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deux cent cinquante mille pour les appliquer aux réclamations de ses nationaux. Les ministres qui se trouvaient dans les conseils des présidents Pena y Pena et Anaya, et qui eurent le courage de combiner et sanctionner un pareil traité, méritent d*étre nommés : la postérité les jugera, comme dit M. Lafragua dans son opuscule historique. Aux affaires étrangères, il y eut D. Fernando Ramirez, D. Manuel Baranda, D. Domingo Harra et D. Ramon Pacheco; à la justice, D. Andrès Rava, D. L. de Guevara, D. José Jauregui, D. Francisco Suarez Iriate, D. Luis de la Rosa et D. Vicente Romero ; aux finances, D. Pedro Zubieta, Suarez Iriarte et D. Juan Rondero; à la guerre, les généraux Canalezo, Vizcayno, D. Ignacio Gutierrez et D. Lino Alcosta.
Aussitôt après rechange des ratifications du traité de 6uadalupe, les élections constitutionnelles eurent lieu comme d'habitude et le général Herrera fut nommé président le 3 juin 1848. Deux jours après, il vint à Mexico prêter serment. Ce général .conserva la magistrature suprême jusqu'au IS janvier 1851. En tenant compte du temps qu'il fut au pouvoir, lorsque Parédès prit sa place, c'est le seul, depuis Victoria, qui ait atteint le terme légal fixé par la constitution. Ce fait, inouï dans l'histoire du Mexique, n'est certes, point dû aux talents, à l'énergie d'Herrera, mais aux circonstances dans lesquelles il s'est trouvé. Sa présidence, pourtant, ne fut pas exempte de troubles; on se rappelle la révolution de Parédës qui le renversa du fauteuil présidentiel; depuis la guerre des États-Unis, il y eut les pronunciamientos du moine-bandit Jarauta qui fut fusillé, la dissolution à main armée de la municipalité de Mexico, le meurtre du député Canedo, assassiné le vendredi-saint, enfin le grand incendie qui suivit cet événement et fut le motif des plus lamentables désordres dans la capitale.
Sous cette administration, le portefeuille des affaires étrangères passa srccessivement entre les mains de D. Mariano Otero, D. Luis Cuevas et D. Jésus Maria Lacunza; celui de la justice fut donné à D. Jésus Maria Ximenès et
D. Marcelino Gastanedo; celui des finances à D. Mariano Riva Palacio, D. Manuel Pena y Cuevas, D. Francisco Arrangoiz, D. Bonifacio Gutierrez, D. Melchior Ocampo et D. Manuel Payno, et celui de la guerre à D. Mariano Arista. Ge ministère représentait le parti modéré; le 14 octobre 1880, il régla la dette du Mexique qui s'élevait à deux cent cinquante-six millions quarante et un mille deux cent cinquante francs, avec un intérêt annuel de trois pour cent. Une des fautes de ce ministère fut le traité de Tehuantepec, convoité par les Américains depuis longtemps.
On sait que Tisthme de Tehuantepec, formé par un rétrécissement du territoire méridional du Mexique, sépare le golfe de Tocéan Pacifique par une bande de terre dont la largeur est d'environ deux cent cinquante kilomètres. Quoique beaucoup plus étendu que l*isthme de Panama, et n'offrant pas à la construction d'un canal maritime les facilités d'exécution que l'on pourrait trouver dans les lacs de Nicaragua, il présente néanmoins, au point de vue des relations commerciales des côtes de l'est, avec celles de l'ouest, l'immense avantage d'une route courte, facilitant les communications entre les grandes cités commerciales de l'Amérique du nord, des Antilles et du golfe du Mexique, avec les centres commerciaux de la côte orientale du continent américain, rOcéanie, les Indes, la Ghine et le Japon. Une voie ferrée traversant l'isthme de Tehuantepec devait donc rapporter des bénéfices considérables, non seulement à la compagnie, mais encore à la nation qui la ferait construire. Lorsque le prince Louis Napoléon, en 1846, publia sa brochure intitulée Le Canal de Nicaragua ou Projet de jonction des océans Atlantique et Pacifique au moyen d^un canal ^ il ne voyait pas seulement dans ce projet la nécessité « d ouvrir de nouvelles voies au commerce et de nouveaux débouchéi? aux produits européens, » mais il reconnaissait encore l'intérêt commun de tous les peuples d'assurer la neutralité de ces communications centro- américaines et leur indépen-
«dance de toute possession personnelle, de tout privrlége particulier. Le cabinet de Washington, profitant de la politique de clocher et des vues étroites, en matière d'éconooûe politique, des gouvernements européens, s'empressa de conclure, avec celui de Mexico, un traité par lequel était concédé à une compagnie américaine le droit, a perpétuité, de faire passer par les routes existantes ou par toutes autres qu'il plairait à celle-ci d'établir, les marchandises transitant d'un océan à l'autre. Le gouvernement mexicain s'engageait à protéger par les armes , s'il en était besoin, les ouvrages et le personnel de la compagnie. Il était dit, en outre, que dans le cas où le gouvernement de Mexico se trouverait incapable de remplir cette condition, celui des États-Unis se chargerait de le suppléer, et « prêterait Tappui de ses forces de terre et de mer, le présent traité ayant pour but de former entre tes deux nations une alliance défensive capable de garantir la protection de l'œuvre. » Le secret de la politique américaine est tout entier dans ce dernier article, k la suHe de ce traité, M. Webster reçut, le 9 août 1880, l'exéquatar en qualité de consul américain à Tehuantepec et Huatulco. Cette malheureuse convention donna lieu, comme on le verra plus loin, au traité Mac-Lane, et deviendra un jour on l'autre, le sujet de nouveaux conflits entre les États-Unis, te Mexique et, peut-être même, l'Europe.
Lorsque les pouvoirs d'Herrera furent près d'expirer, trois candidats se présentèrent : le général Ari^ta , démocrate pur; le général Bravo, conservateur et même monarchiste, et le général Pedrazza, libéral modéré. En choisissant Aristsu la nation crut se donner un maître énergique; elle se trompa» Arista n'était point à la hauteur des exigences du moment Il prit possession de la présidence le 8 janvier 1841, « devim le jouet des partis, ne sut rien faire d'utile ni de bien, et sa courte administration ne servit qu'à lui-même, » assure un écrivain de cet époque. Il jouissait d'un pouvoir moral très grand ; il pouvait tenter toutes le réformes que réclamait l'administration du pays, sans trouver d'opposition; mais il
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n'osa pas assumer sur lui cette responsabilité; il attendit des Chambres ce que la nation n'attendait que de lui seul. Cette faute eut bientôt ses naturelles conséquences. Ces mêmes Chambres, composées de gens nuls, prirent à tâche de repousser ses moindres initiatives, de le contrarier en tout. Deux ans s'écoulèrent sans qu'une seule question importante, administrative ou diplomatique, pût être décidée. Il eut pour ministres : D. Fernando Ramirez , D. Mariano Yanez et D. Mariano Macedo , aux affaires étrangères ; D. Jésus Maria Aguirre, D. Urbano Fonseca et D. Porfciano Arriaga, à la justice; D. Ignacio Esteva, D. Manuel Peiia y Cuevas, D. Marcas Esparza et D. Guillermo Prieto, aux finances ; D. Manuel Robles et D. Pedro Anaya, à la guerre. Sous la présidence d'Arista, les insurrections se renouvelèrent à Mazatlan, à Guadalajara, à Vera-Cruz, sur la Rio- Grande et dans le Yucatan. Les Indiens du Yucatan se révoltèrent, et la guerre qui s'ensuivit fut aussi désastreuse pour les troupes du gouvernement que pour la péninsule. La révolution du Rio-Grande avait pour chef Carvajal et pour but apparent la proclamation de «la république de la Sierra- Madré. » Avant de parler de son but secret, je dois dire que f ai eu entre les mains la correspondance du général Arista avec son ancien ami Canalës, pendant les années 1851 et 1852. Ces lettres révèlent une grande intimité entre le président et le général-bandit-contrebandier. Aussi, n'est-on point étonné (^^ voir Arista charger Canalès, en 1851, de secourir les frontières menacées par Carvajal. Dans une lettre adressée à D. Jésus Cardena, gouverneur du Tamautipas, Canalès raconte que son compère, le général indien Avalos, commandant à Matamores, lui prêta cent fantassins et qu'avec quatre-vingt quinze autres qu'il avait, il cerna la maison municipale et mit en prison six membres de la municipalité qui, le flétrissant du nom de voleur de grand chemin, ne voulaient pas le reconnaître pour un commissaire du gouvernement, dont il songeait à remplir les fonctions dans cette malheureuse ville.
Carvajal était un Mexicain élevé aux États-Unis; il nourrissait le projet de soulever les États mexicains des frontières, soit pour forcer le gouvernement à des réformes administratives, soit pour former une république indépendante du Maxique, qui eût pris le nom de Sierra-Madre. Le général Âvalos, commandant les forces mexicaines du Tamaulipas, Nuevo-Leon et Gohahuila, apprit ce qui se préparait et manda une compagnie de lanciers pour arrêter Carvajal qui se trouvait alors à Gamargo. Celui-ci s'échappa avant leur arrivée, et se rendit à Rio-Grande-City, sur la frontière texienne, d'où il s'entendit avec les négociants américains de cette localité, de Brownsville et de Matamores, pour avoir de l'argent, des munitions et organiser un corps de flibustiers. Vingt-cinq piastres par mois furent promis à quiconque s'enrôlerait sous le drapeau de ce fameux guérillero. Aussitôt une foule d'aventuriers américains et mexicains qui avaient guerroyé en 1846 et 1847, attirés par l'espoir du pillage et l'amour de l'inconnu, se joignirent à Carvajal. Lorsque celui-ci se vit à la tête de cinq à six cents hommes, il marcha sur Gamargo qui, faute de défenseurs, fut prise sans coup férir. Après ce facile exploit, il perdit un temps précieux dans cette ville, attendant sans doute l'effet des promesses faites par les négociants de Brownsville et de Matamoros.
Ceux-ci changèrent de tactique ; après avoir promis de l'argent, ils craignirent le triomphe de Carvajal. Les principaux d'entre eux, riches marchands et vice-consuls d'Angleterre, d'Espagne, des États-Unis et de France, invitèrent Avalos à conférer avec eux sur les mesures à prendre contre les flibustiers. Dans cette conférence, il fut démontré que les troupes du gouvernement n'étant pas assez nombreuses pour défendre Matamoros, il fallait mettre sur pied la garde nationale et se procurer des fusils et de l'argent. Les négociants, peu disposés à des contributions personnelles, conseillèrent au général de permettre l'entrée de la cotonnade américaine, en la grevant seulement d'un droit léger, dont
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une partie serait consacrée à la répression du mouvement insurrectionnel, et l'autre à payer les sommes que le commerce voulait bien avancer au général. Cette mesure sourit à Avalos qui décréta d'urgence la diminution du tarif ordinaire, en dépit du directeur des douanes. Alors les négo^ ciants, profitant de cette circonstance, introduisirent à Matamores une quantité de cotonnades américaines, estimée à plusieurs millions de piastres. Tous les dépôts de contrebande furent écoulés à la suite de cette mesure.
En apprenant cette transaction, Garvajal, furieux, se porta sur Matamoros , brûlant en chemin tous les convois de ces marchandises que l'on importait dans l'intérieur. Les autorités mexicaines allèrent au devant de lui , le prier de renvoyer les Américains, ensuite on traiterait avec lui. Garvajal refusa. Le lendemain soir, il s'installa au fort Parédès, situé près de Matamoros et de Brownsville ; son unique canon tonna aussitôt , mais un accident le mit hors de service au troisième coup. Le lendemain , les troupes de Garvajal allèrent se loger dans les faubourgs et commencèrent l'attaque. Un feu très vif, mais assez inofPensif, s'engagea dès lors entre les combattants. Avalos fut atteint à la jambe par une balle morte et courut se cacher chez un des curés de la ville; quatre ou cinq curieux ou gardes nationaux furent tués ou blessés dans cette journée. Les Américains, au lieu de s'avancer hardiment sur le centre de la défense, c'est à dire sur la place, jugèrent plus prudent de se mettre à l'abri dans les maisons , et de n'avancer qu'en perçant les murs. Les Mexicains faisaient feu du haut des terrasses , derrière des sacs de terre. On avait tiré ce jour-là six cents coups de canon et trente mille coups de fusil. Groyant que Matamoros devait être une nouvelle édition des batailles de Palo-Alto et de laResaca de la Palma, que le&rues étaient jonchées de morts et de mourants, je me rendis le surlendemain dans cette ville pour administrer les secours de la religion aux blessés.
Je pénétrai, sans mésaventure, dans la grande rue qui conduit du Rio-Grande à la Plaza-Mayor ; le bruit du canon
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el de la fusillade, le sifSement des boulets et des balles excitaient mon cheval, étourdissaient mes oreilles; mais des combattants, je n'en vis nulle part, ils étaient tous caebë8« Grâce à la maladresse des tireurs, à la frayeur quMls avaient de se montrer, j'arrivai à vingt pas de la principale barricade, sans avoir reçu la moindre égratignure. Mais là, trente fusils me couchèrent en joue; n'ayant pas le temps de me mettre à couvert, je tirai brusquement la bride de mon cheval, et deux violents coups d*éperon le firent cabrer. Un feu de pel^ ton retentit, et ma monture tomba frappée de trois balles. Avant que les fusils fussent rechargés» je courus à la barricade, le capitaine qui la défendait me reconnut et fut très mortifié de ce qui était arrivé. Je l'informai du but de ma visite et le priai de m'indiquer l'endroit où se trouvaient les blessés. Je m'y rendis en toute hâte; il y en avait quatre!
Le soir même, Garvsyal me fit appeler pour retournera Matamores visiter, dans une cabane près de son quartier, cinq déserteurs, blessés grièvement et qui ne pouvaient être transportés à Brov\rnsville. II me donna son guide et je partis à pied pour courir moins de danger. Arrivé dans la rue du Commerce, au bout de laquelle on voyait une barricade et deux canons de gros calibre, j'entendis une forte détonation; une maison de brique s'effondra derrière moi, mongaide tomba; un boulet lui avait traversé le bas-ventre et le haut de la cuisse. Ignorant l'endroit où l'on avait recueilli les blessés, je me trouvai dans une situation fort embarrassante. Heureusement , un oflicier américain qui passait me l'iadiqua. Dans cette cabane , un médecin irlandais soignait l€s blessés; je l'envoyai auprès de mon guide et donnai les soins de mon ministère aux cinq déserteurs. En retournant à Brownsville où se trouvait ma résidence , je rencontrai une centaine de cavaliers de Garvajal qui allaient se battre près du cimetière , contre un nombre égal de lanciers d'Avalos. Les deux partis se rencontrent dans une petite prairie, s'examinent à distance, puis, chacun rentre chez soi, tout fier de ce que l'ennemi n'a pas osé l'attaquer.
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Après douze jours d'uo siège doot je viens de racoBter les principales péripéties et Tincendie de quekiaes maisons t)rûléespar Us ÀjadéPleiaiiks» Garvajal se retira, en api^renant t|ue Ganaiès venait au secours de Hatamoros avec un mil^ lier d'homsies. Ce général» pour des raisons personnelles, détestait autant Avalos que Garvajal ; espérant que le pre^ mw serait battu par le seeond, qu'il pourrait ensuite battre k ^n U)ur, \l venait à petites journées. Trouvant Avalos victorieux, il était de t^ès mauvaise bvuneujr. Après quelques jours de repos, il partit pour Gamargo, dans le bol îe détruire les bandes de Garvajal. Les deux partis se r^ieontrèrent dans le bois qui sépare Gamargo de Rio-Grande* Gity. Les soldats, cacbé9 derrière les arbres, tiraient des coups de fusil, déjà depuis plusieurs heures» sans blesser personne, lorsque le colonel Nuiiez , commandant la cava*^ terie de Garvajal , s^éeria : — « Nous sommes trahis ! sauve qui peut ! » On prétend que c'est lui qui trahissait. La cava^ lerie prit alors le galop dans la direction du Rio-Grande, laissant Tinfanterie américaine continuer la fusillade jusqu'à la nuit. Garvajal, jugeant qu'il n'avait plus assez de troupies, se replia sur le Texas, qui était à quelques centaines de mètres du champ de bataille. GanaJès , craignant d'être surpris pendant la nuit, se retira de l'autre eèté du San^Juan, qui passe au nord de Gamargo. Un espion avertit Garvajal de cette retraite inattendue» et celui-ci rebroussa chemin pour entrer dans la ville avant le jour. En même temps, des Mexicains annonçaient à Ganalès que l'ennemi s'était sauvé au Texas. Le g^fljéraU enhardi par ce succès inespéré, revint à Ganargo. Au lever du jour, les deux armées se trouvèrent de nouveau ea présence ,. fort étonnées de se rencontrer à force de s^éviter. Le combat était inévitable et dura deux ou trois heures ; il y eut quelques blessés et même des tués. I^s Américains, manquant de munitions, durent céder, et retournèrent à Rio^Grande-Gity; ils publièrent que leur retraite n'était qu'un mouvement stratégique. Ainsi se termina oe pronunciamienlo^ qui donne une idée très exacte de la
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manière dont se font, en général, les révolutions et les guerres au Mexique.
Dans mon /ouma/ cCun missionnaire au TexasetauMexique^ je donne des détails sur les conséquences de cette guerre» et mes efforts inutiles pour sauver la vie des prisonniers faits pendant le siège de Matamores. Arista fut inflexible et donna Tordre de les exéci|ter en masse. Dans un numéro del Universal de Mexico, en date du 30 octobre 1851, on lit un acte d'accusation contre le général Arista, adressé au peuple mexicain par le général Woll, mis arbitrairement à la retraite par ce président. Dans cet acte, on voit qu'Arista aimait beaucoup l'argent et que ses sentiments d'humanité étaient fort peu développés... <c M. Arista, est-il dit dans ce journal, préfère employer son épée, vierge du sang ennemi, à couper les têtes de ses concitoyens et les mettre dans de la saumure, comme il l'a fait pour celle du malheureux Zapata qui serait si nécessaire sur les frontières »... Ge curieux document prouve que Santa-Anna avait eu raison de faire faire une enquête sur la conduite d'Arista lorsqu'il commandait l'armée du nord, et qu'il avait eu tort de lui rendre ce commandement après avoir ordonné de Tenchatner et de le faire venir à Mexico pour y être jugé. Du reste, voici sur ce sujet une lettre qui mérite d'être publiée à plu* sieurs titres.
ce Garthagène, 25 mars 1853... L'élévation d'Arista au pouvoir a été l'œuvre de ses artifices et de ses viles intrigues, quand le pays était encore étourdi par la guerre injuste que le gouvernement des États-Unis porta jusque dans la capitale. Il sut profiter du désordre général et, flattant les uns, menaçant les autres, il se fit nommer président. Mais... il est maudit de tous les Mexicains, à très peu d'exceptions, et, malgré la protection que lui donne le gouvernement de Washington parce qu'il favorise ses vues, sa chute et son châtiment sont, tôt ou tard, inévitables. D'un autre côté, il faut considérer que lorsque un peuple se prostitue, il revient difQcilement au sentier du devoir, de
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rhonneur et de la gloire ; il n*est donc pas étonnant que ce misérable occupe un posle dont il est indigne pour bien des raisons, avilissant ainsi davantage sa malheureuse patrie.
« Quant à moi, je n'ai jamais manifesté à personne la résolution de ne plus retourner dans la patrie. Tai dit et répété plusieurs fois : que si par un appel national mes ser^ vices étaient réclamés ^ je ne refuserais pas de les prêter aussitôt ^ mais jusqu'à cette circonstance Je ne retournerai pas me mêler des affaires publiques. Ce n'est donc pas abandonner la patrie... Ma conscience est tranquille dans cette retraite que j'ai choisie pour ne pas voir des faits infâmes, et ne pas me confondre avec ceux qui portent sur leur visage la honte et l'opprobre. Le peuple mexicain mérite le sort qui lattend, parce que, connaissant l'abtme vers lequel on le conduit, il feste tranquille. Qui pourra-t-il accuser de son malheur? Il sut se lever en masse le 6 décembre 1844, quoique laT nation prospérât, salissant l'homme qu'il appe* lait tyran, et quand elle était respectée de l'étranger. Et maintenant il ne peut le faire pour éviter qu'un pervers, auquel il ne saurait devoir plus de maux, ne la vende à l'odieux Yankee et ne consomme sa ruine... — Â. L. de Santa-Ânna. »
Le 25 avril de la même année il écrivait au général WoU... c( Vous avez raison de m'accuser d'être excessivement clément et généreux. Je l'ai été à l'extrême, et les résultats m'ont prouvé qu'avec cela j'avais causé de grands maux à la patrie, quoique mon intention fût toute différente. Si, à Guanajuato, j'avais fait appliquer au misérable Arista le châtiment qu'il méritait, il ne commettrait pas les mauvaises actions qui causeront la ruine de la malheureuse nation mexicaine. Et si, à l'égard de bien d'autres que vous connaissez, j'avais agi de même, l'aspect du pays serait incontestablement tout autre. Oh! combien il coûte, mon cher ami , d'apprendre et d'acquérir l'expérience ! Il est de l'homme de se tromper avant d'apprendre, et mes erreurs
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méritent de Findulgence parce qu'elles émanent de mon cœur et des sentiments dont la nature m'a doué. — A. L. de Santa-Ânna. »
Cette lettre était une réponse à quelques passages de ce que lui écrivait le général Woll, alors à la Havane. La correspondance de ces deux personnages, à cette époque, est trop instructive pour ne pas en citer d'autres extraits... «c Vous avez raison, lui disait le général Woli, de vous plaindre de l'odieuse !conjuration de 1844. Ce 6 décembre a précipité la ruine du Mexique qui se relèvera difflcilement, si les Mexicains, reconnaissant leurs erreurs, ne rappellent pas Votre Excellence pour les sauver... Avec toute la franchise qui me caractérise, je vous dirai que le salut de la nation se trouvait en vos mains, si, sans hésiter, vous aviez, ce jour marché sur Mexico; un peu de sang versé et quelques heures de combat auraient suffi pour vous rendre maître de la capitale. L'occasion était alors opportune; avec l'exécution de rhypocrite traître Herrera, de Gespédës et quelques autres, votre pouvoir se serait cimenté, Parédès aurait fui pour s'embarquer, Alvarez et Bravo auraient désarmé, Inclan aurait traité, le Quijanito aurait été annihilé, et pour longtemps, peut-être pour toujours, les pronunciamientos auraient disparu. Je vous ai déjà dit et je vous répète que vous avez une vertu qui fait honneur à votre cœur, mais qui est incompatible avec Thomme d'État; c'est une générosité excessive, pour ne pas dire imprudente. Une seule fois dans votre vie, vous n'avez pas écouté les aspirations de votre âme, lors de la mort de Mejia, et vous devez vous rappeler combien cet acte de vigueur augmenta le prestige de votre puissance et de votre nom. Si vous en aviez fait autant arec Arista et Parédès, dites-moi si le général Santa-Anna serait à Garthagène aujourd'hui, etc. — Adrien Woll. »
Les amis de Santa-Anna le prièrent, à cette époque, de revenir au Mexique, et comme il subordonnait son retour à Fappel de la nation, on Taccusait d'indifférence. A cette accusation il répondait le 3S juin : « La preuve que je n'ai pas
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abandonné ce peuple dans ses conflits, c'est que, malgré son horrible conduite contre moi depuis la conspiration du 6 dé* oembre 1844, je me suis rendu à son appel eu 1846, et, pre* aant sa défense sans éléments pour sortir vainqueur, j*ai dû souffrir toutes sortes de maux. Il est notoire tout ce que j'ai fait pour obtenir un triomphe sur l'ennemi commun et tout ce qu'ont fait pour l'éviter les misérables Mexicains renfer«més dans le sein de cette malheureuse nation. Non seulem^t ils ont fait cela, mais encore ils m'ont enlevé l'épée de la main et se sont servis des envahisseurs pour vouloir cou*per le fil de mes jours dans ma pacifique résidence. Ils m'ont fait quitter le sol de la patrie, parce que je ne voulais pas alors respirer l'air où se trouvaient ces monstres d'iniquité qui vendaient leur pays pour une écuelle de lentille et dont ils se partageaient ensuite le misérable butin. — A. L. de Santa-Anna. »
Les lettres des mois d'août, de septembre et de novembre, écrites par l'ex-dictateur à ses amis, en 1852, révèlent la douleur la plus profonde de voir son pays s'avilir et se ruiner de plus en plus. On y voit la haine la plus invétérée contre <c l'odieux Yankee, » et le pressentiment de son retour. « Le Mexique est- tellement versatile, dit-il, que je pense être bî&Dtôt rappelé pour panser, sinon guérir, les blessures faites par l'administration d'Arista, ce petit tyran... Les faits se précipitent à Mexico d'une manière extraordinaire; il edt certain que le petit tyran va disparaître; sur ce point, tous les partis sont d'accord. La différence des opinions consiste dans la marche qu'il ftiudra suivre postérieurement. Ceci va produire des maux d'un autre genre, mais toujours funestes à notre malheureuse patrie. »
Voici ce qui se passait au Mexique, tandis qu'on sollicitait Santa-Anna d'y revenir. La population de Mazatlan s'était soulevée contre le gouvernement ; les garnisons du Jalisco proclamèrent la destitution du président Arista; ce mouvemenA insurrectionnel fut imité par Yera-Gruz. Le général D.ioeè Lopez Uraga marcha sur Mexico, à la tête des troupes
insurgées. Le but de cette nouvelle révolution était « la destitution du pouvoir exécutif qui avait démérité la confiance publique, l'organisation d'un gouvernement provisoire. La convocation d*un congrès extraordinaire pour réformer la constitution, et l'adoption de plusieurs réformes dans les diverses branches de l'administration. » Le gouvernement réprima d'abord la liberté de la presse, pensant ainsi étouffer la révolution; puis, il fit marcher le général Robles contre les révoltés. Mais l'armée d'Arista ne pouvait atteindre à la fois tous les points menacés ou déjà soulevés; du reste, étant considérée plus dangereuse qu'utile au pays, elle n'avait pas été réorganisée depuis la retraite des Américains; en outre, différents chefs envoyés pour combattre l'insurrection, se prononçaient selon l'habitude en faveur des révoltés. La république continuait les sanglantes pages de ses éternelles révolutions. A toutes ces complications intérieures se joignaient au dehors des. difficultés avec les États-Unis pour la rectification des frontières du nord, avec la France et TAngleterre dont les intérêts étaient sans cesse compromis dans la personne de leurs nationaux.
Le congrès, convoqué en séances extraordinaires le 15 octobre, se réunissait jusqu'au 31 décembre, sans pouvoir améliorer la situation, tant au dedans qu'au dehors. Arista, effrayé de cet horizon, chaque jour plus assombri, abdiqua le pouvoir le 15 janvier 1853, et quitta Mexico subitement. D. Juan Gevallos, nommé président intérimaire, donna le portefeuille des affaires étrangères à D. Juan Antonio de la Fuente, celui de la justice à D. Joaquin Ladron de Guevara; celui des finances, à D. José Maria Urquidi, et celui de la guerre au général D. Santiago Blanco. Le 19 janvier de cette même année, les chambres furent dissoutes par ordre du gouvernement! Celle des députés mit en jugement Gevallos, et déclara président provisoire le gouverneur de Puebla, D. Juan Mugica qui refusa cet honneur. Enfin, le 6 février 1853, à la suite d'un arrangement conclu à l'Arroyo-Zarco, entre Uraga, chef des insurgés du Jalisco, et D. Manuel Robles Pezuela,
commandant les troupes du gouvernement , le . général D. Manuel Lombardini prit possession du fauteuil de la présidence, destiné à Santa-Anna avec la dictature. Ainsi se termina la seconde période de la forme fédérale dans la république mexicaine.
La révolution qui venait de renverser Ârista n'avait pas' eu, dans son principe, le même but partout, c'est à dire le retour de Santa-Anna au pouvoir, mais la majorité des insurgés finit par se prononcer en ce sens. Il faut bien l'avouer aussi, les amis de l'illustre exilé travaillèrent activement en sa faveur. Les correspondances de MM. Lombardini, WoU et Pacheco nous donnent des détails assez curieux à ce sujet et sur les événements qui s'accomplirent dans la république avant le 20 avril 1853, époque à laquelle Santa- Anna fut de nouveau investi du pouvoir dictatorial. Des extraits de ces correspondances vont me servir de texte pour l'histoire morale et politique de ces quelques mois. Le 16 février 1853, le président Lombardini écrivit de Mexico à l'un de mes amis : — « Je vous remercie de la satisfaction que vous me manifestez de m'étre chargé du pouvoir exé^ cutif, dont j'ai pris possession, en me sacrifiant pour délivrer le pays du torrent impétueux des ambitions particulières et de parti. — Lombardini. »
Le général Woll, qu' Arista avait mis à la retraite, était de