‹ Histoire du MexiqueChapitre 93 sur 115 · CHAPITRE J.XXXVin · texte numérisé non relu

CHAPITRE J.XXXVin

Ifoctexuroa ayant appris que des marchands mexicains ont été massacrés par les habitants de Xaltepec et de Cuatxonteca , convoque les rois ses vassaux , et réunit une armée considérable pour marcher contre eux.

Moctezuma fut le premier roi du Mexique qui invita ses ennemis pour nssiater h son couronnement, ce que ses «nncétres n'avaient jamais fait } et jamais cette cérémonie n'avait été pélébrée avec tant de splendeur , à l'exception des sacriâces qu'il réserva pour la fête du commencement de l'année nommée ffuey tecuilhuitl ^ car il n'avait pas voulu qu'à cette occasion le grand temple de Huitzilopocbtii (ùt empesté par la puanteur que répandait la grande quantité de sang versé à cette occasion.

Quelque temps après la fête du Hueytecuilhuitl^ Moctezuma apprit par quelques marchands d'Âtzcaputzalco, de Cuauhtitlan et de Cbalco que les habitants de Xaltepec et de Cuatzontucan avaient massacré plusieurs marchands mexicains pour les

dépouiller , et qu'ensuite iU s'étaient retranchci et ne laissaient pénétrer aucun étranger dans leur pays.

Aussitôt que Moctezuma eut appris cette nouvelle , il convoqua aussitôt le roi d'Âculbuacan , Netzahualpiili , et celui des Tecpanèques, qui était alors Tlatelcatzin , parce que Totoquihuaztli , son prédécesseur, était mort depuis quelque temps. Ceux-ci t dès qu^ils eurent appris cette mauvaise nouvelle , réunirent leurs troupes et ordonnèrent qu'on préparât les vivres nécessaires pour entrer en campagne. Les Cuauhuehuèques reçurent l'ordre de faire préparer dans tous les quartiers de Mexico une grande quantité tlepinole, espèce de pâte séchée au soleil et ensuite réduite en poudre, ains» que du texhuazalU ou farine de fèves, et du ilaxcatUotopochtli , espèce de biscuit. Ils firent fabriquer également quantité de boucliers , de cuirasses etd'épées armées de cailloux trancbants. Chaque jour on çxerçait dans les écoles de Tlolpochcala les jeunes gens au maniement des armes.

Moctezuma fit appeler Cuanbnoctli et lui ordonna de se rendre à Tlatilulco pour y faire préparer des vivres pour cette expédition. Il convoqua donc les chefs de cette ville et leur ordonna de fournir dans le délai de trois jours une certaine quantité de cacao , de pinole, de cuechpinole , de peaux de cerf pour servir de lit , et de toutes espèces d'armes qui devaient être distribuées aux guerriers mexicains. Aussitôt que les marchands et les chefs de Tlatilulco

eurent reçacet ordre, ils s'empressèrent de l'exécuter. Us y mirent tant de zèle que M oclezuma s'empressa de les en remercier, et oubliant qu'ils étaient des vaincus, il ne les regarda plus que comme une seule et même nation avec les Mexicains descendus comme eux de Mextin , et venus comme eux du pays d'Axtlan Chicomoztoc. Il ordonna à Pedacall de faire servir à leurs députés à boire et à manger , et de leur distribuer deux charges de beaux manteaux ; de sorte quHls s'en allèrent très-contents. Hs étaient tellement touchés de rafleclion que leur témoignait Moctezuma , qu'ils en versaient des larmes « surtout en pensant à la conduite de leur roi Moquihuiztli et de son beau-père.

Deux jours avant de se mettre en campagne, Moctezuma fit appeler Cihuacoatl, remit le gouvernement entre ses mains et lui ordonna de quitter sa maison pour venir demeurer au palais, pour pouvoir plus facilement donner des ordres pour le bon gouvernement du pays , et pour rendre la justice à tous ceux qui viendraient la demander; il lui donna pour Taider deux vieux chefs nommés Mixcoatlailotlac et Tlehuahuacatl. Il recommanda surtout à ceux-ci la direction de sa maison et de celle où étaient les vierges consacrées au service des dieux. Il les chargea aussi de veiller au bon ordre et à ce que les passages des montagnes fussent soigneusement gardés.

Aussitôt que Moctezuma fut parti, Cihuacoatl renvoya tous les serviteurs qui étaient trop vieux et

en prit de jeunes, actifs et diligeûU. Quand Moclezuma fqt arrivé sur les frontières des provinces de Xaltepec et de Cuatzootecan , Mociezuma dit atu principaux chefs : « li me paraît convenable que le» guerriers mexicains prennent par une route et ceai deTacuba par une autre ; de cette manière, les deux corps d'armée pourront se soutenir réciproquement, et nous sommes plus surs d'atteindre Tennemi s'il cherche à nous échapper. » Cette proposition ayant obtenu l'assentiment général , on se disposa à la mettre à exécution. Chaque roi rassembla ses guerriers et les excita à combattre vaillamment en leur promettant la victoire. Il leur recommanda de s'avancer en silence a6n de ne pas être découverts, et de retenir l'ardeur des jeunes guerriers qui voudraient s'élancer sur l'ennemi sans attendre le moment favorable ; mais quand il serait venu , d'attaquer sans crainte de la mort pour soutenir la gloire de la nation mexicaine , nation si renommée par sa valeur » que son nom seul suffisait pour remplir l'ennemi d'eflfroi. Ils leur recommandèrent aussi d'avoir soin d'entremêler dans leurs rangs les vieux goerriers avec les jeunes gen« qui n'avaient point encore été à la guerre.

Au lever de l'aurore, les Cuauhuehuèques et les Tequihuaques jéchcauhtzin t qu'on avait envoyés reconnaître la position de l'ennemi , revinrent an camp ; ils rapportèrent plusieurs enfants et un grand nombre de divers objets qu'ils avaient enlerés dans les maisons. Aussitôt les Mexicains s'élancèrent à

l'attaque , en criant : « En avant , mettons tout à feu et il sang , et faisons peu de prisonniers ; la victoire est à nous, et pas un ennemi n'échappera à nos coups. • Moctezuma s'avança en personne à la tête des guerriers mexicains. Il portait pour devise Toiseau appelé Tlauhquechol ^ qui est de la gi'andeur d'un aigle de petite taille et dont les plumes sont d'un éclat admirable. Il frappait sur un petit tambour, nommé cuahuilacarzoque, pour encourager êes soldais. Les Mexicains attaquèrent IVnnemi avec tant de vigueur que Moctezuma et quelques autres chefs parvinrent bientôt au sommet du mur d'enceinte de la ville; ils escaladèrent ensuite le grand temple et y mirent le feu. Moctezuma, voyant que malgré cela les ennemis refusaient de mettre bas les armes , donna Tordre h ses soldats de n'épargner ni l'âge ni le sexe et d'en faire un massacre général , et de ne conserver que les enfants au-dessous de huit ans, de sorte que toute cette nation fut détruite sans qu'il en restât vestige.

A celte époque arrivèrent des ambassadeurs de Tehuantepec, des Miaguatecas et des Izhuatecas, qui , après avoir humblement salué Moctezuma , lui dirent : « Seigneur, toi qui as remplacé notre an^ cien mattre Ahuitzotl, nous avions un vif désir de te connaître et de te payer le tribut que nous te devons. Entre donc pour te reposer dans ce palais que tes guerriers viennent de ravager.

Page 1