CHAPITRE XIX
Guerre do roi Mectenma le Vieax contre la Tille de Cylhaacui et contre plusieurs autres.
Quand Neaabualcoyoll , qui régnait alora sur les Acuihuas , voisins des Meiicaîns , eut appris cette nouYelle, il convoqua les principaux chefs et leur dit : « Mes fils et frères, prêtez Toreilie à mes discours; si les Mexicains viennent ici ou si vous les rencontrez par les chemins, donnez-leur ce qu'ils vous demanderont , et recevez-les avec hospitalité dans vos maisons, car ce sont des gens belliqueux et féroces. Si vous les maltraitez nous serons exposés à un grand danger, nous , notre ville , nos femmes et nos enfants. Si vous ne vous conformez pas à mes avis vous cesserez bientàt d'élre des chefs et vous deviendrez de pauvres macehuales^ comme le sont devenus nos voisins et nos alliés que la vaillance des Mexicains a forcés de devenir leurs sujets. Donnez
avis de Gela, non-seulement aux autres chefs , mais à toute ]a nation. » Tous lui répondirent : « Nous observerons exactement ce que vous nous recommandez, afin que votre royale personne n'éprouve aucun dommage. »
Moctezuma , le nouveau roi de Tenuchtitlan , convoqua de son côté les chefs mexicains , et leur dit : « Seigneurs , quel est votre avis sur la conduite que nous devons tenir à l'égard des Tezcucains de CuU huacan, dont le roi estNezahualcoyoll , chef de tous les Acuihuas? Mon dessein est de lui faire dire que je marcherai contre ses états à la tête de Tarmée des Mexicains habitants du lac, et dont la ville est distribuée au milieu des roseaux ef des figuiers d'Inde. Il faut qu'aussitôt mon arrivée à Chiuhtepec, il fasse une grande fumée en signe de soumission, ainsi que quand j'entrerai àTultepec et à^Teziztlan où sera dorénavant la frontière des Mexicains et des Acuihuas. Aussitôt mon arrivée dans cette dernière ville, il faut qu'il brûle le temple de son dieu : telle est ma volonté. »
AhualcoatUTiacaltlelzin prit alors la parole et dit : « Mon fils et roi bien-aimé, j'approuve la conduite que vous voulez tenir à l'égard de Nezahualcoyotl. Seulement prenez garde que les femmes , les vieillards et les enfants ne viennent à en soufirir, car c'est votre devoir de roi de chercher à augmenter l'empire en conquérant de nouvelles provinces. Envoyez vos messages au roi Nezahualcoyotl , et nous verrons ce qu'il répondra. » — «Qui choisirez- vous
pour celle missioD ? » demanrla Moclezuma. — a Prenez, dit ZihualcoatI, Tocuiltecatl, TepantecatI , AGhicatlteuctli et Chicahuaz , dont les deux derniers sont vos frères et les miens. •
Ceux-ci partirent donc après avoir reçu leurs instructions , et se rendirent auprèsde Nezahualcoyotl qui, après les avoir écoutés attentivement, leur répondit : c Ce que votre maître me demande me parait bien dur, car je tire de la terre chaude (qui est aujourd'hui le marquisat d'Oaxaca et s'appelait alors Tlahuic) des arbres fruitiers, des magneys avec leurs racines , des maisons entières et beaucoup d'autres objets. Cependant je lui obéirai et j'irai le trouver» comme il me l'ordonne, à ChiquihtepeCp à Totolzingo et à Teczuitlan. Saluez de ma part le roi Moctezuma, Cihuacohuatl-Tlacaltletzin et les antres seigneurs mexicains.
Aussitdt leur retour, les ambassadeurs transmirent cette réponse aux chefs mexicains qu'ils trouvèrent réunis y et leur donnèrent en même temps beaucoup de détails sur les mœurs et les coutumes de leurs nouveaux sujets. « Allez vous reposer dans vos maisons, dit alors Moclezuma , et que demain tous les Mexicains préparent leurs épées, leurs boucliers et leurs massues, ainsi que leurs costumes de guerre 9 en peau de tigre et d'autres animaux, en plumes d'aigle et en peau de serpent y et nous marcherons droit sur Chiquihtepetitlan. »
Quand les Mexicains s'approchèrent de la frontière des Aculhuas , les premières gardes commen-
cèreDt à les insulter en disant : « Les voilà , ces petits Mexicains , nous aHons voir combien ils s<»t ; ils vont mourir de nos mains. • Les Mexicains lear répondirent : « Aculbuas , les paroles ne nous épouvantent pas. Vojons vos œuvres , et qui l'emportera sur Tauiredans le combat. En effet, aussitôt qu'ils furent arrivés auprès de Gbiubtepec , les Mexicains oommencërent àcrier, en frappant leurs boucliers de leurs épées : « En avant ! en avant ! Mexicains , c'est aujourd'bui que les Aculbuas vont être exterminés sans qu'il en rentre un seul dans sa patrie ; • et ils cbar(ièrent leurs ennemis avec fureur; ils les poursuivirent ainsi à Huixacbtitlan , Coatltlan et Tnlpetlac, et arrivèrent ainsi jusqu'à Gulbuacan où ils les forcèrent à se réfugier dans le lac après avoir perdu un frrand nombre des leurs , après quoi ils arrivèrent à Teczitlan et Totolzingo.
Nezabualcoyotl, en voyant cela, monta aussitôt au sommet de la tour de l'idole et j mit le feu, ce qui excita une grande fumée. Aussitôt que les chefs mexicains l'eurent aperçue ils comprirent ce que cela voulait dire et crièrent à leurs soldats : « Arrélezvous, car Aculbuacan se reconnaît vaincu. » Nesahualcoyoll s'approcha alors et leur dit : « Valeureux Mexicains , déposez vos armes, puisque j'ai accompli vos volontés; à dater d'aujourd'hui nous sommes vos serviteurs et vos tributaires et nous porterons vos charges. Ayez pitié de nos vieillards , de dos femmes et de nos enfants puisque nous sommes déjà vos sujets. 9