CHAPITRE LXXIV
Chaque yïWe de Tempire fournil dent, cents colons pour peupler Oztoman et Alahuiztlan* Les terres leur sont réparties également.
Cihuacoatl annonça qu'il comptait fournir pour la nouvelle colonie quatre cents familles mexicaines, et demanda aux rois des Aculhuas et des Tecpanèques d'en fournir autant de leurs nations respect tives. Nezahualpilli lui représenta que c'était beaucoup, que les autres nations pouvaient aussi fournir des colons, et que deux cents familles lui parais- «aienf assez; ce qui fut accepté. Quand la conférence fut terminée, on leur servit un repas somptueux 9 car on ne connaissait pas alors les jours d'iibstinence. Ils mangeaient chaque jour des oiseaux de toute espèce et des poissons du lac Avant que les rois se missent en route , Abuitzotl leur offrit de riches vêtements -, ils retournèrent ensuite danÀ leurs états pour choisir les deux cents familles de colons qu'ils devaient fournir.
Cibuacoatl, de son câté, convoqua les chefs mezitaiiis ainsi que les Achcauhtzin ei les Tequihuaques des quatre quartiers de la ville et les chargea de désigner les familles qui devaient énii|^rer. Il envoya ensite des messagers à Coallapan et dans In terrer chaude , qu'oïl appelle aujourd'hui le marquisat d'Oaxaca, à Chalco, à Xochimilco , à Mizquic, a Cuihuacan , à Iztacpalapan , à Mallaltzinro , dans les montagnes de Xilotepec, de Mazabuacan, de Xocotitlan , de Cuahuacan , de Zilan , d'Ocuilan , et en un mot dans toutes les villes qui dépendaient dé lempire mexicain. Comme symbole de l'autorité roy<de , au nom de laquelle ils agissaient , ces messagers portaient à la main une canne ornée de deux bouquets de plumes. C'étaient AcuIhuacatI, Tlai* lotlac» Zicuiltecatl , Chalcbiiibtepebua , Mixcoacay-> tôtiac, Ezhuahuatatl , Tlacoebcalcatl et Natlaub-» catl ; ils allèrent dans chaque ville et y désignèrent au nom du roi et en proportion de la population les pauvres, ceti\ qui devaient aller s^établir dans les nouvelles colonies pour y devenir riches et propriétaires des terresfertilesd'Oztomanetd'Alabuiztlan^ où il y avait des jardins, des rivières , des fontaines , des Idcs, des cacaotiers , des forêts, etenGn les maisons qu'avaient habitées tous ceux qui avaient suc-> éoilibé dans cette guerre cruelle. Les émigrants de chaque ville étaient placés sous les ordres d'un ma-^ jordome qui devait les conduire et les diriger. II devait les établir en ayant soin surtout de ménager les femmes et les enfants ; chaque ville fournit vingt
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fiunilles guidées par un majordome qui emmena egailement la sienne avec lui.
Cihuacoatl dit alors à Ahuitzotl : a 11 faut nous entendre avec le roi d'Aculhuacan et avec celui des Tecpanèques pour choisir deux chefs qui gouverneront pour toujours, et leurs enfants après eux , les deux villes d'Oztoman et d'Alahuizllan. » Ahuitzotl lui répondit: « Je ne suis encore qu'un enfant, et je me mets entièrement entre vos mains , c'est à vous de me guider comme mon père et mon seigneur. « Gibuâcoall chargea alors Tilancalqui de convoquer tous les chefs ; et quand ils furent ar-~ rivés en sa présence » il leur dit. « Vous savez qu'il, a été résolu de peupler de nouveau avec des Mexi-: cains les deux provinces d'Oztomun et d'Alahuizr tlan, choisissez, maintenant parmi vous les deui^ chefs qui doivent y régner; mais il faut qu'ils soient Mexicains , car c'est notre nation qui seule doit gour verner le monde. » Les chefs lui répondirent qu'ils allaient délibér^ sur le choix à faire. Quand il^ furent réunis dans leur conseil nommé lelpochcalco^ ils résolurent qu'on tirerait d'Itztacalco , de Popotlan , de Coatlayauhcan et d'Acolnahuac vingt fa- 'milles nobles pour la nouvelle colonie. Ils portèrent cette décision à Ahuilzotl et à Cihuacoatl qui s en montrèrent fort satisfaits. Ayant convoqué les chefj* qui avaient été désignés , ils leur firent un long dis.cours en leur annonçant le choix qu'on avait faii deux pour gouvernerlea provinces deTeloloapan., d'Qztoinan et d'Alahuilzutlan. Ils leur promirent.
que pendant deux ans ils leur enverraient pour eux et leur famille des vêtements nécessaires et cinq cents charges d'étoffes , et que les habitants de Teloloapan» qui avaient survécu , seraient obIi<:és de les servir et de cultiver leurs terres ; mais , au bout de cinq ans , ils devaient payer le même tribut que fournissait autrefois cette province. Les chefs se montrèrent très-satisfaits de cet arraugement. On leur donna aussi tât vingt -cinq habillements complets pour eux et pour leurs femmes et on leur fournit cinq ou six tamémes pour les porter. On leur donna également des mortiers, des cruches et d'autres us-« tensiles de ménage parce qu'on ignorait ce que le pays pouvait fournir. Ahuilzotl fit également distribuer par ces majordomes des vêtements à tous les colons, qui s'élevaient au nombre de neuf mille, dont trois mille étaient destinés pour chaque province. Ils se mirent ensuite en marche accompagnés par trois des principaux seigneurs deMexico et deux de chacune des autres villes qui se les quittèrent qu'au bout de trois mois^ après les avoir vus bien établis j en leur recommandant de vivre en paix avec les Mexicains des provinces voisines , de bien traiter les messagers qu'on leur enverrait et les marchands qui viendraient trafiquer chez eux , et de se tenir bien en garde contre les habitants de la province voisine du Mechoacan qui sont les ennemis jurés des Mexicains. Ils leur recommandèrent sur toute chose de ne jamais oublier leur origine et de rester les alliés fidèles de leurs compatriotes dont la
capitale brille au milieu du lac comme une plume (Jorée sur la surface des eaux , là où Teau écume » où le poisson se réfugie , où siffle le grand serpent , où l'aigle se repose [our dévorer sa proie.
Quand les colons se furent mis en marche en bon ordre, ils défilèrent devant le temple de Huitzilopochtii, et se prosternèrent trës-bumblement , et passèrent ensuite par la grande porte du palais. Chaque centaine él()iit conduite par un chef, c'étaient Tecuenenque, Aclicauhtzii;i et Tequihuaqne. Les femmes portaient leurs petits enfants sur leurs bras teniiient les plus grands par la main. Elles faisaien.t retentir Tair de leurs cris et de leurs sanglots , en pensant qu'elles abandonnaient pour toujours le lieu de leur naissance. Les hommes portaient sur leur dos les vêtements et les nattes qui devaient leur servir de lit, ainsi qu'à leur famille. Les Tamcmes avaient pris les devants, pour pouvoir revenir avec les chefs chargés de conduire la caravane. Les Mexi* cains marchaient les premiers ; iift étaient suivis des xÂculhuas, des Tecpanèques, et dçs colons venus de Coatlap^n , de Chalco, de'Chinarapanecas, de ceux de Nauhtenclli , de Cuauhilas , de Matlalzmco , d'Ocuilan, de Tenantzinco, de Mazalmacan^ de Xoxtitlan , deGhiapan,deXiIotepec,deXiquipilco^ de Guahuapan et des autres villes.
Les émigrants allèrent coucher celt« nuit-là à Xalatlauhco , les habitants de toutes les villes qu'ils traversèrent vinrent au-devant d'eux avec des vivres et construisirent, pour les recevoir, d.cs cabanes die
feuillages; car, Ahuitzotl, voulant qu'ils ne man-« quassent de rien , avait envoyé des ordres à cet eiieft il huit villes différentes; ils furent reçus d^ même pendant toute la route, dans tous les endroits oïm ils s'arrêtèrent pour passer la nuit. Quand ils furent arrivés à Teloloapan , les émigranls se divisèrent en trois troupes pour aller occuper les trois provinces, et les Mexicains eurent le choix des meilleures maisons,, toutes les nations voisines s*empressèrent de leur envoyer du maïs, des fèves , du huauhtlij du chile, des tomates , des xicaras ou vases de calebasse , des vases de terre, des metatés , ànstecomates , desnatte& et des coffres; au bout de quatre mois ils avaient réparé les maisons, cultivé les terres, et remis en bonordreles plantationsde cacaotiers, de sorte qu'il& ne manquaient plus de rien. Les Achcauhlzin les quittèrent alors pour aller à Mexico, et delà dans, toutes les villes qui avaient fourni des colons, rendre compte de l'état ff^orissant dans lequel ils les avaient laissés , e^ y apportèrent des produits de ces, nouvelles provinces. Ahuitzotl et Gihuacoatl , se réjouirent beaucoup de cette prospérité de leurs colons, et surtout de ce que ces trois provinces étaient devenus mexicaines , ils firent servir uix festin aux Achcauhlzin, les félicitèrent de la manière dont ils avaient rempli leur mission , et les envoyèrent se reposer dans leurs maisons, après leur avoir distribué des présents.