CHAPITRE LXXIIÏ
Des présents qui furent offerts à Abuitzotl par les chetê dont il traversa les villes, et de la réception qu*on lui Gt à Tenachtitlan.
Ahuit20tl étant arrivé à Malinalco il s*y reposa pend;int la nuit; le lendemain il s'assit sur un sié^e recouvert d'une peau de tigre et placé sur une peau de lion. On plaça à ses pieds son arc et ses flèches, symbole de son droit de justice, et on lui apporta à laver f on lui offrit ensuite, ainsi qu'à tous les seigneurs mexicains, des fleurs et des mets de toute espèce. Les chefs se rangèrent ensuite en file, en tenant dans les mains de riches manteaux qu'ils offrirent a^u roi Abuitzoll , ainsi que d'autres présents de tout genre ; ils lui adressèrent de longs discours sur son expédition , et le félicitèrent sur sa victoire et sur le repos dont il allait jouir à son retour dans ^a capitale. Quand il fut arrivé à Atlapulco, de nouveaux ambassadeurs vinrent le féliciter au nom des
chefs tle Tenanlzinco, d'Ocuilan, de Xocbiaque- Allatlauhcan y de Tzoquîtzinco, de Coatepec et «le Xalailaubco, et lui oQrirent des vivres et des présents, parmi lesquels on reinar.[uail des pains de mimiakuatl ou miel qu'on extrait du maguey, et des cuauhoquillez f espècetle vers qui s'engendriMitdans le bois.
Le lendemain, il arriva à Àcoxocbic, ouest aujourd'hui Santa-Fe. 11 envoya de là un messager à CibuacôatI pour lui annoncer stes victoires et la destruction complète de ses ennemis; car, comme on Ta vu j il n'était pas resté à Alabuiztlan un seul être vivant. Cihuacûatl envoya aussitôt chercher tous les Cuacuacuiltzin , pour ordonner à tous ceux qui ^étaient alors à Calmecac otcupés à brûler des parfums et à faire pénitence , d'aller au devant d'Âliui tzotl. Les prêtres se hâtèrent d'obéir à cet ordre et arrivèrent le lendemain matin à Acoxochic. Après avoir brûlé des parfums devant le roi , ils firent un long discours à sa louange et lui offrirent des fleurs. Les chefs Aculhuac;in, Ticocyahuacati , Huitznahuaratl, Tiailolla^-, Tocuiltecatl , ËzhuabuacatI, Tezcocoatl et Tlacochcalcatl les remercièrent au nom d'Ahuitzotl. Quand il fut arrivé à Mazalzinmalco il y fut reçu par les Âchcauhtzitiy maîtres chargés d'enseigner Tart de la guerre aux jeunes gens dont les cheveux étaient tressés avec des fils, de manière à ressembler à des mèches de chandelles
Aussitôt en arrivant a Tenuchlitlan, Ahuilzoll fut droit au temple de Huilzilopochlli , se prosterna
eï b.iisa la terre devant Titlole . ce qui fut imité paf tous les chefs. II se rendit ensuite à son palais , à la porte duquel l'aUendait Gihuacoatl, qui l'embrassa en lui (li>*ant : Soyez bienvenu, mon fils , dans votre palais situé au milieu des roseaux du lac, protégé par Huilzilopochtli ; grande est la joie de tous vos Mexicains de vous voir revenir sain et sauf, après ^voir vaincu vos ennemis , les fils du soleil , de Fair, de la terre et du vent. Maintenant que vous avez Raffermi l'empire un instant ébranlé, vous pouvez attendre toutes les nations du monde, recevoir leurs hommages et leur distribuer des présents , comme l'ont fait vos ancêtres avant vous.
Quand celte cérémonie fut terminée, on lui offrit à laver, avec le cérémonial qui convenait à un aussi grand prince, et on lui servit un banquet. Les captifs, quoiijue tout tremblants , furent forcés de chanter et de danser autour du Cuauhxicaili et du grand temple de Huilzilopochtli. Ils se rendirent ensuite au palais d'Ahuitzotl, et au moment où ils se mirent en marche on entendit résonner du sommet de tous les temples les tambours et les trompettes. Ils allèrent saluer CihuacoatI, qui leur fit un petit discours et leur ordonna de danser dans la cour du palais; il \eut fit ensuite distribuer des vivres en abondance, ainsi que d'excellent cacao. II fit ensuite appeler le majordome Petlacatl et lui ordonna de les tenir sous bonne garde, mais de les bien traiter, ainsi que le méritaient des fils du soleil.
CihuacoatI dit ensuite au roi : Seigneur ^ puis'iue
hos (ils bien-aimés nous okit amené des cscLives , n'est-il pas juste qu'ils Soient récompensés de leurs peines et que nous leur fassions distribuer des vêtements? Le roi ayant accepté celte proposition, il oîdonna aux majordomes d'apporter toutes les étoRcs qui se trouvaient dans les magasins , et on distribua le tout aux cbefs et aux soldats, qui se retirèrent fort contents chacun de son côté. Les esclaves de Teloloapan, d'Oztoman et d^Alahuiztlan , furent ensuite répartis entre les majordomes chargés de leur garde jusqu'au jour du sacrifice.
Au bout de six mois , Cihuacoatl dit à Ahuitzotl : J'ai réfléchi qu'il était bien dur de laisser perdre les maisons , les champs cultivés et les plantations de cacaotier qui se trouvaient dans les deux villes que vous avez entièrement détruites. Si vous parcourez les chroniques de cet empire, vous y verrez qu'après avoir fait la conquête de Huaxaca , de Jancuillan et de Cuzcallan, mon frère Moctézuma les fît peupler de nouveau. Il faudrait suivre cet exemple et en faire prévenir les chefs nos vassaux. Ahuitzotl chargea donc Tilancalqui de se rendre auprès des rois Nezahualpilli de Tezcuco , Tlahuacapan d'Atzcaputzalco et Totoquihuaztli de Tacuba , et de les convoquer à une conférence. Ces trois princes promirent de s y rendre et firent de beaux présents au messager. Quand ils furent en présence d'Ahuilzotl, ils se prosternèrent en touchant la terre du doigt et en le baisant ensuite, en si<^ne d'amour et de respect. Cihuacoatl leur adressa ensuite un discours, dans
lequel il leur représenta que les villes et les pro"»vinces dont la population avait été détruite dans la dernière campagne restaient entièrement désertes, et qu'il était nécessaire d'y envoyer de nouveaux colons pour y cultiver des terres aussi fertiles et tirQr parti de tout ce qui s'y ti'ouvait. A l'exemple de ce qu'avait fait Moctézuma , comme on Ta vu plus haut^ tous les rois adoptèrent cette proposition. Il fut résolu qu'on y enverrait des colons tirés de Mexico > de Tezcuco, de Tacuba, de Cuyoacan ^ d'Atzcaputzalco et de Chalco, afin, dirent-ils, qu'on se souvienne encore de nous quand nous aurons quitté cette vie, même parmi les génération^ qui sont encore à nattre.