CHAPITRE CVI
Mocteioma ordonae a«x prêtres et aux prîDcipaQX cheb mexicains de loi rendre eomple de leurs songes afln qii*il se les fesse expliquer.
MoGtexuma rassembla set majordomes et leur dit: « RacoDtes-moi les songes que vous aurez ; je fais la même recommandation aux prêtres et aux chefs » et surtout aux vieilles femmes qui sont de grandet devineresses ; que ces songes soient heureux ou malheureux ^ faites-les-moi connaître. Si vous voyea quelque fantôme ou quelque autre objet d'où Toa puisse tirer un pronostic , ne me le cachez pas. Si par hasard quelqu'un entend le^Iarme&de la femme appelée Cihuacoatl, qu'il oe perde pas de temps à l'interroger, car ses mouvements sont rapides comme ceux du vent; un moment elle est ici et l'insUnt d'après à Xochimiko , à Tacuba ou à Gbalco. »
Au bout de quelques jours plusieurs vieillards de» deux sexes vinrent trouver les majordomes et
leur dirent qu'ils avaient eu des songes relatifs au roi. Quand ils furent en présence du roi , an des vieillards lui raconta qu'il avait vu un incendie consumer peu à peu le temple de Huitsilopochili. Une vieille femme lui dit : v J ai songé que ton palais était inondé par une grande rivière qui enlevait peu à peu des pierres et des poutres.» Moctexuma fut tellement irrité de ces songes , qu'il appela Petlacall et lui ordonna de conduire en prison les vieillards qui les avaient eus, et de les laisser mourir de faim. D'où il arriva que les prêtres et les autres personnes qui avaient eu des songes n'osaient plus venir les raconter , de crainte d'être punis de mort. Moctezuma fit appeler les prêtres et ceux qui veillaient dans les temples et leur dit : « Faites bien attention si vous n'apercevez aucun signe ni aucune vision. » Mais ceux-ci, effrayés par l'exemple des vieillards, lui répondaient toujours : « Seigneur, nous n'avons rien vu et nous n'avons eu aucun songe. » Mocte- )Eumd dît alors à Petlacatl : « Fais conduire en prfson tous ces coquins qui ne savent rien dire, v Ces malheureux furent si effrayés qu'ils supplièrent Petlacatl de les tuer sur-le-champ au lieu de les laisser mourir lentement après les avoir enmurés. Petlaratl eut pitié d'eux et pria si bien Moclezoma qu'il obtint de Moctezuma qu'on se contentât de les en* fermer dans la cour du palais; il y en eut cependant plusieurs qui en moururent.
Moctezuma «lyant fiiit ronvoqucr par Pellffcall tous IfS mnjonlomps , leur onlonna de se niftlrc
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chacun dans la ville dool il percevait les tributs , et d'y chercher les plus habiles magiciens et de leur ordouner de venir. On lui en amena en eflet pli^ sieurs qui, en entrant, fléchirent lesjjenoux devant lui. Moctezuma leur dit : • Avez*vou& découvert dans le ciel , sur la terre , dans les cavernes , dans les lacs ou dans les sources , quelque présage? Avezvous quelque fois entendu des gémissements qui ressemblent à ceux d'une créature humaine qui souOre?» Comme ils assuraient n'avoir rien vu, Moctezum.i ordonna à PetlacatI de les conduire à le prison de Cuaubcalco et de les enfermer dans une cage faite de gios madriers de bois. Le lendemain il dit à PetlacatI : • Va demander à ces magiciens ai nous sommes menacés de quelque calamité, comme la peste , la famine , ties tremblements de terre ou des inondations; qu'ils me disent si les Meiicains sont menacés dune guerre dangereuse ou par des bétes féroces , enfin s'ils ont entendu Cihuacoatl dans les larmes et les gémissements an« nonçant toujours les malheurs qui doivent arriver.» Les magiciens répondirent : • Que pouvons-nous? Ce qui doit arriver est décrété dans le ciel. Soua son règne et en sa présence doivent se passer des choses trës-extraordinaires. Il connaîtra bientôt ce secret, car celui qui doit arrivtr ne tardera pas.. Voilà, tout ce que nous pouvons lui dire; qu*il attende son sort. » PetlacatI se bâta d'aller transmettre cette réponse à Moctezuma. Celui-ci fut très-étonné de ce que celte léiHmse était conforme
à la prophétie de Nezabualpilli ; îl dit à Petlaeatl : « Demande aux magiciens quel est celai qui doit ^enir et d'où il viendra , si c'est de la terre ou du ciel, et quand cela arrivera. « Petlaeatl se hâta de se rendre h la prison des magiciens pour leur adresser cette nouvelle question ; mais quand il en ouvrit la porte , il fut très-étonné de ri j voir personne. Il courut aussitôt chez Moctezuma, et loi dit : « Seigneur , faites-moi couper en morceaux ou faites de moi ce que vous voudrez ; mais quand j'ai ouvert la porte de la prison , je n y ai plus trouvé aucun de ceux qui y étaient renfermés. Cependant je lavais entourée d'un grand nombre de gardes qui ne se sont aperçus de rien. Les prisonniers se sont envolés, ou bien ils sont devenus invisibles. — Que ces coquins aillent où ils voudront, reprit Moctezuma ; fais appeler Guauhnoctli et Tlacochcalcatl ; qu'ils se rendent dans les villes d'où on les avait fait venir, massacrent leurs femmes et leurs enfants sans en épargner un seul , et fassent démolir leurs maisons. » Ces deux chefs réunirent un grand nombre He jeunes gens et allèrent à leur tète exécuter cette sentence. Ils étranglèrent les femmes , brisèrent la tète des enfants contre les murailles , et ne laissèrent pas pierre sur pierre.
Peu de jours après un MacebuatI , natif de Mictlancuauhtla , arriva à Mexico ; il n'était pas envoyé par son chef , mais il venait de lui-même et se rendit droit au palais de Moctezuma , auquel il dit: V Puissant seigneur , pardonne-moi ma hardiesse ;
je suis haitif de la province de Micllaocuuuhtlu -, me trouvant sur le boni, de la mer , j*ai vu s'élever comme une haute montagne qui allait de c6lé et d'autre sans jamais approcher de la côte. Nous autres gardiens de la côte, nous n'avions jamais vu pareille chose : c'est pourquoi nous Tavoiis exami* née avec attention. » Moctezunui lui dit : « C'est bien , va te reposer. » Or l'Indien qui avait apporté cette nouvelle n'avait ni oreilles ni doigts aux pieds, car on les lui avait cou)»és. Moctezuma fit appeler Petlacali et lui dit : « Fais couduire c«'t ludien en prison ^ et dis à Teutlamacazque de se rendre à Cuetlaxtlan et de s'informer du chef de cette ville s'il est vrai que Ton a apeiçu sur la' mer un objet inconnu. Qu'il tAche de le voir par lui-même ^ et surtout qu'il parte promptement et qu'il emmène avec lui Cuetlapitoc. »
Ces deux chefs bc mirent en route aussitôt^ et quand ils eurent expliqué le sujet de leur mission à Pinotl , chef de Cuetlaxtlan, celui ci leur répondit: • Seigneurs, reposes-vous; je vais envoyer des messagers sur le bord de la mer pour s'informer de la vérité. • Ceux-ci revinrent en toute hâte , et rap* portèrent qu'ils avaient vu en eilet sur la surface des flots lieux objets qui ressemblaient à des tours ou à de petites montagnes. » Teuctlamacazque dit alors k Pinotl : « Seigneur, je veux aller par moh-méme m'assurer de la vérité , afin de pouvoir en rendre compte a Moctezuuia comme ténipin oculaire. » Le chef de Cuetlaxtlan voulut l'accompagner en personne. Il se mit donc en route avec lui, Cui--
tiapitoc ainsi que le chef de Gueliaxtlan. Quand ib furent sur le bord de la mer , ils examinèrent Tob* jet extraordinaire que l'on aperceTaitsur la surface des flots ainsi qu'une barque qui s'en détacha , et dans laquelle étaient des ^ns qui se mirent à pécher. Teutlamacatque et Cuitlapitoc montèrent alors sur un arbre que Ton appelle arbre blanc ^ et dont le feuillage est fort épais, et les obserrèrent jusqu'à ce qu'ils eussent terminé leur pèche. Teu* tlamacazque dit alors à Quellalpitoc : « Maintenant, allons-nous-en. » Ils retournèrent donc à Cuellaxtlan, et après avoir pris congé de Pinotl, ils se rendirent en toute hAte à Mexico et au palais de Moctezuma, auquel ils dirent respectueusement: «Seigneur, il est vrai qu'il est arrivé des gens de nous ne savons quelle nation. Nous les avons observés pendant qu'ils péchaient dans leurs canots, les uns avec des filets, les uuires avec des hameçons. Ils ont ensuite regagné deux hautes tours qui flol* taient sur les eaux, dans lesquelles ils sont entrés. Il y en avait d'habillés de rouge , de bleu , de vert et de diverses autres couleurs. Us avaient des espèces de mouchoirs sur la léle^ quelques-uns avaient des bonnets rouges, et d'autres une coiffure ronde avec de grands bords qui mettaient la tête à l'abri du soleil. C'étaient des chapeaux. Leur peau est beaucoup plus blanche que la nôtre; mais ils ont une longue barbe noire, et leurs cheveux leur retombent jusque sur les^oreilles. » Moctesama fut tellement frappé de cette nouvelle, qu'il baissa la tète cl ne proféra pas une seule parole.