cabanes de branchage pour ses chefs. On construisit ensuite des ponts pour traverser la rivière qui formait la limite, afin que les soldats ne fussent pas entraînés par le courant en la traversant à gué. Le lendemain les chefs exhortèrent' leurs soldats à combattre vaillamment, et choisirent les plus vaillants guerriers, les Cuachics et les Otomis^ pour former l'avant-garde. Quand ils arrivèrent en vue des ennemis, ils virent qu'ifs étaient armés de forts boucliers en jonc, tressés, et vêtus pour la plupart de peaux de tigre; en les voyant, ils poussèrent des cris qui ébranlèrent les
montagnes, et leurs chefs eurent beaucoup de peine à les empêcher de se précipiter sur eux simultanément et en désordre , au lieu de le faire en corps et successivement.
Les chefs des ennemis leur disaient de leur côté : «Il faut tuer ces Mexicains jusqu'au dernier; vous voyez qu'ils sont faibles et mal armés. Ils ne pourront pas résister deux heures. » Ils n'eurent pas le temps d'en dire davantage , car les Mexicains s'élancèrent sur eux , en firent un cruel massacre et prirent une grande quantité de captifs. Les seuls qui échappèrent, furent des sorciers qui se changèrent en crocodiles et s'enfoncèrent dans les rivières.
Après cette victoire , Moctezuma convoqua tous les chefs et leur dit : « Il faut maintenant que nous rentrions dans notre pays avec notre butin et nos prisonniers, afin de célébrer l'inauguration du nouveau temple. » On compta les captifs et il se trouva que les guerriers d'Aculhuacan en avaient fait 180 , les Tecpaneques 200, les Ghalcas &.0, ceux de la terre Chaude 20, les Gbinarapanecas 60, les montagnards de Guauhtlalpan kO , les Nauhtecas 60 , ceux de Matlaltzinco 80, et les Mexicains 120 ; ce qui fait 800 en tout. Les Mexicains dirent alors: «Envoyons des messagers à Moctezuma pour lui annoncer la quantité de fils du soleil et de fils du Dieu des eaux que nous lui amenons captifs.» Celui-ci en fut trèsréjoui , et la population de toutes les villes des bords du lac s'avança j usqu'à TIacochcalco au-devant de l'armée victorieuse. En arrivant a Mexi-
caltzinco , elle fencontra les rieillards mexicains ou Cuauhuehueques qui étaient yenus au-devant d'elle suivant l'ancienne coutume. Les Tlamacazques lea attendaient éf^alement sur la grande place avec des fleurs et des parfums. Les instruments des prêtres résonnaient au sommet du temple de Huitzilopochtli dont les infortunés captifs firent d'abord processionnellement le tour. Ils furent ensuite conduits au temple de Moctezuma.