‹ Histoire du Mexique. Juarez et Maximilien (volume 2)Chapitre 23 sur 44 · II · texte numérisé non relu

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Ce congrès se composait, en majorité, de ces .démocrates exaltés appelés — puros — ou démagogue$ par I^s Mexicains. Gomez Parias revenu au pouvoir, par le vote du S4 décembre, crut le moment arrivé de réaliser le rêve de toute sa vie, la confiscation des biens de mainmorte au profit de l'État et la suppression des privilèges du clergé mexicain. Sous son impulsion, les séances législatives devinrent très animées ; les discussions furent passionnées, violentes ; mais les opinions avancées de la majorité démocratique devaient naturellement triompher. Le 11 janvier 1847 , après une séance qui dura vingt-quatre heures, la loi contre les biens de mainmorte fut adoptée. Cette loi n'eut pour le moment d'autre résultât que de donner le triste spectacle du pronunciamiento des Poikos et d'armer pendant vingt-trois jours les gardes nationaux contre les troupes du gouvernement, tandis que Santa-Ânna se battait au nord contre les Américaiiis, et que le général Scott arrivait sur les plages de Vera-Cruz.

Ce nom de poikos, donné s^ux jeunes gens qui dansaient la polka, désignait principalement une classe élevée au dessus de celle du peuple. Au nombre de trois à quatre mille, ils composaient presque toute la garde nationale de Mexico. Ganalizo, alors commandant général de la place, en serais venu à bout, avec un peu d'énergie ; mais il se contenta de faire des barricades aux abords du palais ; les deux partis semblaient vouloir se tenir sur la défensive ; ils se retranchaient derrière des gabions et leur feu n'atteignit guère que des malheureux qui périrent par accident ou par suite de criminelles préméditations. D'après les renseignements pris à des sources très autorisées, je crois que les poikos s'insurgèrent à l'instigation du Qlçrgé qui prêcha une vraie croisade contre ceux qui voulaient s'emparer de ses propriétés et fouler aux pieds les droits de l'Ëglise. Parmi mes documents, je trouve une brochure datée de Mexico, 12 janvier 1847, intitulée — Seconde Protestation du vénérable cha* pitre métropolitain sur le décret d^œcupation des biens ecclésiastiques. — Cette brochure se termine ainsi : — « Le

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chapitre métropolitain, au nom de TÉgiise mexicaine, proteste que l'Église est souveraine et ne peut être privée de ses biens par aucune autorité; proteste comme nul, d'aucune valeur et sans effet, tout acte de n'importe quelle autorité, tendant directement ou indirectement à grever, diminuer ou aliéner les biens de l'Église. » Ces protestations en pré* cèdent quatre autres dont la dernière est celle-ci : — « Proteste, enfin, que seule la force peut priver l'Église de ses biens, et elle proteste contre cette force de la manière la plus solennelle et la plus positive. » Suivent les signatures des membres du chapitre.

On comprend que dans un pays aussi clérical que Tétait le Mexique, ayant un clergé aussi influent, il étaitfacile à ce parti de faire une révolution pour ne pas être dépossédé de ses biens. Cette révolution se fût indéfiniment prolongée si l'on n'eût appris la nouvelle de la bataille de la Ângostura, de la retraite de Tarmée mexicaine et du prochain retour du président, dont les deux camps invoquaient à la fois l'arbitrage. Toici sur cette bataille des détails utiles à connaître.

A son retour de la Havane, Santa-Ânna se mit en devoir (}e réunir à Mexico les cadres des corps qui avaient brillé 'soiis ses précédents gouvernements. Faute d'argent, il eut beaucoup de peine à les faire parvenir à leur destination ; néanmoins, il y réussit. Il établit son quartier général à S. Luis Potosi , et pour mettre à couvert ce point stratégique, il fit élever des fortifications dans la ville et ses environs. Bientôt il arriva des départements des recrues tirées des prisons ou des villages indiens, la plupart dans un état de nudité et de malpropreté incroyable. Il fallut toute l'intelligence et l'activité du général en chef et des officiers supérieurs pour arriver à réunir, en trois mois, vingt mille ho/nmes régulièrement instruits, équipés, et le matériel de guerre indispensable. En ce moment, l'argent manqua de nouveau ; aux demandes faites par Santa-Anna, Gomez Parias lui répondait par des promesses ou des fins de non-recevoir» sous prétexte que le manque d'acheteurs pour les biens

ecclésiastiques privait le trésor de fonds et qu'il fallait attendre. Cependant, Tarmée se trouvait dans une grande pénurie, souffrait de mille privations et commençait à murmurer, tandis que les cléricaux agitaient le pays contre le gouvernement. Les mécontents, civils et militaires, attaquaient même Santa-Ânna dans son honneur et sa réputation.

Cette situation, devenant intolérable, obligea Santa-Anna à se porter sans plus tarder à la rencontre des Américains. Pour subvenir aux dépenses les plus urgentes, il prit cent lingots d'argent qui se trouvaient à l'hôtel des monnaies» tira quarante-cinq mille piastres sur les fonds qu'il avait à Vera-Cruz et hypothéqua ses propriétés pour une valeur cinq fois équivalente à ces lingots. Ces deux derniers faits sont assurés par M. Vidal, grand admirateur de Santa-Anna ; aussi, je ne les donne que sous toute réserve, car le président, en maintes circonstances, révèle lin tel amour de l'argent qu'il est souvent permis de douter des générosités patriotiques dont parle son biographe. Quoi qu'il en soit, à la fin de janvier 1847, l'armée mexicaine, forte de dix-huit mille deux cents hommes, de toutes armes, et de vingt pièces d'artillerie, se mit en route. Plus de quatre mille hommes désertèrent en chemin.

Le général Taylor se trouvait alors avec neuf mille hommes et trente pièces d'artillerie à Saltillo, à la Vaqueria et à Agua-Nueva, trois positions placées à peu près à vingt kilomètres l'une de l'autre. Santa-Anna voulait le surprendre et comptait sur le trésor et les magasins de l'ennemi pour satisfaire aux dettes contractées à S. Luis Potosi et aux nécessités de ses soldats. Son armée parvint jusqu'à la Conception, à quarante kilomètres des positions ennemies, sans éveille^ les soupçons des Américains, A la Conception, un cuirassier natif de Saltillo déserta et courut avertir le général Taylor du danger qui le menaçait. Celui-ci concentra rapidement ses forces à l'Angostura, position très avantageuse qu'il avait reconnue et désignée pour un cas éventuel.

Santa- Anna, étonné de se voir découvert et frustré dans ses espérances, ne perd pas courage ; il prend aussitôt ses dispositions pour livrer bataille, donne le signal de l'attaque et déloge les Américains de toutes leurs positions; le combat continue dans la plaine de Buena-Vista ; il cesse enfin, après un jour et demi d'une lutte acharnée corps à corps. Les Américains et les Mexicains s'attribuent mutuellement l'honneur du triomphe à Angostura, comme dans la plaine de Buena-Vista ; la victoire fut si douteuse et si chèrement achetée que les deux armées pouvaient hardiment se couronner de lauriers, chacune de son côté.

L'arrivée d'un exprès envoyé de la capitale, motiva la retraite de l'armée mexicaine, disent les patriotes. Je le crois un peu, mais je crois surtout que cette retraite était dictée par l'insuccès du plan de campagne de Santa-Anna, et l'impérieuse nécessité de mettre fin à la révolution qui désolait la capitale et que l'arrivée du général Scott n'avait pas calmée. Par cet exprès, la majorité du Congrès adressait au président constitutiomnel un manifeste dans lequel elle demandait : — ce Protection pour les pouvoirs suprêmes attaqués par une multitude armée qui s'était emparée de la moitié de la ville. » Le ministre de la guerre, de son côté, demandait le retour de l'armée, pour ne pas laisser le gouvernement à la merci de ses ennemis. Le président du congrès, démocrate radical, peignait la situation de la république de la sorte : a II n'y a pas de^finances, il n'y pas de justice; il n'y a pas d'administration, et la race généreuse du sud se voit exposée, en ces circonstances calamiteuses, à être emportée par le torrent qui descend du nord, si elle ne réussit à revivre pour défendre et sauver sa langue, son nom, ses foyers... La patrie est en péril! Gela est, triste à déclarer... Et, en échange de la grandeur et de la sécurité perdues, nous avons une ridicule parodie de république ! » M. Alaman écrivait aussi : — a Nous sommes perdus si l'Europe n'intervient avec promptitude et décision. » On le voit, démocrates et conservateurs reconnaissaient le péril dans

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lequel se trouvait la patrie, mais aucun ne voulait abandonner ses rancunes et ses ambitions personnelles pour la sauver.

Santa-Anna revint à Agua-Nueva, réunit ses généraux en conseil, et, prenant en considération les documents susmentionnés aussi bien que la déplorable situation du pays» il fut décidé que Ton retournerait à Mexico au secours des « pouvoirs suprêmes de la nation. » La retraite se fit péniblement à cause de la rareté des vivres et des difficultés du transport de plus de mille blessés. Le général en chef laissa Tarmée continuer sa retraite et vint à marches forcées à Mexico. Le 21 mars, il reprit les rênes du gouvernement; mais à peine avait*il rétabli la tranquillité dans la capitale qu'il reçut la nouvelle de la reddition du fort S. Jean d'Uloa et de Vera-Cruz. Santa-Anna remit alors ses pouvoirs au général D. Pedro Anaya le 2 avril et courut au devant des envahisseurs.

Le général Scott, arrivé devant Vera-Gruz le 7 mars 1847, avait fait débarquer onze mille hommes dans la journée du 9, sans trouver d'opposition de la part du général Morales, commandant de la place. L'armée américaine, composée de trois divisions ; deux régulières sous les ordres des généraux Worth et Twigs, et une troisième formée de volontaires, composée de trois brigades, l'armée américaine, dis-je, commença l'investissement de Vera-Cruz le 10, et le bombardement le 33. Le siège était secondé par une flotille de bateaux à vapeur et de canonnières, dont le feu se joignait à l'artillerie de terre. Le 26 mars, la place dut capituler, et la garnison, déclarée prisonnière de guerre, reçut les honneurs dus à sa courageuse défense. Les Américains prirent possession de la ville et du fort le S9. N'osant pas rester longtemps sur ces plages malsaines, ils se mirent immédiatement en route pour Mexico, par la voie de Jalapa.

En quittant la capitale pour aller à Jalapa, Santa-Anna s'aperçut qu'il n'y avait nulle part de préparatifs de défense, ni forces que l'on pût réunir. Les populations urbaines et rurales manifestaient la plus grande indifférence pour ce qui

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se passait dans les terres chaudes. Le pays était arrivé d^à à cette lassitude du découragement le plus absolu, produit par ces révolutions journalières, auxquelles on ne voyait plus de fin. Guerre pour guerre, celle d'envahissement n'était-elle pas préférable à la guerre civile? Ne pouvait-elle pas amener quelque chose de nouveau? Dans tous les cas, elle ne pouvait pas rendre pire la situation intérieure. De là, l'indifférence des populations. Cependant, le prestige de Santa-Anna était encore tel qu'il put réunir quatre ou cinq mille hommes et les emmener avec lui défendre le passage du Gerro-Gordo, à soixante-quinze kilomètres environ de Vera-Gruz. Ces hommes et tous les Indiens de l'hacienda del Encero appartenant à Santa-Anna, fortifièrent le pas^ sage, sous la direction du capitaine du génie D. Manuel Robles. Scott, ayant eu connaissance de ces travaux, hâta sa marche avec ses trois divisions et vint attaquer cette position. Les Mexicains, brisés par la fatigue et n'ayant eu ni le temps d'achever leurs retranchements, ni celui de monter toutes leurs batteries, se défendirent pourtant avec uM admirable ténacité.

Le général Twigs, commandant l'avant-garde américaine, arrive, le il avril, en face des Mexicains ; il n'ose pas les attaquer de front et attend jusqu'au 14 le renfort de nouvelles troupes. Le général Scott se décide à tourner la position dés Mexicains pour soutenir l'attaque de front, et le combat est remis au 18. L'artillerie américaine, toujours nombreuse et bien servie, commence par détruire les retranchements élevés à la hâte au Cerro^Gordo; les colonnes d'assaut sont ensuite lancées, et après une lutte terrible qui rappelle celle de k( Angostura et de Buena-Yista, les Mexicains sont obligés de se retirer en désordre. Les Américains reconnaissent avoir eu cinq cents hommes mis hors de combat durant cette sanglante affaire; les Mexicains n'élèvent pas leurs pertes à la moitié de ce chiffre. Je croîs que les combattants, danâ cette circonstance, comme dans toutes celles qui ont signalé cette guerre, exagéraient l'importance de leurs

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succès et diminuaient lés pertes qu'ils subissaient. Si les Américains remportaient des triomphes aussi complets cpi'ils le disent dans leurs rapports, pourquoi Tarmée de Scott mit-elle quatre mois pour aller à Mexico, après l'affaire du Gerro-Gordo? Le général Scott nMgnorait pas que depuis l'entrée des Américains au Mexique, trois révolutions avaient laissé le pays sans défense, et qu'en marchant aussitôt sur la capitale, il ne trouverait pas un canon sur sa route pour lui barrer le passage. Quant aux Mexicains, il est évident qu'ils auraient pu écraser les envahisseurs, sans beaucoup de difficultés, et que ce n'est point l'artillerie ni lés forces ennemies qui ont amené le drapeau étoile sur le palais national, comme l'avait prophétisé M. Gutierrez de Estrada en 1840, mais bien ces éternelles révolutions qui ne laissaient pas un pouvoir debout pendant une seule période constitutionnelle.

Après le combat de Cerro-Gordo, Santa-Anna se retira avec la plus grande pariie de ses troupes dans la direction d'Orizaba, par des sentiers difficiles, inconnus à l'ennemi; il manquait de numéraire et n'avait aucun moyen de secourir ses soldats. Le général Léon lui amena une brigade de Oajaca, c'était amener la famine en doublant le nombre d'hommes à nourrir. Comment Santa-Anna s'y prit-il pour conserver cette petite armée ? Thistoire ne le dit pas, mais elle dit qu'en apprenant que l'avant-garde américaine se dirigeait sur Puebla, il se toit aussitôt en route, marcha nuit et jour et arriva le premier devant cette ville. La belliqueuse Puebla était, cette fois, disposée à ouvrir ses portes aux envahisseurs; une proclamation du préfet affichée dans les rues, recommandait aux citoyens de bien les recevoir. Le président, qui venait la défendre, fut irrité d'une conduite aussi honteuse, aussi dégradante ; il en fit de vifs reproches aux autorités civiles et militaires qui se disculpèrent en disant : — « Que le général D. Nicolas Bravo avait emporté à Matamores d'Izucar le parc qui existait dans la ville» et ne leur avait laissé que des forces insuffisantes. »

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Santa-Anna, désespéré mais soutenu par son patriotisme, se rendit à Mexico. Malgré les imprécations dont ses concitoyens Font souvent gratifié, il faut avouer qu'en lisant ces faits, qui ont une éloquence autrement plus concluante que celle des partis, il fallait au président une singulière énergie et un vif amour de la patrie pour ne pas se décourager et se retirer tranquillement dans son hacienda, laissant les Américains imprimer sur le front de ses compatriotes le fer de l'ignominie. Au lieu de trouver la capitale en état de défense , il n'y trouva que des symptômes de révolution ; personne ne songeait à se défendre ; tous paraissaient disposés à se montrer hospitaliers envers les envahisseurs; le tabac, les archives et d'autres dépôts étaient déjà partis pour Tintérieur, et c'est à regret qu'on vit arriver le premier magistrat de la république avec ses troupes. — « Il va exposer la ville aux malheurs de la guerre, » disaient des Mexicains qui plus tard l'accusèrent de trahison pour cacher leur lâcheté. Santa-Anna ne leur ménagea par les épithètes les plus injurieuses et les plus méritées pour obtenir leur silence, car il ne pouvait espérer de faire vibrer en eux les cordes brisées de l'honneur. « Mexicains dénaturés, leur disait-il, hommes infâmes à qui la gloire nationale est indifférente, agents du cabinet ennemi. » Il était alors loin de se douter que l'or américain avait déjà produit son effet, et que quatre-vingts députés et personnages des plus influents buvaient à un banquet du Champagne à la santé des Américains et de l'annexion du Mexique aux États-Unis. Cet ignoble toast devait se renouveler au mois de septembre, non loin du palais national surmonté de la bannière étoilée, et quand je revis plus tard ces mêmes hommes parler d'honneur et de patrie, mon indignation n'avait pas de bornes.

Santa-Anna put enfin réunir au palais dix-huit généraux pour discuter ce qu'il convenait de faire en de si graves circonstances. On résolut de défendre la capitale et de combattre les envahisseurs. Le 30 mai, le congrès investit le président constitutionnel de pouvoirs extraordinaires et se

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sépara. Mais les factieux faisaient de leur côté tout ce qu'ils pouvaient pour contrecarrer l'action du gouvernement ; les capitalistes s'absentaient ou se cachaient dans leurs maisons. Le trésor, comme toujours, était vide. Heureusement^ le général Scott ne s'empressait pas d'arriver. Santa-Anna eut le temps de réunir des hommes, d'établir des arsenaux, des fonderies, des ateliers d'habillement, d'élever des forti* fications dans le vaste rayon de la ville et des forts déta* chés au dehors. En trois mois, il sut donner une attitude imposante à la capitale. Deux armées furent créées : celle d'orient reçut pour général en chef, D. Nicolas Bravo, et en second, D. Manuel Rincon; ces deux généraux donnèrent bientôt leur démission de ce commandement et furent remplacés par D. Manuel Maria Lombardini. L'armée du nord fut confiée au général D. Gabriel Valencia, avec le général D. Mariano Salas pour second. Les généraux qui dirigeaient les fortifications étaient D. Gasimiro Liceaga et D. Ignacio de Mora y Villamil. Le matériel de guerre manquait complètement ; on y pourvut par des achats et par les efforts du général d'artillerie D. Martin Garrera. Enfin, lorsque le général Scott se présenta en face du Penon le 11 août 1847, les Mexicains étaient assez bien organisés, équipés et préparés pour espérer battre l'ennemi.

Santa-Anna avait disposé ses troupes de la manière suivante : au sud et sud-est, le général Bravo, libre de son , commandement de l'armée d'Orient, défendait la ligne dé M^icalcingo, Churubusco et San-Antonio. A l'est -et au nord-est, le général Valencia défendait la ligne de Tescoco, et devait se replier jusqu'à Guadalupe Hidalgo dans le cas où l'ennemi prendrait la direction de Texcoco, ou tomber sur son arrière-garde dans le cas où l'attaque aurait lieu par te Penon. Le général D. Juan Alvarez alla camper avec sa division de cavalerie à Anacamilpa pour attaquer l'arrièregarde de l'ennemi, lui couper ses communications avec Puebla, aussitôt qu'il aurait dépassé San-Martin Tesmeloean, et coopérer avec Valencia dans le cas où les Amériesnis

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0)arche?aient sar le Penon.D. Joaquin de Herrera fut nommé second de Santa-Ànna, et D. José Maria Tornel, quartiermaître général.

Le général Scott, en voyant ces dispositions, ne voulut pas livrer la bataille au Penon; il changea sa direction, passa par Mexicalcingo sans oser Tattaquer, se dirigea vers le sud, remonta vers TIalpan et San-Angel, avec l'intention d'aller à Ta(TUba;a. Santa-Anna quitte alors son quartier général, le transporte à S. Mateo Churubusco près de S. Antonio, envoie l'ordre au général Valencia de se replier immédiatement sur Guadalupe et d'aller à San-Angel, puis à Coyoacan. Le gé-néral Francisco Ferez, avec une magnifique brigade de trois mille hommes, se porta aussitôt à Coyoacan, de sorte que la ligne méridionale de Mexicalcingo, le pont et le couvent de Churubusco, Coyoacan et San-Angel, étaient parfaitement couverts. La conduite du général Valencia renversa ce beau plan de campagne et causa les désastres les plus inattendus. Ce général commandait une division de cinq mille homme» et trente pièces d'artillerie; il ambitionnait le pouvoir su» prême, et, se croyant capable de vaincre l'ennemi par ses propres forces, il résolut de l'attaquer, sans écouter les ordres de Santa-Anna. Au lieu de se replier de San-Angel sur Coyoacan, comme le lui commanda, le 18 août, le général en chef, il se porta à Padiema où les envahisseurs l'entourèrent le lendemain 19. Le président, désespéré par cette nouvelle, courut à son secours avec la brigade Ferez, son état-major, cinq pièces d'artillerie, un régiment de hussards et le régi-* ment de la cavalerie légère de Vera-Cruz. Les barranques, les difficultés de terrain et une tempête épouvantable retardaient sa marche. Valencia entouré de tous côtés n'avait pa» même songé à s'assurer une retraite. Lorsque arriva la nurit, Santa-Anna, obligé de s'arrêter à San-Angel, lui fit dire par son aide de camp d'enclouer ses pièces et de se retirer à Is faveur de Tobscurité sur San-Angel, avec les troupes qui lui restaient, l^ide de camp devant lui servir de guide pour échapper aux Américains. Valencia refusa d'obéir. Santa-

Anna fit alors venir de la Giudadela la brigade Rangel et, s'adjoignant Tinfanterie campée à San-Angel, se décida à se frayer, n'importe à quel prix, un chemin à travers les rangs ennemis pour délivrer Yalencia. Mais au point du jour, il apprit la déroute complète de Tambitieux général.

A San-Angel, Santa-Anna, ne pouvant remédier à la défaite de l'armée du nord, réunit les fuyards à ses propres troupes et se retira sur Ghurubusco. Les vainqueurs le poursuivirent l'épée dans les reins, et se battirent contre lui depuis huit heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, sans pouvoir l'entamer ni le déborder. Mais la défaite du 19 avait déjà jeté le découragement parmi les soldats. Les troupes de San-Antonio se débandèrent, abandonnant tout leur matériel; celles qui occupaient le couvent de Ghurubusco les imitèrent, de sorte que Santa-Anna dut se replier sur sa seconde ligne de bataille, dont Gandelaria était le point principal. Les succès de Scott avaient pourtant déjà coûté aux Américains mille cinquante-six hommes mis hors de combat en deux jours. Aussi, le 21 août, envoya-t-il de Goyoacan au général Santa- Anna, une proposition d'armistice ainsi conçue :

ce II a été déjà répandu beaucoup de sang dans cette guerre qu'on ne devait pas attendre entre les deux grandes républiques de notre continent. Il est temps que les mésintelligences qui les divisent se tranchent d'une manière amicale et honorable, et Votre Excellence n'ignore pas qu'il y a dans l'armée que je commande un commissaire nommé par les États-Unis, et investi de pleins pouvoirs pour cet efifet. Afin que les deux républiques puissent entamer des négociations, je suis prêt à signer, sous des conditions équitables, un a^ mistice de courte durée.

ce Tattendrai avec impatience une réponse jusqu'à la matinée du jour qui suit celui de la date de cette note; mais en attendant, je prendrai possession, en dehors de la capitale, des points nécessaires pour abriter mes troupes... — Windfield Scott. »

San ta- Anna accepta l'ofTre du général Scott, et une sus-

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pension d^armes de quinze jours fut signée entre les belligérants. Le premier nomma D. José BernardoGonto,D. Ignacio Mora y Villamil, D. Miguel Atristain et, en qualité d'interprète, D. José Miguel Arroyo, pour ses commissaires; quant au général Scott, il présenta M. Trist, autorisé par un décret du président Polk, daté du 15 avril, de négocier la paix sur les bases de la cession du Texas jusqu'au Rio-Grande, du Nouveau-Mexique et de la Haute-Californie. Azcapozalco fut choisi pour les conférences des commissaires américains et mexicains. Les prétentions des États-Unis étaient exorbitantes et faisaient présager l'impossibilité d'une entente. Santa-Anna voulait limiter la question à celle du Texas; puis, tout en ménageant les intérêts des Mexicains et leurs senti* ments religieux, il fut un peu plus conciliant dans la question des limites du territoire concédé, mais il ne voulut pas entendre parler de la cession du Nouveau-Mexique qui était une question sine qua non pour les États-Unis. Le 7 septembre, les commissaires se séparent, ne pouvant rien conclure. Déjà la veille les deux généraux en chef avaient échangé deux notes déclarant violée la convention de l'armistice. Scott reprochait aux Mexicains d'avoir interrompu plusieurs fois le commerce entre les deux nations et d'avoir réparé des batteries. Santa-Anna nie l'interruption des trans* actions commerciales, affirme que les réparations des batte* ries endommagées avant l'armistice et dont les travaux de réparation avaient été commencés aussitôt, ne violent pas la convention , et accuse les Américains d'avoir volé les églises, les vases sacrés, profané les objets consacrés au culte, violé des filles et des femmes mexicaines et d'avoir méconnu toutes les lois observées par les nations civilisées. L'armistice expiré, les Américains marchèrent le 8 septembre sur le Molino del Rey, à portée de canon de Ghapultepec. Les brigades des généraux Léon et Rangel défendaient cette ligne ; derrière ces deux brigades se trouvaient celles du «général Ferez *à Gasa-Mata et du général Ramirez, encore plus près de Chapultepec. A une lieue de cette colline,

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et devant soutenir les combattants, Alvarez attendait à Mo* raies avec ses quatre mille cavaliers. La première attaque des Américains fut repoussée et les Mexicains se mirent à leur poursuite, mais n'étant point soutenus par la cavalerie d*Alvarez qui ne donna pas, ils perdirent enfin leurs posi* tiens de Molino del Rey et de Gasa-Mata, laissant plus de mille Américains sur le champ de bataille. Le 9, l'ennemi se reposa; le 10, il entreprit une marche sur les points dn Nino Perdido et de la Gandelaria d'oii Santa-Anna surveillait ses mouvements. Le 11, ce mouvement s'afEirme, il dissimu* lait une attaque sur Gbapultepec. Le 12, à six heures du matin, les Américains font un feu assez vif sur ces trois points. Après un bombardement de vingt-quatre heures, Gbapultepec fut attaqué avec vigueur, et mal défendu par le général Bravo. Pourtant, avant de quitter la place, les Mexicains laissèrent le parc et la colline jonchés de cadavres ennemis.

Les Américains ayant pris possession de Gbapultepec, se dirigèrent sur les défenses de Belen et de San-Gosme qui protégeaient les pr^emiers faubourgs de la capitale. Le général en chef, avec d'autres généraux leur disputèrent le terrain pied à pied, depuis huit heures du matin jusqu'à huit heures du soir; mais il était facile de prévoir quQ la lutte était arrivée à son terme, A huit heures du soir, le 13, Santa-Anna réunit un conseil de généraux, auquel assistait le gouverneur de Mexico, pour délibérer sur les opérations ultérieures. Après avoir déploré la situation « causée, dit le document qui en donne les détails, par la désobéissance des uns, la lâcheté des autres, la démoralisation de l'armée, nos continuelles révolutions, notre désorganisation sociale et notre mauvais système de recrutement », on résolut de sauver les restes de l'armée, d'évacuer la capitale et de réunir toutes les troupes à Guadalupe Hidalgo, sous le commandement du général Lombardini. Les Américains trop éprouvés par les pertes considérables qu'ils avaient faites dans les derniers combats, ne songèrent pas un instant à. poursuivre l'armée nationale.

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Une fois toutes les forces réunies à Guadalupe, Santa- Anna donna le coinmandement de l'infanterie au général Herrera qui se mit en route pour Queretaro ; le président garda la cavalerie et quatre pièces légères, et prit le chemin de Puebla avec Alvarez. Le 16, Santa-Anna renonça à la présidence, et remit les pouvoirs suprêmes au président de la suprême cour de justice, M. Pena y Pena, qui fixa le siège de son gouvernement à Queretaro. A Puebla , l'ex-président voulut assiéger les Américains retranchés dans les environs de la ville, mais, faute de troupes, il les prit par la famine et les somma, le 25 septembre, de se rendre. Le commandant, Thomas Childs, refusa. Sur ces entrefaites, Santa- Anna apprit qu'il partait de Vera-Gruz une division de trois mille hommes, avec cent cinquante chariots, au secours des assiégés. II vole aussitôt au devant de cette colonne, avec des gardes nationaux de Puebla , mais ceux-ci se débandent en route, et Santa-Anna se voit condamné à jouer le rôle de guérillero, dans les environs d'Huamantla.

Les Américains, en entrant à Mexico, se rendirent coupables de bien des excès qui les exposèrent, pendant plusieurs jours, à de vives représailles. Contre eux, toutes les armes étaient bonnes. Le général Scott se vit obligé de menacer la ville du pillage, si Ton n*y mettait ordre. La tranquillité se rétablit peu à peu , et Scott ne songea plus qu'à se retirer. D'après les statistiques les plus autorisées, les Américains avaient perdu depuis le commencement de la guerre, en 1846, vingt-quatre mille hommes, morts sur les champs de bataille, des suites de leurs blessures ou par les maladies, et dépensé plus de deux cents millions. Étant à Jalapa, le général Scott avait dit dans sa proclamation au peuple mexicain : — c< Il y a parmi vous un parti monarchique , et les États-Unis ne peuvent consentir à ce que ce parti se lève et forme un gouvernement qui tende au rétablissement de la monarchie ; ils ne peuvent tolérer la monarchie en Amérique; je suis venu pour combattre par les armes ce parti, je suis venu pour l'anéantir. » Dans sa proclamation de Mexico, datée du

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14 septembre, il n'a plus cette prétention, il se borne à déclarer que les habitants et leurs propriétés sont placés sous la protection des États-Unis. Scott jugea prudent de ne pas s'occuper iles affaires intérieures du Mexique , d'amener par la force ou la corruption le gouvernement provisoire à ratifier le projet de M. Trist, et de quitter au plus tôt ce malheureux pays.

L'avocat-président , D. Manuel de la Pena y Pena , n'avait , à Queretaro que deux ministres; D. Luis de la Rosa qui remplissait les fonctions de ministre des affaires étrangères, de la justice et des finances, et le général D. Pedro Anaya, titulaire du portefeuille de la guerre. Ce président gouverna le Mexique jusqu'au 3 juin 1848, n'ayant été remplacé provisoirement par le général Ânaya que depuis le 12 novembre 1847, jusqu'au 8 janvier de l'année suivante. Le cabinet mexicain désirait autant la paix que celui de Washington; mais Santa-Anna libre sur le territoire, il n'était point facile de conclure une paibc honteuse pour le Mexique. Il fallait donc commencer par lier les mains à l'ex-président. Tandis qu'il guerroyait contre les Américains qui allaient de Yera- Gruz à Puebla, il reçut un jour, de don Luis de la Rosa, une dépêche dans laquelle on lui disait : — « Le chargé du pouvoir exécutif, convaincu que la nation souhaite ardemment la paix, ordonne à Votre Excellence de suspendre les hostilités et de remettre votre commandement au général de division D. Manuel Rincon, — absent et rallié à l'ennemi ! — et de se retirer au lieu qu'elle voudra choisir jusqu'à nouvel ordre... » Ce procédé indigna Santa-Anna, néanmoins, il ne voulut pas augmenter les embarras du Mexique par un refus d'obéir. Il réunit à Huamantia les officiers de sa division et remit le commandement de ses troupes au général D. Isidro Reyes, comme étant le plus ancien des généraux présents. Puis il se rendit à Tehuacan pour attendre de nouveaux ordres.

Le gouvernement ne se borna pas à cette mesure odieuse, il persuada le général Scott qu'il fallait arrêter Santa-

RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE. ÎM

Anna, — « parce que, disait-on, c'était un homme capable d'entraîner le pays à la guerre, s'il restait libre , ce qui rendrait, sans aucun doute, impossible la conclusion des négociations pendantes. » Scott s'empressa de suivre ces conseils et envoya le général Lanne, avec cinq cents cavaliers, sur* prendre Santa- Anna. Celui-ci, ayant été averti, se sauva avec sa famille et l'escorte qui l'accompagnait, en abandonnant ses équipages. La route de Tehuacan à Vera-Gruz était occupée par des Américains qui, sachant que Santa-Anna se retirait à l'étranger, lui firent un accueil des plus flatteurs, et blâmèrent ouvertement l'ordre donné au général Lanne par Scott. L'ex - président se réftigia à la Jamaïque; mais, étranger aux mœurs et au langage des habitants, il quitta cette tie pour aller à Garthagëne, dans la Nouvelle-Grenade, et enfin dans la commune voisine de Turbaco où l'attirait la douceur du climat.

D. Manuel Pena y Pena, voulant terminer au plus tôt l'occupation américaine, n'avait pas hésité à envoyer des délégués à Guadalupe-Hidalgo, pour conclure la paix sur tes bases présentées par H. Trist et rejetées par Santa-Anna. fin acceptant ces bases, les négociations devaient promptement arriver à des résultats pacifiques, mais déshonorants pour le Mexique. Les vainqueurs se firent la part du lion, et le traité de Guadalupe-Hidalgo, signé le 2 février 1848, par les délégués, fut ratifié le 10 mars par le sénat américain. L'échange des ratifications eut lieu le 30 mai à Mexico, et douze jours après, Scott commença son mouvement de re^ traite.

Par ce traité, la sécession du Texas était ratifiée, les États-- Unis enlevaient au Mexique tout le territoire situé à l'est du Rio-6rande, le Nouveau-Mexique et la Haute-Californie. La république mexicaine perdait ainsi plus de la moitié de son territoire national, cent dix mille lieues carrées environ; elle recevait en échange de ces vastes possessions, à titre d'indemnité, une somme de quinze millions de piastres, dont le gouvernement de Washington retenait trois milUonft

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