‹ Histoire du MexiqueChapitre 63 sur 115 · CHAPITRE LVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVm

De la réception que Ton fit au roi Tîçocxic GhaiGhiutoiia

et à ses généraux.

Aussildt que Tiçoczic fut arrivé à Nonoalca , les vieillards s'approchèrent de lui et se prosternèrent à ses pieds. Après lui avoir fait un lon;;^ discours, qu'il me paraît inutile de rapporter , ils Tencensèrent en brûlant autour de lui , sur des brasiers , du copni ou quetlenamaquilca. Les captifs, qui précédaient le cortège , s'avançaient en dansant et en chantant dans leur langue huasteque , et de temps en temps faisaient entendre un cri appelé motenhuiteque , semblable à celui que poussaient autrefois les Mau* res de Grenade. En arrivant à Mexico, le cortège se dirigea vers le temple de Huitzilopochlli , où le roi Tiçoczic fut le premier à se prosterner à deux genoux, et prit ensuite de la terre avec un doigt et la baisa en signe d^humilité ; il fit ensuite le tour de la pierre » nommée cuauhxicalli , suivi de tous les captifs.

Teçoczic se rendit eusuite <au palais où Cihuacoati l'attendait. Les captifs dirent à ce dernier t tt Nous vous saluons , nous les habitants de Mezlitlan et de la Huasteca , connus pour vrais Chichimeques , qui sommes venus ici pour mourir devant Huitzilopocbtii. » Cibuacoatl leur répondit : tt Ceci est notre affaire; en attendant, reposes-vous , mes frères , comme si vous étiez dans voire maison. » Il 6t distribuer des vivres en abondance selon la coutume, et ayant ensuite fait appeler les Calpixques, il ordonna que chacun d'eux serait chargé d'un captif et en deviendrait responsable. Chaque Calpixque emmena ensuite le sien par b main.

Les chefs et les vieilLirds se rendirent au palais du roi Tiçoczic , pour le féliciter et lui firent un lotis: discours Ils allèrent ensuite de maison en maison porter des consol;t lions aux veuves de ceux qui avaient été lues , innsi qu'à leurs frères et à leurs fils. L* lendemain, les vieillards retournèrent aux maisons des morts , et célébrèrent leurs obsèques dans une salle où ils étaient reçus par toute leur famille / avec les cérémonies dont nous avons parlé plus haut. La veuve jeûnait ensuite pendant quatre-vingts jours , au bout desquels on terminait les honneurs funèbres , nommés quexocahualla , et qui consistaient en festins , en brûlant l'image da mort avec ses babils et ses armes. Le tout finissatt par une orgie.

Ciliuaroatl fil appeler les chefs Mexicains, el

Wor dit : u Maintenant que vous avez rendu les bon^ neurs funèbres à ceux qui sont morts à la guerre , il est temps d'inaugurer notre nouveau roi en faisant un grand sacrifice à Huitzilopocbtli. Il faut convo-* quer pour cette cérémonie tous les rois et tous les chefs nos vassaux. J'ai déjà réuni une quantité d'ob*^ jets précieux , qui doivent être distribués en préseals à celte occasion. Nos vassaux nous ont apporté tous les tributs qu'ils nous doivent, tels que des peiates, des tecomates peints, des coupes pour placer \e5jepaleSy des sièges royaux ou tepolzoyepalli. « Puisque tout est prêt , nous pouvons envoyer nos mess;igers pour convier nos botes. » On en envoya en effet ju5qu*au bord de la mer, dans les provinces de Cuetlaxtlan , Orizuva et Zempoallan.

Les chefs qui vinrent à Mexico dans cette occasion , furent Tucbpanecatl , Itziuhcoacatl de Cuet> tlaxtlan , ceux de Tuzapan , Cuauhnabuac, Jaubtepec, Huas(epec, Jacapicbtian , Cobuayxtlabuacan , Huizoco, Tepecuncuilco , Tlaclimalacan , Nuctepec, Tzacualpan , Tlacbco , Izlapan , puis les chefs des villes suivantes de In nation Tolteque, célèbre par son habileté dans les arts mécaniques ; Chîauhtia , Piastlan, Teatlalco, Cuillatenanco , Cuabuapazco , Xochibucbuetlan , Olinalan, TlacozaubtilLan , MatlaltBÎnco , TIacotepec , Calimayan , Tepemaxalco , Teotinanco , Malinalco , Ocuilan; tous ces chefs furent reçus par Petlalcall , grand majordome du roi , qui les conduisît devant lui. Tiçoczic, ayant à son eàié Cihuacoall , les reçut sur son trône, et ils dépo>

sèrenl à ses pieds leurs présents ; c^étaienl des tresses de cheveux dorées , des joyaux d'or pour les oreilles et pour les lèvres, des pierreries, des écbarpes de toute espèce, des bijoux d'or, nommés matzopetzli, descolliers et bracelets pour les pieds, avec des grelots d'or fin, des manteaux merveilleusement travaillés avec des plumes de divers oiseaux nommés zacuan , xiubtotoll, tiauhquechol , tzinitzcan, des diadèmes couverts deméraudes, d élégants chasse-mouches de la côte de Gozcatlan , des peaux de tigre , de lion, d once et de lion blanc ; des écailles de tortue incrustées d or, nommées acuahuitl , des coupes pour le cacao , des mouches remplies de miel, desgâteaui de sel blanc ; enfin des armes et des vêtements de toute espèce.

Petlacatl commença aussitôt un discours au nom de tous ceux qui offraient des présents. Tiçoczic prit ensuite la parole pour les remercier. Cihuacoatl en fit autant ; et les deux rois , Netzahualcoyotl et Moquihuixtli, lui répliquèrent. On mena après ceb chaque chef loger avec sa suite dans une grande maison qui lui était destinée. A cette occasion , on avait tapissé tout le palais du roi Tiçoczic d'arcs et de flè* ches en roseau ; et le sol avait été jonché de trèfle de montagne ou ocoxochitl.

Le lendemain, on plaça la musique au milieu de la cour du palais , dans une cabane de branchage, nonunée huehuexalco ; elle était couverte de paille et d'herbe des montagnes enduite de résine fKozacatL Au sommet , on voyait très-bien représenté un

aigle perché sur un 6guier el couronné d'un diadème d'azur. Il tenait dans ses griffes un serpent ' qu'il dévorait. Cette cabane était traversée de part en part par de grandes flèches dorées; les chanteurs en sortirent très-bien vêtus et ornés de belles plumes et de bracelets d'or ; tous avaient été choisis parmi les principaux seigneurs mexicains, Âculhuas et Tecpanèques ; ils répétaient un chant en l'honneur de Huitzilopochtii et de l'empire mexicain. Aux quatre coins de la cour , étaient placés les liamacazques; ils jetaient du copal sur les brasiers pour parfumer les danseurs et les chanteurs , qui tous étaient couverts d'or et de pierreries et revêtus de leurs plus riches habillements. Quelques-uns étaient vêtus de manière à représenter des lions , des tigres , des onces et des aigles ; d'autres portaient un vêtement fait en plumes et nommé quetzalpatzaili. Les deux rois brillaient entre tous par la magni6cence de leur costume. Ceux qui étaient fatigués se rendaient dans la salle où on leur servait un repas proportionné a leur rang ; mais aucun Mexicain n'y entrait , sinon pour servir les hôtes étrangers. Quand ils avaient terminé leur repas , on leur offrait du cacao , des parfums et des fleurs de tant d'espèces diflérentes qu'il serait impossible de les énumérer.

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