‹ Histoire du MexiqueChapitre 105 sur 115 · CHAPITRE G · texte numérisé non relu

CHAPITRE G

Réception de l'armée mexicaine qui revient ? ictoriease des TIaxcaltèqaes. Cérémonies Auiébres célébrées en Tbonneor des morts.

Cibuacoatlofiionna aut habitants de Mexico d'aller jusqu'à une demi -lieue de la ville , précédés des cuauhuehuèques et des prêtres qui brûlaient des parfums. Les vieux prêtres étaient réunis au sommet des temples , attendant que Varmée entrât dans la ville pour faire retentir Tair du bruit de leurs instruments. Ceux qui avaient été au-devant d^elle, la rencontrèrent dans un endroit nommé Macuiltla» pico. Les prisonniers s^avançaient en dansant , en chantant et en poussant des cris; et les soldats étaient tous tristes et pleuraient la mort de leurs compagnons. Les capitaines , en voyant les vieillards , commençaient à pleurer , quand ils entendirent du sommet des temples le bruit des instruments des prêtres. Moctezuma s'était placé, pour voir défiler larmée^dans un endroit nommé Texacualco.Vojaot

(}ue si la moiîié de tes guerriers avait péri, Taulre avait fait des prisonniers, il se montra fort satisfait et fit distribuer «les vivres aux vainqueurs par les Calpisques. Il confia les captifs à ceux même qui les avaient pris et leur ordonna de faire boi^ne garde. Pendant qu*on les emmenait, unTlaxcaltèque prit la parole et dit : « Vous savez que ce sont les Huesotzincas qui sont venus brûler ietozicuahuitt qui éclairait la ville. Moctezuma ordonna donc que l'on en construisit un autre, et qu'on y rallum&t le feu. Quant aux prisonniers tlaxcallèques, les uns furent sacrifiés de la manière ordinaire, les autres furent précipités du h«iut des temples , de manière quils eurent le corps tout brisé. C'est ainsi qu'on en usait autrefois en Elspagne : quand on voulait exécuter à mort quelque grand seigneur, on le précipitait dans la caverne de Martos. Les autres furent renfermés dans une grande maison que l'on fit écrouler sur eux .

Quand on eut terminé ce massacre inventé par le démon Huitzilopochtli pour la destruction des Ames , Moclezuma fit appeler Cibuacoatl et lui dit: « J'ai pitié des pauvres Tiatilolcas; pour les dédommager de Taffroni que je leur ai fait et les récompenser de leurs exploits contre les Tlaxcaltëqucs, je veux leur distribuer des armes précieuses. • Il fit donc appeler au tecpan^ ou palais, les principaux cbefs de Tlalilolco, et quand ils furent réunis il leur ordonna de lui présenter tous ceux de leurs compatriotes qui avaient fait des prisonniers. Quand ils

furent en sa présence , il leur présenta les armes qu'il avait destinées , en leur disant : « Prenez. Voici comment je sais récompenser ceux qui savent mépriser la vie quand il s'agit d'acquérir de la gloire. La mort ne nous atteint-elle pas un peu plus tdt ^ un peu plus tard 7 C^est pourquoi soyez vaillants et allez en avant. • LesTlalilolcas se réjouirent beaucoup de la Eaveur que leur faisait Tlacalecatl Moctezuma, et retournèrent très -satisfaits chez eux. Une nuit , une demi-heure environ après minuit, un des gardes qui veillaient au sommet du temple de Huitzilopochtli aperçut du cdté de l'orient une vapeur blanche et brillante qui jetait un éclat égal à celui du jour et qui montait jusqu'au ciel. On eût dit un grand eéant blanc qui s'avançait. Il appela aussitôt les Achcauhtzins ses compagnons, en leur disant : « Vous n'êtes pas ici pour dormir mais pour veiller. Levez vous et examinez cette vapeur épaisse qui s'avance comme un énorme navire. » Les Ach^ eauizins se levèrent en effet, l'aperçurent comme lui et la regardèrent attentivement jusqu'au lever du soleil. Alors elle alla toujours en diminuant et 6nit par disparaître entièrement. Quand ils eurent annoncé cette nouvelle à Moctezuma , il leur dit : « Ëtiez-vous bien éveillés, ou avez-vous rêvé? » Ils lui répondirent: « Seigneur, comment oserions nous dire en votre royale présence une chose contraire à la vérité ; venez vous-même au sommet du temple et vous le verrez. » Moctezuma prit tellement cette affaire à cœur qu'il veilla toute la nuit jusqu'à ce

qu'il aperçut cette vapeur qui était blanche comme la neige , et qui allait toujours en s'éle^ant de sorte que sa tête touchait le ciel. Moctezuma fit appeler le lendemain les Achcauhtzins et leur dit : « Tout ce que vous m'avez dit est vrai, car j'ai vu par moimême. Qui pourrait me donner l'esplication de ce phénomène? ■ \J jéchcauhtzin lui répondit : ■ Sei* gneiir , je ne sais à qui vous pourriez vous adresser, car vous êtes dans la csipitaie du monde, et aucun roi ne vous égale. Faites donc ch<grcher partout un devin qui puisse vous donner cette explication. • Moctezuma se décida à suivre ce conseil, et fit appeler plusieurs devins et sorciers, et leur dit : « Vous qui devez veiller pour le peuple , qu'avez- vous va cette nuit? • lis lui répondirent : « Seigneur, noos n'avons rien vu. » Moctezuma s'élant irrité de cette réponse, ils ajoutèrent : « Seigneur, que pouvonsnous le dire sur une chose que nous ignorons com- .plélement? Nous n'avons rien vu ni rien entendu dire. » Moctezuma, de plus en plus irrité , fit appeler PetlacaQ et lui dit : « Vois ces coquins qui ne savent rien m'expliquer , conduis-les en prison et fais-les murer dans le cuauhcalec pour y mourir de faim. Si j'apprends que tu leur aies fourni des vivres, jeté ferai subir le même sort; car je suis roi etmaitre absolu. » PetlacatI conduisit donc ces malheureux dans les prisons souterraines. Ils versaient des larmes en disant : « Pourquoi nous faire périr dans un aussi cruel supplice! Ne vaudrait-il pas mieux nous tuer tout de suite ? Nous t'en supplions , PetlacatI ,

dit cela k Moctesuma. • Le lendemain celui-ci fit appeler quatre de ses principaux chefs et leur dit : « Allez dire au roi Nezabualpillt que je le prie in-* stamment de se rendre à Mexico. » Celui-ci s^empressa de se rendre à cette invitation avec les égards qu'il devait à Moctexuma ; et quand il fut arrivé, celui*ci lui dit : c Vous, mon père , qui êtes vieux, rempli d'expérience, qui connaissez l'univers et qui . liaez dans les étoiles, connaissez- vous une chose, semblable à celle que j'ai vue?» Nezahualpilli lui répondit: «Comment, Seigneur, ignorez- vous le phénomène que nous avons vu? Les gardiens de votre ville ne vous en ont^ils poiot averti depuis longtemps? Je vous en croyais instruit, c'est pour cela que je ne vous ai fait aucune communication k cet égard ; c'est par la même raison que je ne vous ai pas parlé de Tembrasement du tozicuahuitL Si c'est la volonté de nos dieux que cet empire périsse , que pourrais-je faire pour l'empêcher? Montrez votre grand cœur en supportantcourageusement les coups de la fortune. Quant à ce qui me concerne persoo"» nellement, le moment Hu repos sera bientôt arrivé pour moi. Je ne reverrai plus mes enfants , car. je vais me coucher dans la tombe. Voici ma dernière prière. Protégez ma maison et vos sujets d'Aculbuacan,» Moctezumalui répondit en pleurant amèrement : « Seigneur, je vous remercie de votre bonne volonté ; mais que ferai-je pour échapper à tous ces maux ? Je ne puis me changer en oiseau et m'en voler; il faut donc que j'attende de pied

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ferme les infortUDes qu'il plaira au ciel de m'eovoyer. »

Nezahualpiili prit alors coDgé de lui et retourna à Aculhuacin. Moctezuma fit appeler Cuauhnoctliet Tilaiicalqui,etleur dit: «Ailes aux prisons du majordome Pellacall et mettez sur-le-champ à mort ces scélérats qui se sont moquésde nous , et qui ont trompé toute la ville par leurs impostures. » Lies deux chefs se rendirent aussitôt à la prison , et ayant passé une grosse corde au cou des devins, ils les étranglèrent et leur brisèrent la tête , et quand la nuit fut venue ils jetèrent leurs cadavres dans le lac. Moctezuma ordonna ensuite ài d'autres chefs d'aller piller lears maisons , d'en chasser leurs femmes et de se partager leurs enfants comme esclaves. Cela fut exécuté, et les maisons furent ensuite rasées. Cruauté farouche de ce prince envers des malheureux qui nV valent commis qu'une légère faute. Le lendemain matin , il arriva d'Aculbuacan un messager avec la nouvelle que le roi Nezahualpiili était mort. Moctezuma en versa des larmes de douleur et renvoya les messagers à Tezcuco en leur disant qu'il irait luimême à Tezcuco pour présider aux funérailles. H partit en effet le lendemain matin en emportant avec lui une grande quantité d'étoffes précieuses pour envelopper le simulacre du roi défunt. Il fut reçu à la descente de son canot par tout le sénat d'AcuIhuacan , et s'avança précédé par une foule de seigneurs mexicains qui portaient les étoffes et les objets précieux de toutes espèces qu'il destinait à être brûlés

avec le feu roi, et par les esclaves qui devaient être sacrifiés à cette occasion. Moctezama offrit tous ces présents aux Âculhuas » après avoir prononcé un long discours en l'honneur de Nexahualpilli et recommandé aux chefs la femme et les enfants de ce prince. II retourna ensuite à Mexico, et quatre jours après il y convoqua les chefs d*Aculhuacan pour élire un nouveau roi.

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