CHAPITRE XXXVIII
Soite de la construction du grand temple et de la guerre contre les habitants de Huaxaca.
Quand on eut commencé à sculpter des idoles de pierre qu'on appelait Ilhuicatzitziquique y anges qui soutiennent le ciel , ou Petlacotzitziquique , anges qui supportent des nattes faites de roseaux , on célébra un mitote ou danse solemnelle sur la place du grand cou de Huitzilopochtli.
Nous parlerons maintenant de la manière dont Moctezuma vengea la mort des Mexicains qui avaient été si traîtreusement assassinés par les habitants de Huaxaca » car ce fut par le sacrifice des prisonniers faits clans cette expédition que fut inauguré le nouveau temple de Huitzilopochtli. Cihuacoatl Tlacael- Xajûà fit appeler à la cour les principaux chefs mexicains et leur annonça l'expédition que Ton méditait, en désignant pour commander l'armée TIacaltecatI, Tlacochcalcatl , Cuauhnoctli et Tilancalqui. Aus*
sitôt ceux-ci convoquèrent les plus braves soldats; ils leur annoncèrent qu'ils allaient mettre à feu et à sang les provinces de Coay tlahuacan et de Huaxaca, et les excitèrent à se distinguer, afin d'obtenir le droit d'entrer au palais revêtus de leur armure et de recevoir de riches présents de Moctezuma. La guerre et la victoire ne sont-elles pas leur devise et la véritable profession des Mexicains • et ne vaut* il pas mieux les mériter j même au prix de mille dangers , que de rester dans sa maison à travailler comme une femme? Ce discours enflamma tellement les Mexicains, qu'ils répondirent à grands cris qu'ils étaient prêts à partir sur-le-champ et à aller chercher des victimes pour Huitzilopochtli. Dès le lendemain les guerriers de chaque ville se mirent en marche sous la conduite de leurs chefs et suivis de leurs bagages. Partout où ils passaient les habitants s'empressaient de venir au*devant d'eux pour leur offrir des vivres et des présents , tant le nom de Moctezuma inspirait de respect et de crainte. Nonseulement dans chaque ville qui avait été prévenue d'avance , on leur fournissait des logements, maison leur distribuait encore à leur départ des vivres, des tlaxcaltotopochtli , des catles , des cotaras , de fins manteaux de nequen pour se mettre à l'abri du soleil, des cuirs tannés, propres à servir de lits, du chile et du sel. Si quelque ville y manquait, elle était aussitôt livrée au pillage et souvent même les Mexicains en massacraient les habitants avec la plus grande cruauté.
Quand Tannée mexicaine.fut arrivée sur la frootière de la province de Huazaca , elle commença à dresser ses tentes et ses cabanes clans le meilleur ordre. Chaque capitaine plaça la sienne au milieu de ses guerriers ; on distribua des armes et des vivres à chacun selon son rang. Le lendemain les quatre généraux firent un long discours à leurs soldats, leur représentèrent la gloire qu'ils allaient acquérir par leur valeur et par la protection de Huitzilopochtli; ils leur représentèrent la pauvreté dans laquelle gémissait leur famille, et combien il serait facile d'y mettre un terme en se distinguant par leora exploits de manière à attirer sur eux les bienfaits de Moctexuma. Us leur prodiguèrent les titres d'aigle royal , de lion hardi , de tigre furieux ; de chichimèque redouté du monde entier; puis, après leur avoir fait servir un bon repas , ils les rangèrent en bataille de manière à mêler de vieux soldats aux jeunes gens qui n'avaient pas encore été à la guerre , et leur recommandèrent de ne faire quartier à personne.
Les Mexicains poussèrent de grands cris et char* gèrent les habitants de Huaxaca avec tant de fureur que ceux qui se trouvaient au dernier rang trébuchaient à chaque instant sur les corps des morts et des blesses qu'avait renversés l'avant-garde. Celle-ci était formée par les Cuachimes qui parvinrent jusqu'au grand temple de l'idole de leurs ennemis et y mirent le feu, ce qui les effraya tellement qu'ils se débandèrent et prirent la fuite de tous les côtés.
Les Mexicains se mireot aussitôt à démolir le temple avec une telle fureur que bientôt il ne resta pas pierre sur pierre. Les habitants de Huaxaca qui s^étaient réfugiés sur un tertre voisin Gommencérent alors à implorer la pitédes Mexicains, maâsceuxci leur répondirent : « Non , misérables, il n'y a point de pardon pour des traîtres et pour des voleurs de grand chemin. » Ce fut en vain qu'ils offrirent de se soumettre à toutes les conditions qu'on voudrait leur imposer. Les Mexicains les chargèrent avec une nouvelle fureur et en tuèrent un si grand nombre que des ruisseaux de sang inondaient les flancs de la colline et que les bétes féroces purent pendant longtemps se nourrir de leurs cadavres. Presque tous les habitants de Huaxaca périrent dans cette affaire; les Mexicains ne firent prisonniers que des Zapotèques , des Miahuatèques et des habitants d'Otlalan. « Rappelez-vous, Mistèques, leur dirent alors les Mexicains , la manière dont nous savons punir la perfidie et la trahison. Si jamais vous voas rendez de nouveau coupables d'un pareil crime, pas un de vous n échappera a nos coups. » Ils se firent alors payer la première année du tribut qu'ils imposèrent au nom de Moctezuma , et s<S mirent dès le lendemain en marche avec leurs prisonniers. C'était grande pitié que de voir ceuic-ci lever les yeux au ciel et pendre congé en pleurant de leurs vieux parents, de leurs femmes et de leurs enfants. A leur retour, les Mexicains furent de nouveau fttés par les habitans de toutes les villes qu'ils traversé-
rent , et en brûlèrent même quelques - unes qu'ils trouvèrent ne les avoir pas asses bien reçus. Quand^ ik ne fur^it plus qu^à une journée de niiurcbe de Tenuchtitlan , ils envoyèrent ma messager à Moc* iesuma pour lui annoncer que son armée revenait victorieuse et lui amenait pour le servir un grand nombre d'esclaves, sans compter ceux qui devaient être sacrifiés à Huiizilopeditli. Moctezuma , ravi de cette nouvelle, fit aussitôt donner de riches présents au messager qui Tavait apportée , et ordonna aux chefs et aux vieillards d'aller au-devant de Farmée victorieuse pour la féliciter et pour brûler du parfum devant elle, ce que Ton regardait comme la réception la plus honorable.
Les esclaves faits dans cette expédition s'ftvançaient au milieu des guerriers Mexicains en dansant et en poussant des cris de douleur , car ils savaient qu'ils allaient être bientôt sacrifiés à Huitzilopocbtli ; les esclaves des chefs portaient les massues et les boucliers de leurs maîtres , d'autres tenaient des vases dans lesquels brûlaient des parfums et du tabac, et répétaient des chants de leur patrie. Arrivés au temple, tous se prosternèrent devant l'idole de Huitzilopochtii , et prenant un peu de terre avec le doigt du milieu , ils la mangèrent en signe dliumilité ; ils se rendirent ensuite en bon ordre au palais de Moctezuma et les chefs lui offrirent leurs esclaves et leur butin. Le roi appela Netlalcatzin , son principal calpixque ,* et lui ordonna de distribuer les esclaves aux autres calpixques en leur re-
commandant de les bien garder. Le lendemain il fit appeler Cihuacoatl et lui dit : c Ne penses-tu pas qu'il faille offrir tous les captifs de Huaxaca en sacrifice à Huitzilopochtli , puisque c'est à sa pro* tection que nous devons notre puissance et l'beureux succès qui nous accompagne dans toutes nos expéditions. » Celui-ci répondit : « Seigneur , comment pourrions-nous offrir actuellement ce'sacrifice solennel puisque les six figures des anges qui supportent le ciel ne sont pas encore achevées 7 Ce serait un affront pour nous si les seigneurs de toutes les villes voisines qui viendraient assister au sacrifice voyaient notre temple en cet état. Attendons , pour offrir le sacrifice, que tout soit complètement terminé. »