‹ Histoire du MexiqueChapitre 91 sur 115 · CHAPITRE LÎXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LÎXXVI

Grande fête qai fat célébrée ï Mexico en présence de tous les peuples alliés et sujets de Tempire.

AvaDt de renvoyer chez eux les principaux guerriers mexicains, Moctezuma les invita à un festin et leur fit distribuer les vêtements qui lui avaient été offerts par les quatre quartiers de Mexico, Moyotlan, Teopan, Altzacualco et Guepopan. Tous les soldats qui avaient pris part à l'expédition et tous les vieillards pauvres eurent également part a 9es largesses et s'en montrèrent reconnaissants. Quand tout cela fut terminé, Cihuacoatl Tlitpotonqui convoqua au palais les principaux chefs mexicains, et leur dit : • Vous savez. Seigneurs, avec quelle gloire l'empereur Moctezuma a terminé l'expédition qu'il avait entreprise et le nombre d esclaves qu'il en a ramenés ; cependant l'on n'a pas encore célébré In fête du couronnement de ce prince , et les peuples éloignés ignorent même qu'il est monté sur le trône. Il est donc nécessaire de leur envoyer des messagers

pour le leur annoncer et les inviter à venir lai pajcr leur tribur» Faites-les partir sur-le-champ , et ajcs surtout soin de ne pas oublier les deux roisNezalmalpîIH d'Aculhuacan et Totoquihuaztli des Tecpanè* ques; toute la nation mexicaine attend cette cérémonie avec impatience , et il est bon que tons les peoplei s'empressent de venir reconnaître que notre ville de Tenuchtitlan est leur chef et leur tète. »

Ce dessein fut unanimement approuvé par le sénat mexicain, qui se mit aussitôt en mesure de Texécater. Tous les vassaux de l'empire furent convoqués et s'empressèrent d'obéir; ils arrivèrent successivement dans la capitale* Tout était préparé pour les rece* voir. Les majordomes avaient eu soin de réunir dans les lieux qu'ils devaient habiter les vivres nécessairei et d'y placer des fleurs et des parfums* Moctezimi dit à Cihuacoatl Tlilpotonqui : « Je voudrais coanh^ quer également pour assister k cette fête les natkMtt ennemies , telles que les habitants de TIaxcalla , de Tliliuhquitepec, de Huexotzinco, de Cholula, de Cuextian, de Meztitlan , de Topitzinco et de Me* ehoacan , sans m'arréter k la guerre qui existe entre nous, car ceci est une affaire à part. Chaque chose a son temps , et ce n^est pas celui de penser i nos guerres civiles ou Xochiyotl; il faut les canvier à assister à nos fêtes , afin qu'ils voient la manière dont nous honorons nos dieux , les sacrifices que nous leur faisons et la puissance de notice empire. •

Les Mexicains approuvèrent cette idée , et les messsagers chargés de l'invitation se mirent en roote

le lendemain , après avoir reçu, par ordre de Moc« lesoma, une distribution de vétemenU. On avait choisi pour cette mission les plus vaillants guerriers, auxquels on donna , pour lès accompagner » des marchands et des porteurs y nommés teucnenque ozto* meem. Pour les encourager , Moctezuroa leur promît que s'ils succombaient daos le voyage ou s'ils étaient massacrés par les ennemis , il aurait soin de leurs femmes et de leurs enfants , et leur donnerait des vêtements neufs tous les cinq mois.

Quand les messagers , qui se rendaient à Huezotzinco, furent arrivés à moitié chemin entre Chalco et cette ville, ils s\'irrétèrent dans un bois pour s'encourager mutuellement ; car ils tremblaient comme s'il se fût agi d'entrer dans Tenfer , tant les habitants de cette ville étaient ennemis des Mexicains, sous les coups desquels un grand nombre de leurs principaux chefs étaient tombés. Pour se déguiser, ilspri* rent snr leur dos des charges d'écorces de bois et de charbon. Quand ils furent arrivés au palais du roi TecnanhehuatI (peau de tigre ou de lion) , ils dirent aux gardes d'aller lui annoncer qu'ils étaient des en* nemis chargés d'un message, et qu'ils venaient lui apporter des roses blanches de Tepetlapan . Ce prince ayant donné au portier Tordre de les laisser entrer, leur demanda qui ils étaient , d'où ils venaient et ce qu'ils voulaient; et quand ils lui eurent répondu qu'ils étaient des messagers mexicains , il s'écria : « Comment avez-vous pu arriver jusqu'ici sans que gardes vous missent en pièces? ■ Les envoyés lui

répliquèrent : • Seigneur , nous sommes chargés par notre roi et par les principaux chefs mexicains de vous saluer et de tous engager à venir assister à son couronnement et k vous réjouir quelques jours avec lui pendant les fêtes qu'on célébrera en Thonnear des dieux , en oubliant le xuchiyayotl ou guerre qui existe entre nous , et que nous reprendrons avec une nouvelle ardeur quand ces fêtes seront tenninées. » Cuauhtecoztli , frère du roi , leur répondit en ces termes : ■ Je vous remercie , mes amis, de rinvitation que vous me faites, et je vous enverrai nés principaux chefs pour assister au couroonemeot. Vous pouvez être assurés qu'ils arriveront un jour ou deux avant celui qui a été fixé ponr le commen* cément des fêtes. »

Après avoir pris congé, les envoyés mexicaim partirent pour la ville de Cholula, où ils arrivèrent au milieu de la nuit, en employant le même déguisement que pour entrer dans HuexotzÎDCo* Quand ils furent arrivés au palais, ils demandèrent an portier qui se nommait Tellepoyotl : « Votre roi dort-il ou est-il réveillé ? Avertissez-le que des messa^en arrivés de Huexotzinco demandent à lai parler. ■ Le portier leur répondit : < Les chefs vous permettent d'entrer; » ce qu'ils firent en saluant humblement le roi. Ils expliquèrent le sujet de leur mission et invitèrent les chefs à suspendre la guerre pendant quelques jours et à venir assister au couronnement de leur roi; ce que ceux-* ci leur promirent. Les Mexicains se rendirent ensuite à TIaxcalla et firent

la même proposition au roi Xlcotencall. Celui-ci leur répondit : u Soyez les hienvenus , mais ayev soin de ne pas sortir du palais^ afin que les gens du peuple ne vous voient point. Je vais consulter les chefs et demain je vous répondrai. » Quand les messagers mexicains se présentèrent devant lui le jour suivant, il leur dit: a Partez, et remerciez le roi Moctezuma d'avoir songé à nous. Dites-lui que nous irons assister aux fêtes de son couronnement, et qu'il envoie au-devant de nous jusqu'au milieu de la for^l. »

Trois autres messagers qui avaient éié envoyés à Tliliubquilepec y pénétrèrent au moyen de la même ruse dont j'ai parlé plus liaut , et obtinrent la même réponse, ainsi que ceux qui «-ivaient été dans la Huastecii, le Cuextlan , leMe/titlan elle Mechoacan; ce qui satisfit beaucoup Temperetir Mortezuma et tout le sénat mexicain , qui ordonnèrent aux majordomes de préparer en abondance des vivres et des présents de toute espèce pour ces étrangers. Les messagers qui avaient été à Topilzinco arrivèrent les derniers et rapportèrent également l'acceptation des chefs, qui demandèrent que Ton envoyât audevant dVux.

Les majordomes s'occupaient activement pendant ce temps h réunir toutes les tribus. On avait préparé dans le palaisquatorze salles pour y recevoir les chefs étrangers; elles étaient ornées de peintures et des nattes les plus fines. On avait placé de tous côtés de hauts flambeaux, afin qtie, dès le milieu de la IL 7

nuit , les serviteurs pussent être sur pied. Au milieu de la cour, on avait construit un hangar dans lequel se trouvait leTeponaztle et le Tlapanhuehued. Au sommet de ce hangar , on voyait les armes de rempire, savoir : un rocher artistement fabriqué en carton , sur lequel se trouvait un aigle tenant dans ses grifies un aigle quMl déchirait k helles dents. Gît aigle avait sur la tète une couronne de papier doré, de la forme usitée chez les Mexicains ; elle était ornée de pierreries et se nommait teocuitla amayxcuatzolli, A chaque bout du hangar on avait fabriqué un grand oiseau recouvert de plumes de tlauhquecholei de tzinitzan. Les salles où devaient avoir lieu les festins étaient ornées de guirlandes de fleurs; on y avait placé des tlepotzoycpaUi ^ espèce de sièges trës-ornés , devant lesquels étaient des peaux de tigre pour placer les pieds. Ceux de la première et de la plus belle salle étaient destinés pour les chefs de Tlaxcalla , de Huexotzinco et de Cholula ; dans une autre salle il y en avait pour les chefs de Mochoacan , de Cuextlan , de Tliliuhquitepec et de Meztillan. A quatre heures du matin , les chefs mexicains furent les y chercher tenant à la main de grands flambeaux , et les conduisirent dans la cour du palais pour y exécuter un mifof^ou danse solennelle.

Page 1