CHAPITRE XVIII
Le roi llicoaU fait demander aux chefii de Coitlahuac d*en?oyer leurs filles et leurs sœurs pour danser dans les mitotes.
Le roi ItzcoatI convoqua tous les chefs meiicains, et leur dit : « J'ai résolu d'envoyer à Cuitlahuac et de demander aux chefs de cette ville d'envoyer leurs filles et leurs sœurs pour qu'elles chantent les chanta que i on répète de jour et de nuit^ et que Ton désigne sous le nom de cuiçuyarijei de venir eux-mêmes chanter et planter des roses dans nos jardins et dans nos vergers. Nous verrons comment ils prendront cette proposition et s'ils refusent d'obéir. J'ai choisi pour cette mission deux chefs, Goatecatl et Ihuilpanecatl. » Tlacochcalcatl-Tlacatletzin leur dit aussi : « Allez, seigneurs, et dites-en autant de ma part à Xochitlolinque, roi de Cuitlahuac. Jl faut absolument que les chefs de cette ville viennent chanter et danser pour nous, et qu'ils plantent chacun vingt pieds de rosiers dans nos jardins. »
Quand les envoyés furent arrivés auprès de Xo* chitlolinque et lui eurent expliqué lebut de leur ambassade, celui-ci se montra fort irrité qu'on osât lui envoyer un pareil message. « Que dites-vous , Mexicains , s'écria-t-il , et quel rôle voulez-vous faire jouer à nos femmes et à nos filles ? Est-ce pour se moquer de nous qu^Itzcoatl nous envoie un pareil message ? Cela est impossible et cela ne sera pas. C'est tout simplement une querelle que vous voulez chercher à moi et à ma nation ; mais nous vous attendons. Allez porter votre réponse au |^i. » Les Mexicains partirent, en effet, aussitôt pour s'en retourner, et rendirent mot à mot à ItzcoatI la réponse qu'ils avaient reçue. Tiacochcalcatl-TIacatletzin, Tlacatecatl , Moctezuma et les autres chefs dirent à ItzcoatI : « Seigneur, il faut prouver à ceux de Cuitlahuac qui ont osé vous envoyer une réponse aussi peu respectueuse qu'ils sont vos sujets. H faut aller aussitôt les attaquer, ou du moins leur envoyer une nouvelle sommation.
Coatecatl et Ihuitlpanecatl retournèrent, eu efiet , auprès de Xochitlolinque , et lui firent une seconde fois la proposition dont ils étaient chargés ; mais ils reçurent la même réponse. « Maintenant, dit ItzcoatI, il est temps, et je cède à vos désirs. Allez vous préparer, et je vous avertirai quand il sera temps d'attaquer ces misérables de Cuitlahuac. Je vais envoyer des ambassadeurs aux chefs de Chalco et de Tlamanalco , Cuateotl et Tonteozinhteuctli , et nous verrons bien par leurs réponses s'ils sont disposés à
faToriser ceux 4e Cuitlahuac. • Aussitôt que ceuxci furent arrivés à Cbalco , ils exposèrent au roi le sujet de leur mission , et celui-ci leur répondit : « Nous n'ayons pas entendu parler de cette afiaire. Ceux de Cuitlahuac ne nous ont point demandé de secours, et s'ils l'avaient fait, nous le leur aurions refusé. » Quand cette réponse eut été rapportée à Itxcoatl , il envoya l'ordre à tous les jeunes gens qui se trouvaient dans les maisons où on leur enseigne Texercice des armes de prendre leurs épées, leurs massues et leurs boucliers ornés de devises effroyables, et de se mettre en marche au son des tambours et des trompettes, et en poussant de grands cris, comme cela est l'usage en de semblables occasions. Car il faut remarquer qu'il y avait à Mexico des établissements où les jeunes gens apprenaient à manier les armes et où il y avait des maîtres pour le leur enseigner. Il y en avaitd'autres où on leur apprenait à chanter et à danser le mitote au son àntepo» naztli et du tlapanhuehuetL II y en avait au^i pour les femmes où il se commettait des désordres affreux ; car œs danses avaient lieu la nuit , et les maîtres qui les leur enseignaient buvaient pendant tout le temps, de sorte que la leçon se terminait par des scènes de débauches que ces femmes aimaient beaucoup. On donnait à ces sortes de maisons le nom de ciaeoyan ou la grande joie des femmes. C'était H uitzilopocfatli qui leur avait ordonné de les établir pour perdre leurs âmes par ce moyen. Il y avait aussi à Mexico des maisons où on enseignait aux jeunes
ûlles les travaux de leur sexe selon Tusage du pays.
Le leDdemain malin de très-bonne heure l'armée mexicaine se mit en marche vers Cuitlahuac. Quand elle fut arrivée à Jahualiuhcan , qui est situé sur le flanc d'une montagne qui domine cette ville, elle se rangea en bon ordre et arriva ainsi à Cuitlapan pour attendre les canots qu'on devait lui envoyer de Mexico , car Cuitlahuac est située au milieu du lac d'eau douce. Dès^qu'ils furent arrivés les Mexicains s'y embarquèrent en poussant des cris si terribles que leurs ennemis en furent épouvanté^ Ils commencèrent aussi à évoquer par des moyens diaboliques tous les animaux qui habitentle lac, et qu'où appelle amenez, acocilin, atetepitz, acuecueyatchin, acoatl^ achichineaj atlacujro^ei ecocoji.
Ceux de Cuitlahuac voyant cela se hâtèrent de remplir leurs canots de canards, de loutres , de poisson blanc et de grenouilles , et d'aller les offrir aux Mexicains , avec leurs assurances de soumission » pour tâcher de désarmer leur colère. Quand ils furent arrivés près d'eux ils se prosternèrent humblement en leur offrant ce qu'ils apportaient, et en leur disant : « Recevez le tribut que nous ofirous au grand roi Itzcoatl ; nous sommes prêts à exécuter ses ordres. Nous enverrons nos filles et nos sœurs au temple d'Itzahuitl-Huitzilopochtli , à la maison des chants et des danses ou cuicoyan , comme vous l'appelez , pour qu'elles servent à divertir nos jeunes vainqueurs. Nous irons nous-mêmes chanter, danser et planter des rosiers dans vos jardins.» — a A la
bonne beure, dirent les Mexicains, nous allons simplement parcourir votre ville et vos villages; mais tâcbez une autre fois de ne pas vous montrer rebelles. » Les Guitlabuacas le promirent arec serment , et les Mexicains retournèrent dans leur ville. A. leur retour ils rendirent compte de tout à Itzroatl, à Tlacochcalcatl , à Tlacatecatl et à Moctezuma , et lui rapportèrent qu'en les voyant , les Guitlabuacas efirayés s'étaient soumis et avaient promis de payer un tribut en poissons et autres produits du lac , et les avaient accompagnés pour leur faire bonneur jusqu'à Tecuitlatzonco, endroit où l'on récolte le tezintlati qui est bon à manger. « Ils se sont» direàt-ils , reconnus tous vos sujets, quels que soient leur âge et leur sexe ; ils ont promis d'envoyer leurs jeunes filles aux cuicoyans et maisons d'école, et de ne jamais se révolter. • Ilzcoatileur fit ses remerctmenls de la conquête qu'ils avaient faite et les envoya se reposer dans leurs maisons. Quelques jours après ce prince mourut , et les Mexicains proclamèrent à sa place Moctezuma , dit le Vieux , qui fut leur quatrième roi.