CHAPITRE LVIl
B'après Tavis da sénat mexicain , le roi Tiçocxic lèTe une armée pour aller à la conquête du Mextitlan.
Quelques Jours après que les rois d'Aculhuacan, de Tacuba el tous les princes vassaux de Tempire mexicain furent retournés dans leurs Etats , Gihuacoati réunit les Tlamacazques et les principaux chefs mexicains qui étaient Tlacochtecatl , TlacochcaU catl, Hezhuahuacatl , Ticacihuacatl , Guauhnoctii , Tocuiltecatl , Tetzcocatl , Mixcoa , Tlailotlac , Tequixquinahuacatl et Nezhuahuacatl , et leur dit : c Seigneurs, maintenant que nous avons un roi et que nous avons donné une tête à Tempire, il faut entreprendre une conquête pour augmenter la gloire de notre nouveau roi et de notre dieu Huitzilo* pochtii, en lui immolant un grand nombre de captifs. Chacun désigna alors le pays contre lequel il pensait qu'on devait diriger cette expédition ; les uns voulaient marcher contre le Mechoacan, les au.-
très contre la province qui s'était révoltée et séparée de l'empire. Quelques-uns étaient indécis ; Cihua-* coati leur dit : « Je ne puis m'empécher de vous approuver ; cependant je pense que nous ferions mieux de diriger nos armes contre le Meztitlan. • Cette proposition ayant obtenu Tassentimenl général , parce que le Meztitlan n'était pas éloigné de Mexico, Tezcocoacatl et Hueyteuctli furent chargés d'aller convoquer les princes vassaux de Tempirc:. Arrivés à Aculhuacan, ils discutèrent longuement cette af* faire avec le roi Netzahualcoyotl , et celui-ci leur promit de réunir vingt mille guerriers pour l'époque fixée ; le roi de Tacuba promit égal^ntnl de fournir sept mille hommes et les provisions debon* che nécessaires.
Les envoyés retournèrent ensuite à Tenuchtitlan dont les guerriers se préparaient avec ardeur à cette première entreprise du roi Tiçoczic , afin de laver le temple de leur cruelle divinité avec le sang des innocents Indiens de Meztitlan. On convoqua dans le même but les Chinampanecas, les Matlaltzincas, ainsi que les habitants de Cbalco et de Toluca» qui promirent également de fournir tous les guerri^s qu'ils pourraient armer, et des vivres en abondance. Dans tous les quartiers de Mexico on fabriquait avec ardeur des armures, des boucliers et des épées , des tlazontectli^ ou javelots, dont la pointe était durcie au feu , des frondes et des balles de pierre que l'on attachait à des cordes pour les lancer. On s'exerrait au maniement des armes dans les villes voi-
sines de la lerre chaude , telles que Tepi'aca et Teramachalco , ainsi (jue dans les montagnes des Oto* miles et des Malinalras. L'ardeur guerrière avait même pénétré dans des villes éloignées de plus de soixante lieues de Mexico, comme Huaxiica, Colima et beaucoup d'autres; en avait même envoyé des messagers jusqu'au delà de Tulantzingo et de Zacatlan pour faire armer les habitants.
Au bout de quelques jours Cihiiaroatl envoya à Meizabualcoyotl et à Toloquibuatzin Tordre de 5e mettre en marche avec leurs guerriers, et dès le lendemain ils se diriî^èrent vers Tulantzingo. Cihuacoatl demanda aux autres messagers qui étaient venus de loin, si leurs compatriotes étaient aussi prêts n marcher pour pouvoir faire aussi partir les Mexicains , ce qu'ils firent en efiet de manière à former r arrière-garde.
La première nuit Tarmée campa à Tezontepec pour y attendre le nouveau roi Tiçoczic. Il y fut reçu par le roi Netzahualcoyotl , qui lui lint un long discours pour le consoler et l'encourager. Le lendemain Tarmée arriva à Atotonilcosur les frontières de l'ennemi. Tiçoczic obtint des habitants de cette ville tous les renseiî^nements nécessaires sur les nations du Meztitlan, et leur ordonna de prendre les armes, ainsi qu'aux Otomites d'Izquimilpan et d'Otupan, nation guerrière qui sollicita le privilège de former lavant-g.'irde et de pénétrer la première dans le Meztitlan. Leurs plus braves guerriers lurent envoyés en avant en éclaireurs. Toutes les
ahbus iDdiennes ennemies du Mezlitlan se jmgnirent aux Otomiles en poussant des cris de rage comme des loups qui vont tomber sur un troupeau de brebis. La nuit seule les empêcha d'attaquer sur-le-champ , mais dès le lendemain au point du jour, ils les chargèrent avec tant de fureur , et en recevant sans cesse de nouveaux renforts , qu'au bout d'un certain temps les guerriers de Meztitlan ne pouvaient se tenir sur leurs jambes, et les Otomites les chassaient devant eux , ainsi que les habitants de Cuextian qui étaient venus à leurs secours. Le général mexicain les chargea de son côté au moment où les Otomites les faisaient tomber sous leurs coups. C était un spectacle si lamentable que les jeunes gens qui n étaient point ac* coutumes à Tart de la guerre étaient les uns efirayés et les autres émus jusqu'aux larmes par la pitié.
Quand les Cunchimes et les Otomites furent arrivés auprès d'une fontaine nommée Quetzalatl le combat recommença avec une nouvelle vigueur. Les habitants de Matlatzinco et les Otomites montagnards de Xocotitlan s'av<incërent alors pour j prendre part. Ils furent suivis par les guerriers d'Aculbuacan et de Tezcuco , et enfin par ceux de Tacuba, puis par les Chinampanecas et par les guerriers de Xochimilco , de Guitlahuac , de Istacpalapan , de Chalco, et enfin par ceux de Mexico.
Les généraux mexicains, Cuauhnoctii et Tilan ralquin crièrent alors à leurs soldats : « Vous voyez que tout le reste de Tarmce a donné, et qu'il ne reste
plus qu'aux Mexictiins à se distinguer. Les Chalcas commencent à se fatiguer; c'est donc à notre tour; mais avançons lentement , parce que la chaleur est grande , et en ayant soin de placer les soldats inexpérimentés entre deux vieux guerriers. Voici maintenant le moment de payer , quand même ce serait au prix de notre vie » notre dette à Tempire mexicain et au grand dieu Huitzilipochtli , à qui nous devons tous les biens dont nous jouissons.
Quand les Mexicains arrivèrent au secours des Chalcas, ils les trouvèrent tellement épuisés par la chaleur et par la fatigue qu'ils chancelaient comme des hommes ivres ; mais ils ranimèrent leur courai^e et leur ordonnèrent de se retirer pour prendre un peu de repos. Les cuauhueteques et les chefs des tribus leur distribuèrent aussitôt des breuvages ■ommés aiototl et pinolatl. La première bande des Mexicains qui s'avança avec toute Taudace possible fut forcée de se retirer. Celles qui étaient comman^ dées par Hezhuacatl , Tezcocoacatl , Tlacatecatl et Tlacochcalcatl éprouvèrent successivement le même sort. Enfin pour dernière ressource on fit avancer les cuachimes , les Otomites Tequihuaques , et un corps de Mexicains, si jeunes encore, qu'ils n'avaient jamais été à la guerre . Les vieillards s'écrièren t alors : « Certes il n'est pas impossible que quelques* uns de ces enfants ne parviennent à terrasser leurs ennemis ou à faire des prisonniers , car ils sont trèsbraves ; mais la plupart vont à une mort certaine. Il toiVA donc, pour qu'on ne nous fasse pas de reproches
à notre retour à Tenuchtitlan, que «les chefs expérimentes les entourent et les protégeai. » Lesjeune> i^ens , offensés de ce que les vieillanls paraissaient clouter (Veux , se précipitèrent avec tant de rage sur les guerriers de Meztitlan qu'ils les acculèrent à la ibnlaine de Quetzalatl ; mais ce fut surtout parmi les Huasteques qu'ils firent le plus de prisonniers, parce que ceux-ci étaient les plus exposés à leurs roups.
Quand le combat fut terminé, Tlacatecatl et TIacochcalcatl donnèrent ordre aux Mexicains daller se reposer ; ils se retirèrent donc dans leur camp, où ils avaient élevé des cabanes en branchage. Tlacochcalcatl fit ensuite appeler les chefs de toutes les nations dans sa tente et leur dit : « Votre ouvrage est terminé, et chacun de vous a fait ce qu'il a pu. Nous n'emmenons que bien peu de captifs à sacrifier à Huitzilipochtli, pour l'avènement de notre nouveau roi Teçoczic-Ghalchuiztona, et ces captifs nous coûtent bien cher , car le champ de bataille est couvert des cadavres de nos frères ; mais coosolons-nous, puisque la victoire nous reste , et que nous avonseu une si belle occasion de montrer notre valeur. Il ne nous reste plus qu'à honorer la mémoire de ceux qui ont succombé, et à leur célébrer des obsèques qui soient dignes d'eux. » Tous les chefs lui répon-* dirent en approuvant son projet et eu louant les jeunes gens dont la valeur avait gagné la bataille, et qui n'auraient jamais osé espérer un pareil succès. Il fut résolu qu'on les en récompenserait par
une (Hslribution de bijoux qui se placent dans les lèvres et dans les oreilles, de ricUes manteaux , i\r pagnes ou maxUail et de cuirasses de peau de tigre. Il fut décidé en outre qu'ils auraient Tentrée au palais , et que , dans l'occasion y le roi leur distribuerait des présents.
On envoya à Tenuchlitlan un messager pour annoncer à Cihuacoatl ce qui s'était passé. II lui raconta que 300 tzuerriers avaient été tués dans le combat , et qu'on avait fait en tout quarante captifs , qui la plupart avaient été pris par la jeunesse mexicaine. Gihaacoatl convoqua aussitôt les vieillards pour aller au-devant de larmée victorieuse. Ils sortirent incontinent de la ville; les jeunes garçons, qni avaient été pour la première fois à In cfuerre , marcbaienten tête, précédés par les captifs qu'ils avaient faits, tandis que les au 1res guerriers i\o Mexico, non plus que ceux de TIalilolco n'en avaient pas fait un seul. Cihuaco.itl avait ordonné aux Tlamacazques de monter au sommet des temples et de montrer leur allégresse en faisant résonner les tambours et les trompettes aussitôt qu'ils apercevraient le roi Tiçoczic qui devait entrer par Tezontlalamacojan où est aujourd'hui la chapelle de Sainte- Catherine, martyre; et de faire nettoyer la maison de tristesse ou calmecatislan. Il ordonna aux cuaufihuehuetques ou vieillards, qui devaient aller audevant de Tarmt'e , de laisser pendre leurs cheveux par derrière après les avoir tressés ;ivec des cordelettes de cuir rouge . de revêtir des niante:iux veinés
(!« Doir ou nac;)zmicquiz, et de preudre des boucliers et des bourdons comme des vieillards fatigués. Ces vieillards s'avançaient sur deux lignes; derrière eux marchaient les achcautziii , chefs des quartiei s , chargés d'instruire la jeunesse noble. Ils portaient des brasiers ou helecomat et de petits paniers remplis de copal. Us allèrent dans cet ordre jusqu'à Nonoalco, où ils recontrèrent la jeunesse mexicaine , qui s'avançait précédée de ses captifs , et lui dirent : « Soyez les bienvenus , fils du soleil, de l'air, de la nuit , de la terre et de Teau. ■ Ils firent aussi une grande réception aux captii's.
ja.