CHAPITRE XCV
M^ictètiilliâ eiiToie des meisagers à totu les princes tassaox 4e l^emiMre paat les cooTler à assister à la dèdieace du nooveao temple de Goatlao,
Aussitôt que les rois Nezabualpilli et Tlatelcatzin eurent reçu les ordres de Moctezuma , ils s'empressèrent de s'y conformer et de se rendre à Tenuchtitlan. Moctezuma leur dit : « Vous saurez que pour la dédicace du nouveau temple de Coatlan , j^ai pris la résolution de sacrifier tous les prisonniers que j'ai fait sur les Tuctepecas , habitants du bord de la mer. Je n'attends que ceux qui les ont pris et que j'ai cbargés d'aller convier les habitants de Hueiotzinco, de Gholula / de TIaxcallan et de Tliliubquitepec. » Ceux-ci en effet s'étaient rendus dans ces villes. Ils 7 cachèrent qu'ils étaient Mexicains et s'annoncèrent aux portiers comme des envoyés de Gholula. Le chef de Huexotzinco les reçut bien ; il leur distribua des vêtements et leur dit : « Dépéchez-TOUS de paMir. Mous nous reverrons à Mexico, Ayez soin d'envoyer au-devant de moi jusqu*au mi-
lieu des montagnes. « Ils se rendirent à Cholula 06 ils furent reçus de la même manière; puis àTlaicallan , où ils dirent également au roi Quetsalxiuhtzin qu'ils étaient chargés de la part de Moctezuma de l'inviter à assister à la dédicace du temple de Coatlan. Celui-ci promit également d y venir» à con« dition qu'on enverrait une escorte l'attendre auprès du tas de pierre qui formait la frontière entre les deux Etats. Il leur fît ensuite distribuer de riches maoteauB ou ayattacuiloUi » d'autres manteaux qui se fabriquaient à Tlazcalla , des cuirasses et des sandales dorées. Les messagers se rendirent ensuite a Tliliuhquitepec, et transmirent également au dief de cette ville l'invitation dont Moctezuma les avait chargés. Celui-ci leur promit également d*y aller en personne. Il les fit ensuite cacher, et ses femmes leur servirent à manger secrètement. Le lendemain , il leur distribua des armes et des vêtements et leur fit reprendre la route de Mexico, après être convenu avec eux de l'endroit où une escorte devait aller l'attendre, comme elle le fit en effet.
Les chefs des quatre villes tinrent lear promesse. Ils arrivèrent au milieu de la nuit à Mexico , et se rendirent droit h la maison de Petlacatl , où ils descendirent des canots qui les avaient amenés d'Aquilpan. Ils se rendirent ensuite au palais et dirent anx gardes d'aller avertir Moctezuma de l'arrivée des messagers qui avaient été inviter les seigneurs d^an delà les montagnes de Tepetlatepozca. Les gardes appelèrent un bossu qui était page du roi , et loi
dirent : « Va avertir ton mattre que tes messagers sont arrivés. » Le bossu se hâta d'aller réveiller le roi, qui ordonna qu'on apportAt de la lumière et qu'on les fit entrer. 11 ordonna aux majordomes de les cacher de manière à ce que personne ne s'aper^ çiit de leur présence , mais de leur fournir en abondance tout ce dont ils pourraient avoir besoin , les mets les plus recherchés , d'excellent cacao , des fleurs et des parfums. On les logea dans de superbes appartements dont les murs étaient ornés de pein* tures et de nattes , les sièges et les estrades recouverts de peaux de tigre.
Les chefs de Meztitlan et de Mechoacan que Moo^ tezuma avait également fait inviter , arrivèrent peu de temps après. Moctezuma les fit servir et loger avec les autres. Il recommanda le plus profond secret sur leur présence ^ et déclara que celui qui aurait le malheur de le trahir serait puni de mort ainsi que toute sa famille, et sa maison rasée. De celte manière leur présence resta inconnue à toute la ville ; car le secret se gardait aussi religieusement dans le sénat mexicain que dans le sénat romain.
Quand Moctezuma eut pris ses précautions , il fit distribuer à ses hôtes de riches vêtements appelés occlotlapanqui et des pagnes nommées tohualtzatl maxtlatl, ainsi que des tresses de cheveux nommées cuauhtlalpilloni ou tresses des braves , et des orne-» menls d'or pour les lèvres et pour les oreilles. Le lendemain, Moctezuma chargea les mêmes personnes qui avaient été chargées d'inviter ces étrangers , de
letif faif e 6ef vir an repas et de tes conduire ensuite dans Teodroit d*oii ils devaient voir le sacrifice des malheureux Tuctepecas. On les plaça dans an lieu nommé Ehuacatl Tlapanco , en face de l'idole de Huitzilopochtii. On lavait entouré de lapis pour <)ue personne ne pût les voir , et Ton avait défendu sons peine de mort d'y pénétrer.
Moctezuma arriva de très-bonne heure au temple, suivi des deux rois d'Aculhuacan et de Tacuha , ainsi que des guerriers mezicaiDs qui avaient fait des prisonniers. Il se fit apporter par les majordomes toutes les armes qui étaient dans les magasins, et chargea CihuacoatI de les distribuer à ces guerriers , ainsi qu'aui jeunes gens qui avaient pris ou blessé des ennemis. On rasa ensuite la tète à ces derniers en ne leur laissant au sommet qu'une mèche de cheveux que l'on tressait avec des plumes précieuses. C'était la marque qui distinguait les 'Feqmhuaques ou ceux qui avaient fait des prisonniers à la guerre. On leur distribua des cabinets richement ornés sur un fond blanc qu'on nommait tliltecuUacachiuliqui. Quand cette distribution fut terminée, Moctezuma dit à Guauhnoctli : « Donnez les armes qui restent à Nezahualpilli et à Tlalteuctli , afin qu'ils en fassent également une distribution entre ceux de leurs guerriers qui se sont distingués dans la dernière guerre. > Ils furent si charmés de cette conduite généreuse de Moctezuma qu'ils lui donnèrent le titre de Zemanazuaca tlalio ani ou empereur du monde.
Vers leê neuf heures dumatiti, <Mi fitnnger lèse*claves en ligne dans un endroitnomméTtompatitlany près de là grande pierre nommée Guaubxicalli , sur laquelle on égorgeait les irîctimes. Ceux qui venaient d'être élevés aux honneurs militaires se rendirent au teocalli de Coatlan. Moctezama s'y rendit égaler ment vêtu d'un riche manteau nommé teoxiuhatl et d'une pagne très-bien brodée. Il avait un tuyau d'of fin passé dans le nez et des pendants d'oreilles d'ë«> meraudes. Sa cuirasse était parsemée de petites émeraudes très-finement montées , et sa coufonn^ en or émaillé de vert était ornée de pierres de la même espèce ; il avait la figure et les pieds teints de Doir et de jaune. CihuacoatI était vêtu de même; on pouvait le regarder comme un second roi » car il était cousin issu de germain à Moctezuma , étant petit-fils de Moctezuma r\ oncle de Moctezuma II. Les Cuauhuehueques les suivaient armés chacun de deux cailloux tranchants , destinés 2i ouvrir la poitrine des victimes qu'on devait immoler à Coatlan. Les prêtres firent retentir Tair de leurs trompettes de coquillages , et six dVntre eux saisirent succesâi'^ vement les victimes par les pieds «par les mains et par la tête , et leur arrachaient le cœur qu'ils plaçaient dans la bouche de Tidole» nouveau démon sorti de l'enfer. Ils jetaient ensuite le corps en bas des degrés, qui étaient au nombre de trois cent soixante. Le premier jour» on immola deux cent iringt victimes, et les sacrifices durèrent quatre jours ; car , comme nous Tavons dit, il y avait huit
cents victimes. Au bout de ce teipps, le temple était tellement inondé de sang qu'on eut dit que les de* grés étaient recouverts d'un tapis cramoisi. Il était près de minuit quand les sacrifices furent terminés. Les invités quittèrent l'endroit où on les avait cachés, et se rendirent secrètement à leur logement où Moctêzuroa vint les trouver et leur dit : « Mes amis , vous pouvez vous en retourner ; mais portes de ma part ces présents à vos chefs. » En leur disant ces mots , il leur remit de riches boucliers , des épées à tranchant de cailloux , des bracelets précieux y ornés d'or et de plumes , des bijoux d'or et des étoffes de toute espèce sur lesquelles brillaient les plus ri* ches ornements. Il les fît ensuite escorter jusqu'au milieu des montagnes et de là ils se rendirent dans leur pays où ils racontèrent longuement tout cequ*ils avaient vu.
Au bout de quelques jours on vit arriver des messagers de Quecholac et d'Atzitzîhuacan qui s'adressèrent aux portiers du palais et demandèrent à parler à Moctezuma. Celui-ci, prévenu par les bossus qui lui servaient de pages, ordonna qu'on les fit entrer. Quand ils eurent été admis en sa présence, ils lui dirent : « Seigneur, nous sommes des députés de Quecholac et d'Alzitzibuacan ; les habitants d'Allixco et d'Acapetlahuacan sont entrés sur notre territoire et nous ont dit : « Allez dire à votre roi » Moctezuma et aux Mexicains que dans trois jours » nous voulons nous divertir avec eux. Nous verrmis » qui de nous deux aura le dessus. Notre divertis-
» sèment aura lieu en plein soleil et les dieux déci- ■ deront à qui restera la victoire. » Moctezuma leur répondit : « Qu'il eu soit ainsi ; dites à vos chefs de réunir leur armée ; j'irai bientàt les rejoindre. » Il renvoya ensuite les messagers après leur avoir fait servir un repas et leur avoir distribué des vêtements. Moctezuma convoqua ensuite les principaux chefs mexicains, et leur fit conitattre le défi que ve* naient de lui adresser ceux d'Atlixco et de Cholula. Il fit ensuite prévenir le roi d'Aculhuacan et celui des Tecpanèques de réunir leur armée et fit proclamer dans les quatre quartiers de Mexico Tordre de se tenir prêt à entrer en campagne dans le délai de quatre jours ; et dans Tlateluco celui de préparer la quantité de vivres que les habitants étaient obligés à fournir d'après les traités. Moctezuma partit à la tète de son armée dès le second jour, afin de se trouver le troisième au matin sur le territoire envahi par les ennemis, et pouvoir leur livrer bataille dès Taube du jour. Il ordonna de le suivre non-seulement à tous les guerriers des quatre quartiers de Mexico et même à tous les prêtres des divers temples y sans qu'il en restât un seul en arrière. L'armée marcha toute la journée et toute la nuit sans s'arrêter , de sorte qu'au lever de Taurore elle était arrivée à Huaquechula , où l'avant-garde Tavait déjà précédée pour établir le camp dans un endroit convenable.