‹ Histoire du Mexique. Juarez et Maximilien (volume 2)Chapitre 22 sur 44 · II · texte numérisé non relu

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nument qui la renfermait la jambe perdue par Santa-Anua à Vera-Cruz et la traîna dans les rues. Santa-Anna apprit ces nouvelles à Lagos, au moment où il présidait une réunion de généraux ; comme en cet instant tous les regards étaient fixés sur lui, il porta la main à sa jambe mutilée en s'éorcant : -— « Amis, cette blessure ne me faisait plus souffrir ; mais maintenant j'y sens une vive douleur. » Ces paroles ne dénotent-elles pas une âme vraiment patriotique qui mérite de l'indulgence pour bien des fautes.

Triste, accablé par les événements du 6 décembre, sans enthousiasme pour combattre les insurgés, Santa-Anna ne pensa plus qu*à se retirer à l'étranger. Il renonça à la présidence, fit demander son passe^port par le général D. Ignacio Sierra y Rosso, et se dirigea sur Puebla, en route pour Vera- Gruz. A Puebla, le 14 janvier, il fit ses adieux à son armée, forte de dix mille hommes, et par conséquent capable d'en* trer à Mexico, s'il l'eût voulu ; ses vétérans désiraient l'accompagner jusqu'à Vera-Gruz, mais il n'accepta qu'une escorte qu'il congédia dans les parages des Vigas. En passant par la ville de Jico, le commandant de la milice rurale, le voyant seul avec ses domestiques^ l'arrêta par ordre du commandant militaire de Jalapa, et l'envoya dans cette ville. Trois jours après il fut conduit à la forteresse de Perote et tenu au secret durant quatre mois. Enfin, condamné par le congrès à l'exil perpétuel et mis hors la loi, s'il rentrait au Mexique, il s'embarqua pour la Havane au mois de mai 1848.

L'élection du général Herrera, une fois confirmée après la chute de Santa-Anna, le nouveau président organisa le ministère de la manière suivante : le portefeuille des affaires étrangères fut successivement confié . à D. Luis Guevas et D. Manuel de la Pena y Pena; celui.de la justice à D. Mariano Riva Palacios D. Bernardo Gonto et D. Demetrio Montesdeoca; celui des finances à D. Pedro Echeverria^ D. Luis de la Rosa et D. Pedro Fernandez del Gastilto, ei celui de la guerre aux généraux D. Pedro Garcia Gonde, et D. Pedro Anaya. Le général Herrera était tout à la fois des

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plus honnêtes citoyens et des plus dignes militaires du pays; mais il avait peu d'énergie. Cependant, il sut s'entourei" d'hommes recommandables et parvint à réprimer, avec l'aide du colonel Uraga, l'insurrection de Rangel en faveur de Santa-Ânna.

Dès son origine, cette administration montra une faiblesse qui devait la conduire à sa perte. Appelée à consolider le système de centralisation qui, depuis 1836, avait remplacé le fédéralisme, elle fut effrayée de l'ardeur avec laijuelle les fédéralistes attaquaient ses actes. Elle ménagea tellement les hommes influents de ce parti qu'elle fut bientôt débordée et hors d'état de résister à leurs prétentions. A H&tamoros, un certain Molano s'empara des rênes du gouvernement de Tamaulipas; Ganalès se donna le titre de ce commandant des villes, » sans être inquiété par Arista ; puis, il fit arrêter le préfet qui se trouvait à Hier. Jésus Gardena fut nommé par le général Arista, préfet de Matanioros, à la place de celui que Ganalès avait arrêté; les généraux de brigade de l'armée régulière n'étaient pas mieux traités par ces deux étranges personnages que les autorités civiles gouvernementales.

Tandis que le pouvoir exécutif laissait agir les factieux, sans même essayer de résister, l'ancien parti monarchique, qui s'était vu contraint de se fondre dans le parti centraliste, après la chiite d'Iturbide, et qui d'ailleurs s'était résigné de très bonne foi au système républicain, dans l'espoir qtie le pays pourrait s'organiser d'une manière stable sous l^'empire de ce système, crut devoir sortir enfin de sa longue léthargie. Les membres épars de ce parti se rapprochèrent, et, après s'être concertés, ils crurent que le moment était arfivé où leurs vœux se réaliseraient. Il fallait se hâter pour prévenir les fédéralistes. Le général Parédès fut choisi pour opérer cette révolution. Envoyé par Herrera contre lès Américains qui s'avançaient dans le Texas pour envahir le Mexique, Parédès, de son quartier général de S. Luis Potosi, refusa obéissance au gouvernement, marcha sur Mexico

et entra dans la capitale sans coup férir, à la fin du mois de décembre 1845. Le 4 janvier suivant, il fut nommé président provisoire et décréta la convocation d*un nouveau congrès constituant.

Tout en abandonnant à la nouvelle assemblée la faculté de déterminer le mode de gouvernement qui devait désormais régir le pays, Parédès indiquait dans son manifeste que la monarchie seule pouvait le sauver de l'anarchie, lui assurer le repos dont il avait besoin, et la prospérité dont il possède les éléments. Le parti monarchique institua un journal, publia ses désirs, ses vues, et fit en peu de temps de grands progrès. Le plan de réforme de Parédès et la presse de son parti rappelaient les efforts inutiles faits par la nation pour se constituer sous le régime démocratique ; ils montraient que, livré aux ambitieux et à la soldatesque, le pouvoir se verrait toujoirrs exposé aux mêmes phases révolutionnaires qui causaient la faiblesse du gouvernement et la ruine de l'État, tandis qu'un monarque étranger, soutenu par les cours d'Europe, serait une garantie de force et de paix à l'intérieur comme à l'extérieur.

Le parti monarchiste, composé des hommes les plus respectables par leur position sociale et leur moralité, de la généralité du clergé, et de citoyens intelligents, éclairés par l'expérience du passé, voulait se rattacher à l'Europe par un lien qui lui donnât des gages pour l'avenir. Il se flattait d'obtenir facilement pour souverain le rejeton d'une, des grandes maisons de l'Europe. L'intérêt réciproque semblait justifier cette espérance. Consolider les institutions sociales au Mexique, c'était consolider les relations commerciales entre les deux mondes; c'était donner des garanties aux nombreux capitaux engagés dans les mines du Mexique, c'était, en uq mot, mettre un terme aux révolutions si fatales dans les transactions lointaines et fermer la porte aux abus qui occasionnaient de si fréquents débats entre les puissances étrangères et les gouvernements éphémères dont le Mexique subissait le joug.

Mais cette transformation ne pouvait s'opérer avec les seules forces du parti monarchique qui ne faisait alors que se réveiller, et ne désignait pas même, — au moins ostensiblement, — le prince qu'il appelait à régner sur le pays. On parlait, à la vérité, dans les salons de la capitale, du duc de Montpensier, nouvellement marié à Tinfante dona Luisa Fernanda ; la France et l'Espagne ne pouvaient étayer cette royauté; comme puissances catholiques, elles avaient les plus fortes sympathies du peuple mexicain; mais les circonstances ne permirent pas de donner suite à ces projets. Les États-Unis venaient de voter l'annexion du Texas et frappaient déjà aux portes du Mexique pour s'emparer de la frontière de Rio-Grande. Puis, il faut pourtant l'avouer, les monarchistes avaient bien un plan, mais il était vague, indéfini et peu réalisable alors. La majorité des citoyens blâmait Parédès d'avoir saisi le moment où son devoir l'appelait à combattre l'ennemi commun, pour renverser Herrera et proclamer des idées qui ne pouvaient qu'augmenter la division et la faiblesse de la nation. Parédès se justifiait en disant qu'Herrera et le congrès paraissaient décidés à traiter avec le cabinet de Washington la cession du Texas, ce dont le Mexique ne voulait à aucun prix, et qu'il n'avait fait que se ranger du côté de la majorité qui réprouvait la conduite du gouvernement dans cette afTaire. Les républicains n'opposaient à la justification de Parédès que des raisons d'une médiocre valeur. Le plus grand tort du président n'était certainement pas l'idée de demander un souverain à l'Europe, mais bien l'inopportunité de cette mesure. Gomme M. GutierrezdeEstrada, le nouvel apôtre de la royauté mexicaine avait parlé trop tôt ou trop tard, vouloir élever un trône à l'heure où les fautes de la république amenaient l'invasion américaine, était une de ces utopies comme le Mexique nous en offre tant d'exemples.

AussHât que le général D. Mariano Parédës de Arrillaja eut saisi les rênes du gouvernement, il s'appliqua à faire rentrer dans le trésor tous les fonds publics» à mesure qu'ils étaient perçus par les receveurs de la capitale et des départements; puis il suspendit les paiements qui n'étaient pas de première nécessité. Cette mesure, souvent prise par les gou" vernements précédents, entraîna la banqueroute des agioteurs qui s'étaient le plus compromis. Sachant qu'il ne pouvait en^treprendre une guerre sérieuse contre les Américains qu'au'tant qu'il aurait une somme sufiisante pour mettre son année dans les meilleures conditions possibles, il voulut avant de la faire entrer en campagne, l'équiper sur un bon pied. Toutefois, l'expédition ne fut retardée que de quelques mois. Dès qu'il vit un million de piastres dans ses coffres^ il fit marcher ses troupes k la frontière sous le commandement du gén^l Arista.

Parédès eut pour ministres des affaires étrangères D. Joiaquin Gastillo y Lanzas et D. José Joaquin Pesado; à laîiis*-

tice, D. José Luciano Becarra, évoque de Chiapas, et D. José Maria Ximénez; aux fînances, D. Luis Parras, D. Manuel Gorostiza, D. Francisco Ilurbide et D. Antonio Garay; à la guerre, les généraux D. Juan Almonte, D. José Maria Tornel, et D. Ignacio Mora y Villamil. Tous ces ministres firent une très courte apparition dans leurs ministères respectifs, le système fédérai ayant été substitué , le 8 août de cette même année, à la république centrale. Dans ce bref espace de temps, le général Parédès annula tout ce qu'avait fait et défait le général Valencia qui, dans le court interrègne écoulé entre la déchéance d'Herrera et la nomination de Parédès, c'est à dire en trois jours, s'était mis à la tète des affaires publiques, pour se faire payer quarante mille piastres, quelques arriérés dus à sa famille, et avait rendu plusieurs décrets arbitraires. Le président déploya une activité sans égale pour purger les routes des bandits qui les infestaient; il fit parcourir le chemin de Vera-Gruz à Mexico par des détachements de cavalerie, pour la sûreté des voyageurs; quelques voleurs furent pendus sur les lieux où ils avaient été pris. On assurait même que quinze moines voyageaient avec la cavalerie pour confesser les bandits immédiatement après leur capture, afin de ne pas retarder leur exécution. Parédès fit aussi fermer les maisons de jeu; les joueurs de l'armée pris en flagrant délit perdaient aussitôt leur emploi. Le a dépôt des remplaçants » fut dissous, et ses agents reçurent des passe-ports pour les frontières .Enfin, il attaqua de firont une multitude d'abus; mais il ne resta pas assez longtemps au pouvoir pour les arracher entièrement du sol de la république.

Des lettres particulières de cette époque font un triste tableau de la situation du Mexique au moment où la guerre allait éclater avec les États-Unis. Le Yucatan s'était déclaré république indépendante. La séparation de plusieurs autres provinces paraissait imminente. Les Américains avaient trois mille hommes de leur armée régulière sur le Nueces, abandonné par Arista. Ils se montraient jusqu'à Matamoros, et

les agents du gouvernement les recevaient de leur mieux. Ces agents, il est vrai, passaient pour seconder la séparation des frontières. — « Matamores reste fidèle au gouvernement, me dit une lettre datée de cette ville, 14 janvier 1846, mais elle a ses vues particulières. Depuis longtemps, comme vous l'aviez prévu, Arista et ses dignes acolytes préparent la séparation de ce département, de l'union mexicaine... Aux dernières élections municipales, Giron, Capistran, Agapito Longono, José Maria Verra ont été nommés; comme vous le voyez, tous sont les champions de la révolution de 1838. Nous avions déjà pour préfet Jésus Cardena, et Gaiialès pour commandant des villes... On s'attend d'un jour à l'autre à voir proclamer la séparation du Nuevo-Leon, du Gohahuila, et de Matamores qui formeront un État indépendant, et alors nous verrons à la tête de ce gouvernement Arista, Ganalès, Jésus Gardena et autres canailles de ce genre. — Textuel.

« Mexico est divisé en plusieurs partis : les uns sont en faveur de Parédès, d'autres regrettent Santa-Anna, et le plus grand nombre sont des aspirants aux emplois lucratifs. Que deviendra ce malheureux pays au milieu de tant de crises? Nous avons à redouter l'anarchie. Peut-être avant longtemps aura-t-on besoin du bras du général Santa-Anna pour nous en sortir!... Le courrier arrivé hier soir nous apporte la nouvelle de l'entrée de Parédès à Mexico : Arista se trouve compromis jusque par dessus la tête ; aussi travaille-t-il ardemment à. la séparation... Après avoir confirmé Ganalès dans son commandement, il lui a recommandé de s'entendre avec Méjia et de vivre en bonne intelligence ensemble. Mejia est tout à fait en faveur de Parédès et se serait déjà prononcé s'il n'avait à redouter' le bataillon de sapeurs, commandé par Garasco. »

Par tous les renseignements déjà donnés sur le général Arista, on voit que Parédès eut dû faire n'importe quel choix, à l'exception de celui-là, pour commander l'armée mexicaine. Mais l'histoire du Mexique n'est-elle pas un tissu de fautes et de maladresses qu'on ne peut expliquer? Ge

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n'était pourtant pas le moment d'en commettre de nouvelles. Le 11 mars 1846, les Américains, commandés par le général Taylor et campés au Texas, ayant reçu Tordre d'avancer sur ]e Rio-Grande, quittèrent leur campement de Corpus Ghrtsti ^t se mirent en route pour Matamoros. Le SO du môme mois, Taylor arrive avec ses troupes sur les bords d'une petite rivière appelé-e le Colorado ; il y trouve un aide de camp du général Mejia qui lui remet une lettre de son supérieur, dans laquelle le général mexicain lui disait que le passage de oette rivière serait considéré comme une déclaration de guerre. Taylor passe outre, continue sa marche et arrive h 28 mars en face de Matamoros. Au lieu de se borner à renvoi d'une lettre, les Mexicains auraient mieux fait d'empêcher le passage du Colorado; ils l'auraient pu; mais dans cette malheureuse guerre on ne voit qu'ineptie ou trahison. Le général Ampudia vint à Matamoros avec sa divisioA du nord, et le 12 avril, il fit remettre au général Taylor une protestation contre la violation du territoire mexicain par les troupes américaines; il lui enjoignait de se retirer sur la rive gauche du Nueces dans les vingt-quatre heures, s'il ne voulait l'obliger à faire respecter l'intégrité du territoire par la force des armes. Le général Taylor répondit le même jour qu'il n'était qu'un militaire et que par conséquent il devait obéir aux ordres qu'il avait reçus de son gouvernement; que ses ordres lui disaient d'occuper le Texas jusqu'à la rive gauche du Rio-Grande, en attendant que les deux républiques s'entendissent sur les limites des frontières et que, naturellement, il ne pouvait pas rétrograder.

Le général Ampudia fit de nouvelles réclamations pouf des actes arbitraires commis par les Américains à rembouchure du Rio Grande contre les propriétés de plusieurs Mexicains de la rive gaucbe du fleuve. Les rapports s'envenimaient, les deux armées durent en venir aux mains. Le 24 avril, Arista vint prendre le commandement de l'armée mexicaine ; le même jour il écrivit une lettre |iarticulière an général Taylor dans laquelle il lui dii : « — Votre urbanité.

RÉPDBUQUE FÉDÉRALE. M7

aussi bien que les usages connus entre gentilshommes, m'engagent à vous saluer amicalement par cette communication privée, vous assurant que puisque le sort nous rend adversaires dans le conflit qui va s'ouvrir entre nos deux pays, les Ipis de la courtoisie qui régnent entre les généraux qui font la guerre selon les lois des nations civilisées, seront observéea. d Une autre lettre du générai Arista, datée (}u 26 avril et adressée au général ^Torrejon, nous apprend que ce même jour un fort détachement d'Américains commandés par le capitaine Thornton avait été enlevé sur la rive gauche du Rio Grande par le général Torrejon. Dès ce jour, il y eut de continuelles escarmouches entre les Mexicains qui passaient le fleuve au dessous de Brownsville et les Américains qui s'étaient retranchés dans un fort appelé Brown et con^ truit à la hâte au sud de Brownsville, en face de Matamores. Afin de conserver sa ligne de ravitaillement avec les ports du golfe, le général Taylor avait laissé à Point-Isabella, :1e msgor Munroe et deux compagnies d'artillerie. Le 27 avril, les communications entre le fort Brown et Point-IsabeHa furent coupées par les Mexicains; pour les rétablir, le général Taylor partit avec son armée le l*' mai, laissant au fart le major Brown avec le 7* régiment de ligne et deux batte^ ries d'artillerie. Les Mexicains profitèrent de cette circonstance pour bombarder le fort et s'opposer au passage du général Taylor. Le bombardement, commencé le 3 mai, démonta quelques batteries et tua un certain nombre d'Américains , parmi lesquels se trouvait le major Brown. Les batteries des deux camps n'étaient séparées que par le Rto Grande et se firent mutuellement assez de mal. Le 7 mai, ]/^ général Taylor laissa Point-Isabella pour revenir de nouveaiji sur les bords du Rio Grande. Le lendemain matin en travers sant la plaine de Palo-Alto, il rencontra l'armée mexicaine rangée en bat^lle. Au moment où les Américains se trou-^ valent à six cen^s mètres environ de l'ennemi, les Mexicaiw commencèrent le feu. L'attaque fut molle, l'artillerie mexicaine, mal aervie, fit peu 4e mal aux Aniéricains, la «eava*

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lerie donna très peu, et l'infanterie presque pas. I^ combat, commencé après midi, se termina à la chute du jour par la déroute des Mexicains. Voici sur cette bataille les rapports des deux généraux en chef, adressés à leurs gouvernements respectifs.

« Armée d'occupation, quartier-général, camp de Palo- Alto, Texas, 9 mai 1846. — Monsieur. —J'ai l'honneur de vous annoncer qu'hier j'ai rencontré les forces mexicaines, près de cet endroit, en venant de Point-Isabella, et, après une action d'environ cinq heures, je les ai délogées de leur position et j'ai campé sur le champ de bataille. Notre artillerie, consistant en deux pièces de dix-huit et deux batteries légères , fut l'arme presque exclusivement engagée ; c'est à l'excellente manière dont elle a été manœuvrée et servie que nous devons notre succès.

<c La force de l'ennemi est estimée généralement à près de six mille hommes, avec sept pièces d'artillerie et huit cents cavaliers. Sa perte doit être d'environ cent hommes tués. Notre force, tout compris, n'excédait pas deux mille trois cents hommes, et notre perte est insignifiante. -^ Quatre hommes tués, trois officiers et trente-sept hommes blessés, dont plusieurs mortellement. — Z. Taylor. » —

Voici maintenant des extraits du rapport du général Arista.

— a Quartier général , Palo-Alto, en vue de l'ennemi, 8 mai 1846. — Excellence. — Constant dans mon projet d'empêcher le général Taylor de réunir les forces qu'il amenait de Point-Isabella avec celles qu'il avait laissées fortifiées en face de Matamores, je quittai aujourd'hui le Ramireno et pris la direction de Palo-Alto... Arrivé en face de Palo-AIto à une heure , je vis l'ennemi qui se dirigeait sur cette position. A peine le premier coup de canon fut-il tiré, qu'arriva le général Ampudia, commandant en second, auquel j'avais ordonné de me rejoindre après avoir couvert les points qui pouvaient servir à assiéger l'ennemi dans les forts opposés à Matamores. Les forces sous mes ordres s'élevaient à trois

mille hommes et douze pièces d'artillerie ; celles des envahisseurs étaient de trois mille» plutôt moins que plus, et supérieures en artillerie, puisqu'ils avaient vingt pièces du calibre de seize et de dix-huit... L'attaque du général Taylor était plutôt défensive qu'offensive, n'employant que sa meilleure arme, l'artillerie... Je désirais charger, parce que le feu du canon nous faisait beaucoup de mal, et je donnai l'ordre au général Torrejon de charger à notre gauche avec la plus grande partie de la cavalerie, tandis qu'un autre exécuterait à notre droite le même mouvement avec quelques colonnes d'infanterie et le reste de la cavalerie.

c( J'attendais le moment où ce général exécuterait la charge, et lorsque son effet commencerait à s'apercevoir, pour donner l'impulsion à la droite ; mais il en a été empêché par le feu de l'ennemi... Quelques bataillons, s'impatientant par les pertes qu'ils subissaient, se désordonnèrent, demandant d'avancer ou de reculer. Je leur ordonnai alors de charger avec une colonne de cavalerie sous le commandement du colonel Gaetano Montero. Le résultat de cette opération fut que ce corps dispersé répara sa faute autant que possible, marchant vers l'ennemi qui, à cause de sa distance de nous , pu se replier sur sa réserve , et la nuit arrivant la bataille se termina, le champ restant en notre pouvoir...

a Le combat fut long et sanglant ; d'après les calculs faits par le général d'artillerie D. Thomas Requena, on estime à trois mille les coups de canon tirés par Tennemi depuis deux heures de l'après-midi, — commencement de la bataille* — jusqu'à sept heures de la nuit, quand elle a été terminée. De notre côté, nous avons tiré six cent cinquante coups. Nos troupes ont perdu deux cent cinquante hommes dispersés, blessés ou tués... — Mariano Arista. »

Dans la journée du 9 mai, les Mexicains se replièrent sur la Resaca de la Palma,— ancien lit desséché du Rio-Grande, à deux ou trois kilomètres de Brownsville ; — les Américains continuèrent leur marche en avant. Ce soir même, une autre bataille fut livrée dans cet endroit. Je n'ai pas le

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rapport du général Ârista sur cette affaire, mais voici des extraits de celui du général Taylor.

« Quartier-général, armée d'occupation, camp de la Resaoa de la Palma, trois milles de Matamoros, dix heures du soir, 9 mai 1846. — Monsieur. — J'ai l'honneur devons annoncer que je suis parti aujourd'hui à deux heures avec l'armée, étant précédé d'un corps d'infanterie légère... Près de l'endroit où je suis campé maintenant, mon avant*garde découvrit qu'un ravin qui traverse la route était occupé par l'ennemi avec de l'artillerie. Je donnai l'ordre aussitôt à une batterie de campagne de balayer la route, et je la fis appuyer par le 3% le 4« et le 5* d'infanterie déployés en tirailleurs, à droite et à gauche. Un vif feu d'artillerie et de mousquetterie s'ensuivit pendant quelque temps, jusqu'à ce que la batterie ennemie fût enlevée par un escadron de dragons, et les régiments d'infanterie qui se trouvaient sur le terrain. Il — Tennemi — fut bientôt chassé de sa position et poursuivi jusqu'au fleuve par un escadron de dragons, le troisième régiment d'infanterie, un bataillon d'artillerie et une batterie légère. Nous avons pris huit pièces de canon, une grande quantité de munitions, trois étendards, cent prisonniers, parmi lesquels se trouve le général Vega et quelques autres officiers... L'ennemi a repassé le fleuve et ne nous inquiétera plus, j'en suis sûr, de ce côté. La perte de l'ennemi en tués a été sérieuse. La nôtre est très grande... — Z. Taylor. »

Les Mexicains ont accusé Arista d'avoir trahi son pays, dans cette malheureuse affaire, en ne prenant aucune des mesures de prudence usitées en pareil cas. Étant à Browns-* ville, mon ordonnance, qui servait dans les rangs dér l'armée mexicaine m'affirma qu'on avait donné l'ordfe aux soldats de démonter leurs fusils pour les nettoyer; des officiers racontaient des choses encore plus étranges qui faisaient peser sur leur général en chef une terrible responsabilité. Les pertes des Américains prouvent que l'accusation de trahison qui pèse sur Arista était fausse. Ce général s'est

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battu de son mieux; s'il a perdu ces deux^ batailles, c*est que ses talents militaires étaient plus ou moins nuls et que Tarmée du général Taylor avait une forte artillerie bien commandée et bien servie.

Le 18 mai, le général Arista commença sa retraite dans l'intérieur, tâchant de soustraire à l'ennemi tout ce qu'il ne pouvait emporter avec lui. Les Américains entrèrent à Matamoros ce même jour et trouvèrent néanmoins des munitions de guerre» des provisions et des effets d'équipement pour une valeur estimée par eux à trois millions de francs. Bientôt toutes les petites villes échelonnées sur les cours du Rio-6rande se soumirent aux envahisseurs. Le général Taylor continua sa marche triomphante jusqu'à Monterey, capitale de Nuevo-Leon. Cette ville, mal défendue par Ampudia, capitula le 25 septembre. Cette capitulation termina les opérations de la première campagne et mécontenta, d'un côté les Mexicains qui ne pardonnèrent pas au général Ampudia de l'avoir si mal conduite, et de l'autre, le gouvernement américain qui blâma le général Taylor d'avoir accordé les honneurs de la guerre et la liberté à des soldats qui devaient infailliblement devenir prisonniers.

Tandis que ces événements se passaient sur leRio-Grande, le contre-coup s'en faisait sentir à Mexico. Les races latines douées d'un orgueil excessif ont peu le courage de subir dignement un échec fait à leur amour-propre et de regarda de face la cause des désastres publics ; en faisant retomber la culpabilité de leurs malheurs sur leurs gouvernements, elles croient s'affranchir du déshonneur et ne voient pas qu'elles ajoutent souvent l'injustice à leurs fautes premières et! qu'elles empirent le mal au lieu d'y remédier. C'est ce qui se renouvela contre Parédès* Les revers essuyés à la frontière lui furent attribués et le mécontentement se généralisa. Parédès alors retire au général Arista son commandement, remet à D. Nicolas Bravo le soin de gouverner pendant son absence et part le 29 juillet pour venger l'honneur des armes mexicaines. Apprenant que ptosieors provinces se sont sou*

Sli HISTOIRE DU MEXIQUE.

levées, non pas pour se battre contre les Américains, mais contre le gouvernement même, il change sa direction et marche sur Guadalajara contre les révoltés. Le 4 août il est fait prisonnier. L'insurrection des provinces faite au cri de ce Vive Santa-Ânna ! » trouve un écho dans la capitale. Le général D. Mariano Salas soulève les troupes casernées dans la citadelle ; toute la garnison de Mexico imite son exemple, et le S août le général Bravo est remplacé par le général Salas au fauteuil de la présidence qu'il occupait provisoirement.

Le nouveau président par intérim suivit le contre-pied de la marche de Parédës. Il proclama le rétablissement de la fédération et de la constitution de 1824. Il protégea les démocrates et dut envoyer une commission à la Havane prier Santa-Anna de reprendre le pouvoir. L'armée redemandait à grands cris le retour de l'ex-dictateur, et les démocrates, trop faibles par eux-mêmes pour imposer silence à ces modernes prétoriens, s'unirent à eux, espérant obtenir des réformes et ne songeant point à laisser leurs querelles intestines de côté pour sauver la patrie. Hélas ! le mot patriotisme rayé du dictionnaire politique des Mexicains, ne devait pas y reparaître de sitôt. Les Américains venaient de s'emparer de San Francisco et de Monterey en Californie; ils venaient de s'annexer cette province où l'or abonde partout, et le général Castro se sauvait de Los Angeles dans la Sonora, sans oser combattre les envahisseurs. Le général Kearny entrait également, sans coup férir, à Santa-Fé, et déclarait officiellement le Nouveau-Mexique annexé aux États-Unis. Tandis que l'ennemi, maître de toutes les provinces des frontières de l'est et du nord, se disposait à poursuivre ses conquêtes, la guerre civile continuait au Mexique ses tristes méfaits.

Santa-Anna, à l'arrivée de la commission qui lui apportait les pièces relatives à son rappel, étouffa les ressentiments qu'il avait contre son ingrate patrie; les injures qu'il avait si profondément ressenties, depuis la guerre du Texas, s'évanouirent de sa mémoire ; il s'empressa de manifester sa re-

connaissance pour la confiance qu'on avait en lui et revint à Vera-Cruz le IS août. Il refusa la présidence autant par aversion pour le pouvoir que pour être plus libre de marcher Lui-même contre les Américains. Le général Salas garda donc le fauteuil présidentiel provisoirement; il eut pour ministres D. Manuel Grescencio Rejon çt D. José Maria Lafragua, aux affaires étrangères ; D. José Ramon Pacheco et D. Joaquin Ladron de Guevara, à la justice ; D. Yalentin Gomez Farias, D. Antonio Haro y Tamariz et D. Lazare Villamil aux finances, et le général Âlmonte à la guerre. Pendant cette administration on organisa la garde nationale et les archives publiques, on rétablit la bibliothèque publique et les académies d'histoire et de langues ; on créa un fonds judiciaire et l'on permit les réunions populaires.

Le 6 décembre 1846, le nouveau congrès se réunit et nomma Santa-Anna président constitutionnel, et Gomez Parias vice-président. Santa-Anna, voulant s'occuper exclusivement de la guerre contre les Américains, laissa gouverner à sa place le vice-président qui prit possession du pouvoir le 24 décembre. Les démocrates purs avaient ainsi leur idole à la tête du gouvernement dans la personne de Gomèz Parias. D'après une lettre de M. Haro y Tamariz, datée de Mexico, 28 décembre 1846, et dont je vais citer quelques extraits, on verra que cet événement ne présageait rien de bon... « Une fois, dit le ministre des finances, installé le congrès convoqué par le dernier mouvement politique du 4 août, la législation a procédé, il y a quatre jours, à l'élection du président et du vice-président, le vote étant tombé pour le premier sur le général Santa-Anna, et pour le second sur D. Yalentin Gomez Parias... La chose publique entre chaque jour dans une condition pire, due à l'anarchie dans laquelle se trouvent les partis qui se disent puros, — démocrates— ou exaltés et modérés. Ceci... nous conduira à la ruine totale, si la Providence n'y porte remède. Le jugement se perd, quand l'imagination contemple le tableau présenté par notre nation ! — • Haro y Tamariz. »

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