CHAPITRE XIII
Les Tecpanëqaes de Cayoacan se déterminent à commeneer seuls la guerre contre les Mexicains.
Aussitôt que les chefs tecpauèques furent de re^ tour dans leur ville de Cuyoncan, ils se rassemblèrent en présence de Maxtlaton et de Guexcuex et dirent : • Frères et amis, après tout ce qui s'est passé et après les insultes dont nous avons accablé les femmes et les sœurs des Mexicains , il est nécessaire que nous leur fassions la guerre , si nous ne voulons pas attirer sur notre ville et sur notre nation une accusation de lâcheté. Préparez donc vos armes , car il faut achever ce que nous avons commencé. »
Les Mexicains , pendant ce temps , continuaient tranquillement h faire rôtir leurs poissons et leurs izcahuitU dont l'odeur arrivait jusqu'à Guyoacan et faisait Penvie des vieillards , des femmes et des enfants, qui auraient bien voulu en manger. Leurs dé* sirs étaient si vifs qu'ils en tombaient malades , leurs
yeux se gonflaient et ils commencèrent à en mourir, les enfants d'abord et ensuite les vieillards. Les jeunes gens mêmes en avaient un flux de sang que rien ne pouvait guérir , tant leur convoitise était excitée par la fumée qui arrivait jusqu'à leurs narines.
Maxtiaton, voyant cela, convoqua les principaux chefs et leur dit : « Vous voyez , seigneurs , combien la maladie fait de ravages parmi nous. Tous les jours Fodeur du poisson frais que les Mexicains font rôtir^ et surtout celle de Vizcahuitl dont vous connaissez tous le suave parfum , occasionne à nos yeux de nouvelles maladies. Dites-moi votre avis. Le mien est, si vous y consentez, de convier les Mexicains à venir assister à un banquet que nous donnerons dans noire ville sous des apparences de paix , et de profiter de cette occasion pour massacrer tous leurs chefs. » Guexcuex lui répondit : « Non , je pense qu'il vaut mieux , après leur avoir otiert ce festin , les laisser rentrer dans leurs maisons et profiter alors du moment, où ils ne pourront s'échapper, pour les meltre à mort, m Maxtiaton approuva avec joie cette proposition.
Quelques jours après , les Tecpanèques envoyèrent inviter les Mexicains , au nom de leur roi et de leurs chefs. Le principal messager s'adressii àllzcoall et lui dit: « Soyez, ô roi, heureux et paisible sur votre trône ; vos serviteurs et vos vassaux vous saluent ainsi que tous les Mexicains , et vous prient de venir vous divertir , quand cela vous plaira , dans leur >ille de Cuyoacan , Cc'ir ils vous y attendent;
c*est pour cela qu'ils m'ont envoyé vers vous. » lucoatl lui répondit: « Sois le bien venu, messageir tecpanéque; nous te remercions ainsi que Maxtlaton et tous les Tecpanèques de l'invitation que lu nous apportes; et je m'y rendrai ainsi que les principaux chefs mexicains. «
Itzcoatl fit alors venir Âtenpanecatl TLicaeltzin, et lui dit : « Dans quel but les gens de Cuyoacan et leur roi Maxtlaton nous ont-ils adressé cette invitation ? Quelle peut être leur intention ? car il me semble quHl y a quelque mystère caché là-dessous, u Tlacaeltzin lui répondit: i Vous, qui êtes notre roi , pourquoi iriez-vous chez eux ? Restez dans votre palais et dans votre ville. Il ne faut pas qu'un roi aille d'un endroit à l'autre , il doit au contraire toujours être environné de la majesté du trône. Quant à nous , puisque vous avez accepté l'invitation , nous irons et nous verrons ce que c'est. »
Le roi y consentit et les Mexicains se rendirent à Cuyoacan. En arrivant , ils commencèrent par remercier Maxtlaton, Cuexcuex et les autres chefs d'ayoir pensé à leurs amis , et leur offrirent en présent toutes espèces de poissons , de grenouilles et d'oiseaux aquatiques , ainsi que des itzcahuitl^ tecuitlail , axayacatl et cacolin. Après les avoir acceptés avec reconnaissance , Maxtlaton fit venir les chanteurs ainsi que le teponaztli et le tlapanhuehuetl. On commença alors le mitoie et le chant «î la mode des Tecpanèques qui était différente de celle des Mexicains. Quand ils furent terminés , Cuex-
cuex, Zagancatlteuctli et Tepanecatl apportèrent des charges de bois , de coas , de jupons de nequen et de ckihuipilli, en disant aux Mexicains : < Voici ce que vous offre le roi Maxtiaton ; vous savez que nous ne possédons pas autre chose ; tenez- nous donc compte de notre bonne volonlé. Maxtlalon, notre roi , ajoutèrent-ils » ord(Hine que vous vous revêtiez sur-le-champ de ces jupes de nequen. » Les Mexicains, voyant qu'on voulait leur faire un affront^ hésitèrent un instant et répondirent : ce Tecpanèques, nous recevons ces présents comme une faveur , puisque vous nous les offrex comme telle, mais nous les mettrons quand nous serons de retour. » Cependant lesTecpanèques insistèrent et forcèrent les Mexicains à mettre les jupons. Ils commencèrent par Tlacaeltzin et par les autres chefs qui l'avaient accompa^é , c'étaient : Moctezuma , Tlacahuepan , Cahnatlteuctli , Huehuelzacan , Astacoatl , Epcoatl , Tzumpan , TIatolzaca , Cuauhtztlzimitl , Zitlalcoatl, Xiconoc, Ixquetlato, Tlahueloc, Âxicye et Cuacuanhtzin ; tous , ainsi que leurs jeujiies frères qui les avaient accompagnés, furent forcés de mettre des habits de femme. Cuexcuex et Maxtlaton se divertirent beaucoup de les voir vêtus de cette manière.