CHAPITRE XCVIII
Les Mexicains vont aa secours des habitants de Huexotlînco. Ils livrent bataille aax TIaxcaltèqoes sur le mont Saavage.
Aussitôt que cette décision eut été prise , les chefs mexicains ordonnèrent à leurs guerriers de prendre leurs meilleures armes et de se mettre en marche. Ils furent promptement rejoints par les GhinampanccaSy les Tecpanèques , les Tlatilolcas et les guerriers de Naubteuctli ^ et plus tard par ceux d'Aculhuacan et de Gbalco. Le général mexicain ordonna auic habitants de cette dernière province de se tenir prêts à livrer sur-le«çhamp les tribus en fèves et en maïs qu'ils devaient à Tempire. Il ordonna également aux habitants des terres chaudes d'apporter quantité de chile et de tomates. Toutes ces denrées furent réunies dans la ville de Ghalco.
Quand l'armée mexicaine arriva sur les confins de la province de Huexotzinco, le général avertit ses capitaines de se défier surtout d'un chef tIaxcaU
tèque , nommé Tlahuicola , qui passait pour trèsvaillant; et de chercher à le faire prisonnier pour l'envoyer vivant à Mexico. Quand les Mexicains eurent achevé de construire leur camp de Tlachicbilco et d'y élever des cabanes pour se mettre à l'abri de la pluie , le général ordonna que les Chaicas, les Ghulbuas, les Tecpanëques et Les Mexicains s'avançassent chacun par une route différente pour attaquer les Tlaxcaltèques. Les guerriers des autres nations se répandirent de tous les côtés pour n'en laisser échapper aucun. Il dit aux Mexicains : ({ Quelle que soit la bravoure , quelles que soient les armes de ce Tlahuicola, si redouté des guerriers de Huexotzinco, elles ne peuvent être supérieures aux vôtres. » Les Guachimes et les Otomis répondirent U)us à grands cris qu'ils s'empareraient de Tlahuicola ou qu'ils tomberaient sous ses coups. Quand les Tlaxcaltèques aperçurent l'armée mexicaine, ils commencèrent à battre en retraite, car ils n'osaient l'attaquer aussi hardiment qu'ils avaient attaqué les guerriers de Huexotzinco. Cela dura ainsi pendant trois jours , et les Tlaxcaltèques, qui se rapprochaient chaque jour de leur pays, en profitaient pour renvoyer chez eux ceux de leurs guerriers qui étaient fatigués et les remplacer par des troupes fratches. Les Mexicains voyant cela envoyèrent éga* lement à Mexico demander des renforts, et Moctezuma s'empressa d'ordonner à toutes les nations voisines de leur en envoyer, de sorte qu'en moins de quatre jours il en arriva à Ghalco le double du nom-
bre de l'armée qui fut également rejointe par tous les Chalcas et les Otomis des montagnes. On les vit arriver avec grand plaisir , car l'armée avait grand besoin de secours et était fatiguée de se trouver en présence des Tlaxcallèques. Mais comme le moment n'était pas favorable , on les renvoya en leur ordonnant de revenir au bout de vingt jours ; et Ton envoya à Moctezuma pour lui dire que la position des. TIaxcaltèques paraissait si forte que Ion n'osait les attaquer; mais celui-ci répondit : « Pourquoi avons-' nous donc commencé cette guerre? Ne faut-il pas en finir?» Le lendemain , Moctezuma reçut un messager qui lui annonça que l'on avait pris TIabui cola, et celui-ci lui fut amené le lendemain, ainsi qu'une grande quantité d autres Tlaxcallèques, par douze chefs mexicains. On leur fit faire, selon l'usage, .le tour du temple de Huitzilopochtli et du Cuauhxi' talli ou pierre des sacrifices Moctezuma , curieux de voir la figure de celui qui avait été lefiroi des guerriers de Huexotzinco se le fit ensuite amener. Tlahuicola lui dit : « Seigneur , je vous salue, je suis rOtomi nommé Tlahuicola , qui s'estime heureux d'avoir été admis en la royale présence du souverain le plus puissant du monde. » Moctezuma lui répondit :« Sois le bien-venu, tu sais ce que c'est que le sort de la guerre , aujourd'hui pour toi , demain pour moi y va te reposer et ne t'afflige pas. » Il lui fit donner un vêtement complet d'une étoSe imitant la peau de tigre , signe distinctif d'un vaillant soldat comme lui. Il y ajouta une pagne brodée, une H. 12
ëmeraude pour la lèvre inférioire , des pendants d'oreiile eli or , ainsi qu'un bouclier orné d'une de* vise nommée quitzaltenamayotl; c'était un ornement en plumes précieuses , au milieu duquel était un soleil qui brillait comme un miroir.
Cependant Tlabuicola se livrait à la douleur et répétait en pleurant : m Est-il possible , 6 mes femmes ! que je ne vous revoie jamais ! » Moctezuma l'ayant appris , lui fit reprocher sa faiblesse en ces termes : «Ixtiilcuechacua , Mallacuia , Maeuilmalinaly Zezepatic et Quitzicuacua, qui étaient d'aussi l^rands chefs et aussi nobles que toi, n'ont-ils pas succombé dans les champs de Huixotainco, de Gho» lulo et de TIaxcallan ? Ont^ils pensé à leurs femmes? Ta lâcheté déshonore ton san^ illustre, c'est Moctezuma qui te le dit* Retourne dans ta patrie, car ta conduite fait honte à tous les Mexicains. Va re^ troHver les femmes que tu pleures jour et nuit. » Tlabuicola ayant entendu ce discours, cessa de pleurer et ne fit plus entendre la moindre plainte. Moctezuma l'ayant appris ordonna aux calpixques de ne plus lui douner à manger, afin qu'il fût forcé de s'en aller. Tlahuicoia alla alors mendier de mai* son en maison ; mais voyant qu'on lui refusait des vivres et qu'il était généralement méprisé , il monta au sommet d'un temple et se précipita en bas. Moe* tezuma ai^rait bien voulu que les habitants de Huer&dtzineo retournassent chez eux , et pour les y forcer, il ordonna également aux calpixques de pester di^ leur fournir des vivres; mais les principaux
chefoen emmèfoèrent chacun deux ouptrois ».qttekpie«foift même 'cinq- oii' six , à leurs maisons #tfe char«gèrent de kanouVrir^
Les TiazcaUèques ayant appris la. mort de Tlar buicoiav cessèrent de faire la guenr^^aux Huexpti^ zincas. Leur» chefs Tecuan Ehuatl , Tlapanque* qubquîNelpiUoni^ et Guauhtecostli dirent. alpra à Moctezunta s «r Seigneur, c'est gr&ee à votre ,pno.t€Cf tion V à celle de rarméenieiicaineiet durgranddieu Huitailipochtli que- lé peuple iofortu^i^de H.W?ot* ^inoo commence à respirer ^ et nous vooiooa. mai n^ tenant retourner dans notre ville, car il esA.>temps maintenant de nettoyer :1e temple de. Mixoçaftl Ça^ maxtie. » Moctezumalénr répondit :- • Alki»^ 9- je suis fâché de n'avoir pas pu vous recevoir d'une manière plus digne de vous. Vous avez fait comme le voyageur qui est forcé de se loger dans une campagne au milieu d'un bois ; mais je vais d'abord faire vérifier si votre pays est libre et si les TIaxcaltèques s'en sont entièrement retirés. Il y envoya donc sept vieux chefs très-rusés qu'il chargea d'examiner toutes les routes et tous les sentiers ; ils arrivèrent jusqu'à Iztacquiztlan que Ton nomme aujourd'hui Quiahuiztlan. Voyant que tout était tranquille , et que Ton n'apercevait pas un seul TIaxcaltèque, ils revinrent en rendre compte à Moctezuma , qui fit appeler les chefs de Huexotzinco et leur dit : « Maintenant votre pays est entièrement libre d'ennemis , les routes sont sures et vous pouvez y retourner sans crainte. » Les chefs lui répondirent : « Seigneur, il
n'y a que *irous et le puissant dieu Huitzilopocbtii qui puisse nous protéger; si les Tlaxcaltèques vien*" nent de nouveau nous attaquer, c'est encore à vous que nous serons forcés d'avoir recours» et nous espérons que votre aigle impériale couvrira vos enfants de ses ailes. » Moctezuma leur répondit : « Ayez confiance en moi , car je vous regarde comme mes parents et mes amis. » Les chefs de Huezotzinco se mirent donc en route escortés de douze guerriers mexicains. En approchant de leur ville, ils rencon* trèrent quelques Indiens qui avaient été chercher des écorces d arbfes dans la forêt pour faire du char* bon et qui s'occupaient à cueillir du trèfle sauvage nommé ocoatochitl; il s'arrêtèrent pour les regarder^