‹ Histoire du MexiqueChapitre 20 sur 115 · CHAPITRE XV r · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV r

Guerre contre Xochimilco dont les habitants , vaincas par les Mexicains , sont obligés de se reconnaître lears vassaux.

Leshabi ta f ils de Xochimilco, voyantque les Mexicains avaient vaincu et réduit en servitude les Tecpanèques d'Alzcaputzalco et ceux de Cuyoacan, et s'étaient partagé leurs terres , en furent très-irrités. Leurs chefs Te ucti, Panchimalcatlteuctli, Xayacacatl Mectlaacateuctl et Queyacteotla, se dirent : « Pour que notre nation et notre ville ne soient pas également détruites, ne vaudrait-il pas mieux nous soumettre ^x Mexicains de notre plein gré y afin qu'ils nous traitent bien? » Mais cette proposition souleva une grande opposition. Jacaxapo s'écria : ((Gomment, moi qui suisun chef, irai-je m*abaisser à balayer pour les Mexicains et à leur donner h laver ? Ne vaut-il pas mieux faire nos edbrts pour conserver notre indépendance et tenter le sort des combats ? »

Le lendemain, les femmes mexicaines vinrent, ec-

Ion leur coutume , au marché de Xochimilco pour y vendre des canards , des poissons et d'autres produits du lac. Les femmes de la ville en achetèrent , les firent cuire après les avoir bien lavés , et les portèrent au palais de Tecpan pour le repas des chefs. Ceui-ci en mangèrent avec plaisir ; mais ils furent bien étonnés de trouver au fond du vase des létes d'enfants, ainsi que des pieds , des mains et des lambeaux de chair humaine. Les Xochimilcas s'écrièrent alors : « Elhbien! neledisions^nouspasPYoyez comme ces Mexicains sont méchants ! C'est avec de semblables fourberies qu'ils ont réduit en esclavage les Tecpanèques d'Atzcaputzalco et de Cuyoacan. Pré* parons nos armes pour leur résister, car il en est temps. »

Le lendemain on vit arriver à Xochimilco des ambassadeurs mexicains qui étaient envoyés parle roi ItzGoatl et les principaux chefs. Ils furent conduits au palais de Tecpan et reçus par deux chefs , dont l'un se nommait Quauhqucchol et l'autre Tepentenlli Tepanquinque. Les ambassadeurs leur oilrireut en présent divers produits du lac^ et leur dirent : c Puissants seigneurs , nous sommes envoyés par vos humbles vassaux , notre roi Itzcoftl et les autres chefs qui habitent avec lui au milieu des roseaux et des marais, et qui ne gouvernent qu'en votre nom la ville de Mexico Tenucfatitlan. Ils vous baisent les mains et vous supplient de vouloir bien leur accorder (a permission de prendre quelques pierres pour la construction du temple de notre

dieu HuîUilopochtli, et de couper un peu de bois de ayauhcauhuitl-pinavete. Cest pour cela que nous sommes venus. »

Les seigneurs leur répondirent aussitôt : « Que Yenez*vous nous proposer, Mexicains; étes-vous ivres? Sommes-nous vos vassaux ou vos esclaves, pour que vous veniez nous proposer de travailler pour vous , et de vous fournir de la pierre et du bois ? Retirez-vous sur-le-cbamp , et allez porter cette réponse à ceux qui vous ont envoyés. • Les ambassadeurs retournèrent donc n Tenuchtitlan , et rendi* rent compte h ItzcoatI et aux autres chefs de la réponse fiëre et insolente qu'ils avaient reçue. Le roi répliqua : « Laissons-les pour le moment , et voyons s'ils oseront venir nous attaquer; en attendant, que toutes les communications soient coupées entre cette ville et Xocbimilco. »

Pendant ce temps les Xochimilcas se disaient entre eux: « Que pensez-vous de ce qui s* est passé? Pallait-it permettre aux Mexicains de venir s'approvisionner de pierres et de bois , à condition qulls le transportassent eux-mêmes?» Jacaxapo prit alors la parole et dit : « Il est impossible de permettre une pareille titost ; car même si nous y consentions nos sujets en seraient inlignés et se révolteraient contre nous, avec raison. It faut, au contraire, nous préparer à défendre notre ville , et même à attaquer les Mexicains. Si nous devons périr, succombons du moins avec gloire et les armes à la main.»

Quelques Mexicains qui suivaient lii roule appe-

léeChiquemaltillan s'assirent dans la forélpourse re* poser. Une Iroupe de Xochimilcas armés s'approcha « d'eux et leur demanda : « De quel pays étes-vous? » — « Pourquoi nous faites- vous c^te question ? répondirent les Mexicains. Sommes -nous vos esclaves ou étes-vous des voleurs de grands chemins? Nous sommes des Mexicains qui travaillons pour gagner notre misérable vie , et nous venons de Cuernavaca chargés de cAc/a et de coton.» — «C'est vous que nous cherchons, reprirent les Xochimilcas; car vous êtes des misérables. » G>mme ils étaieut nombreux ils maltraitèrent cruellement les Mexicains et les dépouillèrent detoutcequ'ils portaient, mémede leurs vêtements. Ceux-ci revinrent complètement nus à Mexico, et se rendirent, tout sanglants , au palais d'Itzcoatl pour lui porter leurs plaintes. Le roi et tous les chefs s^ écrièrent aussitôt ; « Nous ne pouvons nous laisser insulter de cette manière par les Xochimilcas. » f tzcoatl , dit à ceux qui avaient été pillés : 9 Que voulez-vous , mes frères , nous ne pouvons pas toujours avoir les yeux sur ce qui se passe dans les forêts et dans les montagnes ? Ayez un peu de patience , et reposez-vous dans vos maisons. Votre vengeance ne se fera pas attendre. » Itzcoatl rassembla aussitôt les capitaines, et leur dit: « Vous voyez les insultes constantes que nous font les Xochimilcas. Ne sommes-nous pas assez forts et assez vaillants pour les repousser?. Que l'on envoie sur-le-champ des gardes sur les routes et les passages , et surtout à Coapan el à Ocolco. 11 faut aussi

que quelques guerriers aillent plus loin. Si l'ennemi les rencontre et leur demande qui ils sont , il faudra lui dire la yérité. » Cinq cbefs et cinq jeunes macehuales secharfiërentde cette commission. Les chefs se nommaient Tlatolzaca, Tzumpan, Mecatzin, Epcoatl et Tlazalteuctli ; et les macehuales , Ghicahuac , Chical, Acohzauhqui, Tlahuazomal et Itzomyeca. Quelques laboureurs deXochimilco qui allaient cultiver leurs champs du côté de Goapan ayant aperçu les gardes mexicaines s'approchèrent d'elles et leur demandèrent : • Qui étes-vous et que venez- vous faire ici ?» — «Qui êtes -vous vous-mêmes? répondirent-ils. » — «En vérité, s'écrièrent les Xochimilcas , ce doit être des Mexicains. » — « Oui, reprirent-ils, nous le sommes ; mais que vous importe , avez > vous quelque chose à nous demander? » Une parole en amena une autre , de sorte qu'ils finirent par en venir aux mains. Les Xochimilcas repoussés revinrent en grand nombre armés d'épées et de massues, et poursuivirent les Mexicains presque jusque dans l'intérieur de leur ville , où ils revinrent en toute hâte raconter ce qui s'était passé.

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