‹ Histoire du MexiqueChapitre 97 sur 115 · CHAPITRE XCII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCII

Bataille entre rarmée meiicaine et celle de Hoexotsinco, dans laquelle plus de quarante mille hommes restent sur le champ de bataille. Tlacahuepan, général de Farmée mexicaine, est tué ainsi que le général de l'armée ennemie. Leurs funérailles.

Tlacahuepan, {général des Mexicnîns, avait tué de sa propre main plus de vingt guerriers ennemis ; Toyant le grand nombre de morts qui tombaient de chaque cAté, il se décida à frapper un coup décisif et 8* élança au plus épais de la mêlée, en criant : «En ayant, Mexicains, en avant! » et en faisant tomber sous ses coups un des plus vaillants cuachics de Huexotsinco. Les ennemis l'assaillirent aussitôt comme des mouches qui se précipitent sur un cadavre ; il résista pendant longtf'mps avec la plus grande valeur; mais en6n , couvert de blessures, il fut forcé de dire aux ennemis : « Je n'en puis plus, faites de moi ce que vous voudrez. »

Les Mexicains voyant Tlacahuepan prisonnier , s'écrièrent : « Une pareille chose est-elle croyable ?

Que dira le roi de ce que nous avons abandoiiDé son frère ? Il faut mourir ou le tirer des mains de l'ennemi. » Ils s élancèrent sur ceux qui emmenaient Tl.-icahuepan au moment où celui-ci leur disait: « Vous, qui vous prétendez si vaillants, voulez-vous me conduire dans votre ville ? pourquoi ne me tuezvous pas sur la place ? « Irrités par ces parole^ , ils lui enlevèrent ses armes et ses vêtements et le coupèrent en morceauz. Au même instant les Mexicains, qui accouraient à son secours, arrivèrent dans cet endroit et firent tomber sous leurs coups deux ries plus vaillants cuachics de Huexotzinco. Mais, comme les Mexicains n'étaient qu'un contre vingt, ils ne tardèrent pas à succomber jusqu'au dernier. Parmi eux étaient les célèbres cbefsTupibuehuetl, Eymacllacuja et Quitziubueacua

Après le combat, les Mexicains se bâtèrent d'envoyer des messagers à Moctezuma pour lui annoncer leur défaite et la mort de son frère. Outre les chefs mexicains dont nous venons de parler, il en avait succombé* un grand nombre de ceux d'Aculbuacan , de Tacuba , de Cbalco , de Xocbimilco, de Cuillahuac, de Mizquic, de Nauhteuctii et de Mallaltzinco ; en un mot, il n'y eut pas une ville qui n'eut à regretter quelques-uns de ses principaux guerriers. Quand Moctezuma eut reçu cette triste nouvelle il se mit à pleurer et à se lamenter. U dite CibuacoatI et aux vieillards qui étaient autour de lui : « Enfin ils^ ne sqiit pas morts au milieu des danses et des festins, mais comme de braves guerriers combattant en rase campagne, et ont trouvéuoe

mort glorieuse comme nous la désirons touft. % Il ordonna à Cihuacoatt d'envoyer au-devant des débris de l'armée les Cuauhuehuèques , les Cuacuacuiltin et les Tlamacazques. Geuï-ci y allèrent en effet, non pas avec de» démonstrations de joie, comme quand l'armée revenait victorieuse; ils ne s'étaient pas peint le corps et n avaient pas tressé leurs cheveux , n'avaient ni boucliers, ni encensoirs , ni instruments de musique. Ils allèrent ainsi jusqu'à Xoloco, suivis des vif^illards, et reçurent l'armée en versant des larmes sur le sort rie ceux qui avaient succombé. Ils allèrent de là au grand temple de Huitzilipochtliy et après avoir salué l'idole en touchant la terre du doigt, en le baisant ensuite, ils se rendirent au palais et racontèrent à Moctezum;i leur triste défaite et la mort de leurs vailhuits compagnons. Moctezuma les remercia et pour les consoler il leur fit servir un festin, et ordonn;i au :;rand majordome PetlacatI de leur distribuer les présents d'usage, mais que les vêtements fussent d'une seule rouleur. On appelait ceux-là mextloquiloUi et tzencton maxtlatL

Quand les habitants des villes voisines eurent appris la mort de tant de guerriers mexicains , ils se rendirent à Tenurhtitlan en grand nombre , apportant quantité de riches manteaux , nommés /iiVili&cotl tlaxochco , qui étaient ra\és de noir, et quantité d'esclaves destinés à être sacriffés lors des funérailles de ceux qui avaient succombé dans le •combat. Quand ils furent arrivés en présence de

Moctezuma, ils lui firent un long discours de ooodoléance sur la mort de son frère TIacahuepan et de ses vaillants guerriers ; et le roi leur en adressa un autre pour les remercier. Pour ne pas fatiguer le lecteur, je dirai simplement que presque tous les chefs vassaux de Tempire s'empressèrent d'apporter de riches étoffes pour envelopper les <x>rps de ceux qui avaient succombé, et damener des captifs pour honorer leurs funérailles.

Moctezuma donna ordre à TIacochcalratI de faire préparer un grand catafalque que l'on nommait c^cochcalli^ et de faire faire en bois léger, nommé itompantli^ des simulacres qui devaient représenter les défunts et être enveloppés dans des pièces d*étofies^ car les Mexicains avaient des ouvriers habiles comme on n'en trouverait pas aujourd'hui , ce que prouvent les temples de QuetzalcoatI et de Huiiziiopochtli • ainsi que le Temalacatt. Quand ces simulacres forent terminés, on !es plaça sur le tlacochculli^ qui nvait été élevé en face du temple de Huitzili|>ochtli « el on apporta quantité de bois de pin très-sec et du i^oudron; les vieillards s'avancèrent ensuite tenant à la main des boucliers et des bourdons , et commencèrent à chanter au son du teponaztle une romance dans laquelle était racontée la mort de ces guerriers mexicains. Après avoir placé la statue de TIacahuepan au milieu du llacochcalli et celle de sf^s compajjnons tour à tour , ils y mirent le feu qui , grâce au bois de pin sec et au goudron , brûla avec une telle vivacité qu'ils furent bientAt consumés.

On brûla égalemeot leurs vétemenU , leurs armes , leurs richesses ainsi qu'une foule de présents offerts par leurs femmes, leurs enfants et leurs parents désolés. Quand cette cérémonie fut terminée , les prélres recueillirent Its cendres et allèrent les porter dans un endroit qui se nommait Tsoropantitlan, situé derrière le temple de Huitzilopochtli. Les chefs vassaux de lempire se rendirent ensuite au palais; et Netzahualpili, prenant la pafole au nom de tous , adressa à Mocteeuma un discours de condoléance. Ils retournèrent ensuite chacun dans leurs États.

Environ deux mois après on apprit que les villes de Tanhuitlan et de Zozolan s'étaient révoltées contre Tempire. Aussitôt que Moolezuma en eut reçu la nouvelle « il résolut, avant d'entreprendre une expédition contre eux , d'envoyer quatre des principaux chefs mexicains pour reconnaître le pays et s'informer des causes de la révolte. Ceux-ci rencontrèrent , à quelque distance de Tenuchtitlan , quelques marchanils et leurs porteurs qui s'en revenaient tous nus et tous meurtris après avoir été dépouillés. Ils Ifur demandèrent d'où ils étaient « et d'où ils venaient dans un si triste état : les uns répondirent de Tezcuco et d'Aculhuacan, les autres* de Xochimilco, et qu'ils venaient de Yanhuitlan et de Zozolan, dont les habitants leur avaient enlevé tout ce qu'ils possédaient et les avaient contraints de mettre leurs jours en sûreté par la fuite. Ils ajoutèrent que les habitants de cette province avaient

déjà construit quatre fortes palissades pour larrrr la route. Les chefs meitcains leur dirent : • Frères , faites-Dous le plaisir de nous attendre dans cet endroit, jusqu'à ce que nous ayons Térifié par noosménies la force des retranchements de rennemi. #

Après avoir examiné les quatre palissades et les autres ouvrages que les ennemis ayaient construits pour la défeûse des chemins , les quatre chefs re* tournA*enl à Mexico , emmenant les marchands avec eux, pour qu'ils rendissent compte à Moctezumades mauvais traitements qu'ils avaient subis. Celui-ci, très-irrité , les consola , leur fit servir à manger, et leur fit donner à chacun trois vêtements comtdets, en leur disant : « Prenez patience , et dans peu de jours vous serez vengés,» Il envoya aussitôt des messagers aux rois d'Aciilhuacan pour les inviter à venir délibérer avec lui sur Texpédîtion qu'il méditait contre les rebelles , et en même temps à assister à la grande fête nommée TIacaxipchualoztU Tla* huahuana où le 8<icrifice avait lieu de la manière suivante: un captif, attaché sur le t^kma/acot/ ou cuauhxicalli, devait combattre successivement avec quatre guerriers mexicains. Aussitôt qu'il tombait, on lui ouvrait la poitrine et on lui arrachait le cœur t]ue Ton oOrait à Huitzilipochtii. Les trots rois se préparèrent ensuite à entrer en campagne, et la veille du jour fixé pour le départ, les habitants de Tlatelulco apportèrent la quantité de vivres qn^b avaient promis de livrer en épuise de tribut, comme nous l'avons raconté plus haut.

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