‹ Histoire du MexiqueChapitre 38 sur 115 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Bèfolto des habitants de Goetlaxtkn et d*OriUYa. — Les Mtiteaiiis les soumettent de nooTeau et les traitent avec une grande croauté.

Voici la cause de la révolte des habitanta des pro* vinces de Gueilaxllan et d'Orizava contre les Mexi* eaina. Quelques Tlaxcaltèques » dont les principaux étaient Xicotencatl, Xayacamaxcantlehuexotl et Quetxalxiuhtentzin , s'éUtnt rendus à Orizava ^ Huiliaapan , Guetlaxtlan et Zempoallan , ils dirent aux chefs de la c6te : « Nous avons appris la manière cruelle dont les Mexicains vous ont traités et le tribut que vous vous êtes engagés à leur payer* Nous savons aussi qu'ils ont sacri6é k leurs dieux vos frères et vos fils , mais nous avons résolu de vous tirer de cette servitude. Quand leurs envoyés viendront réclamer le tribut » au lieu de le payer ^ refusez-le en nous faisant avertir , et UentAt tous les Mexicains tomberont sous nos coups sans qu'il en échappe un

seul. » Les chefs de la côte furent si satisfaits du secours que leur ofTraieut les TIaxcaltèques qu'ils leur remirent le tribut destiné à Moctezuma.

Quelques jours après Moctezuma fit appeler quelques teucnenenques ou marchands , et leur ordonDa de se rendre danâ teê proTincea pdUr y réclamer le tribut qui était échu. Il plaça à leur tête Tepeteuctii qui , selon l'usage , devait porter la parole. En effet, dès qu'il fut arrivé, il adressa à Tepeteuctii et à AtonalteucUi un discours dgns lequel il réclama le /tribut. Ceux-ci lui répoodirent : • Gda eti nm^ mais reposez-vous pendant quelques jours. » Au bout de ce temps ils conduisirent les envoyés dans une salle, avec tous les Mexicains qui les avaient accompagnés , et y ayant ensuite fait apporter quelques cbarges de poivre , on y mit le fea , de sôrle que la famée les étouffa. Tous moururent de celte nM>rt cruelle , et la mauvaise odeur que népaudit le poivre brûlé empesta Pair pendant plusieurs jours.

Au bout de deux ou trois jours, Tepeteuctii et Ziatooal firent fendre les cadavres depuis ie hâot jusqu'en bat, après quoi on les remplit de paille et on les plaça sur des sièges d'honneur nommés tepoizo et capiUi , en les appuyant sur le dossier , car ces sortes de sièges avaient des bras qui empèdiaiefll les corps* de tomber. On plaça dsuu leurs mains d'élégiants chasse- mouefaes, et sur leurs tètes des courennes comme en portaient les seigneurs. On leur oiTrit ensuite divers mcii et diverses boissons, en leur faisant de profondes révérences et en leur disaol

d'un ton ironique : • Seigneurs mexicaios , buvez, mangez et reposez-vous. • Puis Tepeteuctli, leur adressant la parole comme s'ils étaient vivants, s'é« cria: «Dites, coquins, étes-vous venus ici pour nous insulter? • Ce fut ainsi qu'on les accabla alter* nativement de moqueries et d'injures jusqu'à ce qu'enfin on jetât leurs cadavres dehors.

Les chefs de la côte firent ensuite avertir les Tlaxcaltèques de la manière dont ils avaient traité les envoyés mexicains. Ceux-ci les en félicitèrent et leur promirent de nouveau leur appui. Quoiqu'on eut observé un profond secret, ce qui s'était passé sur la côte de Cuetlaxtlan ne tarda pas de venir aux oreilles des marchands mexicains qui se trouvaient à Tepeaca, et l'un d'eux se rendit à Tenuchtitlan pour en instruire Moctezuma , à qui il raconta 1 evé<* nement dans le plus grand détail.

Moctezuma fit aussitôt appeler Cihuacoatl et Tlac«'ieltzin et leur dit : « Que pensez-vous de ce que viennent de faire ces démons incarnés de Cuetlaxtlan? Il faut qu'ils meurent jusqu'au dernier e| qu'on ne perde pas un instant pour les châtier. * On appela donc sur-le-champ les capitaines Tlaca* tecatl, Tlacochcalcall , Ticochnahuacnll et Cuauhnoclli , et l'empereur leur dit: «Sachez qu'on a massacré nos envoyés et tous les marchands qui se trouvaient sur la côte et dans les villes voisines.» Moctezuma convoqua ensuite le roi Nezahualcoyoti d'AcuIhuacan Tezcuco, le roi Totoquihuaztli de Taruf)a, ainsi que les chefs d'Atzcaputzalco.Chalro

Xochiœilco y Cuyoacan et Guihuacan, et leur raconla le massacre de ses envoyés et les railleries dout ils avaient été lobjet, railleries qui n'étaient paa adressées à çui seulement, maisà tous les Mexicains. Il leur ordonna ensuite de retourner dans leurs étala et de tout préparer pour aller soumettre les révoltés dans le plus bref délai.

Mo€tezuma dit al<»rs à Gihuacoatl : « Ma volonté est que Cuetiaxtlan soit complètement détruite et cesse d'exister. • Mais celui*ci et Tlacaeltzîn lai répondirent: « Seigneur, ne suffit-il pas qu'on passe la moitié des habitants au fil de l'épée et que Tautre moitié paye à l'avenir un double tribat?» en y joignant des émeraudes blanches , des queues de serpents toutes sanglantes et toutes fraîches, et des pierres précieuses de toutes couleurs ; que les étofies de dix brasses de long qu'ils livraient , soient maintenant de vingt brasses ; du cacao ^ du coton de toutes couleurs ainsi que des peaux de lions blancs et de tigres blancs. Ce discours apaisa un peu la fureur de Moctexuma.

Aussitôt que Tarmée fut réunie , elle s'avança en bon ordre • marchant jour et nuit , et ne s'arrêta que sur les confins d'Abuilizapan et de Cuetiaxtlan. Les chefs tinrent alors à leurs soldats des discours propres aies encourager, leur racontèrent la cruauté dont leurs compatriotes avaient été victimes , et leur représentèrent qu'ils étaient arrivés au terme de leurs conquêtes, puisqu'ils étaient parvenus jusqu'à l'endroit où l'on voit la mer toucher le ciel.

Le lendemain , au lever du soleil , les Mexicains selancèrent contre leurs ennemis en poussant de grands cris , en frappant leurs boucliers avec leurs épées, et en répétant, pour se reconnaître entre eux, le nom de leur ville. Ils saccagèrent successivement les villes de la province d'Ahuilizapan , savoir : Teojxhuacan , Cbicliiquilan , Quimictlan , Macalxochitlan, Tlactitian et Ozeloapan, et repoussèrent jusqu'au bord de la mer les rebelles qui se mirent à implorer leur pitié. Tepebteuctli et Ziatonal s'avancèrent suivis des femmes , des vieillards el des enfants qui remplissaient Tair de leurs gémissements, en disant : «Seigneurs, pardonnez-nous! ce sont les Tlaxcaltèques qui nous ont poussés à cette trahison , en promettant de venir à notre se* cours, et cependant il n'en a pas paru im seul. Ce sont eux qui nous ont lâchement poussés h notre perte. »Les Mexicains irrités leur répondirent : «Nou^ vous n'avez pas de grâce à attendre , et vous périrez jusqu'au dernier. 11 faut que le nom même de Guetlaxtian soit anéanti. » En disant ces mots, ils les chargèrent de nouveau et en tuèrent un «xrand nombre. Les rebelles les supplièrent derechef de les entendre , leur représentant que les femmes cl les enfants, qui tombaient sous leurs coups, n'étaient pas coupables. EnGn ceux-ci consentirent à arrêter, pendant quelque temps, l'eilort de leurs armes pour écouter ce que les vaincus avaient à dire.

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