‹ Histoire du MexiqueChapitre 112 sur 115 · CHAPITRE GVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE GVIl

De la grande tristasie qu'éprouva Moctesuma ao apprenant Tarrivèe des Espagnols à Saînt-Jean d*Ulloa. Il veut faire sortir de la prison le messager de Mictian cuaahtla. Ce qae Ton y trooTS.

Au bout de quelque temps , Moctesuma dit à aea messagers : r Vous êtes au nombres des plus grands seigneurs du royaume; je ne puis avoir conBance en personne plus qu'en tous. Allez chercher l'Indien qui est venu de Micdancuauhtia m'apporter cette nouvelle ; il est dans la prison où j'ai ordonné & Petlacatl de le renfermer, w Ils s'y rendirent, maïs quand ils ouvrirent les portes de la prison , ils n y trouvèrent personne. Tout étonnés, ils coururent en prévenir Moctezuma , qui , tout stupéfait , s'é* cria ! <c Cest un naturel de la côte, ils sont tous sorciers. Maintenant faites attention h ce que j* vais vous confier , car si vous le révélez k qui que ce soit, je vous ferai enterrer sous mon propre Irène, je ferai mourir vos femmes et Tùsenfunls,

je confisquerai vos biens et je ferai démolir tos maisons de sorte qu'il ne reste pas pierre sur pierre , et je ferai périr tous vos parents. Amenesmoi secrètement les deux orfèvres les plus habiles que TOUS pourrez trouver , et des lapidaires habiles dans Tart de monter des émeraudes » Quand ils les eurent été chercher , Moctezuma les fit entrer et leur dit : a J'ai un ouvrage à vous commander, mais tenez le secret , si vous ne voulez attirer sur vous et sur les v6tres les peine» les plus terribles. Cet ouvrage doit être fait en ma présence et sans que vous sortiez du palais. Faites-^noi un collier d'or dont les chatoons très -minces aient quatre doigts de lon^; , qu'il soit orné d'émeraudes et de plaques d'or, et qu'à chaque second anneau ilj ait un pendant. Il faut que ce collier soit terminé le plus tôt possible, et que, pendant qu'unouvrierj travaillera , les autres me fassent deux chassemouches ornés de magnifiques plumes , dont un côté soit orné d'une lune d'or , et l'autre d'un soled du même métal parfaitement poli et qui brille au loin, ainsi que des bracelets d'or ornés d'un riche travail en plumes. » Il ordonna à Petlacall d'apporter secrètement la quantité d*or qui était nécessaire pour la fabrication de ces bijoux, ainsi que des plumes de tiautiquechol , de Izinizcan et de zacuan, ainsi que quantité d'émeraudes et d'autres pierres précieuses d'une grande valeur. Tout ceU Cut donné aux ouvriers , et en peu de jours ceux-ci eurent terminé l'ouvrage qu'on leur avait donné;

et un mntîn , un des bossus paji^es de Moctexurnu vint le prier de la pari des ouvriers de se rendre à la chnmbre où ils travaillaient. Quand il y entra, les ouvriers lui dirent : « Seigneur , nous avons exécuté tes ordres. Voici les objets que tu nous as commandés.» Mocteztiroa , parfaitement satisfait, ordonna à PellacatI de remettre h chaque ouvrier une charge de pièces d'étoffes de dix brasses de long , une de huit brasses et une de quatre , des pagnes , des hnepiles et «l'a u très vêtements de femme, du maïs, du chiTe, des concombres, du colon et des fèves ; de sorte qu*ils retournèrent très» satisfaits dans leurs maisons.

Moctezuma dit alors à Tilancalqui en lui remet-» tant les objets que les ouvriers achevaient de terminer: c Mets-toi en route aussitôt e( va porter ces objets aux étrangers qui viennent d'arriver. Je croit que c*e9t le dieu Quetzalcoatl qui avait promis de revenir de Tula pour régner dans ce pays-ci. Quand il partit en laissant derrière lui les montagnes, les rivières et les mines d'or dont nous jouissons actuellement. C'est certainement lui qui revient actuellement après avoir été visiter les autres dieux è Tula OU Tlapalhin qui est situé au delh des mers' Il revient maintenant prendre possession du trône qui lui appartient , car il n'a fait que me le prêter* Rendez-vous h Cueztlan et dites à Ptnotl qu'il fasse aussitôt préparer des vivres de toutes espèces, et si les étrangers qui viennent d'arriver en manfrent , vous pouvez être sûrs que c'est Quetzalcoatl et sa suite;

s'ils le refusent y alors ce De sera pas lui. Si ces étrangers aiment la chair humaine et qu'ils tous dévorent » je vous promets d'avoir ^rand soin de vos femmes et de^vos enfants, et de les protéger. Najez aucun souci à cet égard. Si vous reconnaisses que cet étranger est QuetzalcoatI , ornez sa personne de (eus les bijoux que j'ai fait fabriquer à ceteflet, et dites-lui que je le prie humblement de venir prendre possession de son trône que je garde pour lui. Partes demain matin et emmenés avec vous Cuitlalpitoc ; s'il est dévdré » tant pis pour lui : il <■ été acheté pour cela comme un esclave qu'il est. Prenez avec vous quatre Macehuatis pour porter vos bagages. Allez, je vous renouvelle ma promesse, si vous êtes dévorés par les étrangers , de nommer chacun de vos fils majordome de deux villes » afin qu'ils «ent de quoi vivre honorablement. »

Le lendemain de grand matin les deux envoyés d€ Ikiactesuma se mirent en route et cheminèrent jour et nuit. £n arrivant k Guetlaxtlan , ils communiquèrent à Pinotl les ordres dont ils étaient chargés et lui ordonnèrent de faire préparer quinze charges de vivres ; c'étaient des viandes cuites et renfermées dans des pots neufs et très-bien décorés , des poules rôties et cuites , des poissons et des fruits de toutes espèces. Ils partirent au milieu de la nuit , et an lever du soleil , ils étaient déjà sur les bords de la mer ; ils renvoyèrent alors Guellalpitoc et les iamiemes qui avaient apporté les vivres. Les matelots espagnols ne tardèrent pas à avertir leur chef que

Ton <ipfrce?nit«iir la nye trois lodiens qui faisaient des signes. C< lui-ri s'einbar(|ua flans un canot avec trois ou quatre hommes, et n'ayant pas tardé à les rejoindre, il leur demanda qui ils étaient et ce qu'ils voulaient. Les Indiens ne les comprenant pas, cherchèrent à lui faire comprendre pair signes qu'ils voulaient le conduire auprès dcr leur maître qui désirait les voir , et commencèrent à chari:er son ranot de tous les vivres qu'ils avaient apportés ; ils s'embarquèrent ensuite avec lui et l'accompagnèrent jusqu'à bord du vaisseau amiral où flottait l'étendard royal. Ttlancalqui l'examinait avec autant d'attention que les Espagnols en mettaient à conaidérer ces nouveaux venus.

Fernan Cortez s'approcha de lui avec l'Indienne Marina , qoi lui avait été donnée ainsi que d'autres esclaves par les habitants de Potoncban. Celle-ci leur demanda d'où ils étaient. « Nous sommes de la grande ville de Meiico Tenucbtitlan. — Que venezvous faire ici ? -^ Nous venons aimplement pour saluer \r chef qui vous commande. » Quand Marina eut expliqué lenr discours à Cortez » elle continua : «Comment t'aifipelie votre roi? •*- Moctezuma. — Pourquoi vous a-t-il envoyé? — Pour savoir quel est le but de la venue de votre chef. — Il vient seulement pour rendre visite à votre roi Moctezuma. » Les Indiens dirent ensuite : « Expliquez à votre chef que notre roi nous a chargés de lui ofirir ce petit présent , et qu'il est prêt à lui re mettre son trône qu'il ne regarde que comme un

dépôt. » Ils lui remirent en même temps les riches vêtements , les plumes précieuses et les bijoux d'or dont Moctezuma les avait chargés , et dont la vue remplit d'admiration Cortez et tous les Espagnols, qui se les passaient de main en main et ne pouvaient se lasser de les considérer. Les messat^ers de Moctezuma ajoutèrent : « Nous avons aussi apporté poor le chef des vivres frais et d'excellent breuvage de cacao.» Marina répondit: « Il faut avant que le dieu 7 touche que vous en mangiez et que vous en buviez vous-même. » Les Mexicains exécutèrent aussitôt cet ordre, ce que voyant les Espagnols , ils en mangèrent et en burent également sans hésitation ; car ils se réjouissaient boucoup d'avoir des vivres frais. Quand ce repas fut terminé , Cortez dit à Marina : « Que ferai -je pour prouver à mes frères le plaisir que m'a fait leur présent ?» 11 leur donna donc quelques viandes salées et du vin dont ils burent tellement qu'ils s'enivrèrent. Ils dirent ensuite à Marina qu'ils voulaient aller rendre compte à leur maître de la mission dont ils les avait chargés. Elle lui demanda son nom. Il répondit : «Tilancalqui. • « Eh bien ! dit Cortez , salœi votre maître de ma part , et dites-lui que dans hait jours je serai de retour et j'irai le visiter. »

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