CHAPITRE LXXI
AhatUoU et Cihaacoatl envoyent des messagers à Teloloapao pour eiaminer Tètat de ce pays dont les habitants ne voubient reconnaître aucun roi. Ih réunissent ane armée' pour en faire la conquête.
Quand les fêtes du couronnement d'Âhuitaotl furent terminées , Cibuacoatl lui dit un jour : Vous savez , seigneur , que cette ville de Mexico brille surtoot par i'babileté de ses ouvriers, tels que les orfèvres , les maçons , les pécheurs , les fabricants de nattes et les lapidaires» qui taillent les pierres II. 1
fines , «linsi que par rindustrie de ses négociants qui vont d'un endroit à l'autre porter des marchandises. Peu mon frère Moctezuma Ilhuicamina les estimait beaucoup f car il avait soin de les envoyer de côle et d'aulre chez les différents peuples , pour examiner leur force et leur puissance. Mous ignorons absolument ce qui se passe dans la province de Této^ loapan ; ne sentit- il pas bien d y envoyer queh|ues marchands pour nous en rendre compte, c«ir les habitants de celte province refusent de venir à no» fêtes , et ne veulent pas reconnaître de mattrea
Ahui Izoll approuva beaucoup cette idée , et choisit pour l'exécuter quatre chefs qui se déguisèrent en marchands, et qui, suivis de huit autres Indiens , se rendirentd*ahord h Tepeticpac. Les habitants de cette ville vinrent au>devant d'eux et leur demaDdérent qui ils étaient et où ils allaient. Les Mexicains leur répondirent : Nous sommes des marchands qui allons à Teloloa^ian. Alors retournez sur vos pas, leur répliquèrent ceux de Tepeticpac , car les habitants de Teloloapan ont fermé leurs frontières ; i's ne veulent ni reconnaître de maître , ni avoir aucun rapport avec leurs voisins. Nous voulons du moins essayer si nous pourrons y entrer, reprirent les Mexicains: ils continuèrent donc leur roate; mais bientôt ils trouvèrent le chemin qui était très-large, eoupé par une palissade de forts madriers entremêlés avec des fafçots de maguey et de pins, de sorte qu'il était impossible de le traverser ; ils furent donc obligés de revenir à Mexico.
Qu.nd ils eurent rendu compte de leur voyaigc à Ahuitzoll ci à Cibuncoall , celui-ci dit : L.iissons les tninquilies pour le moment, car il es* possible qu'ils rentrent tn eux-mêmes et qu'ils se ra|)pellent ce qu^ils nous «'n aient promis av >nl la guerre de To* luca : occupons- nous maintenant h distribuer des récompenses uux marchands et aux ouvriers les plus habiles de Mexico, c;>r, comme l'expérience nous le prouve, nous en avons souvent besoin; il envoya donc au majordome en chef Pctlacatl et aux autres majordomes Tordre de bti iipporler toutes lesétofles qui restaient dans leurs uwii^asins, et chargea ensuite Cuauhnortli et Tilancalqui de convoquer tous les ouvriers et de les leur partager de manière a ce qu*il n'en restât ritn, et que chacun d'eux reçut quelque chose. Faites-leur, ajouta- t-ii, un discours dans lequel, avec votre éloquence ordinaire, vous les remercierez de tous les services qu'ils nous ont rendus.
Quand cette cérémonie fut terminée, Cihuacoall proposa à Aliuitzotl de convoquer les ruis de Tezcuco et de Tacuba , ainsi que tous les chefs vassaux de l'empire , pour délibérer sur les moyens de faire la conquête de la province de Teloloapan. Quatre chefs Mexic«iins fureul chargés de ce message auprès des chefs des provinces voisines, et six autres auprès desdiefs dont les possessions se trouvaient plus éloigoées. Aussitôt que le roi Nezahualpilli eut reçu cette communication , il répondit aussitôt qu'il allait réunir son armée le plus promptcment possi-
ble. Totoquilitinztli , roi desTecpanèques, nesernoatra pas moins bien disposé. Les envoyés revinreDt donc bien vile à Mexico rapporter cette nouvelle à Abuîtzoll et à CihuacoatI ; ils furent promptement suivis de ceuic qui avaient été à Culbuacan , Cuitlabuac , Mizquic , Cbalco, Tzlncpalapan , Mexicaltzinco, Huitzilopochco , Cuernavaca, Huastepec . Ayacapiclitlan , et dans les autres villes cle la province de Coayxtiabuacan , jusqu'à Tulanlzinco, MeztJtlan, dans les montagnes de Toluci, dans eeites de Malinalco , et enfin dans les forêts de Xiquipilco; tous Rapportèrent la promesse des chefs quMs avaient visité, de se mettre en campagne aussitôt qu'ils auraient pu réunir leurs troupes , et d'aller attendre Tarmée mexicaine dans les champs de Malinalco.
Ahuitzoll ordonna à un capitaine mexicain de se rendre dans l'endroit où les troupes étrangères devaient camper, et de les attendre à Nochtepec: il fit également publier une défense à tout Mexicain de prendre part à celle guerre , s'il n'avait une bonne armure, c'est-à-dire une épée de cailloux tranchants , un bouclier, une épée, un casque A'Ichca* kiupilli et une massue suspendue à la ceinture.
Le lendemain , au point du jour , les jéchcautziu réunirent les guerriers de chaque 'quartier ou Tepochcalli et les rangèrent en bon ordre. Les enfants qui étaient trop jeunes pour prendre rang dans une aussi brillante arJViée la suivirent selon l'usage du tcmpspourporterlcsvivr€sellesarmes,e8pérantaixi5i
voir la bataille de loin et s'instruire pour une autre' occasion. Le jour suivant, larmée mexicaine 9e mit en marche et rencontra à TepepeticpacetàNocbtepec ses alliés qui Tattendaient, de sorte que toute Tarméese trouva réunie quand A buitzotl ar. iva suivi des principaux chefs cuaxisy otomies et tequi^ hunques. Il envoya Cuaubnoctli dire aux deux rois rielzahualpilli et Totoquihuaztli que c'était à eux à ouvrir et à nettoyer la roule par laquelle on devait marcher. Ces deux princes répondirent qu'ils n'étaient pus venus pour jouer le rôle de vieillards » mais bien pour conduire leurs troupes au combat.
Quand les principaux chefs des Aculhuas et des Tecpanèques parurent devant Ahuilzoll , il leur Gt les plus violents reproches, les menaçant de retirer à leurs vilUs le droit qu'elles posfédxiienl de se gouverner d'une m;inière indépendante , de les rayer de la liste des nobles , de les emprisonner dans leurs propres palais, et de ne leur faire aucun présent à Tavenir. Ceux-ci le supplièrent humblement de vouloir bien leur accorder leur pardon. A buitzotl envoya alors, par Tlacochcalcatl , l'ordre aux généraux de Tacuba et d' Acuihuacan d'envoyer quelques guerriers d'élite reconnaître Tendroit par lequel on |>ourrait attaquer : ceux-ci firent partir au milieu de la nuit , au lever de la lune , deux cents hommes bien armés, sous les ordres de deux capitaines. Le général mexicain lui dit : ^ 'allez pas seulement reconnaître Teloloapan , car nous connaissons deux autres villes considérables qui senommenj^
Oztomao et Alahuizllan. En effet , les écl:nreurs découvrirent ces trois villes, qui étaient tr^-grandes ^ un seul chemin conduisait de Tune à l'autre. Aliuitzotl envoya aussitôt ans capitaines de toutes les nalionsTordre d'atlatjuer Teloloapan dès la pointe du jour. A minuit on entendit résonner de tous Irs côtés les tuzistlis ou trompettes de cocjuillages qui avertissaient les guerriers de prendre les amies ; ils s'avancèrent ensuite en silence par les sentiers qu*on avait eu soin iFouvrir d'avance. Quand ils furent près de l'ennemi , leurs chefs les haranguer v^nt pour les encournger^ leur représentant leur pauvreté présente et les richesses dont ils dépouilleraient leurs ennemis s'ils remportaient la victoire , les (rihuti que les vaincus payeraient h leurs rois et dont \h profiteraient , et les honneurs dont ils seraient corn* blés : ils les rangèrent ensuite en bataille en ayant soin de placer toujours un cuachimic ou vieux guerrier entre (rois ou quatre nouveaux soldats, afin qu'il pût les délivrer si par hasard ils tombaient entre les mains de Tennemi. Quand larfiiée fut en biitaiile, le roi Ahuitzotl prit son bouclier orné d'une devise en plumes précieuses au-dessus de laquelle était un petit tambour doré; il ordonna ensuite iiux rois de Tezcuco et de Tacuba d'appuyer 5urla droite et sur la gauche avec leurs troupes; luimême devait guider la première attaque h la tête des gueirieis mexicains, qui seraient suivis de ceux de Chalco, de CoavxlLiIjuanm et des montarmes de Tpluca. .. •