CHAPITRE CIX
§ GIX. Moctezama , mécontent de^la réponse que lui aYaienI fait les habiUnts{de Goitlahaac et de Miiqaic , fait consulter ceux de Xochicalco.
Moctezuma ayant remarqué que toutes ces réponses ne concordaient pas avec les dessins que lui avait présentés Tilancalqui , lui proposa d'envoyer àXochimilco. Celui-ci lui répondit : « Seigneur, si je suis bien informé , il y a dans cette ville un Quilaztli qui connaît mieux que personne les anciennes prophéties; si vous voulez, j'irai le chercher moimême. » Quand le Quilaztli fut en présence du roi^ celui-ci lui demanda : « Comment ferons-nous pour savoir qui sont ces gens qui viennent pour conquérir le pays, sont-ils sortis de Porient? ou du couchant ^ ou bien sont- ils descendus du ciel 7 »
Le Quilaztli lui répondit : «Seigneur, tout ce que je puis te dire ce sont les traditions que nous ont laissées nos ancêtres, comme lu le verras par les peintures que je te présente. Tu verras qu'elles au-
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noncent Tarivée de gens appelés Coayxaques (visage de serpent ou de grands poissons), et qu'ils se- « ront montés à cheval sur de grands serpents. Ils ne quitteront pas leur monture même pour dormir ou . pour préparer leurs aliments ; ils viendront de la grande mer du ciel et de l'orient ^ ils seront en grand nombre et seront suivis de gens qui n'auront qu'un pied et d'autres qui n\'iuront pas de tête et dont la figure sera au milieu de l'estomac ; ils seront montés sur des tenacamazatl ou cerfs d'un trës-baute taille; ils seront très-blancs , porteront de longues barbes ainsi que des vêtements de diverses couleurs , et débarqueront à Tzonapan sur les bords di^ grand Océan. » Quand il eut fini son discours^ il montra la peinture à Moctezuma. Celui-ci fut trés-étonné d'y voir des hommes blancs et barbus , montés sur de grands animaux semblables à des cerfs , et portant de grands chapeaux sur la tête. A celle vue. Moctezuma commença à verser des larmes araères , ii appela Tilnncalqui en lui disant: «Regarde ces figures^ ne sont-ce point là les hommes qui viennent d'arriver par la mer du ciel ?» II appela ensuite Tenvoyé de Xochirailco, et lui montra les deux peintures en lui faisant observer combien l'ancienne était semblable à la nouvelle.
Moctezuma lui dit : «Ces hommes dont je lemontre l'image sont descendus du ciel; ils ont débarqué près de mes villes de Cuetlaxtian et de Zempoallan. le reconnais bien , Quilazlli, que ceux qui l'ont li^ansmis ces prophéties étaient très-habiles dans.
Fart magique, car les peintures que l'on m'a transmises sont entièrement conformes aux miennes. Garde le secret sur tout cela, et qu'il n'en transpire rien au dehors. Tu ne retourneras pas à Xochilco ; je vais te faire donner une belle maison pour y demeurer avec ta femme et tes enfants ; je te donnerai de quoi vivre honorablement et je te ferai asseoir parmi les principaux chefs pour juger avec eux. Mais dis-moi en toute vérité, ces gens-là reviendront-ils?» Le Quilaztli lui répondit : « Seigneur, la mer est grande ; ils reviendront un jour ou l'autre, et je ne crois pas qu'une année s'écoule. Si je vis encore quelque temps, je m'assurerai par moi-même de la vérité de mes paroles, et si je meurs rappelletoi de ma' prédiction , et si elle se trouve fausse ^ que ma femme et mes enfants en portent la peine ; tu pourras les faire périr. » Moctezuma lui répondit : « Que les destins s'accomplissent; mais j'espère cependant que ces gens-là ne reviendront pas. »
Il dit ensuite à Teutlitzin qui lui avait été envoyé de Cuetlaxtian : « Je t'ordonne de la manière la plus positive de te rendre tous les trois jours sur le bord de la mer pour voir si les dieux ne reviennent pas. » Au bout d'un an ou deux , Moctezuma n'ayant plus entendu parler des Espagnols, se persuada qu'ils ne reviendraient jamais, et s'occupa à distribuer des seigneuries à ses enfants et à ses neveux. Huanitl reçut celle de Tiaeatepec, Oquizqui celle d'Atcaputzalco,Omacall celle de Xochimilco, et Acamapich celle de Teriayucan.
Deux ans s étaient à peine écoulés que des mes« sagers lui furent envoyés de Cuetlaxtlan pour lui annoncer que les vaisseaux espagnols avaient reparu sur la grande mer et qu'ils étaient au nombre de quatre grands comme des montagnes; on lui demandait comment ils devaient être reçus. Moctezuma fut tellement frappé de cette nouvelle que pendant quelque temps il lui fut impossible de prononcer une parole. II répondit ensuite au messager: «Dis à Pinotlet àTeutliltzin qu'ils me fassent avertir aussitôt que les dieux monteront dans leurs petits bateaux pour débarquer sur la côte. » En effet , le lendemain Gortez mit pied à terre à Ghalcbinhauxcan à la tète d'un grand nombre d'Espagnols, et s'occupa aussitôt à faire débarquer les chevaux et l'artillerie. Ce débarquement eut lieu dans Tendroit où est aujourd'hui Vera-Cruz, le vendredi saint, 28 mars 1621. Aussitôt que Moctezuma en eut reçu la nouvelle, il ordonna aux chefs qui se trouvaient sur la côte d'envoyer à Gortez quarante charges de toute espèce de vivres. Il 6t ensuite appeler Tilancalqui pour lui apprendre celte nouvelle. Gelui*ci lui répondit : « Il serait bon d'envoyer à la côte quel« ques chefs principaux, car ceux qui ysoutneles recevront peut-être pas convenablement. Si vous me permettez^ je vais m'y rendre sur-le-champ.» Moctezuma y ayant consenti » Tilancalqui se mit en route sans s'arrêter ni le jour ni la nuit. En passant h Guetlaxtlan il ordonna au majordome d'envoyer chaque jour aux Espagnols cinquante charges de vivres
et uue telle quantité de cacao quMIs ne pouvaient la consommer. Quand il fut arrivé sur la rive , il fut aperçu par quelques Espagnols qui péchaient. Ceuxci en avertirent leurs chefs, et l'on envoya deux bateaux pour le prendre avec sa suite.
Quand Tilancalqui futarrivé à bord, Marina le salua en langue mexicaine et lui demanda : «Qui êtesvous et d'où venez- vous? h II lui répliqua : « Je suis le même messager qui est venu il y a trois jours pour saluer les dieux ; je leur apporte des vivres et je viens les saluer de la part du puissant Moctezuma, seigneur de Tempire mexicain. » Marina l'ayant remercié, il continua : a Moctezuma dépose à leurs pieds son sceptre et sa puissance, et s'ils veulent ve-' nir le voir, il leur fera une réception digne d'eux. » Marina le remercia de nouveau et lui dit que le chef des Espagnols irait certainement visiter Moctezuma, mais qu'il attendait Tarrivéç d'un autre chef son frère. Moctezuraa, impatient de savoir ce qui s'était passé , ne tarda pas d'envoyer des nfiessagers à Tilancalqui pour lui ordonner de venir à Mexico lui en rendre compte. Celui-ci obéit sans tarder, et ordonna à tous les chefs qu'il trouva sur la route de faire aux dieux la meilleure réception s'ils traversaient leur ville.