CHAPITRE ICI
Soumission des Tilles de QaetsaltepeG et de Totolepec. L*armèe mexicaine retourne à TenochtiUan.
Moctezuma, après avoir consulté les deui roisd'Aculbuacan et de Tacuba, résolu d'attaquer le leudemain la dernière enceinte de l'ennemi , sans avoir recours à l'escalade; il fut convenu que^ dès qu'on aurait fait la moindre ouverture à la muraille, on s élancerait par cette brèche en criant : « Victoire ! » et que l'on mettrait tout à feu et à sang^, en D'épargnant que les jeunes enfants. Quand tout fut disposé pour l'attaque, on répartit le butin qui avait été fait dans la journée et on alla se reposer. Le lendemain matin, au lever du soleil, le sijpaal de l'attaque fut donné par le tambour doré de Moctezuma, auquel répondirent toutes les trompettes de l'armée en faisant un bruit épouvantable. Plus de trente échelles furent appliquées aux murailles, et, avant sept heures du matin , les Mexicains , maîtres de la ville , avaient mis le feu au {çrand temple , ainsi
qu*auz maisons des principaui chefs. Les ennemis, réfugiés sur les collines voisines, imploraient leur pardon à grands cris et promettaient de se soumeilre à toutes les conditions qu'on voudrait leur imposer. Les Meiicains leur répondaient : « Non, scélérats! il faut que vous so^ez châtiés de la mort des marchands, nos frères et nos parents, que voua avca si cruellement massacrés ; pas un de vous n'échappera à nos coups. »
Les vieillards de Quetzaltepec recommencèrent leurs sollicitations en offrant en tribut des marcbaodises de toutes espèces, et supplièrent d'une manière si lamentable que Moctezuma finit par en être touché ; il accepta leurs propositions et ordonna à ses guerriers de cesser le massacre. Moctezuma ordonna aux vaincus d'apporter sur-le-champ le tribut q'u'ils avaient promis et de livrer toutes les Aiiizi/eet/qu ils possédaient. J'ai déjà dit que c'est la pierre qne nous nommons œil de chat. Quand le butin eut été partagé entre Moctezuma et les deux autres rois, l'armée entière reprit la route de Tenncbtitlan ; lorsqu'elle fut arrivée à Itzucar, elle j rencontra tous les Mexicain» établis dans ce pays, ainsi que toutes les tribus indigènes qui venaient au-devaot de Moctezuma pour le féliciter et lui offrir des présents de toute espèce. Le lendemain, Tarmée arriva à Âculco, où tous les habitants de Cbalco et ceux des montagnes, à plus de vingt lieues à la ronde, étaient venus au-devant d'elle; la réception qu'elle reçut le jour suivant à Iziacpalapan ne fut pas moins bril-
laate. De là, Moctezuma envoya des messagers à Teouchlitlao pour prévenir de son arrivée. Ciikuacoati donna aussitôt Tordre d^élever des arcs de triomphe et d*orner de rameaux verts la route par laquelle l'armée devait passer, les temples et les palais; il ordonna é{2;alement aux vieux cuauhuehuè^ ques d'aller au-devant du roi et aux prêtres tlama^ cazques et ilenamacazques de se diviser en deux bandes, dont Tune devait aller au-devant de l'armée et l'autre se réunir au sommet du temple de Huitzi-lopochiU pour faire retentir l'air du bruit de ses instruments ; lui-même se teignit le corps d*une couleur jaune nommée axin et prit une calebasse remplie de picietl fumant , de sorte qu'il avait Tair d'un vieillard quoiqu'il fût encore jeune; il avait one émeraude aux lèvres et des pendants d'oreille d'or fin.
Quand celte processionfut arrivée à Acacbinanco, les prêtres se mirent à sonner de la trompette dans de grands coquillages dont le son était plus propre à répandre l'effroi que l'allégresse; ils s'avancèrent ensuite vers Moctezuma et le félicitèrent de son retour. Quand le roi fut arrivé sur la grande place y il fut salué par Cihuacoatl qui n'avait pour tout costume qu'un sac qui ressemblait à un huepil^ seul vêlement des montagnards; il le prit par la main et le conduisit au temple jusqu*à la pierre nommée Cuauhxicalii, sur laquelle était placé un os pointu de tigre avec lequel Moctezuma commença à se tirer du sang de diiTérentes parties du corps, après s'êlre agenouillé IL 9
— lao —
devant l'idole de Huisiiopocblli. Quand cette monie fut lerminée, il redescendit sur la grande |>lace ayant o sa droite Netzabualpili , roi d'Âcs- Ihuacan, et à sa gauche Tetle|>anquetzin , roi des Tecpanèqties , Cibuacoatl Tlilpontonqui marchait deyaot eux et tout le sénat mexicain les suivait; on les conduisit dans cet ordre au palais, où on les invita à se reposer pendant quelque temps.
Un jour Moctezurna dit aux seigneurs et aux principaux guerriers mexicams qui Tinvironnaient : «Nous vivons dans l'oisiveté, j'ai le désir d'aller attaquer ceux de HuexoUinco nos proches voisins et nos ennemis mortels ; nous essayerons ensuite nos forces contre ceux d'Atlixco et de Gholula. » Les Mexicains répliquèrent : • Cela nous convint, mais il faut convoquer les rois d'ÂcuIhuacan etcdai des Tecpanèques pour les consulter avant d'entreprendre cette expédition. » Netzahualpili reçut trèshien le messager qui lui fut envoyé , lui fit donner un repas et des vêtements, et s'emharqua aussitôt pour se rendre a Tenuchtitlan, afin d'j recevoir les ordres de Moctezurna ; le roi des. Tecpanèques s'empressa d'imiter son exemple. Moctezurna les reçut d'une manière digne d'eux, et, après avoir examiné l'expédition proposée, il fut résolu que Ton réunirait les guerriers de toutes les provinces soumises à l'empire. Moctezurna chargea TIacateeatl.Tlacochcalcatl , Nelzhuahuacatl , Acolnahuacatl , Ticocyahuacatl et les autres chefs mexicains de veiller à ce que tout fût prêt au jour fixé, et Cuauhnoctli fut
cburj^é de faire travailler sans relâche les habitant» des quatre quartiers de Mexico à préparer les armes et les vivres nécessaires pour lexpédilion. Au bout du quatrième jour, qui avait été fixé pour celui du départ , tous les guerriers reçurent l'ordre de se trouver au point du jour sur les limites de la province de Cbalco. Cuauhnoctii fit partir les Tequi-huaques j les Cuachis ^ les Achcauhtzins et les Cuauhuehuèquesj en leur ordonnant de se rendre, les uns:i pied et les au très en canots, à Âtzitzifauacan, ou était le rendes-vous général de Tarmée. Moclezuma en avait donné le commandement à Tlaca huepan, son frère, qui était un vaillant capitaine, Cuachic; celui-ci lui dit : « Seigneur, je crois que voici la dvnière fois que je vous verrai , car mon intention est de charger à la tête de l'avant- garde et d^enfoncer les rang ennemis ou de mourir dans le combat. » Moctezuma lui répondit : • Puisqu'il en est ainsi, prends ces armes qui ont appartenu au roi Axayacatl, notre frère aîné, elles sont ornées d'une devise d'or nommée Teocuitlatontu^ le casque est surmonté d'un oiseau tlauhquechol et le macua' huitl ou épée est garni de grands cailloux tranchants.»
TIacahuepan fut le premier qui arriva à Âtzitzihuacan; quand ses guerriers furent réunis, il leur dit: «Mes frères et mes amis, le jour de demain m'appartient; si je n*ai pas su me faire aimer des Mexicains , le moment est venu où je le payerai cher. » Le lendemain, les armées des trois roisréunies
attaquèrent celles de Huexotzinco , d'Atlixco et de Gholula; les morts tombaient en grand nombre des deux côtés, et leur place était sans cesse remplie de nouveaux combattants , de sorte qu* enfin le grand nombre de cadavres forma un véritable obstacle aoi mouvements des vivants.