II
i821 ne cessèrent de s'entre-déchîrer; sous le régime républicain, les conservateurs voulaient, autant que possible, se rapprocher du système qui avait régi le Mexique pendant tant d'années, qui avait fait sa fortune et sous lequel il vivait en paix ; les démocrates, au contraire, irrités par les souvenirs cruels du passé, désiraient arracher des institutions nationales tout ce qui pouvait rappeler la domination espagnole et cléricale au Mexique. Pour faire cesser cet antagonisme qui fit répandre tant de sang, coûta tant de larmes, et d'humiliations, il aurait fallu trouver une main honnête et ferme qui sût apaiser les rancunes, enchaîner les passions et réorganiser la nation mexicaine, en tenant compte des exigences de cette situation. Malheureusement, cette main ne s*est pas trouvée, et l'homme au pouvoir a toujours été un homme de parti qui ne savait pas oublier.
Santa-Anna accourut à Mexico dans Tintention de réparer les fautes du vice-président, mais le gant était déjà jeté. Chose étrange, Santa-Anna allait se battre contre des gens qui voulaient le nommer dictateur. Le 26 mai, le colonel Ignacio Escolada se prononça à Morelia, — anciennement Valladolid, — au nom de la religion persécutée et des droits méconnus du clergé et de l'armée. Le colonel protestait néanmoins de son obéissance au général Santa-Anna. Le 31, le général Duran, à Chalco, et Unde, à Talpam, se prononcèrent dans le même sens. Santa-Anna refuse la dictature, proclame son respect pour la constitution aux applaudissements du congrès, et part le 2 juin pour étouffer la rébellion. Avant de partir, il reçut du général Duran une lettre dont voici quelques extraits : — « Mes compagnons et moi, loin de conspirer contre le pouvoir, notre intention est de lui donner, dans vos mains, les garanties propres à concilier tous les intérêts opposés, à consolider l'ordre public, uniques moyens de sauver la nation.
« Excellence, on a abusé du traité de Zavaleta et dans seulement trois mois qu'a duré l'administration du général Pedraza, il a fait triompher, sous une honteuse dépendance,
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le parti le plus dangereux à nos libertés, parce que ce parti est celui qui favorise les haines, les vengeances^ les désordres et Tanarchie... — Gabriel Duran. »
Sans changer de résolution, Santa-Anna partit emmenant sous ses ordres le général Arista; arrivé à Tenango, if fit reposer ses troupes, avant d'aller à Guernavaca où se trouvait alors Duran. Le jour suivant, le président s'étant éloigné du camp, accompagné de quelques officiers, fut rejoint par le lieutenant-colonel Moreno, qui lui annonça que le général Arista, avec toute sa division, s'était prononcé en faveur des insurgés, en le proclamant dictateur; il ajouta qu'en cas de résistance de sa part, il avait l'ordre de le conduire au général Duran. Je ne sais si Santa-Anna était tombé dans un piège tendu par Arista, avec le but de s'emparer de sa personne, ce qu'il y a de certain, c'est que le président, devenu prisonnier, fut conduit à Morelia, où se rendaient Arista, Duran et leurs deux divisions. A son entrée dans cette ville, il fut salué par la population aux cris de : — « Vive le libérateur! vive le dictateur! » — Les fonctionnaires et les membres du conseil municipal vinrent à l'hôtel de ville le féliciter et lui demander ses (ordres. Santa-Anna leur témoigna sa gratitude pour leur dévoûment, mais leur déclara qu'étant prisonnier il n*avait rien à leur commander. Conduit ensuite à la hacienda de Buena-Vista, le 19 juin, il s'en échappa pendant la nuit, se dirigea sur Atlixco, et entra dans Puebla le 13, au matin.
Tandis que ces événements se passaient hors de la capitale, d'autres bien plus graves avaient lieu à Mexico. Gomez Farias, d'accord avec le congrès, continuait ses mesures de violence et de réaction ; exaspéré de l'opposition qui se manifestait dans le public, il sembla décidé à tout bouleverser plutôt que de modifier sa conduite. Il augmenta la milice, déjà si antipathique au peuple; il offrit une décoration et cent mille piastres à celui qui délivrerait le président; il remplaça le conseil municipal, alors en fonction, par les membres qui siégeaient en 18S9 ; il proclama la fameuse loi
appelée del caso^ par laquelle il expulsa de la république un grand nombre de citoyens, en prévenant le public que tous ceux qui se trouveraient « dans le même cas, » auraient le même sort, sans qu'il ftit nécessaire de recourir à de nouvelles formalités. C'était la seconde loi de suspects, proclamée par les démocrates au pouvoir. En rappelant ces lois et celles d'expulsion des Espagnols, on voit que « les amis du progrès » comprenaient singulièrement la liberté. Il est bon de constater que les gouvernements démocrates mexicains ont eu toujours besoin d'employer des rigueurs anticonstitutionnelles pour prolonger leur'existence politique.
Les Mexicains virent avec stupeur des actes d'une telle nature et les craintes les plus justifiées s'emparèrent des hautes classes. Personne n'osait parler des affaires publiques; on était entouré d'espions, et comme si la situation n'était pas assez déplorable, le choléra-morbus vint ajouter ses calamités aux maux dont souffrait toute la nation. Le 23 juin, une partie de la garnison se souleva dans une des casernes voisines du palais, mais ce pronunciamiento , étouffé dès sa naissance, ne servit qu'à remplir les prisons, déjà encombrées. ' Dans ce même temps, Ârista et Duran éprouvaient un échec à Queretaro, où les troupes du gouvernement entrèrent de vive force et firent un grand nombre de prisonniers. Ce succès alarma la garnison de Morelia qui abandonna subitement la ville et prit la route de Zinapecuaro, dans le but de se réunir à Escalada qui s'y trouvait avec quelques soldats. Morelia fut occupée par le général Salgado, et Cortazar se mit à la poursuite des rebelles. A Tepeaca, le général Lemus attaqua Arista, mais il fut battu parce qu'une partie de ses troupes s'unit aux rebelles. Dans la correspondance du général Arago, j'ai trouvé sur cette affaire les détails suivants, envoyés au général WoU.
« Mexico, 6 juillet 1833. — C'est, mon cher, lorsque nous espérions qu'on allait donner un grand coup, et peut-être le dernier, à la révolution, que la plus noire infamie a détruit nos espérances et ranimé celles de nos ennemis. Les 8\ 9^
et 12® escadrons de cavalerie, ainsi que les restes du i"" et les compagnies de chasseurs du 3® bataillon de Matitlan, passèrent à l'ennemi au moment même où le feu commençait; et, plus criminels, mille fois, que les Saxons, ils tournèrent leurs armes contre leurs camarades. Cette malheureuse affaire eut lieu à Tepeaca, à sept lieues de Puebla qui, aujourd'hui, est assiégée par Ârista et Duran. Nous organisons ici une nouvelle division, et le général président sortira sous peu de jours. Je suis nommé major général de la nouvelle armée qui se trouve presque sans cavalerie : auronsnous un Lutzen?... Lemus, Heredia, Gespedès et presque tous les officiers sont prisonniers. Maillet, qui avouait bêtement qu'il n'avait vu que du feu dans le pronunciamiento d'Ârista, avait été destiné à la division Lemus, et il est aussi prisonnier. Cet homme est vraiment malheureux ; il n'en est pas de même de Quijano et Delgado qui parviennent à se sauver et qui arrivent ici en courriers pour annoncer la défection des troupes.
ce Je suis harassé de fatigue... voilà quatre jours que je ne dors pas, ayant été chargé de cette commandance générale à cause du départ projeté du général Ânaya... Il est triste d'être témoin de si près des événements funestes qui se passent autour de nous. Je vois bien noir dans l'avenir... — Jean Arago. »
Puebla était défendue par le général Victoria, lorsque Arista vint l'assiéger. La garnison commença son feu sur les assiégeants qui se dirigeaient, en trois colonnes, sur la porte appelée de Mexico. Plusieurs combats eurent lieu avec quelques succès d'abord du côté des insurgés, mais ensuite ils furent repoussés avec de grandes pertes. Ayant appris que Santà-Anna venait au secours de la place, Arista battit en retraite, prit position au Gerro-Golorado et se retira finalement à Guanajuato dans un état misérable. Santa-Anna se mit à sa poursuite et arriva à Tula au moment où les insurgés venaient de quitter cette ville, en route Sur Guanajuato; il fallait à tout prix les empêcher de passer. Arago, chef d'état-
in HISTOIRE DU MEIIQUB.
major de Santa-Anna, envoya de suite un courrier au général Woll, avec la lettre suivante :
— «Tula, 20 juillet 1833.— Mon cher Woll. Nous arrivons ici quelques heures après le départ de l'ennemi qui poursuit sa marche sur Queretaro. Les ordres qu'on a donnés au général Cuesta pour qu'il occupe cette ville, où je vous suppose déjà, sont du plus haut intérêt, et je ne doute nullement que vous emploierez toute votre influence pour qu'ils soient exécutés fidèlement. Le sort de la république dépend peut-être de la résolution de cette division de défendre Queretaro et d'entretenir l'ennemi quelques heures pour nous donner le temps d'arriver... — Jean Arago. »
Mais Arista, ne voulant pas être pris entre deux feux, esquiva les troupes du général Woll, et vint se fortifier de son mieux à Guanajuato. Le général Valencia, ayant complètement battu Escalada dans le bois de Las Gruces, il ne restait plus qu'à faire le siège de Guanajuato pour se rendre maître de Tinsurrection. Ce siège se fit avec toutes les forces dont disposait alors Santa-Ânna. Les fortifications tombèrent bientôt au pouvoir des troupes du gouvernement, et, pour prouver que cette révolution n'était point une comédie, je vais citer des fragments d'une lettre particulière du général Woll, écrite sous les murs de Guanajuato, le 5 octobre 1833.
«... J'ai attaqué Valenciana que j'ai pris de force à la tête du là"" de ligne. On avait donné l'ordre de ne laisser en vie aucun oflicier; mais j'ai contenu mes troupes. Les officiers étaient à genoux, quand arriva Mejia qui, s'étonnant de ce que nous n'avions pas tué ces malheureux, me donna l'ordre de les faire fusiller. Je résiste; il se fâche et me de^ mande si je veux obéir. Je réponds que non. — N'êtes-vous pas général mexicain? me dit-il. ~ Oui, seiîor, je suis général mexicain pour me battre, mais non pas pour fusiller personne. — Eh bien , allez-vous présenter au général président, vous êtes aux arrêts. — Avec plaisir, senor, parce que cet arrêt, le seul qui m'a été infligé dans ma vie» m'honore beaucoup.
RÉPUBUQUE FÊI^ALE. 193
(c Je m'en allai ; mais à peine eus-je fait cent pas que je reçus de Mejia même, l'ordre de continuer Tattaque, avec ma brigade et trois pièces, sur le Hellado, jusqu'au moment où Arista demanda à parlementer.. Duran a tenu avec une partie de sa cavalerie; les croisés sont perdus,- parce que prenant demain le Mellado, ils seront obligés de se rendre à discrétion... — Adrien Woll. »
En effet, les forts de Valencia, Gerona et Mellado, étant pris, Arista obtint une suspension d'armes, pendant laquelle il négocia la reddition de Guanajuato et la vie sauve de tous les révoltés. Les vaincus furent ramenés prisonniers à Mexico, où Santa-Anna fit son entrée aux acclamations de la foule. La guerre civile pouvait être considérée comme terminée après la reddition d'Arista et d'Escalada, vu qu'il ne restait plus qu'un très petit nombre de leur parti qui se soutenait avec peine dans les provinces du Michoacan et de Oajaca. Le général Woll, commandant la brigade d'arrièregarde, était chargé, par un ordre portant la date de Salamanca, 19 octobre, et signé Jean Arago, de protéger l'armée qui rentrait, et de veiller sur les insurgés de Michoacan, (c car il pourrait se faire, disait-il, que Garcia, par une marche forcée, abandonnât les environs de Valladolid pour revenir sur le Valle Santiago. » Woll s'acquitta si bien de sa mission, qu'il mit en déroute, à Puruandiro, mille cavaliers réguliers, n'ayant avec lui que quelques fantassins, et leur prit tous leurs bagages. Cette brillante action valut aux vainqueurs une médaille commémorative; quant au général, il était déjà nommé benemeritOy — bien mérité. — Sur sept personnes qui portaient ce titre, Woll était le seul étranger qui l'eût reçu, il devint général effectif.
De retour à Mexico, Santa-Anna, ne songea nullement à prendre en mains les rênes du gouvernement; le titre et les fonctions de président paraissaient ne lui être agréables en aucune manière. Cet homme étrange, qu'on a tant accusé d'ambition, semblait éprouver une profonde répugnance pour le pouvoir suprême ; il laissa de nouveau Gomez Parias
m HISTOIRE DU MEXIQUE.
gouverner à sa guise et retourna dans son hacienda de Manga-de-Glavo. D'un autre côté, on s'explique difficilement comment une nation nese révolte pas, quand après avoirconflé ses intérêts à un homme qui a sa confiance, elle se voit gouvernée par un brouillon qui met le désordre dans les affaires publiques. Mais, tâcher de trouver de la logique et du sens commun dans la politique mexicaine, serait un labeur inutile. Je dois me limiter à cataloguer les faits, tels qu'ils se présentent, me bornant à contrôler leur exactitude.
Tandis que Santa-Anna, surnommé le Cincinnatus mexicain, se reposait à la campagne, Gomez Farias continuait ses mesures réactives qui le. rendirent odieux. Il bannit plusieurs membres du clergé, disposa des cures vacantes, proclama la liberté des cultes et la nationalisation des biens de mainmorte. Ces actes étant arbitraires ou prématurés soulevèrent l'indignation générale. La presse de l'opposition commençait à accuser Santa-Anna de son indifférence pour le bien public et des maux dont souffrait la nation. Tous ces éléments de mécontentements ressuscitèrent la révolution mal éteinte. Le pronunciamiento qui prit le nom de Guernavaca eut un écho à Tenancingo, Toluca, Orizaba, Zacaiecas et même dans la capitale. Le pays, fatigué des actes subversifs de Farias, demanda son éloignement des affaires. Santa-Anna se vit obligé de reprendre le pouvoir, à la grande joie des habitants qui l'estimaient et avaient beaucoup de confiance en son patriotisme. Le président, comme s'il eût ignoré ce qu'avait fait son substitut, le désavoua, rapporta la plupart des décrets lancés par les chambres, les déclara illégales pour avoir prolongé leur session au delà du (erme fixé par la loi, et convoqua une autre assemblée pour l'année suivante. Les législatures des Ëtats abondaient dans ce sens et voulaient la chute du vice-président. Gelui-ci, qui avait eu de sérieuses altercations avec le président, demanda ses passeports et sortit de la république. Cette révolution se fit sans effusion de sang et la tranquillité publique régna de nouveau pendant toute l'année 1834.
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Pour arriver à ce résultat, Santa- Anna n'employa la force nulle part; il protégea simplement les institutions conservatrices contre les démocrates qui voulaient les détruire, sans permettre toutefois à personne de vouloir attaquer le système fédéral. Voici quelques extraits de ses lettres, ad res« sées au général WoU commandant alors à Irapuato , et très remarquables à bien des titres.
« — Mexico, 20 août 1834... J'écris aujourd'hui au colonel D. Gayetano Hontoya, qu'il est important de chasser des peuples cette funeste aversion qu'ils ont conçue contre le régime représentatif; les militaires surtout doivent beaucoup travailler dans ce sens... — A. L. de Santa^Anna. »
ce — Mexico, 3 septembre 1834... Les difficultés et même l'impossibilité d'effacer dans le peuple Tav^rsion du système représentatif fédéral... proviennent de n'avoir pas su donner à l'opinion la direction qu'elle devait prendre... Aucun système de gouvernement n'est absolument bon, ni absolument mauvais : le système fédéral suivi par les derniers mandataires était une vraie tyrannie pendant laquelle les hommes se virent privés des garanties que les rois — d'Espagne — durent respecter dans les derniers temps. Ce serait une folie de vouloir détruire sa maison parce qu'elle a des défauts qui la rendent sujette à toutes les inclémences de l'atmosphère ; c'en serait une plus grande encore de vouloir détruire notre institution dans l'espérance d'en avoir une meilleure; nous n'aurions ni l'une ni l'autre; la nation serait livrée à l'anarchie qui est le plus grand de tous les maux. On doit faire comprendre ces vérités au peuple, et quand il les comprendra il changera d'opinion... A. L. de Santa-Anna. »
Ces lettres du président nous révèlent les répugnances insurmontables du peuple mexicain pour le régime fédéral républicain, essentiellement démocratique. Ces répugnances,
du reste, se sont manifestées, on l'a déjà vu, par des désordres plus graves, sous les administrations démocratiques que sous les gouvernements conservateurs. Malgré cet aveu, Santa-Anna était sincèrement républicain fédéraliste, et, si
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plus tard il changea de conviction, c'est qu'il est patriote avant tout; il fait passer le bonheur de la patrie avant l'entêtement dans des opinions basées uniquement sur des théories. Ses opinions se seraient modifiées plus tôt» s'il s'était donné la peine d'étudier ses compatriotes dans leur histoire passée et dans leur histoire présente; mais, on le voit toujours, aux préoccupations politiques, aux fatigues du pouvoir, il préfère les plaisirs de sa campagne et le calme du simple citoyen. En 1834, il ne songe qu'aux élections : ... « On ne doit travailler en rien, disait-il dans une lettre datée du 10 septembre, autant qu'à former une bonne représentation nationale, pour que la nation se régénère et parvienne à cette félicité dont la réalité se fait attendre plus de temps qu'il n'est juste. » Cette bonne représentation étaitelie possible dans un pays sans passé politique et dont les traditions étaient celles de la monarchie absolue? Les événements répondront pour moi. Aussitôt le congrès installé à la fin de 1834,Santa-Anna, trouvant les élections satisfiftisantes et le pays tranquille, pensa de nouveau à retourner à Manga-de-CIavo ! II se trouvait mal assis dans son fauteuil présidentiel ; il regrettait déjà son hamac des terres-chaudes, qu'il venait à peine de quitter.
Au mois de janvier 183S, le président Santa-Anna prés(enta sa démission pour rentrer dans la vie privée; le congrès ne l'accepta pas, mais il consentit à lui donner un congé. Le généra] Miguel Barragan fut choisi pour remplacer provisoirement Santa-Anna à la présidence. Au mois de février de Tannée suivante,, il mourut, et le congrès installa à sa place Tavocat José Juste Gorro, qui gouverna, par intérim, jusqu'au mois d'avril 1837. Les ministres de ces deux présidents intérimaires furent D. José Maria Gutierrez de Estrada et D. Manuel Diaz de Bonilla, aux affaires étrangères; D. Mariano Blanco et D. José Gorro, à la justice; D. Vicente Se* gura, D. Antonio Vellejo etD. RafaelManjino eurent le porte^ feuille des finances, et le général José Maria Tornel reçut celui de la guerre. Ge Tornel disait des frères Velasquez de Léon, qu'il plaça plus tard au ministère, malgré leur peu d'intelligence : — « Des deux, je n'ai jamais pu faire un homme. »
Au commenceioaent de Tannée 1835, il y eut dans le sud
quelques manifestations regrettables contre les étrangers qui, pourtant, étaient encore en très petit nombre au Mexique. «Je viens d'apprendre, écrivait le président, le 7 février, à Tua de mes amis, qu'il s'est allumé une nouvelle révolution dans le sud, touchant un ressort qui avait été respecté jusqu'aujourd'hui, pour ne pas nous discréditer devant les nations étrangères ; mais le génie du mal, qui ne respecte rien et qui espère tout du désordre, profitera de cette occasion pour attirer l'antipathie qu'on remarque contre les étrangers parmi notre population peu instruite, pour connaître la vraie origine de ses malheurs... — Miguel Barragan. » — 11 eût mieux valu empêcher le génie du mal de s'ébattre à son aise que de fermer les yeux lorsqu'il troublait le repos public. Le général Cortazar y voyait plus clair. Voici sur ce même sujet une lettre qui mérite d'être connue :
« Gelaya, 8 février 1838. — Je n'ai rien lu contre les
étrangers que ce qu'a rapporté le télégraphe, le 2 de ce mois... La pauvreté, l'ignorance et l'excessive immoralité doivent donner de tels résultats. Espagnols, religion, étrangers, sont des prétextes recherchés pour faire des révolutions, et nous ne verrons pas le fruit de la douloureuse expérience qu'on en retirera. On marche sans connaître les principes que l'on proclame; tous croient avoir le droit de faire des lois. Ceux qui font les révolutions n'ont aucune instruction et s'inquiètent fort peu d'étudier dans le grand livre du monde; ils ignorent ce qu'ils sont; ils cherchent seulement à sauver le jour, en satisfaisant la multitude de nécessités qu'ils se créent, et tout cela ne fait que précipiter plus tôt dans l'abîme. De là vient la rapide succession des partis dans le triomphe, et» ne voyant aucun remède à tous ces maux, je m'en afflige en vain et cherche à me Tetirér dans un coin... — Luis Cortazar. »
Cette lettre prophétique, stéréotype en peu de lignes la situation morale et politique du pays. Huit jours après, Cortazar devient encore plus explicite et présage ce qui devait arriver... « Si le congrès, dit-il, dans une lettre du 16 fé-
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vrier, proclamait aujourd'hui des mesures imprudentes, alarmantes pour le peuple, les anarchistes feraient sentir leurs féroces tendances et nous précipiteraient dans une révolution barbare. . . Tout le matériel du feu révolutionnaire provient de la constitution : celle-ci n'a pas su concilier les intérêts d'un clergé organisé sous une monarchie absolue et fana- ; tique qui ne saurait servir une république calquée sur celle du nord, — les États-Unis, — de sorte que ce corps privilégié se heurtera toujours contre le pouvoir exécutif... Que Dieu nous protège dans le mauvais chemin que nous sommes obligés de suivre... — Luis Cortazar. »
Tous les Mexicains honnêtes et sensés connaissaient le mal, mais aucun n'était assez fort pour imposer le remède ou assez patriote pour l'accepter. « La mauvaise étoile de la république qui ne laisse pas asseoir la paix, disait le présidentBarragan, rend illusoires les espérances, et inutiles les efforts du gouvernement pour établir un système de finances. » Les finances ont toujours été le seul objectif des gouvernements mexicains ; mais, comment le simple bon sens ne leur faisait-il pas comprendre que les finances sont le résultat de l'ordre, de l'économie et d'une bonne administration, que l'ordre est le résultat de la moralité du peuple et que la moralité ne s'acquiert que par la pratique des vertus civiques. Lqs démocrates comme les conservateurs ontils jamais connu ces vertus? les ont-ils jamais pratiquées de 1821 à 1867? Tous ont trouvé leur châtiment dans leur propre égoïsme, et je commence à douter que ce demi-siècle d'amères leçons leur soit jamais profitable.
Dans le mémoire lu aux Chambres, par M. Gutierrezde Estrada, au mois de mars 1835, sur la situation intérieure et extérieure du Mexique, je trouve des renseignements et des projets de loi qui ne peuvent être tenus sous silence. M. Gutierrez passe d'abord la revue des puissances avec lesquelles le Mexique est en relations, et montre l'excellence des rapports de la république avec les deux continents. Il y avait bien de la part du ministre anglais des réclamations
faites pour les sommes considérables prises en 1833, par le généra] Ârista à la « Compagnie unie mexicaine » de Guanajuato; mais le gouvernement espérait que les Chambres ne feraient pas droit aux réclamations anglaises. Voici quelquesunes des raisons de M. Gutierrez pour engager les Chambres à ne pas accorder d'indemnité aux étrangers volés pendant les révolutions... « Il est également digne d'observer que le même état de choses qui occasionne ces désastres procure aussi de très grands profits à ceux qui risquent leurs capitaux; enfin on doit songer que les indemnités deviendraient tellement grandes qu'aucun trésor ne suffirait à les payer. Dans la révolution tous souffrent, tous voient leurs propriétés détruites, et si l'on accorde des indemnités aux marchands étrangers, aux sujets des autres nations, on devrait aussi en accorder aux sujets de la république, parce que la justice doit être égale, et dans ce cas, elle pencherait autant pour les uns que pour les autres». — Le ministre termine son rapport sur les affaires étrangères en annonçant que la reine Christine allait reconnaître l'indépendance du Mexique et qu'on était en train de négocier un traité de commerce et d'amitié avec l'Espagne.
Sur la situation intérieure, M. Gutierrez fait un rapide historique des principes qui ont amené la dernière révolution, il critique les actes du dernier congrès et ceux du président déchu... « À la tyrannie civile, dit-il, s'unit bientôt la tyrannie religieuse. La loi sur les cures qui arrachait les pasteurs de leurs églises et fit aller errants nos vénérables évêques, fatigua enfin la patience des peuples, et Ton vit, dès lors, les premiers symptômes de résistance à l'oppression qu'on ne pouvait plus tolérer ». Avant de passer à l'exposé des différentes branches de l'administration, M. Gutierrez malmène assez vertement la constitution de 1834, et surtout le droit de pétition, exercé par toute autre voie que. celle des députés. Il propose ensuite une loi en vingt-deux articles, que l'on pourrait appeler — loi contre les étrangers. — et qui révèle toute l'antipathie que ce ministre n'a
cessé de leur témoigner. Ces idées peu libérales, mais essentiellement mexicaines, n'ont pas mis M. Gutierrez à l'abri des accusations de manque de patriotisme que lui ont adressées ses concitoyens; pour s'assurer 'de son civisme, ils n'avaient qu'à se rappeler le projet de loi du 24 mars 1835 qu'il présenta aux Chambres.
Dans l'article 14 de ce projet, il demande l'expulsion du territoire de tout étranger qui ne ^ sera pas fait naturaliser six mois après son arrivée au Mexique. L'article 15 n'accorde les amnisties et les pardons pour délits politiques qu'aux étrangers naturalisés ; les autres sont sujets à toutes les rigueurs des lois mexicaines, mais non à leurs bénéfices. L'article 16 leur refuse tout droit à des indemnités pour dommages soufiTerts pendant la révolution. L'article 17 les déclare sujets à toutes les contributions que paient les Mexicains. M. Gutierrez présenta pourtant deux autres projets de loi qui lui font honneur : — celui de la franchise de taxe de tous les journaux étrangers et mexicains, et celui pour l'augmentation des fonds de la Banque de secours, Banco de avio.
Les fonds de cette Banque avaient été supprimés le 1^ mars 1833, à cause de la pénurie du trésor. M. Gutierrez non seulement les rétablit, mais les augmenta, pour développer l'industrie cotonnière du Mexique. Ge projet, aussi louable que patriotique, appliqué sérieusement, aurait eu de beaux résultats, si les intérêts privés n'avaient pas dominé les intérêts généraux. Alaman, on se le rappelle, avait décrété la Banco de avio pour créer l'industrie des tissus au Mexique, et, pour favoriser sa création, il avait promulgué des lois prohibitives ou restrictives sur l'importation des matières premières et des cotons tissés ; il s'était surtout occupé d'empêcher la contrebande. Malheureusement, la contrebande enrichissait trop de monde; les gouvernements qui se succédèrent depuis le plan de Zavaleta, fermèrent les yeux, moyennant finances, ou ne purent pas l'empêcher. Le petit port de Tuxpam devint le dépôt de ce commerce
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interlope; il jetait sur le littoral des milliers de ballots de coton, venus de la Nouvelle-Orléans; des mulletiers apostés enlevaient pendant la nuit les ballots et les introduisaient dans l'intérieur. Les filatures nationales furent bientôt en détresse, et la banqueroute de la plupart des industriels d'Orizaba à Mexico répandit partout le découragement et le désarroi. M. Alaman lui-même dut fermer sa filature d'Orizaba et son déficit s*élev^à sept millions de francs.
Le 31 mars 1835, c'est à dire sept jours après avoir entendu le rapport de M. Gutierrez de Estrada, sur la situation extérieure et intérieure du pays, le congrès général décrléta que la milice locale serait réduite à un individu sur cinq cents habitants; en outre, elle devait être organisée et distribuée pour le service de la nation, selon la volonté du gouvernement suprême. En transmettant ce décret dans les différents districts, on avait ordonné de recueillir toutes les armes excédantes et de les mettre à la disposition du gouvernement, qui s'engageait à en indemniser les propriétaires. Les assemblées des États, — la plupart du moins, — crurent voir dans cette mesure l'intention de désarmer les citoyens et de leur ôter tous moyens de résistance; ils la considérèrent également comme une atteinte blessante portée à leur autorité. L'État de Zacatecas, en particulier, avait pris quelques jours auparavant une décision contraire, en autorisant le gouverneur à faire usage de la milice locale pour combattre toute agression de quelque côté qu'elle vtnt, et disposer, à cet effet, des fonds publics.
Se basant sur ce décret, le gouverneur Cosio adressa aux autorités de Zacatecas une circulaire pour les informer qu'il s'opposerait par la force à toutes les tentatives qui auraient pour but de soutenir la loi réformatrice du congrès souverain. Le gouvernement central s'efforça d'atténuer ces dispositions hostiles en déclarant qu'il n'entendait porter aucune atteinte aux droits des États ; mais, que le pouvoir ne pouvant uniquement s'appuyer sur ces masse; armées dont l'organisation défectueuse troublait constamment la tranquillité publi-
que, il devait les régulariser. Zacatecas continuant ses actes hostiles, Tordre fut donné au général Cortazar de partir, et un détachement de trois cents hommes, tirés de S. Luis Potosi, prit position au point de la Parada. Alors, le gouverneur Cosio expédia une dépêche au président intérimaire pour lui faire connaître qu'un semblable procédé attaquant rindépendance de l'État, il se voyait dans l'obligation de repousser la force par la force. Barragan répondit que le gouvernement suprême était résolu à faire respecter la loi du congrès général. Les hostilités commencèrent.
L'insurrection de Zacatecas trouva de l'écho dans le sud, car je vois Santa-Anna dire dans une lettre datée du 3 avril 1835 : — « Alvarez a levé l'étendard de la rébellion, croyant se superposer au vote de la nation ; il sera bientôt puni, et celle-ci vengée des outrages que lui inflige ce cosaque ingrat. » Mais il ne paraît pas qu'on se soit occupé de châtier ce rebelle ; la révolution de Zacatecas appelait plus directement l'attention du gouvernement. Barragan pria son ami Santa-Anna de se mettre à la tête des troupes, et de partir pour Zacatecas. Santa-Anna se rendit à cet appel, avec trois mille vétérans, et le général WoU pour chef d'état-major. Arrivé à Posillos, il intima l'ordre à Cosio de se rendre, et lui donna huit jours pour délibérer. Sur son refus, les deux armées se disposèrent au combat. La milice de Zacatecas, forte de onze mille hommes bien armés et protégés par dix, pièces d'artillerie vint se mettre en ligne de bataille dans la plaine de Guadalupe, adossée à la ville. Santa-Anna arriva pendant la nuit et donna l'ordre au général WoU d'aller reconnaître Guadalupe. Il était quatre heures du matin : Woll part, suivi de son ordonnance, passe derrière l'armée, en* tre dans la place, rencontre le capitaine Romanco, aide de camp du général Garcia, le fait prisonnier et retourne au quartier général. Tout cela ne se fit pas sans bruit; les sentinelles tirent sur Woll, les coups de feu éveillent l'ennemi; Santa-Anna n'attend pas que la milice vienne attaquer sa petite armée, et donne le signal du combat. Après une bar