CHAPITRE CVIIÏ
GorUi preod congé des messagers de Mocleioma et leor remet des présents pour lear maître.
Tilancalqui et son compagnon rentrèrent donc dans le canot , et allèrent débarquer au port de la Vera-Cruz , car Corlez était à Tancre à San-Juan d*Ulua. Ils firent roule en grande dili^^ence , et quand ils furent arrivés en présence de Moctezunia, ils lui firent la description <le tout ce qu'ils avaient vu, des armes à feu et de Tellét de la poudre, du bruit qu^ faisaient les pièces d'artillerie , des casques , des cuirasses, des épées, des boucliers, des chevaux et des chiens dont lapparence les avait surtout effrayés. Quand ils eurent terminé leur discours , ils lui remirent les colliers de cristal et de perles de verre bleu dont Cortez les avait chargés pour lui , ainsi qu'une chemise de toile, un caleçon, un chapeau , des sandales , des confitures , du biscuit et une bouteille de vin Moctezuma leur ordonna d'en goûter devant lui. 11 le fit ensuite et but II. 16
quelques Terres de vin. Il était fort étonné de toat ce que lui racontaient ses messagers et surtout de Fioterprëte Marina, qui traduisait en espagnol tout ce qu'on lui disait en mexicain.
Mocte2unia était tout abattu de ces nouvelles étranges. Au bout de trois jours, les messagers de Cuetlaxtian vinrent lui annoncer que Feroand Q>rtez avait été à la recherche de deux vaisseaux qui lui manquaient depuis qu'il avait quitté Zintla et Potoncban, où on avait donné à Gortez les huit jeunes esclaves, parmi lesquelles s*était trouvée Marina. Moctezuma , considérant les colliers de cristal qu'il avait reçus , s'écria : « Certainement le dieu Quetzalcoally qui résidait autrefois parmi nous et qui nous a quittés pour aller à Tula , m'a fait une {grande {^râce; c'est bien véritablement là ce Acatl Tnacuitl, ledieu tTun roseauqui vctyage. Ayant eiaminé les biscuits que lui avaient apportés Tilancalqui et Cuitlalpitotl, il ordonna à Petlacatl de lai apporter un tepetatl , espèce de cailloux dont on se sert pour paver les chemins. Il ordonna ensuite à ses pages et à ses esclaves de manger de ce biscuit , et leur demanda quel goût ils lui trouvaient. Ils loi répondirent : « Seigneur, le goût de ce mets est boo, mais il est très-dur. » Alors il en cassa un morceau et le mangea en disant : « Cela est bon et cela ne vient pas de l'enfer , car cela ne sent pas la fumée; mais puisque cela nous a été apporté de Tula ,lil serait bien de l'offrir au dieu Huitzilopochtli. » On plaça <lonc ce biscuit dans une jatte bleue toute neuve,
que l'on recouvrit d'un caillou, et on le porta dans le creux de la grande pierre nommée Cuauhiicalli , où les prêtres l'encensèrent. On le porta alors à Tula où on l'enferma dans un grand coffre en pierre sculptée nommée Toptanaco. Après l'avoir enveloppé dans de riches étoffes , les prêtres enterrèrent ce coffre dans le temple de Quelzalcoatl , en faisant résonner leurs trompettes de coquillages, après l'avoir encensé etlavoir «ispergé avec du sang decailles que l'on immola à cette occasion.
Moctezuma fit ensuite appeler Tilancalqui et Quitlalpitoc , et leur dit : t Je croyais que les dieui vous avaient dévorés, mais je vois avec plaisir qu'il n'en est rien. Pensez-vous qu'ils prennent la même nourriture que nous? Ils doivent l'avoir oublié depuis trois cents ans queGuetzalcaitl nous a quittés pour aller au ciel ou en enfer. Va te reposer /Filan* calqui ; j'aurai toujours soin de ta femme et de tes enfants, car, après tout , c'est moi qui suis le roi. Tachons donc de savoir de quel endroit sont venus ces dieux. « Moctezuma fit ensuite appeler son majordome PetlacatI, etlui ordonna de faire porter i la maison de Tilancalqui le tribut entier qu'avait payé les villes de Tuzpan , TzucheacatI , Tuctepec et Octoman; de sorte que celui-ci se trouva tout d*un coup possesseur d'une grande quantité d'étoffes» de plumes, d'or» de cacao et de beaucoup d'autres denrées précieuses ainsi que de monceaux de sel et de chilé et d'un grand nombre d'esclaves des deux sexes. Le roi ordonna même que les quatre villes
que nous Tenons de nommer appartiendraient à Tilancalqui en toute propriété, ainsi que deux maisons dans les quartiers de Tozanitlan et de Mojotlan.
lie lendemain Moctezuma dît Tilancalqui : « Je veux absolument avoir des renseignements certains sur ces dieux et sur Tendroit d*où ils viennent. Fais appeler le célèbre peintre Tocual, et qu'il aille peindre ces dieux, leurs navires, leur artillerie, leurs chevaux et leurs chiens ainsi que leur manière de vivre et de s'habiller; mais il faut que cela soit fait dans le plus grand secret : si tu le révèles à qui que ce soit au monde , je te ferai massacrer ainsi que ta femme et tes enfants et ta famille, et je ferai raser ta maison. Le peintre dessina donc d'après la description que lui en fil Tilancalqui les chefs espagnols, les soldats et les niarms; il les représenta avec la peau blanche, une longue barbe, des pourpoints comme on en portait alors et de grands chii* peaux sur la tète, et ainsi -de toui le reste, et porta ensuite ces dessins à Moctezuma.
Le roi en fut très-étonné, surtout de la fumée qui sortait des mousquets et des arquebuses. Il dit au Tocual : « Sais-tu qui sont ces dieux et d'où ik viennent? Si tu ne le sais pas, demande-le à tes collègues, peut-être parmi les plus vieux y enaurat-il qui pourront te donner des renseignements à met égard. » Tocual exécuta cet ordre, mais il revint dire à Moctezuma qu'il n'avait trouvé personne en état de lui répondre. Celui-ci résolut alors den-
▼oyer demander des reuseignemenls à Cbalco et dans les terres chaudes. Mais les messagers, après avoir interrogé tous les vieillards , ne purent en apprendre davantage; on leur dit seulement que, selon une ancienne tradition , le pays devait être un jour conquis par des dieux qui s'appelleraient Tezocuil* yoxique et Zenteicxique.Moctezuma dit alors: tOn rapporte que les habitants de Cuetlachuac sont trèssavants: que Ton aille les questionner, ainsi que ceux de Mizquie. t Ceux-ci répondirent que d'après ce que leur avaient dit leurs ancêtres Quetzalcoalt devait revenir un jour pour gouverner le pays à la tète de ses enfants qui seraient plus forts et plus vaillants que les indigènes , et porteraient un costume différent de ceux que l'on aurait vu jusqu'alors et parleraient une langue inconnue. D'après cette tradition , ils devaient devenir les maîtres du Mexique qui leur appartenait depuis un temps immémorial, et ne le quitteraient plus après s*en être emparés.