II
CÙAPITRE CI.
Après les funérailles de Nezahnalpilli ^ Moctezama convoque les chefs d^Aculhuacan pour choisir un nouveau roi. Ce qui se passa à cette élection.
Moctézuma et CiHuh coati ayant résolu de faire élire un' nouveau roi d'^Aculhuacaîi , ils envoyèrent quatre chefs mexicains pour convoquer ceux qui dcîVàicnt prendre part à l'élection. Les chefs acuihùa s se rendirent tous à Mexico sans qu'il en mbnquât unseul , ainâi que ceux dé tout le pays qui setend jusqu'à Tularitzinco. Qiiand ils furent réunis, Moctézuma leur dit « Il est nécessaire pour le bien de l'empire que vous choisissiez le roi sur la tète duquel tous voulez placer In couronne d'Âculhuacan. Combien de fils le roi Nezahualpilli a-t-il laissés, et que pensez-vous d'eux? » Le sénat d'Acûlhùacan lui répondit : « Les fils du feu roi s'appellent Tocpacxuchiuh ( guirlande' de roses )^ Coanacoh ' ( serpent auéc des pendants d'oreilles ) , Tlahuitol (arc), Txtlilxuchitl (fleur noire ) , Quet-
z.ilaxoyatl {fleur du sapin), Moctezuma répliqua : « Quel est celui qui vous convient le mieux? Quant à moi je vous propose Queizalaxoyatl qui me paraît plus habile et plus intelligent que ses frères atnés, et j'enverrai mon frère Cihuacoatl ^ accompagné de tout le sénnt mexicain pour le placer sur le trône. » En effet , aussitôt que les chefs mexicains et aculhuas furent arrivés à Tezcuco , ils convoquèrent tous les chefs vassaux de ce royaume ^ et firent orner non*seulement toute la ville , mais toutes les salles flù palais , dans lesquelles ils placèrent des sièges sculptés et des estrades. Ils Grent grande provision de vivres, de fleurs et de parfums; et les prêtres s'occupèrent à nettoyer et à embellir le temple. Aussitôt que Cihuacoatl fat arrivé, il fit appeler le jeune QueIzalaxoyatI , et le conduisit auprès du feu qui brillait au milieu de la grande salle. Il lui coupa les cheveux comme ceux des Tequibuaques y \^i teignit le corps en noir , lui mit une pagne brodée , et sur les épaules un riche manteau bleu, Op lui perça ensuite le cartilage du nez, dans lequel on fi,t passer le tuyau d'une .fine émeraude. On lui mit ensuite à la main et au pied droit un bracelet en cuir qui servait à lancer le ^/zo/}^c?c//z ou javelot.. On apporta ensuite un tepotzo ycpalli^ espèce de chaise bas3e recouverte d'une peau de tigre , sur laquelle on le fit asseoir., et Cihuacoatl lui plaça sur la tête un diadème bleu orné de pierreries ; il lui mit en* suite dans la main droite un arc et un. carquois rempli de flèches^ symbole de la justice qu'il devait
rendre. Quand celte cérémonie fut terminée , Cibuacoall lui dit ; « Jeune roi , vous voilà assis sur le trône de vos ancêtres. C'est le roi Moctezuma qui vous donne cette couronne, parce que le dieu Huitzilopochili lui a révélé de vous choisir. N'oubliez pas l'exemple des dieux qui ont autrefois gouverné nos ancêtres quand ils habitaient le pays d'Aztlnn Chicomoztoc, et surtout de ce Acatl , Mexitin et Quetzalcoatl qui présidèrent aux destinées de la race mexicaine et régnèrent à Tula et à Cuauhtian. Rappelez-vous les victoires de nos ancêtres achetées au prix de leur sang et du fruit desquelles nous jouissons aujourd'hui; car les Mexicains sont actuellement les maîtres du monde. N'oubliez jamais ce que vous devez au puissant Mayocoja Titlacahuau , dont nous sommes tous les esclaves. N'oubliez pas surtout que vous devez rendre une égale justice à tous et protéger les petits comme les grands, les pauvres comme les riches , et par-dessus tout les vieillards. Forcez les oisifs à cultiver la terre pour vivre de leur travail , et à planter des arbres fruitiers et des magueys. Veillez surtout à ce que les temples soient toujours bien tenus, que le feu y brûle jour et nuit , que les prêtres veillent, prient et fassent pénitence. Pénétrez dans les montagnes , examinez par vous-même les cavernes , les vallées et les sources ; mais surtout obéissez toujours sans difficulté au chef de l'empire » le roi de Mexico. » Le nouveau roi Quetzalaxoyall répondit humblement qu'il serait toujours le serviteur de Moctezuma , au^
quel il baisait les pieds et les mains. La cérémonie se termina après plusieurs autires discours , et le lendemain CihuacoatI retourna à Mexico et rendit compte à Moctezuma de la manière dont s'était passée la cérémonie.
Le lendemain il arriva des messagers de Tlechquiauhco qui dirent ceci à Moctezuma : « Pendant que les habitants de notre ville trans[H>r talent ie tribut qu'ils te doivent ,<ls rencontrèrent des habitants de Coaxllyhuacan et de Huaxacac qui leur dirent : « D'où étes-vous et que portez-vous? » Et quand ceux-ci eurent dit que c'était ie tribut destiné à Moctezuma , les autres les battirent et leur enlevèrent tout ce qu'ils portaient. Moctezuma , et le sénat mexicain, quoique très-irrités, firent donner aux messagers des vivres et des vêtements. Ils envoyèrent aussitôt à tous les rois et chefs vassaux de l'empire l'ord/e de réunir leurs guerriers. Les Chaicas devaient former Tavant-garde. L'armée se réunit à Âcatopec. Moctezuma avait ordonné de mettre à mort la moitié des rebelles , de faire l'autre moitié prisonnière, et de ne laisser dans la ville que les vieillards, les femmes et les enfants. Vers minuit, lés Mexicains firent examiner la position des ennemis et leurs espions leur rapportèrent qu'ils se livraient à une orgie pour encourager leurs vassaux qu'ils avaient conviés à résister hardiment aux Mexicains. Le général de ceux-ci ûi fai^e un mour vemênt à ses guerriers pour attaquer la ville par derrière, tandis que ceux d'Âculhuacan , de Ta-
— Incuba et dé Chalco, rattâquai'êàt pàfleât1^ois autres côtés.' Ifs pénéti^erent à la f6i^ daos^ la ^ilfe eti se répondant réciprciquemëùt pkt de'gi^and^'cris,' mkeni le fea au temple' ainsi 'qù^au tecpàh 'où palais pbar montrer aux rèbdles'quHI^ étaient perdus.' Geiix-ci se réfugièrent sur une colline' et commencèrent à implorer la pitié dés 'Me:ii^icains ; eil soniiant' dé la * trompette pour demande^ le sHeiicé. Leà M exicaiiifl ' s'écrièretit i « Sdéiérats , refndez-ndûs d'abord' le tribut appartenant' à l'empiremeiicàin que voius avez Yoié. » Ceux-ci répondirent : « SéigtieUk^, nous vous rendrons tdut sans qu'il y manqua Hexi; Noué obéirons à tous Tos ordres^, quand' vdtcs en trépt'endrez une campagne V nous TOUS fournirons dè^ vivirés et nous les transporterouB. Nduà' voua fournirons des topchlmalti ou forts botietiers en osier tressé , et d'autres boucliers d'un traVail précieux/ dès epées tranchantes comnië le fei^, et de tout ce qui se fabrique dans le pays. — ^Eh biefn ! reprirent les Mexicains { apportez votre! tribut ainsi qiiè celui que vous nous avez volé. »
Les bàbitaints de TlaqUiabuacàn s'étadt àînài t'e*condus tributaires de l'empire^ le massacre'deâàa , et les chefs de Mexico ^ d'Aculhdalcan , dé TaicUba et de Cbako' se réunirent dans uif grand palais, où peu après on vit arriver lei vieillardé et les femmes apportant tous les objets qui avaient été volés , en disant : < Pardonnez* nous la faute que nous avons commise contre notre père et seigneur, et contre le puissant dieu Huitzilopochtli. » Ils apportèrent
ensuite les armes de diverses espèces qu'ils avaient promis de fournir en tribut, et des vivres pour toute l'armée mexicaine. Ils promirent également de recevoir et de respecter les personnes que Moctezuma pourrait leur envoyer comme leurs propres chefs , de laisser passer ceux qui apporteraient le tribut de Huaxacaç et de Tehuantepec et de leur fournir des vivres. L'armée se remit ensuite en marche , précédée par des messagers qui devaient avertir Moc- . tezuma de la prise de Tlachquiauhco et lui dire qu'on avait exécuté ses ordres en mettant à mort la moitié de la population et en épargnant l'autre. Moctezuma se montra très-satisfait de la manière dont on avait exécuté ses. ordres. Selon Tusage, il envoya les vieillards au-devant de l'armée , et les captifs, furent ensuite présentés au temple de Huitzilppocbtli , puis au roi Moctezuma. Comme c'était précisément l'époque du renouvellement de l'année, ils furent sùr-le-champ sacrifiés ; ayant fait ensuitq apporter par Petlaçatl les objets précieux qu'il avait en garde ^ il chargea Tlacochcalcatl et Tlacatecatl de les distribuer à ceux qui avaiept fait des prison* niers. Chacun, reçut en outre une épée et un bpur clier. Il ^eçopman(|a h. tous ceu^x auxquels il distribua, ces présents de s'en rendrcrdignes parleur va-leur et de mériter qu'on leuren dpnnât un jour le. double.