‹ Histoire du Mexique (volume 3)Chapitre 32 sur 39 · CHAPITRE CIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIL

Mociezuma fait sculpter une énorme pierre pour la placer ao sommet da temple âe:Moetezama. Ce <pie dit cette pierre pendant qu'on la transportait.

Moctezuma se rappelant qu'on n'avait encore fait sous son règne aucun ouvrage qui pût consacrer sa mémoire , fit appeler Gihuacoati et lui ordonna de faire sculpter ^ pour la placer au sommet du temple de Huitzilopochtli , une pierre qui fut de deux eoudées plus élevée que celle qui s'y trouvait. Il chargea donc Gihuacoati de réunir tous les ouvriers habiles dans l'art de travailler la pierre qui se trouvaient à Mexico. Il leur ordonna de sculpter une pierre absolument semblable à celle qui se trouvait au sommet du temple de Huitzilopochtli, en lui donnant deux coudées de plus en hauteur et une brasse de plus en largeur. Ils en trouvèrent une dans les dimensions voulues à Âcolco , et , poujr qu'ils pussent la travailler plus commodément, on envoya dix à douze mille Indiens pour la trauspor-

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ter cUiDâ un endroit convenable. On travailla ensuite à l'orner de sculptures absolument semblables k celles de Tancienne. C'étaient les habitants deChalco qui étaient chargés de fournir des vivres aux ouvriers. Elle fut bientôt terminée , car plus de trente sculpteurs y travaillaient avec des ciseaux de caillou. Aussitôt qu'elle fut prête , on en avertit le roi Moctezuma , qui y fit attacher de grosses cordes et la fit traîner par les Chalcas, les Cbinampanecas et les habitants de Nauhteuctli. Us la traînèrent ainsi jusqu'à Iztacpalapan où ils reposèrent deux ou trois jours ; ils se remirent ensuite en route.

Le jour où elle devait entrer dans Mexico , Ci'' huacoatl fit appeler les danseurs qui exécutaient la danse appelée Cuatlatlazque ou Cuahuilacatjzoqui^ ainsi que les vieillards qui chantaient en s'accompagnant du teponmztle^ il ordonna aux prêtres de prendre leurs tambours et leurs trompettes < et fit préparer une grande quantité de vivres pour ceux qui traînaient la pierre et pour les chefs qui les di** rigeaient. Us devaient faire trois repas , l'un au lever de l'aurore , le second à neuf heures , et le dernier à trois heures de l'aprés-midi. On envoya aussi pour accompagner la pierre quantité de tlamacazques portant des réchauds sur lesquels brûlait du copal blanc. On coupa la tête à quantité de cailles , et on laissa couler le sang sur la pierre. Les danseurs se mirent à sauter autour d'elle en chantant -, mais quand on voulut la remettre en mouvement cela fut impossible et l'on cassa successivement jusqu'à dix

gros3,ç8 cordes. Les ouvriers en firent prévenir Moo? tez^ma. Unnpuyçl effort ne fujt pa» plus heureux , quoiqu'jil, fut fecson4é par t0U9 les Teepanèquesdes montagnes, el parles habitante de Chiapan, de Xilitepec, de Xiq^ipiJço » de {{ualillan étude Ma*, zabuacan. Les.OtpmiQSi arfivèrenfc encorde à leur seh cours; ma^i^ au nn^ment ou'il8,r<$QMuraient ilreoi sortit une voix qui.dil ; « Quelque$ eQort-s que vQUf fassiez. ... » La vqî^ s arrêta «t les ouvriers, ayant . renouvelé, levirseflprts, eUe< reprit; «Quelques eOonts qup vous fassiez.» voi^si M iiie, conduirez /janiai|i à l'endiroit où vous, voulez ine placer. » Les ouvri^efTs ne s'arrétant paç,, la pieirre l'epritf « Ëb bien ! continuez , je vous parlerai plus loin..»

Quand on fut arrivé à Tlapitzabuayan, les ouvriers dirent : « Allons avertir le; roi de ce qui s'est , passé. » Un chef et un ouy;[^ier s'éiaiit rendus auprès . de Moclezuma, celiii.-ci lemt*' répondit après avoir entendpleur réciti: « Ivrogne^ que .vous êtes» confinent osez -vous venir, me faire de pareils me«Lsonges ? » et appelant son majordarne P.etlaca.tl , il lui offlqpna de.lei^ conduif.e.en prison, Moctezuma envoya alors quelques chefs s'ass^r^r de la vérité % et tous ceux qui travaillaient ^ tirer la pierre lui assurèrent qu'ils l'avaient entendu. Il ^t alors remettre les prisonniers en liberté et leur ordonna d'aller chercher tous les oi^vrie^s. Ceux-ci étaient, enfin parvenus à amener ia pierre jusqu'à Teçhicbco^ Mais quand ils voulurent reprendre leur ouvrage, le lendemain malin, autant aurait valu essayer de .

remuer une montagne. Toutes les cordes se rompaient. La voix qui sortait de la pierre reprit alors: (( Ne cesserez-YOUs pas bienlAt vos efforts inutiles ? Je n'entrerai pas à Mexico. Que veut faire de moi Moctezuma ? Il aurait dû penser plutôt à élever de nouveaux monuments; car son temps est bientôt fini, n le verra bientôt de ses propres yeux. On dirait à son orgueil qu'il veut surpasser le Seigneur qui a créé le ciel et la terre. Continuez à me traîner y puisque vous le voulez , pauvres malheureux que vous êtes ! » La pierre s'ébranla en effet , et les ouvriers la traînèrent au son des instruments des prêtres jusqu'à Tizitlan , où commence aujourd'hui le faubourg de Saint -Etienne.

Moctezuma apprenant ce que la pierre avait dit, répliqua : «( Qui peut prévoir l'avenir ? Attendoos que les temps s'accomplissent. Que les prêtres aillent demain encenser cette pierre et lui sacrifier des cailles ; que les vieillards aillent danser et chanter au- * tour d'elle au sou du teponaztle afin qu'elle consente à venir. » Au moment où elle passait sur le pont de Xoloco , la pierre dit de nouveau : « Jusqu'ici , et pas plus loin. » Au même moment le pont s'effondra , quoiqu'il fût fait de gros madriers de cèdre qui avaient sept pouces de large sur neuf de haut. La pierre fut engloutie dans le lac, entraînant avec elle tous ceux qui la traînaient. Beaucoup, furent écrasés ou noyés dans le lac, les autres s'échappèrent à la nage. Aussitôt que Moctezuma eut appris cela, il se rendit lui-même sur lé lieu du

ilésastre ; et quand il fut rentré dans son palais , il convoqua les principaux chefs et leur dit ; « Il faut .convoquer tous les Mexicains qui ont le pouvoir de pénétrer dans les profondeurs de la terre et sous la, surface des eaux, afin qu'ils nous disent ce: que cette pierre est devenue ainsi que ceux qui la tratnaieat. » On envoya donc à Xocbitnalco » à Ciuitlahiiac , à Mizquic et à Tlacochcalco pour convoquer tous les magiciens. Quand ils furent arrivés , Moetezuma leur dit : « Mes frères , allez à Xoloco et tâchez de découvrir <;e que scmt devenus la grande pierre et les gens qui la traînaient. » Mocteznma y alla lui-même ombragé par un grand parasol , quoique ce fût au milieu du jour , suivi de tous les prêtres et des principaux Mexicains. Huit des magiciens plongèrent dansjlelac. En en sortant ils lui dirent : a Seigneur, nous avons cherché de tous les côtés et nousn'avonspu découvrir ni la grande pierre ni les cadavres de ceux qui se sont noyés ; mais nous iivons découvert un passage souterrain qui va toujours en s'approfondissant et se dirige vers Ghalcd; » Moctezuma ordonna à quelques chefs et aux tezozonques qui avaient sculpté la pierre , de se rendre à Ghalco pour voir si la pierre s'y trouvait ; mais en passant à Ghalco , ils furent tout étonnés de la retrouver à sa place primitive. Elle était encore •couverte des restes du papier et du copal qu'on y avait brûlé. Les Mexicains les raclèrent et' les por^ tèrent au roi en Jui disant qu'ils avaient retrouvé la pierre dans le même endroit d'oii elle avait été tirée.

Moctezama dit alors x « Il ne nous reste plus qu'à atléàdre ^ue lès dieux nous fassent coiinattre leur volonté. Mais ceux qui ont travaillé k cette ^èrire ne perdront pas pour cela le fruit de leur labeur. Maintenant allez aux montages de Ghapulte^ec, cker^ chez lune pierre qui tous paraisse conVéààble; et quand vousUauréz li'ouvée, vous viendrez me pré* ■venir pour que j'aille rexaminèr. » Lefs' ouvriers s y retidirent en effet let •vinrètit bientôt annoncer à MoctiBZÎimaxqu-ils avaient 'trouvé Ce qu'ils 'clier«cbaient. Moctczuma leur dit : '« Voici comment •il faittt la Isbulptier. il faut qu^ielk représente ' bia propre personfae y TétoPe' comme je le suis' actiiellement^etquie ce soit un ouvrage fhituvèc tout Tàrt dont vous étes^capable. » Lesoiïvriers lai prObâii^ént d'^écutdrficlèlemïent ses ordre»; et il btddilna à PetlacBtldeileur distribuer des vétemént's et âé'Feur faire servir un repas. Le mffjordome leur distribua donc des manleaUK qui avaient quati'e brasses' de long» des nagaas, des &ti^/>i7e^ et des corbeilles 'de sel blanc. Il donna à chacun dix cbarges de concombres», autant de fèves, deux de cbile, un loahot rem" pli de maïs et deu^ charges de cacao et dç coton. Les ouvriers 'firent la statue ^u roi absolument semblable à leur modèle, d'udetalille petite, misiis btien prise; ses cheveux étaient tressés et sa tête ornée de plumas de TiauhqueckoL Un -tuyau d'or était passé danslenezide la statue. Des xiuhteàhcanocoe^f^' ou .pendants demerahde ornâiefnt ses oreilles. Elle avait au «pied et au bras droits des bra-

<lelels d'or. Son bouclier était de peau de tigre, orné d'une sonnette nommée omiohicahuaz.he siège sur lequel elle était assise ainsi que son dossier étaient recouverts de peaux de tigre. Quand cette -statue fut terminée , les ouvriers allèrent inviter Moctezuma avenir la voir , l'assurant qu'ils avaient fait tous leurs efforts pour le contenter; mais que cependant ils étaient tout prêts à la recommencer s'il n'en était pas satisfait. Mais quand il fut arrivé à Chapultepec, il dit en pleurant de joie : « Cette statue ne sera jamais détruite , car elle est taillée dans le roc solide et elle fera plisser ma mémoire à la postérité. Ma gloire et mon nom ne seront jamais oubliés. Un jour on ne se souvieùdm plus du bon Toi Nezahualpilli, quoiqu'il fût si savant dans la science des enchantements. Il en sera dé même de Tzompanteuctli , seigneur de Cuitlabuac y quoiqu'il fût aussi habile que lui. » Aussi quand Moctezuma fut arrivé à Mexico, il dit au majordome Petl'acatl ; « Donne aux ouvriers qui ont fait ma statue tout le tribut qui a été payé par la province de Guetlaxtlan , et qu'ils se le partagent entre eux comme 4ls l'entendront. » Dès le lendemain, il convoqua tous les ouvriers et tous les majordomes, et leur dit ce que l'on verra dans le chapitre suivant.

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