CHAPITRE CIV
Mocteiama envoie les masideos en ambassade auprès de Haecmac qui régnait à Zincalco, et les charge de \m offrir les peaui des victimes qui ataient été sacrifiées, ainsi qpe ses nains et ses bossus.
Quand on eut acheré d'écorcher les yictimes , on lea porta à Moctesunia. Celui-ci fit alors appeler les magiciens et leur dit : « Prenes oea peaux ainsi que lea nains et lea bossus qui me servent de .pagea , et ailes lea offrir de ma part à Huecmac , qui règne à Zincalco , en lui disant : Moctesuma , votre vassal , voua salue ; il vous prie de vouloir bien l'admettre pour votre balayeur et de le protéger. » Les magicicna entrèrent donc dans la caverne de Zincalco. Etant entréa dans un endroit où le chemin se divi-> aaît en quatre | ila choisirent celui qui descendait le plua haa et ne tardèrent paa à rencontrer le vieux Totec-cbicahra qui s'avançait avec un bourdon à la main. Il leur demanda : « Qui étea-vous? — ^ Seigneur , nous sommes chargés d'un message pour le
roi de ces lieux. — Quel roi cherchez «vous? — C'est Huecmac, auprès duquel nous envoie Moctesunu. Eh hien! suivez-raoi , je vais vous y conduire.» 'Quand ils furent arrivés en présence de Huecmac, Totec lui dit : « Seigneur, voici àesmacehuales^ habitants de la terre , qui vous sont envoyés par le roi Moctezuma. — Et que veut Moctezuma , dit Huecmac. — Seigneur, reprirent les envoyés, il nous a chargés de te saluer et de te remettre la peau des captifs quil a fait immoler; il te prie de le recevoir à ton service comme balayeur, et promet de t^obéir en toute chose. » Huecmac leur répliqua. «Le Seigneur qui m'a donné cet empire m'a doué en même temps d'une grande puissance. Que Moctezuma me confie ses chagrins, et j'y porterai remède. Donnezlui de ma part ces chilcholas , xitomates et ces zempoaliochitl. n
Les ambassadeurs remontèrent donc sur la terre et rendirent à Moctezuma la réponse que leur avait faite le roi Huecmac et lui remirent ses présents. Moctezuma, très-irrité contre eux , appela sou majordome Petlacatl et lui dit : • Conduis ces scélérats en prison ; je veux les faire lapider. » II appela ensuite ses pages et leur dit ; « Rendez-vous à Zincalco. Vous ferez mes soumissions an roi Huecmac en lui offrant les peaux de nouvelles victimes ; mais ne révélez à personne la mission dont vous êtes chargés, ou je vous ferai brûler vifs ainsi que vos femmes et vos enfants, n Le pages entrèrent et ne tardèrent pas à rencontrer un IxUpetla ou halntant de ces régions souterraines qui était complètement
aveugle. L'ouverlure de ses yeux et celle de sa bouche étaient si petites , qu'où j aurait à peine fait passer une paille. Il leur demanda qui ils étaient , d'où ils venaient et ce qu'ils vonlaient. Ils répondirent comme leurs prédécesseurs , et furent comme eux conduits en présence de Huecmac , qui leur répéta les mêmes questions. Ils lui répondirent : « Le roi Moctezuma vous salue , et s offre pour être votre balayeur. Il nous a chargés de vous offrir ce faible présent. Ce qui l'afflige , ce sont certains discours que Nezahualpilli lui a tenus en mourant: celui-ci lui a dit que de grands malheurs le menaçaient , et il voudrait savoir queb sont ces malheurs; car Tzoropanteuclli » seigneur de Cuitlahuac , lui a fait les mêmes prophéties. Il voudrait savoir aussi ce quesignifie la nuée blanche qu'il a aperçue au milieu de la nuit et qui s'élevait jusqu'au ciel. »
Huecmac leur répondit : « Moctezuma se figuret-il que ce monde est comme celai dans lequel il règne ; il n'y pourrait séjourner une heure; il croit que l'on y vit dans les délices , au lieu que c'est un lieu de tourment perpétuel. S'il y entrait une fois, il prendrait la fuite aussitôt , et cVst h peine si le rocher le plus dur lui paraîtrait un refuge assuré Aujourd'hui il vit au milieu des délices et jouit de tous les biens de ce monde. Allez , et diles*lui qu'il n'en demande pas davantage. • Quand ils eurent rapporté celte réponse à Moctezuma , il fut encore plus irrité que la première fois , et ordonna également à Petlacall de les conduire en prison. H ajouta:
m Va . obercher deux chefs d'Aculksacan qœ je puiase envoyer au roi Huecnuic et qui paissent loi rendre cooiple des dernières paroles dn roi NciahualfHlli et lui demander l'explication de la nuée blanche que nous avons vue s'élever josqii an eiel. Je Itti demande comme une anmâne de vouloir bien me filire connaître Tavenir qni me menace , pttisqnUI reCuse de m*admettre à sa cour. Si vous obtenez ce que je vous demande , dit-il à ses messagers , je vous donnerai des vassaux que vons poanres juger et gouverner à votre gré ; mais si vous révèles le secret de la mission que je vous^confie , je voua ferai monrir ainsi que vos femmes et ves enfants , oa démolira vos maisons et on en creusera le sol jusqu'à ce que Ton arrive à l'eau. Vous pouvez être assurés qoe dans Tun et rautre cas j'accomplirai ma promesse. > Les messagers se mirent donc en route , emportant avec eux dans des efUquihuites les corps de nouvelles victimes. Après avoir pénétré dans la caverne , ils rencontrèrent un certain Acuacuauh qui leur demanda : « Qui étes*voas ? — Nous sommes des envoyés de Moctezuma , chargés d'un message pour votre roi. — De quel roi parlez-vous ? — De Huecmac. — Eh bien ! je vais vous y conduire, s Quand les messagers furent arrivés en présence de Huecmac , ils se mirent à genoux devant lui et lut dirent : • Puissant seigneur , Moctezuma t'envoie ce faible présent et te prie de vouloir bico l'admettre dans ton empire , parce -qu'il craint Is honte et les malheurs qui le menacent dans ce monde.
*— 11 faut quHI Mdbe , répopclU Huecmac « que s'il éprouve des malh^urB c'est à lui qu^il doit les attribuer» à son orgueil et à sa cruauté , au meurtre de ses proches. Dites-lui qu'il fasie péDiteiice« qu'il jeûne et qu'il se prive de mets ifeeberebés 9 qiâ'il quitte peu à peu toutes les jouissaudes auxquelles le pouvoir suprême . la accoutumé » les vêtements précieui • les fleurs , les parfums ; qu'il se noarripse de mkhiuauhtli ^ qu'il fasse bouillir l'esu avant de la boire et qu'il y mêle une cuillerée de farine de iéves » et surtout qu'il n'approche pas de ses femmes. S'il accomplit eiactemenl cette pénitence ^ la sentence prononcée contre lui sera révoquée et de temps en temps je serai avec lui. » Les messagers, fort satièiaits de cette réponse, k saluèrent bumblemeot et retournèrent en rendre compte à Mod»- Xttina. «I Si tu accomplis tout cela , lui dirent-ils , Huecmac viendra te recevoir à Tlaohionco au som<met de la montagne de Cbapultepec ; il t'y attendra. Il . faut donc que tu ailles à Tlachtonco Anepantia , qui est situé au milieu du lac ; c'est là qu'il viendra te chercher pour t^emmener. Voila ce que te fait dire le roi Huecmac. »
Moctesuma se réjouit beaucoup de cette bonne nouvelle. Il leur fit servir un repas et ordonna à Petlacatl de leur faire distribuer des pièces d'étoffes qui avaient de cinq à dix hrasses de long, des pagnes, deux ballots de cacao , des canots remplis de mais , des hallots de chile , de chian , de coton , et divers autres objets ; il fit alors appeler tous les
chefs , et , en leur présence , il déclara les deux Aculhaas , qui lui avaient servi de messagers, juges pour décider les affaires de peu d'importance, ce qui obtint l'assentiment général. Mais Moctezuma leur recommanda par-dessus toute chose de garder le secret sur la mission dont ils avaient été chargés , et de se laisser plutôt couper en morceaux que de le révéler. Il fit ensuite appeler tous ses majordomes et leur dit : « Si quelqu'un vous demande vos filles en mariage , donnez-les-lui , mais ayez soin de me prévenir. » C'étaient ses concubines qu'il désignait par ces mots. Il en avait un grand nombre sans compter sa femme légitinbe. C'était donc ainsi que Moctezuma renonçait successivement à toutes les jouissances; il avait même renoncé aux riches vêtements et ne revêtait plus le costume impérial. Ce fut ainsi qu'il passa les quatre-vingts jours de jeune et de pénitence qui lui avaient été prescrits.