‹ Histoire du MexiqueChapitre 40 sur 115 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Des pierres précieuses et des Yètements dont Mocteiama ornait sa personne » ainsi que du service de sa table.

Après avoir parlé des plumes rares de toute espèce que Moctezuma avait données en garde aux calpixques, nous parlerons maintenant de son costume. Il ne portait jamais deux fois le même vêtement, qui se composait d'un manteau, d'une tunique et d'un caleçon, car il n'avait pas de chemise. II se coiQait d'une espèce de diadème ou demi-mitre qui était le symbole de la royauté. Son trône était une espèce de tabouret rond qui avait la forme d'un boisseau à mesurer le grain ; il étai l fait d'un bois précieux et orné de peintures ; une peau de tigre , très-bien préparée, à laquelle on avait laissé la tête, servait de tapis; la tête conservait les dents, et les yeux avaient été remplacés par des miroirs qui brillaient tellement qu'on eût dit que l'animal était vivant. A sa droite étaient un arc et des flèches, symbole de

la justice. Quand le roi condamsait quelqu'un , il lui lançait une flèche , et aussitôt les capitaines rentrainaient hors du palais et l'achevaient.

Les pierres précieuses qu'il portait aux lèvres se nommaient tenacatl^ ses pendants d'oreilles niicochtli; il avait aussi des bracelets faits des plumes les plus rares et couverts de brillantes émeraudes. Les vieillards nommaient tous les joyaux qui lui appartenaient Ytonilacatl Moctezuma. Il avaient différentes espèces de manteaux qui portaient le nom général de caaxocayo , et qu'on distinguait en tentecomachoc , tenxiuJicocuyo , tlauhtonatiulijQ et xiutlapiltilmatU, Ce dernier était un filet bleu qui avait à chaque nœud une pierre précieuse. Les pagnes se divisaient en ^niaomaxa/iuA^ia^ iLzahuazaL' maxlUul et yacahualiuhquL Les manteaux avaient quatre , huit , dix et même vingt brasses de loog. Quand il les avait portés une fois il les distribuait aux seigneurs de sa cour. Les manteaux nommés tlacalhuaxtilmatil avaient une espèce de capuchon qui mettait à l'abri du soleil. Moclezuma s'en servait quand il allait dans ses jardins tuer des oiseaux avec une sarbacane.

On consommait dans sa maison une grande quantité de cacao, de chile, de coton, de cliiany de .xaauhtU^ de tlapalhuauhtli* Il serait impossible de compter le nombre de boisseaux de fèves ci ilc maïs; on y employait aussi une quantité innombrable de balles en gomme élastique, qui servait à jouer à la paume ; de parfums nommés xochiocot

zal^ d'ambre et de miel. 11 y avait aussi de grands magasins de vêtements h Fusage des femmes. Cetatent celles des calpixques qui étaient chargées d'en avoir soin ; enfin tout ce qu'il y avait de rare et de précieux dans les provinces qui avaient été conquises par les Mexicains, venait, pour ainsi dire, s'y rencontrer.

Ceux à qui Moctezuma donnait le plus de joyaux et d'esdaves étaient d'abord ses principaux conseillers Gihuacoatl, Tlacaeltzin/riailotlatlteuctH, Acolnahuacatl, Ehuahuacatl, Tiçoc, Âhuacatl, Tilancalqui , Texcacoatl , Tecuitltecatl , Huitznahua , Tlailocatl , Teuclhimacaxqui , Huiteucll et Calchiuhtepobua ; après eux venaient Guaubnoctii, Tlàcalecatl et Tlacochocaleatl. Ces derniers s*étaient élevés par leur valeur et leurs exploits, maïs ils n'étaient point d'une naissance aussi illustre que les autres. Ceux-ci avaient également, à cause de leurs services, obtenu de tresser avec un cuir rouge les cheveux qui leur pendaient jus* qu'au milieu du dos, de se raser les deux càiés de kl tète et de s'attacher à un pied un grelot d'or , pour montrer qu'ils, se jetaient nu milieu des eiHiemis comme des fous furieux. Les cbefs de la seconde classe étaient nommés otomis. Ils portaient également les cheveux pendants jusqu^au milieu du dos et tressés avec des lanières de cuir de cerfs. Les plus distingués étaient Cunuhtlnpiloni. Zacuantinpiloni et Xolotlnlpiloni. Ceux-là portaient aux lèvres des pierres vertes xoxuhqui , tcnxacatl ,

cuauhteutetl , tecziztentetl et nextecuikentetl j et des pendants d'oreiiles nommés teoncochtliet , fiet^ zacatluecochtli\ ils portaient aussi sur la tête une espèce de mitre qui ressemblait à celle du roi. C'étaient à ces chefs seuls qu'il était permis d'avoir à leurs maisons des terrasses élevées, et au milieu de la cour (le hauts clochers pointus dont le sommet était percé degrandes flèches, ce qui indiquait la demeure des vaillants chefs chichimèques. Ils avaient aussi seuls le droit de porter un bouclier avec une devise et des armes. Quiconque aurait osé usurper ces marques d'honneur , ou d'autres qui ne lui appartenaient pas , aurait été sur-le-champ lapidé. 11 n'y avait encore que les chefs que je viens d'énumérer qui eussent le droit d'avoir de longs manteaux traînants ; tous les autres les portaient courts. Aucun Mexicain ne pouvait porter des coloras et des catles^ sous peine d'être lapidé sur le champ, si ce n'est les chefs dont j'ai parlé plus haut. Ils devaient toute* fois les quitter pour entrer dans le palais de Moctezuma, et ils se déchaussaient avant de paraître (levant lui , à l'exception toutefois de Gihuacoatl et de Tlacaeltzin qui étaient les premiers après lui, et qui comme tels étaient redoutés de tous les grands de l'empire.

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