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CHAPITRE LXXXIX

Mocteiuma, après avoir Taincu ses ennemis et reçu le tribut que lui apportaient les ambassadeurs de Tebuantepec , reloome à Mexico Tenochtitlan.

Moctezuma entra donc , suivi des ambassadeurs , dans le palais qu'il venait de conquérir , et se hâta d y aller reposer ainsi que les guerriers mexicains , qui en avaient bien besoin après une journée aussi laborieuse. Après que Moctezuma eut terminé son repas, les ambassadeurs lui oflrirent le tribut qu'ils étaient chargés de lui présenter. Il consistait en pierres précieuses , nommées chalchihuitl^ en plumes brillantes , du ziuhtototl , du tlauhquechol et du tzinican que les Mexicains estimaient par dessus toute chose , en diadèmes d'or , ainsi qu'en colliers et en bracelets du même métal ; il y avait aussi des chasse-mouches en plumes rares, et quantité de charges de belles *étofles. Les ambassadeurs dépo* seront le tout à ses pieds en lui disant : « Seigneur , tes vassaux les habitants de la cale s'estiment heu*

reux (l'avoir été admis en ta royale présence.» Moctezuma les remercia et les renvoya chez eux chapes de présents.

Le lendemain l'armée mexicaine se remit en marche y et trouva , dans tous les lieux qu'elle traversa, quantité de provisions que l'on avait préparées d'avance, et surtout dans la province de Chalco dont les habitants vinrent au-devant d'elle avec des parfums et des guirlandes de fleurs , et lui offrirait quantité de présents. Moctezuma, très^satisfait de cette réception , en remercia les Cbalcas et contiona sa route vers Mexico. Des messagers qu'il avait envoyés d'avance avaient annoncé qu'il comptait se reposer dans les magnifiques jardins qu'il possédait à Tepcapulco sur les rives du grand lac de Mexico, et que là il s'embarquerait sur un canot pour se rendre dans la ville en visitant, chemin faisant , les travaux que l'on avait faits à Pantitlan, et la grande pierre qu'on y avait élevée en Thonneur du dien des eaux , et que Ton y voit encore aujourd'hui. C'était là que, pour apprécier les divinités des eaux, on avait, comme nous l'avons vu plus haut, immdë, lors de la grande inondation , des nains , des bossus et des albinos ou tlacaztaltin.

Comme Moctezuma n'avait point ramené de captifs de son expédition lointaine, ce fut pour cela qu'il préféra faire son entrée dans la ville en canot. 11 envoya des messagers au sénat , avec l'ordre de lui faire une réception magnifique et d'envoyer les prêtres au sommet du temple de Huitzilopocbtii

pour célébrer son arrivée et sa victoire au son des iaslruroents et par des illuminations. Quand il arriva sur le bord du lac , lem pressentent des pécheurs et de tout le peuple avMÎt été si grand que les eaux étaient entièrement cachées par la multitude des <:anots. Ce n'étaient pas seulement les habitants de la capitale, mais aussi ceux de Mizquic , de Cuitla* huac, de Iztacpalapan , de Mexicatzinco, de Culhuacan, d*Aztahuaran , d'Acaquilpan, de Chimalhuacan et des autres villes situées sur les bords du lac ; ils s'empressèrent de lui offrir toutes sortes de proiluits du lac , tels que des poissons blancs , des grenouilles, des canards, et des poissons appelés xiihuilli , ytzcahuitl , tecuUlail , axayaca , michpilli^ cocolin, ajolotly anenez et aoocoziUin^ ainsi que toutes sortes d'oiseaux aquatiques , parmi lesquels on distinguait surtout des grues et des bérons.

Moctezuma se montra fort satisfait des présenta qu'ils lui offrirent , et surtout de la bonne volonté qui les atait dictés. 11 ordonna a ses majordomes de leur faire distribuer des vivres et à chacun quatre costumes complets de son sexe. Quand- la nuit fut venue, Moctesuma s'embarqua sur un canot et alla déba^uer à la chaussée d'Acachimanca où il était attendu par les principaux chefs» qui tenaient des torcbes à la main et observèrent toutes les cérémonies avec lesquelles on recevait les rois victorieux. Il monta ensuite au temple de Huitsilo* pochtli , se tira du sang devant Tidole » et se rendit ensuite au palais. Cihuacoatl Vy reçut t-n cérémonie , II. 8

et renvoya ensuite chez eux les chefs qui PaTaieot accompagné jusque-là. Le lendemain « les Tieillards des deui sexes qui habitaient les quatre quartiers de Mexico vinrent le féliciter. Il les reçut fort biea, et ;iprès les avoir remerciés de cette démarche, il leur fit distribuer des vêtements. Dès le lendemain il reçut des messagers qui venaient lui souhaiter sa bienvenue. Ils venaient de Xocotitlan , de Xilotepec, de Tenantzinco , de Malinalco , d'Ocuilan , de Xoatlapan , et de toutes les villes vassales de Tempire. Elles lui offrirent un présent égal au tribut qu'elles lui payaient annuellement Ils s'y rendaient avec le plus grand empressement , et ceux qui voulurent s j soustraire furent châtiés et exilés par leur propre nation. Le roi les reçut trèf-bien et leur fit servir un magnifique repas dans lequel on leur versa de la boisson de cacao ; on leur donna ensuite des guirlandes de fleurs, des vêtements et toutes sortes de parfums. Ils s'en retournèrent ensuite dans leur pays en chantant les louanges de sa magnifieence. Quelques jours après , Moctezuma fit appeler les marchands et les porteurs , et leur dit : Mes fils et mes frères , allez à Tututepec et à Quetzaltepec et dit^s aux habitants que je les prie de me donner des émeraudes, des huitzilihuitl (pierre que nous nommons ml de chat)% je leur en saurai très^grand gré, puisqu'ils demeurent sur l'extrême firontîèrede mon royaume. Après avoir marché jour et nuit, les marchands arrivèrent à Tututepec et demandèrent au portier du palais. «Le chef est-il visible? allez i«i

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dire qu'il y a ici des measagers meiiraini qui demandent a lui parler • . Le portier se hâta d'aller exécuter sa commission. Le chef demanda s'ils étaient en petit ou en frrand nombre, et le portier ayant répondu qu'ils étaient très-nombreux , le chef répliqua : «Fais-les entrer. •

Les envoyés mexicains entrèrent dans la salle, saluèrent humblement le chef et les guerriers qui l'entouraient , leur exposèrent la commission dont ils étaient chargés par leur roi , et leur distribuèrent des manteaux et de riches étoffes qu'ils avaient apportés de Mexico , en leur demandiint des pierres précieuses que produisait leur pays. Le chef leur répondit : « Allex vous reposer, mes frères, car, avant de vous répondre, il faut que nous nous concertions avec les habitants de Quetsaltepec. • Il envoya, en effet, un messager au chef de Quelzaltepec, qui s'écria: « Que veut dire cette ambassade? A quoi pense mon parent et mon ami? sommes-nous les tributaires de Mpctezuma ? Loin de consentir à cela , qu'il m'envoie la moitié des messagers qui ont osé lui faire une pareille demande, je les ferai massacrer sans eus épargner un seul, caries Mexicains sont une nation méchante et belliquense qui finirait par nous conquérir, et je ferai jeter leurs cadavres dans la rivière; qu'il traite de la même manière ceux qui resteront à sa cour. •

Le chef de Tutuiepcc approuva cette proposition, et ayant fait venir les chefs mexicains, il leur dit t « Mes frères , que la moitié d'entre vous se rende

auprès dtt chef de Queizaltepec pour lui faire part de la commission dont vous êtes chargés, et que Vautre reste ici , car vous êtes très-nombreux ; à leer retour ils viendront vous reprendre pour vous eo aller ensemble. • Les envoyés mexicains donnèrent dans le piège qui leur était tendu, et la moitié d'entre eux partit pour Quetzaltepec. Quand ib eurent exposé au chef de cette ville le sujet de leur venue , il leur répondit. «Que demandez- vous , suisje par hasard le vassal de Moctezuma , m'a-t-il vaincu en bataille rangée, ou sa tête est-elle (roublée par Tivresse?» Puis il appela ses çuerriersqui étaient prévenus d'avance, et qui, arrivant armés de massues et de bâtons, massacrèrent jusqu'au dernier les envoyés mexicains ; ils jetèrent ensuite leurs cadavres dans la errande rivière qui coulait prés de là et où ils furent dévorés par les crocodiles. Ceux qui étaient restés à Quetzaltepec éprouvèrent le même sort.

Les deux rois 6rent ensuite barrer, par de fortes palissades, les chemins qui conduisaient dans leur pays, afin de barrer le passage à l'ennemi. On travailla à cet ouvrage avec tant de vigueur que plus de 20,000 Indiens y étaient employés. Les deux chefs qui avaient fait alliance ensemble envoyaient de deux jours en deux jours des guerriers qui se relevaient dans un endroit appelé Quetzatlipan , afin de garder les passages. Le hasard voulut que des marchands mexicains y arrivassent quelques joursaprès; ils leur dirent: «Vous ne pouvez entrer dans nos villes, retournez sur vos pas ou vous

mourrez de notre main. Les Mexicains eflrayés consentirent à se retirer et demandèrent auparavant la permission de puiser un peu d'eau dans le fleuve; ils trouvèrent qu'elle était puante et gâtée, et en cherchant au milieu un meilleur en* droit Y ils trouvèrent plusieurs cadavres que les crocodiles étaient occupés à dévorer, ce qui ^ leur fit connaître la trahison dont leurs compatriotes avaient été victimes. Ils prirent une partie de leur chevelure et de leurs manteaux, déjà pourris par rhumidité, et quittèrent ce lieu rempli d'épouvante.

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