CONVENTION DE LONDRES
Dès les premiers mois qui suivirent l'entrée de Juarez au pouvoir, ce Q'estplqs la division, ranarchîe qui régnent au Mexique, c'est je chaos. « Pas un jour ne s'écoule, écrivait le 15 marTT861, M. de Saligny à notre ministre des affaires étrangères, où, à la tombée de la nuit, sur tous les points de la capitale... plusieurs personnes ne soient attaquées par | des assassins ; et, ce qui fut d'abord remarqué, c'est qîie ces ' attaquesjiocturnes, accomplies plus d'une fois à sept heures du soir, dans ia rue la plus commerçante et la plus fré- . ' quentée, s'adressaient exclusivement à desétranfers. » Ces \ Taits prirent peu à peu des proportions si graves, que les représentants des nations étrangères durent, dans les termes les plus sévères, presser le gouvernement mexicain d'aviser aux mesures nécessaires pour protéger la vie des habitants de Mexico.
Juarez, pourtant, ne régnait pas sans conteste; l'antique
an HISTOIRE DU MEXIQUE.
; histoire des généraux insoumis battant la campagne, contii nuait comme autrefois. Marquez et Mejia, avec des troupes qui leur étaient personnellement fidèles, opéraient chacun de leur côté. A cause de leur ancien drapeau, on appelait ces troupes : réactionnaires ou conservatrices. D'autres généraux conservateurs n avaient point voulu reconnaître Juarez, et se battaient, disaient-ils, pour la cause de Tordre. Elles occupèrent Guernavaca. Marquez battit Doblado et s'empara de S. Luis Potosi. Deux morts notables survinrent à cette époque : celle de Dona Ana Huerta de Iturbide, veuve du libérateur, qui mourut aux États-Unis, et celle de D. Miguel Lerdo de Tejada, auteur de la -loi de désamortissement. Les exploits des conservateurs, les vols et les crimes corni mis par les bandes armées <et les idécnets de Juarez rendaient le Mexique inhabitable. Aussi, le 28 avril, M. de Saligny écrivait-il : — ce Dans l'état d'anarchie, on pourrait dire de décomposition sociale, où se trouve ce malheureux pays, il est bien difficile de prévoir la ioumure que prendront les ! événements. Une seule chose me paraît démontrée, c'est l'impossibilité de rester dans le statu ^uo. Tout indique que nous touchons^ à une nouvelle révolation. Daas cette eitiiation, il me paraît absolument nécessaire que nous ayons sur les côtes du Mexique une force matérielle suflbante poar [ ; ij pourvoir, quoi qu'il arrive, à fo protection de no6 indérâts. > Le 29 juin suivant, l). de Saligny écrit encore an ministre des affaires étrangères : — a Les réquisitions, les emprunts forcés, les confiscations, les exactions de toutes sortes sont à l'ordre du jour. Les étrangers ne sont respectés ni dans leur personne ni dans leurs propriétés. » Enfin, an mois de juillet, Juarez lève le masque et reAise ppr lui-même <et par son ministre M. Guzaan, en présence du corps diplomstique, I le paiement des fonds volés aux Anglais par DegoUado, à Laguna Seca, et quatre-vingt-six mille piastres déposées au mont-de-piété parla convention Penaud sont saisies par Juarez. Ce fut le 17 juillet que le président promuigna la loi pour la suspension du paiement des conventions étrangères,
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des hypothèques sur le produit des douanes maritimes, dont IfBê revenus devaient être désormais perçus pour le compte seul 'du gouvernement mexicain, et l'augmentation de 100 ""Z*, sor lesdiroits de contra-registro^ c'est ^ à dire sur les droits de douanes intérieuresi
Ces mesures a^ient.poor but immédiat de s'approprier environ trois millions de francs, déjk prélevés sur le pro^ duit des douanes et destinés au paiement des conventions étrangères. II ne s'agissait plus ici d'une révolution pendant laquelle les étrangers souffrent plus on moins d'une situation violente, anormale, passagère, et que le gouvernement national est plus ou moins impuissant à réprimer ; c'était une atta-» que direete, officielle, réfléchie du gouvemement national contre les étrangers et leurs gouvernements; c'était une nouvelle rupture de tous les traités conclus et signés librement avec Juarez ou reconnus par lui. Aussi, le président ne se dissimula-t-il pas que ces mesures allaient détruire ses rela« tiens diplomatiques avec les puissances européennes^ Hais que lui importait cette rupture ? Ancien peone^ c'est à dire presque un esclave d'un avocat de Oajaca qui l'avait élevé, instruit et lancé dans la magistrature, Juarez n'avait point un passé qui pouvait lui faire redouter les privations auxqueUesil était habitué depuis sa naissance. Il n'ignorait pas que les gouvernements sont trop éphémères -au Mexique, et que la première occupation d'un président était de se pro~ curer au plus tôt le plus d'argent possible, pour embellir les jours de retraite ou d'exil. Juarez agit comme la presque totalité de ses prédécesseurs, il se prépara des ressources pour l'avenir, sans s'inquiéter de ce que feraient les diplo-^ mates européens. Jamais un orage sérieux n'étant venu de ce cdté^là, Juarez regardait uniquement du c6té de Marquez et de Hejia; l'histoire de son pays lui donnait raison.
«( Sir Charles Wyke et moi, écrivit alors M. de Saligi^^ nous avons envisagé la situation sous le même point de vue, et nous avons agi dans un complet accord, en rompant nos relations avec le gouvernement mexicain. » Sir Charles
Wyke, représentant de l'Angleterre, s'exprimait à ce sujet de la manière suivante dans son rapport officiel. — t^ Il est impossible de tolérer plus longtemps les actes illéganx et outrageants d'un gouvernement qui n'a de respect ni pour lui-^même ni pour les engagements les plus solennels. C'est seulement en adoptant des mesures coercitives que nous pourrons le forcer à abandonner un système de violences et de spoliations qui est aussi préjudiciable à lui-même qu'à ceux des étrangers, assez malheureux pour avoir apporté leur capital et leur industrie dans un pays aussi mal gouverné. Après la publication du décret — du 17 juillet, — - les négociants anglais résidant ici m'ont adressé une lettre pour me prier d'intervenir en leur faveur contre l'augmentation des droits imposés sur tous les articles étrangers de consommation.
« Aussi, tant que la déshonnête et incapable administration actuelle restera au pouvoir^ les choses iront de mal en pis ; mais pour un gouvernement composé d'hommes respectables, SI TOUTEFOIS l'on PEUT EN TROUVER UN, Ics engagements seraient faciles à remplir, tant sont grandes les ressources du pays. On pourrait tripler non seulement l'exportation des métaux précieux, mais aussi celles des produits, en échange desquels le pays reçoit des articles de manufacture anglaise. Le Mexique fournit les deux tier^ de l'argent actuellement en circulation, et l'on pourrait en faire l'une des contrées les plus riches et les plus prospères du globe. Il est ainsi de Vintérêt de la Grande Bretagne de mettre fin^ au moyen de la forcCySi c'est nécessaire, au présent état d^anarchieel d'insister auprès du gouvernement pour qu'il paie ce qui appartient aux Anglais. Le parti modéré, qui est maintenant écrasé entre les deux factions opposées dans l'État, relèverait alors la tète, et encouragé par l'adoption des mesures dont f ai fait observer la nécessité dans ma dernière correspond dancej établirait probablement de lui-même un gouvernement fort et régulier. »
Je ne sais jusqu'à quel point on peut excuser de manque de loyauté, les hommes de l'opposition qui ont passé cette