III. fo
8ia HISTOIRE DU MEXIQUE.
taire du Mexique, mais qui révéleront d*autres facettes de . admirable intelligence de Timporatrice.
« Gbapultepec, 2 septembre 1865. — L'empereur n*étant pas encore venu, je viens de passer mon temps à lire le poème de M. G. que je vous renvoie pour que vous lui fassiez suivre la voie hiérarchique. Je l'ai lu avec intérêt et attention, ceci vous pourrez le rapporter à l'auteur, mais j'ajoute pour votre édification que tous les vers sont à mon sens médiocres et que sans en trouver un seul bon, j'en ai rencontré de détestables. Pour peu qu'on ait lu de la vraie poésie espagnole, Toreille est écorchée comme d'une dissonnance, et ce qui manque surtout à celle-ci, c'est le rhythme et l'harmonie; c'est écrit en vers, mais c'est pensé en prose, et cela a l'air d'en être, c'est surtout peu riche en inspirations. Il y a des chutes effroyables d'un hémistiche ronflant, à une fin qui trébuche. La conclusion est une invocation au ciel pour que le Mexique devienne comme le soleil et calcine de ses rayons la première planète qui s'en approchera en la faisant tomber du firmament. Vous voyez que cela ne manque pas d'énergie! — Ch. »
— « Chapultepec, 4 septembre 186S. — Je suis accablée de travail, car je viens d'ouvrir tous les paquets qui se trouvaient ici. J'ai en pliisde l'encre troppâle et point desable. J'ai retiré des indicateurs — feuilles quotidiennes destinées à l'empereur— tout ce que j'ai trouvé de trop, entre autres quelques pièces à extraire qui eussent été très bien à l'époque où on les a envoyées, mais qui à présent sont vieilles et dont le nombre est trop grand. J'ai retiré aussi l'affaire Santa Anna, — relative à ses virements vis-à-vis de l'empire — pour que vous puissiez la faire publier en examinant les indications que j'ai mises sur la note... Je renvoie une foule de décrets financiers qui n'avaient pas passé par Lezama — conseiller du cabinet. —Je pense que c'est un oubli, mais il serait bien à l'avenir de l'éviter, car c'est double voyage. Je renvoie également l'affaire D. qui était déjà résolue; lorsque je parle c'est toujours soi-disant l'empereur et doit être ainsi consi-
déré car cela lui gagne du temps... Je décide s'il y a lieu de représenter la chose à Tempereur comme dernier appel. — Ch. »
— «Chapultepec, 8 septembre 1865. — L'empereur ne signe pas les brevets de médaille, mais bien les ministres, car Almonte ne peut agir que sur une signature. L'exequatur des consuls a toujours été donné, jusqu'à présent, au nom de l'empereur, par le ministre des affaires étrangères. Les chanoines doivent être nommés par les évoques, excepté, peutêtre, ceux de Guadalupe; si l'on s'arrange avec Rome à ce sujet, peut-être vaudrait-il mieux n'en pas faire mention — aux statuts — ou laisser le mot générique de chanoine qui s'y trouvait. Du reste, en Autriche, on nomme, je crois, tous les chanoines. On peut donc laisser cela.
« Vous réfléchirez si l'empereur ne doit pas nommer les officiers subalternes. En Autriche cela ne se fait pas, mais bien en France et en Belgique. Quand tout cela sera remanié» vous pourrez me le remettre cet après-midi. — Ch. »
— « Chapultepec, 5 septembre 1868... — Pour terminer, une affaire de police. Madame Uraga a perdu son chiffre de dame du palais qu'elle dit lui avoir été volé. Veuillez faire immédiatement des perquisitions dans les monts- de-piété et partout, ce serait une occasion pour la police de se distinguer en retrouvant ce chiffre qui ne peut être bien loin. Le vol a eu lieu à Tacubaya ces jours-ci. Je vous recommande l'affaire des prisonniers belges; il ne m'est pas prouvé qu'il faille pour cela relâcher des gens dangereux, il faudrait peut-être payer de quelque stratagème. Les prétentions d'Arteaga me paraissent outrecuidantes. Le mieux serait de s'emparer des prisonniers sans éveiller des soupçons. Il serait humiliant que l'on pût dire en Europe que l'on néglige des gens qui sont venus se consacrer au Mexique, lorsque rien ne les y obligeait.
a Vous voudrez me tenir au courant des progrès de cette affaire. Il ne faut pas non plus qu'on soit la dupe des dissidents, ils demanderaient l'empereur lui-même, s'ils avaient chance de l'obtenir. — Ch. »
31i HISTOIRE DU MEXIQUE.
— a Chapullepec, 18 septembre, — ^Tai reçu des nouvelles défavorables à la gendarmerie, et Ton me dit que sans me consulter on a donné des ordres comme, par exemple, de renvoyer F. au régiment de l'impératrice et de mettre T. trésorier du corps ; je n*ai pas eu connaissance de ces ordres ni d'autres concernant l'organisation du régiment. .
« Outre que ce corps — la gendarmerie — se trouve dans un assez grand désordre pour ne pas suivre ses règlements, ony admet sans les qualités nécessaires dés soldats d'autres corps et de la légion austro-belge, donnant ainsi lieu à l'indiscipline... Gela ne peut pas continuer de la sorte. Je désire être informé minutieusement de. tout cela. — Maximilien. »
— a Chapultepec, 18 septembre 1868. — J'ai appris d'une manière digne de foi que le commandant autrichien K. qui est à Oajaca ne répond pas à sa position difficile ; indécis d'une part, arbitraire, de l'autre, il ne peut remplir le poste délicatqu'iloccupe.II n'a pas montré assez decalmeà la population, lorsque Figueroa inquiétait les environs ; puis il a mis en prison, sans aucun motif, des j)ersonnes dévouées à l'empire; enfin, lorsque eut lieu l'émeute d'EtIa, il ne voulait y envoyer aucune force. Il serait bon d'appeler l'attention du général Thun sur ce point délicat, afin qu'il change le commandant. — Maximilien. »
On a déjà vu combien les auxiliaires mexicains irritaient l'empereur parleur conduite; toutes les lettres de Sa Majesté sur la question militaire témoignent que l'empereur n'était guère plus satisfait des auxiliaires européens. Au fond de cette irritation, il pouvait y avoir un peu de cette vague antipathie du marin pour le soldat, mais il y avait également des motifs sérieux de mécontentement. A Puebla, à Orizaba et dans d'autres localités, des soldats et des officiers autrichiens assaillirent à coups de sabre plus d'un paisible habitant, soit à la suite de copieuses libations, soit par emportement; d'autres actes arbitraires lès rendirent également antipathiques aux populations de ces provinces. L'affaire. Van der Smissen affecta pareillement l'empereur qui se fit
donner un rapport détaillé sur la conduite de ce colonel, brave, mais disposé à n'obéir qu*à ses supérieurs hiérarchiques et français. Voici des extraits de ce rapport et la réponse de Sa iMajesté.
« Mexico, 28 septembre 1865. — Sire. — La correspondance de Mendez est très mesurée; elle fait ressortir que non seulement Van der Smissen a refusé Tobéissance pour lui et ses troupes, mais encore qu'il a renvoyé, sans même en prendre connaissance, toutes les communications faites par le commandant du Michoacan. Les observations du ministre de le guerre sont très judicieuses. La lettre extra-officielle de Van der Smissen exprime une résolution arrêtée et des intentions très cassantes.
« Le maréchal a dit qu'il allait donner à Van der Smissen l'ordre de rentrer de suite à Mexico, et lui enjoindre de remettre le commandement à l'officier le plus élevé en grade. Cet officier recevra en même temps des instructions qui ne lui permettront pas de se soustraire h l'obéissance due à un colonel. Il semble que malgré les intentions bienveillantes de Votre Majesté il est bien difficile de conserver le lieutenant-colonel Van der Smissen... Si, au contraire, l'empereur désire le conserver, comme le maréchal veut organiser, aussitôt que le temps le permettra, une expédition sérieuse dans le Michoacan, Van der Smissen pourrait reprendre alors naturellement son commandement sous un général français.
a Dans tous les cas, Mendez a fait, dans toute cette aifaire, preuve de beaucoup de tact et, afin de lui rendre le prestige diminué par la conduite de Van der Smissin, vis-à-vis de lui, il y aurait, je crois, avantage à le nommer général de brigade. D'un autre côté, des plaintes continuelles s'élèvent contre Rosas Landa ; Duran lui-même, qui l'avait proposé pour le commandement de la !'• division territoriale, reconnaît que ce choix a été mauvais, et si Landa était supprimé, Mendez, nommé général, deviendrait l'homme propre à ce commandement qui comprend le Michoacan... » .
— <c Ghapultepec, 30 septembre 1865. — Je vous renvoie
les documents qui accompagnaient votre lettre du 28 courant et vous déclare que je suis très satisfait de la conduite de Mendez; on peut préparer sa nomination du général de brigade, ainsi que le décret.
c< L'idée du maréchal de faire venir à Mexico Van der Smissen me paraît très bonne; quand il viendra nous verrons s*il peut rester ou non dans le pays. Quant à ce qui concerne Rosas Landa, il faudrait, dans le cas oh on le révoquerait, choisir avant la personne qui le remplacera. — Maximilien. »
Après le rappel de M. Van der Smissen, une bonne partie des officiers belges donna une démission en masse. (Test à ce fait que ce réfère la lettre suivante :
— « Chapultepec, 12 octobre 1865. — Je vous renvoie les lettres concernant les officiers belges; je désire qu*il me soit fuit une proposition pour châtier leur indiscipline et manque de subordination qui leur fait mériter un châtiment... — Maximilien. »
^ « Mexico, 13 octobre 186S. — Je joins ici un mémoire fait par une personne très honorable et qui connaît très bien les affaires de notre pays ; le conseil qu'elle donne me paraît bon et acceptable. Il est de fait que Garnier a obtenu la complète et prompte pacification des territoires de son commandement avec les principes exprimés — dans ce mémoire. •— Maximilien. »
—a Tant qu'on suivra le système actuel de mettre de fortes garnisons en certains points et pas dans d'autres, il ne sera jamais possible d'en finir avec les guérillas qui infestent le pays et font tant de mal. Par bonheur elles pe sont pas fortes et ne se soutiennent que par le prestige de leurs chefs, de sorte qu'en prenant ceux-ci, la guérilla disparaît ; en principe, c*est donc la poursuite directe des chefs qu'il faut adopter. » — Ce système suivi par le général Brincourt à Puebla e*ui pareillement un plein succès, comme il a étédit plus haut. — Pour chaque guérilla il faut organiser une force supérieure qui n'aura pas d'autre instruction que de la poursuivre
saas relâche, ni d'autre plan de campagne que d'aller par le même chemin à sa poursuite, tandis qu'une autre force la prendra de front. Par ce système aucune bande ne peut durer plus d'un mois. L'expérience l'a toujours accrédité; je ne parlerai pas des temps passés, mais seulement de l'occupiation française.
« Le colonel Garnier adopta ce système dans le département de Guanajuato et quoiqu'il n'eût que de l'infanterie, il l'a débarrassé des guérillas en très peu de temps. Eu ce moment, il y a une force française à Léon, des garnisons à Salamancaet sur d'autres points, et une bande de cinquante hommes, commandée par Brigido Torres, se promène dans le département. Les résultats obtenus dans le Jalisco contre Rojas, confirment la bonté de ce système. Nous avons maintenant à Queretaro, Ârroyozarco, Toluca et ici beaucoup de troupes, et l'on ne peut empêcher la bande de Romero, — Figueroa — qui n'arrive pas à quatre-vingt hommes d'exercer toutes sortes d*atrocités. Il en est de même de celle d'Ugalde qui ne dépasse pas soixante à quatre-vingts hommes. Avec deux sections de cent hommes contre chacune, en quelques jours on les détruirait.
i< Par l'adoption de ce système, toutes les garnisons que nous avons aujourd'hui deviendraient inutiles, car les populations, sachant qu'il leur suffirait de trois ou quatre heures de résistance pour être secourues, se défendraient et les bandes poursuivies de près, ne pourraient combiner leurs invasions dans les localités occupées elles-mêmes à se défendre... — Rapport à Tempereur. »
*— « Chapultepec, 46 octobre 1865. — Les propositions faites pour régler l'affaire des Belges me paraissent excellentes excepté le troisième point, sur lequel il faut méditer, de crainte que cette mesure ne cause une impression fâcheuse en Belgique. — Maximilien. »
— « Chapuliepec, 16 octobre 1868. — Ces jours-ci, beaucoup de bandes ont paru sur le chemin de Vera-Gruz, soit au Puente Nacionaly soit à la Soledad, la Canada et d'autres
points, causant comme de coutume toutes sortes de maux et portant jusqu'à Hu^tusco leurs hordes de voleurs.
« Pour remédier à ces maux, il serait bon d'établir sur ces points de petites garnisons de troupes étrangères dont le commandant s'occuperait d'organiser la garde rurale; cinquante hommes dans chaque localité centrale suffiraient et les lignes des chemins de Vera-Cruz à Jalapa et à la Soledad seraient sûres... Je parle cette fois spécialement de œs districts, parce que je les ai visités il y a peu de temps. J'espère que le maréchal prendra des mesures énergiques également pour les autres endroits qui pullulent de bandes plus que jamais. C*est une vraie honte qu'avec les dépenses exorbitantes qui se font dans l'administration de la guerre et qui sont supérieures à tous les revenus du pays, on ne puisse arriver à ce que les malles de Vera-Cruz, Queretaro, Morelia, etc., ne soient volées. — Maximilien. »
— « Mexico, 16 octobre 1868. — Je suis entièrement de l'avis du maréchal relatif à l'idée — de l'établissement — des compagnies franches, et aussi à celle concernant les distinctions qui se doivent à ceux qui exterminent la plus grande plaie du pays. — Maximilien. »
Ces compagnies franches étaient uniquement destinées à la poursuite des guérillas et leur établissement répondait parfaitement à l'application du système demandé.
— a Mexico, 19 octobre 1865. — Ci-joint un extrait d'une lettre très intéressante que je viens de recevoir. — Maximilien. »
a Je viens de recevoir le rapport ci-joint du major Altivies, et je crois de mon devoir de le porter à la connaissance de Votre Majesté. Bien que je ne prétende pas avoir là-dessus un jugement compétent, je suis d'avis qu'il serait bon d'éloigner la légion belge de Morelia, et qu'on pourra enôore utiliser très bien ses services. Les Belges se sont battus avec valeur et succès, ni les soldats, ni leurs jeunes éléments sont la cause des conflits qui ont eu lieu ; le commandant en est seul responsable... »
SBCOND BMPIRB. , 317
Bref, cette affaire fut terminée en nommant Mendez général de brigade; il commanda désormais les troupes du Micboacan, et la légion belge, son colonel en tête, fut envoyée à Monterey.
Cette longue correspondance sur la question militaire nous révèle bien des contradictions dans le caractère de l'empereur; elle révèle en outre bien des mécontentements causés par de perfides insinuations et une tactique malveillante des autorités impériales contre nos chefs militaires, et surtout par cette situation étrange d*un souverain dont l'armée se composait de quatre nationalités différentes, commandée par un officier, représentant la nation à laquelle l'empereur devait sa couronne. D'autre part, le caractère tantôt indécis, tantôt ferme ou faible de Sa Majesté, se laissant aller parfois à ses sympathies personnelles pour le maréchal Bazaine, d'autrefois, s'abandonnant à la méfiance insinuée par son entourage, à la crainte de paraître influencé par la France et nos délégués civils ou militaires, obéissant enfin, tantôt aux inspirations de son amour-propre, tantôt à ses antipathies naturelles, l'empereur n'eut jamais de fixité dans ses idées politiques, ni de ligne de conduite nettement arrêtée. Les contrastes et les contradictions devaient donc se trouver dans ses paroles comme on les trouve dans toute l'histoire de la république mexicaine.
L'année 1865, au point de vue politique, pourrait s'appeler une année de projets, de décrets, de tâtonnements et de tiraillements ; rien de pratique, rien de sérieux, d'utile n'a été fait; au point de vue militaire, ce fut une année stérile, de marches et de contre-marches qui fatiguaient nos soldats, épuisaient les finances mexicaines et développaient l'insurrection, tout en nous aliénant l'esprit des populations des. villes, des villages et des districts que nous occupions, puis, que nous abandonnions à la vengeance des dissidents. Quelques détails compléteront l'exposé de la situation présentée par les correspondances précédentes.
Le 26 février 1865, l'empereur proclama la liberté des
318 HISTOIBE DU MEXIQUE.
cultes et le décret de désamortissemeut des biens ecclésiasques dont voici les principaux dispositifs :
(( Maximilien, empereur du Mexique : — Sur le rapport de notre conseil des ministres et de notre conseil d'État, — Avons décrété et décrétons :
c( Art. 1''. L*empire protège la relipon catholique, apostolique, romaine, comme religion d'Ëtat.
«Art. 2. Auront droit à une ample et franche tolérancesur le territoire de Tempire, tous les cultes qui ne sont pas contraires à la morale, à la civilisation et aux bonnes mœurs. Aucun culte ne pourra s'établir sans Tautôrisation préalable du gouvernement.
«Art. 3. A mesure que les circonstances Texigeront, Tadministration^ par des ordonnances de police, réglera tout ce qui concerne Texercice des cultes. *
« Art. 4. Les abus qui seraient commis par les autorités contre l'exercice des cultes et contre la liberté que les lois garantissent à leurs ministres, seront déférés au conseil d'Éiat.
« Le présent décret sera déposé aux archives de l'empire et publié dans le journal officiel.
« Fait au palais de Mexico, le 26 février 1868. ^ Maxin^lien. » — Par ordre de Sa Majesté impériale. — Le ministre de la justice. — Escudero y Ecbanove.
— « Maxirailien, empereur du Mexique : — Ayant entendu notre conseil de ministres et le conseil d'État, — Nous avons décrété, et décrétons ce qui suit :
« Art. 1"'. Le conseil d'Étal révisera toutes les opérations du désamorlissement et de la nationalisation des propriétés ecclésiastiques, exécutées en conséquence des lois du 26 juin 1856 et des 12 et 13 juillet 1859 et de leurs annexes.
« Art. 2. En faisant la révision, le conseil redressera les excès et les injustices commis par fraudes, par violation des dites lois, ou par abus des fonctionnaires chargés de leur exécution.
« Art. 3. Le conseil fera la révision en pleine connaissance
de cause et de bonne foi, et sans autres formalités que celles qu'il jugera nécessaires, dans chacun des cas , pour son édification et pour découvrir la vérité.
« Art. 4. Les résolutions du conseil sont irrévocables, et elles seront exécutées d'embléç, sans qu'il soit admis recours aucun.
<c Art. 8. Les opérations légitimes exécutées sans fraude et conformément aux lois désignées plus haut, seront confirmées; celles qui ne se trouveront pas dans ce cas seront déclarées non avenues.
c( Art. 6. Les opérations irrégulières exécutées contre la teneur desdites lois, avec l'approbation du gouvernement fédéral, pourront être ratifiées, en les réduisant préalablement aux termes prescrits par ces mômes lois, toutes les fois qu'il n'y aura pas lésion d'une tierce partie.
« Art. 7. Les opérations qui seront déclarées non avenues pourront être revalidées, pourvu qu'elles se réduisent aux termes de la loi du 13 juillet 18S9, pourvu que l'on verse au comptant et en numéraire une amende de 35 Vo au dessus de la valeur totale de la propriété ou du capital adjugé, et qu'il ne soit pas cause de préjudice à un tiers pour droits acquis antérieurement à la revalidation.
c( Art. 8. Les concessions faites parle gouvernement fédéral afin que la partie en numéraire des adjudications fût payée par des titres de créance provenant des services personnels rendus par les serviteurs de l'État, n'entachent pas Topération, pourvu que la concession ne s'applique seulement qu'aux personnes qui ont rendu ces services.
« Art. 9. Les droits légitimement acquis par la loi du 28 juin 1856 ne seront tenus pour perdus ou éteints que par la renonciation expresse, ou sur la preuve certifiée que l'opération dont elle dérive a été. exécutée simultanément. Seront * non avenues et sans effet les reftt)nciations faites par les femmes qui n'avaient aucune autre (Jk^opriété foncière, aussi bien que celle des tuteurs et des curateurs au nom de leurs pupiles.
(( Art. 11. Les aliénations que fit le clergé des propriétés à lui dévolues dans les endroits où prévalait Tadministration des généraux Zuloaga et Miramon, pourront être validées, s'il n'y a pas préjudice de tiers, pour droit antérieurement acquis. Pourront être reconnues au même titre les opérations exécutées en vertu des lois du 13 et du 13 juillet 1859, et conformément à icelles avant leur publication dans l'endroit respectif.
« Art. 12. Dans les opérations où il est survenu des jugements exécutoires, contrats homologués ou transactions^ la révision se bornera à faire rentrer au trésor, conformément aux prescriptions de la présente loi, ce qu'il aurait perdu par fraude dans ^'opération. Le versement sera à la charge du possesseur actuel delà propriété ou du capital.
« Art. 16. Il est établi une administration de biens nationalisés. Ce bureau sera chargé de l'administration des propriétés de cette espèce qui ne sont pas entrées légitimement dans le domaine privé : il recueillera les données qu'il jugera opportunes pour la révision, pratiquera les opérations administratives et économiques dépendantes de chaque acte de révision, ou ordonnées par le conseil. Et, pour les départements il agira dans ce qu'il jugera nécessaire. Il nous proposera la nomination des agents qui rempliront les fonctions qui leur seront désignées. Un conseiller ou auditeur, nommé par nous, sera l'inspecteur de cette administration.
« Art. 17. Tous les capitaux de biens nationalisés qui n'auront pas été aliénés ou rachetés, ceux que la révision fera rentrer, et ceux qui proviendront des ventes de propriétés faites postérieurement, seront du ressort du bureau des biens nationalisés, qui aura soin de les administrer ou d'en recouvrer les revenus, jusqu'à ce qu'on leur donne une application.
a Art. 18. Aucun droit dérivé directement ou originairement des opérations de désamortissement ou de nationalisation, ne pourra se faire valoir ni s'exercer judiciairement ou extra-judiciairement,'tant qu'on n'aura fait dûment
SECOND EMPIRE. S«t
constater que l'opération dont il provient a été déjà ré* visée.
« Art. 23. Les affaires aujourd'hui pendantes devant les tribunaux, où l*on conteste la validité ou la préférence des droits acquis en vertu des lois de désamortissement et de nationalisation, passeront au conseil, et il est défendu aux tribunaux de continuer d*en connaître.
ce Art. 24. Les propriétés appartenant aux biens nationalisés, qui n'auraient pas été aliénées en conséquence des lois précitées, et celles qui reviendront à TËtat en vertu de la révision/ seront vendues dans les termes et dans les formes prescrites par les lois pour la vente des biens du fisc, et conformément aux prescriptions que fera connaître le règlement de la présente loi. »
Inutile d'ajouter que plusieurs évéques protestèrent contre la partie concernant le registre civil, déclarant que c'était une affaire de conscience à régler par un concordat et non pas par un simple décret du gouvernement. En critiquant la politique suivie par l'empereur, les journaux conservateurs disaient : « Quant au personnel de l'administration, il ne peut être que ce qu'il est à présent, vu le système et tes principes politiques adoptés par le gouvernement. La modification ou le changement, s'il doit y en avoir, ne peut être utile qu'autant que les principes, et non les personnes seulement, seront altérés ou changés. Nous ne sommes pas de ceux qui pensent que le gouvernement pour se faire respecter, pour rétablir l'ordre et la sécurité, doit déployer une inflexible rigueur. Quelques journaux — les journaux français de Mexico — qui ont approuvé avec plus ou moins d'enthousiasme la politique qui consistait à accepter les principes de la réforme, el à s'attirer des adeptes, conseillent depuis quelques jours de les traiter durement comme des relaps et des ingrats. On ne pourrait agir ni plus injustement, ni plus maladroitement, à notre avis. Si on adopte d'une manière définitive le drapeau de la réforme, il est inutile de chercher à éluder les conséquences que ces prémisses entrai-
a22 HISTOIRE DU MEXIQUE.
nent; il n'y a plus qu*à s'abandonner au courant. Si Ton veut gouverner conformément aux vœux exprimés par les populations qui ont proclamé l'empire, il Tàut commencer par adopter les principes fixes indiqués dans ces manifestations. Alors les hommes qui doivent entourer lo gouvernement se présenteront d'eux-mêmes; le trône comptera sur une grande force morale, non pas de tel ou tel parti, mais de la masse pacifique et honorable de la population. »
Les journaux français, pressés par la logique de ce raisonnement n'eurent d'autre réponse à faire que de confondre le parti réactionnaire avec le parti conservateur libéral, représenté par M. Almonte, oubliant ainsi que le parti conservateur avait été en guerre ouverte avec les réactionnaires, sous la régence. En politique, le sens commun et les bons raisonnements ne passent-ils pas toujours après les intérêts privés et les antipathies individuelles? On a vu pourquoi la politique de l'empereur présentait tant de contradiction ; on sait qu'il s'était fait sur les bords de l'Adriatique un Mexique imaginaire, européen, qu'il voulait habiller et gouverner à l'européenne ; on a deviné qu'il professait une médiocre estime pour les monarchistes qui l'avaient appelé au trône, qu'il n'avait tenu aucun compte de leurs renseignements et de leurs conseils, tandis qu'il penchait, au contraire, du côté des libéraux qui ne voulaient de lui à aucun prix, et qu'il favorisa sans cesse jusqu'au jour oii il s'aperçut que ses illusions et sa politique l'avaient précipité dans un abîme. Alors il se rappela ce que lui avaient dit les conservateurs, il se jeta dans leurs bras, mais il était trop tard, il succomba.
Néanmoins, il n'attendit pas d'être débordé par les événements pour s'apercevoir qu'il faisait fausse route; mais l'entêtement, cette force des faibles, le fit rester jusqu'à la fin de 1866, dans la voie qu'il avait prise en arrivant à Mexico. Ses intentions étaient excellentes, mais personne ne le secondait, parce qu'il donnait l'autorité à ceux qui ne la méritaient pas ; quant aux personnes employées auprès de lui qui
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avaient sa confiance, leur rôle, purement secondaire, ne pouvait avoir aucune influence sur les destinées de Tempire. Voici, sur les perplexités de l'empereur, une lettre dans laquelle Sa Majesté peint elle-même ses impressions sur les fonctionnaires de son choix et ses incertitudes sur la conduite qu'elle devait suivre.
« Ghapultepec, 23 juillet 1865. — Les remarques que vous faites dans votre dernière lettre sont très justes, personne ne connaît mieux les défauts du système » — politique qu'il avait adopté — « que moi, et ma maladie de foie en est la meilleure preuve... Les hauts fonctionnaires sont paresseux, je dirai plus, incapables, personne n'en peut donner les meilleures preuves que moi; du reste, on peut en juger par le dernier rapport sur l'instruction publique, publié au Diario et par l'organisation des tribunaux. Jamais on n'a vu chose plus confuse, moins digérée et en contradiction de toute bonne logique. Ces braves gens n'ont rien appris, n'ont rien vu et veulent tout savoir mieux que nous autres qui avons vu et parcouru une bonne partie de notre globe, et cependant que faire? Voilà la grosse question. Il n'y a que deux chemins à suivre et je me trouve dans la position gênante d'Hercule; ou il faut gouverner le Mexique avec des Mexicains à la hauteur de leurs compatriotes, exerçant de la patience et un calme imperturbable, choisissant toujours le mieux qu'on puisse trouver ; ou il faut gouverner ce pays avec des instruments étrangers.
(c Or nous voilà dans ce dernier cas dans un grand danger. La susceptibilité nationale ne se plie que devant de grandes supériorités qui opèrent avec persuasion et tact. Ces supériorités passent rarement l'Océan ; je n'en al vu en quatorze mois qu'une seule, c'était M. Costa ; c'est l'homme qui avait compris la situation de ce pauvre pays. Dans l'armée il y en a plusieurs, mais leur position militaire ne leur donne pas la possibilité d'agir; au contraire, je vois au Mexique pulluler une effrayante quantité de médiocrités étrangères qui ne connaissent et ne proposent qu'un seul
principe gouvernemental, celui de copier religieusement les règlements imprimés qu'ils apportent de leur pays natal ; or comment peut^on gouverner le Mexique avec des règlements et des lois qui sont le fruit d'une civilisation de plusieurs siècles? » —N'était-ce point ce qu'il faisait lui-même? — <( Les preuves de ce que je dis nous le voyons tous les jours chez les B., les H., les B., les Eloins, les Det., les Scherzenlechner, les Poliakowitz, etc., etc., tout ce monde me fait, avec la meilleure volonté, un tas de propositions et de projets que les pauvres Mexicains ne peuvent digérer et qui les tueraient à force de matières succulentes et fines.
c( Il faut donc malheureusement revenir au premier chemin, il ne sera pas prompt et glorieux, mais durable. » — Hélas! ce chemin l'a conduit à Queretaro. — « Si on suit le premier chemin, quelles sont les nécessités? G est de chercher et de trouver le mieux qu'offre ma nouvelle patrie. » — Pourquoi ne les avait-il cherché jusqu'alors que dans le parti libéral qui en offrait le moins? — ce II s'agirait donc de trouver des hommes actifs et de bonne volonté qui aident les efforts de leur souverain et qui, en gouvernant, n'oublient pas d'apprendre. Il faut des jeunes gens qui aient le feu sacré de leur devoir et le véritable amour de la patrie. Voilà ce qui me paraît le secret de la situation; ne perdons pas courage, cherchons les hommes .comme Diogène avec la lanterne et formons une bonne liste de jeunes gens toujours prêts à servir leur souverain dans la tâche épineuse qu'il a entreprise. Il y a tout de suite des postes à remplir... formez-moi une bonne liste et je vous serai éternellement reconnaissant ; mais il faudra en même temps que vous cherchiez à me débarrasser des médiocrités transocéaniques, qui ne font que gêner, que crier et qui rendent la position presque insoutenable, surtout par leur influence dans la presse européenne. Il faut renvoyer tous ces jeunes gens à l'aspect chevaleresque et élégant, à l'air sauveur, qui ne font que crier dans les cafés et chevaucher sur les promenades publiques. Tous ces incapables qu'on renvoie d'Europe, il
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faudra les rejeter de nos plages qui ne doivent être hospitalières qu'aux hommes sérieux et travailleurs.
ce En formant la liste des hoaunes capables, nous ne nous ferons guider que par le résultat. qu*il faut attendre; c'est la capacité, le zèle et l'intégrité que nous cherchons ; ni les castes, ni les couleurs, ni les opinions politiques, ni l'&ge doivent. influer sur notre choix... quand oa ne trouve personne parmi les hommes mûrs il faut prendre des. moutards — *ûî — etc. — Maximilien. »
Le 8 juillet, H. Almonte, attristé de voir l'empereur courir à sa perte, en continuant sa politique antimonarchiste, tout en changeant parfois le personnel de son ministère, voulut se retirer dans la vie privée et donna sa démission de tous les emplois de cour qu'il occupait; l'empereur refusa cette démission , ne pouvant décemment l'accepter. Santa- Anna, froissé d'être mis à l'écart par le gouvernement impérial auquel il avait adhéré, dès 1861, lança de nouveau un manifeste, déclarant qu'il revenait aux idées ré^publicaines et fïiisait appel à ses compatriotes pour renverser l'empire. Son fils Angel protesta contre la proclamation de son père, par une lettre, datée du 9 août, qu'il publia dans les journaux.
Au mois d'août, l'empereur se disposait à faire un voyage au Yucatan , mais il en fut dissuadé , et l'impératrice partit seule, avec une suite assez nombreuse, aussitôt que la' saison des. pluies le permit. Au mois de septembre, l'empereur^ adopta moralement le petit-fils d'Iturbide, alors âgé de deux à trois ans. La presse française disait récemment que cet eniànt venait de s'engager dans les zouaves pontificaux; comme il doit avoir aujourd'hui cinq ou six ans au pl^us, il faut avouer que ces journaux continuent à être bien renseignés en ce qui concerne le Mexique. De même que la protestation de l'empereur contre le Pacte de famîlle, signé à Mi- ' t^mar, fit croire que Sa Majesté n'avait point l'intention de rester au Mexique, cette adoption du petit-fiïs d'Iturbide fit supposer que l'empereur avait le dé^ir secret àe remettre
JII. 91
la couronne au descendant du libérateur et de confier la régence de Tempire à la discrétion d'une assemblée des notables. Le Diario officiel a nié cette intention q.ue l'empereur ne s'avouait peut-être pas à lui môme, mais qui existait incontestablement à l'état vague et latent. Quant k la violence faite à la mère de l'enfant pour l'en séparer, c'est un m^çnsonge démenti f&r la mère elle-même (lans la lettre suivante adressée à l'impératrice et qui prouve que l'abandon qu'elle fit de son fils était volontaire. » - . . -
« Mexico, 12 septembre 4868. — Madame, — mon frère Augustin ^a envoyé à M. Gastillo, pour les remettre à S. Jhf. l'empereur, quelques petits caqons qui, comme souvenir de famille, auront leur valeur pour mon fils, lorsqu'il sera grand. Je joins mon portrait à celui de l'enfant, et permettez-moi, madame, de vous dire que je n'ai pas encore reçu ceux de Vos Majestés que je désire tant avoir.
« J'avais oublié, en recommandant à Votre Majesté la nourrice » — la gouvernante, — a de lui dire que, dans, les cas importants, il n'y a pas à se fier à elle, car elle ne dit pas la vérité.
« Ayant mis mon enfant adoré sous la garde spéciale de Vos Majestés, je dois, madame, vous offrir les sentiments de reconnaissance et d'amitié avec lesquels j'ai l'honneur d'être de Votre Majesté la sincère servante. — Alicia G. de Iturbide. » •
En France, surtout, on a fait beaucoup de bruit d'une autre mesure plus grave que celle de l'adoption du petit-fils d'Iturbide, et quL ne causa qu'une très minime ioipresisjipn au Mexique, je veux parler du décret du 3 octobre. En lissant <lans l'ouvrage de M. de Keratry que « ce décret allait rallumer la guerre civile, en assouvissant des rancunes particulières, qu'il fut le. suicide, de la monarchie, » (outle patbos qu'il publie à ce sujet, et que les journaux français avaient publié avant lui, j^aurais hésité à croire que cet- auteur f&t jamais allé au Mexique, si l'on ne m'avait affirmé qu'ilétait attaché au quartier général du maréchal Bazaine avant d'en-
SECOND EMPIRE. 3t?
trer dans la contre-guérilla. Voici d'abord, la proclamation et le décret» tels que le IHario les a publiés.
ce. Mexico, le iô octobre 1868. — La modération avec laquelle le gouvernement a voulu traiter les dissidents de bonne foi n'a eu d'autre effet que d'augmenter l'audace du brigandage. Il a donc fallu revenir 4 une politique plus en rapport avec les nécessités de la* situation; c'est dans cette peiisée que, le 3 octobre, l'empereur Haximilien a adressé une proclamation au peuple mexicain, et promulgué uu décret pour ta répression des troubles qui désolent encore
, quelques provinces. Voici le texte de cette proclamation et
- de ce décret :
c< Mexicains. — La cause soutenue avec tant de valeur et
, de constance par D. Benito Juarez avait déjà succombé, non seulement devant la volonté nationale, mais devant la loi elle-même que ce chef invoquait à l'appui de ses titres. Aujourd'hui cette cause dégénérée en faction est restée abandonnée par le fait de la sortie de son chef du territoire de la patrie.
« Le gouvernement national a été longtemps indulgent, et
. il a prodigué les actes de clémence pour laisser aux hommes égarés, à ceux qui ne connaissaient pas l'état des choses, la possibilité de s'unir à la majorité de la nation et de rentrer
. dans le chemin du devoir. Il a obtenu le résultat désiré : les hommes honorables se sont groupés autour de son drapeau,
. et ont accepté les principes justes et libéraux qui guident sa politique. Le désordre n'est plus entretenu que par quelques chefs égarés, par des passions qui n'ont rien de patriotique, par des gens démoralisés qui ne sont pas à la hauteur des principes politiques et par une soldatesque sans frein qui reste toujours comme le dernier et triste vestige des guerres civiles.
c< Dorénavant, la lutte sera entre les hommes honorables
. de la nation et les bandes de malfaiteurs et de brigands. Le temps de l'indulgence est passé; elle ne servirait plus qu'au despotisme des bandes, à ceux qui incendient les villages,. à
atS HISTOIRE DU MEIIQUB
eaux qai volent et qui assassinent les citoyens pacifiques, de malheureux vieillards et des Terames sans défense.
« Le gouvernement, fort de son pouvoir, sera désormais inflexible dans le châtiment» puisque ainsi l'exigent les droits de la civilisation, le respect de Thumanité et les exigences de la morale.
« Mexico, le i octobre 1865.
— « Muximilien, empereur de Mexico : — Notre conseil des ministres et notre conseil d'État entendu, décrétons :
« Art. 1^'. Tous les individus faisant partie de bandes ou rassemblements armés existant sans autorisation légale, qu'elles proclament ou non lin prétexte politique, quel que <soit d'ailleurs le nombre de ceux qui forment la bande, l'organisation de cette derhiërè, le caractère et la dénomination qu'elle prend, seront jugés'tnilitairement par les cours martiales; s'ils sont déclarés coupables, lors même que ce ne serait que du seul fait d'appartenir à une bande armée, seront condamnés à la peine capitale, et la sentence sera exécutée dans les vingt-quatre heures.
a Art. 3. Ceux qui, faisant partie des bandes dont il est fait ^mention dans l'article qui précède, seraient faits prisonniers dans une action de guerre, seront jugés par le commandant de la force au pouvoir duquel ils se trouveront. Cet officier sera tenu, dans un délai qui ne pourra dépasser vingt-quatre heures, d'instituer une enq-uéte, en entendant la défense de Taecusé. Il dressera sur cette enquête un procès-verbal se terminant par la sentence. La peine capitale sera prononcée cofitre les coupables, lors même qu'il ne leur serait imputé d'autre fait que celui d'appartenir à une bande armée. Le chef fera exécuter la sentence dans les vingt-quatre heures, en ayant soiti de procurer au condamné les secours spirituels, après quoi il adressera le procès- verbal d'enquêtC'âu ittiûistère de la guerre.
ce Art. 3. Ne seront point passibles de la peine de-mort ceux qui, bien^que faisant partie d'une bande, prouveront qu'ils ont" été pris' de force ; il en sera de même de ceux qui.
sans appartenir à la bande, s'y trouveraient accidentellement.
ce Art. 4. Si de Kenquéte dont parle l'article 2, ilTésultait des faits de nature à faire croire au chef chargé de renquéte que l'accusé a été enrôlé de force, qu'il n'a commis aucun autre délit, ou que tout en en faisant partie il s'y trouvait accidentellement, il s'abstiendra de prononcer une sentence et consignera le prisonnier, avec le procès-verbal correspondant, à la cour martiale, pour être jugé par elle conformément à l'article 1^.
« Art. 5. Seront jugés et condamnés aux termes de l'article 1^' de la présente loi :
« L Tous les individus qui volontairement auront procuré aux guérilleros de l'argent ou toute autre espèce de secours.
« II. Ceux qui leur auront donné des avis, nouvelles ou conseils.
<cIII. Ceux qui volontairement et sans ignorer la qualité des guérilleros leur vendront ou leur procureront des armes, des chevaux, des munitions, des vivres, et en général, tout article de guerre.
« Art. 6. Seront également jugés conformément à l'article P' :
ce I. Ceux qui entretiendront avec les guérilleros des relations constituant le fait de connivence^
(c II. Ceux qui volontairement et en connaissance de cause leur donneront asile dans leur maison ou leur propriété.
« III. Ceux qui répandront de vive voix ou par écrit des nouvelles fausses ou alarmantes de nature à troubler l'ordre ou qui se livreraient à quelque démonstration contre la tranquillité publique.
a IV. Les propriétaires ou gérants de propriétés rurales qui ne donneront pas avis immédiatclment à l'autorité la. plus rapprochée du passage d'une bande sur leur propriété*.
« Les individus compris dans les premières et deuxièmes fractions de cet article seront passibles d'un emprisonne-
ment de six mois à deux ans, ou d'un an à trois ans deprèsidio, suivant la gravité du cas.
« Ceux qui, placés dans la seconde catégorie auraient avec l'individu caché par eux des liens de parenté soit comme ascendants, soit comme époux ou issus de mêmes père et mère, ne seront point passibles de la peine ci-dessus indiquée; mais ils seront soumis à la surveillance de Tautorité pendant le laps de temps que flxera la Cour martiale^
ce Ceux qui sont compris dans la troisième catégorie seront condamnés à payer une amende de 38 à 1,000 piastres, oii â un an de prison, suivant la gcavité du délit.
« Ceux qui sont compris dans la quatrième catégorie in- <)iiiuée- par cet article, seront passibles d'une amende de 200 à 2,000 piastres.
« Art. 7. Lorsque les autorités ne donneront pas avis i leur supérieur immédiat du passage d'une force armée dans leur localité, l'autorité supérieure leur infligera une amendé de 200 à 2,000 piastres, ou une détention de trois mois à deux ans.
ce Art. 8 Tout habitant qui, ayant connaissance du passage d'une bande armée dans le village ou de son approche n'en donnera * pas avis à l'autorité , sera passible d'une amende de S à 500 piastres.
« Art. 9. Tous les habitants entre 18 et 85 ans n'ayant pas d'empêchement physique sont tenus, lorsque la localité qu'ils habitent sera menacée par quelque bande, de prendre part à la défense de la place; à défaut de quoi, l'habitant sera passible d'une amende de 5 à 200 piastres, ou d'un emprisonnement de quinze jours à quatre mois. Si l'autorité jugeait plus convenable d'infliger un châtiment au village pour ne s'être pas défendu, elle pourra lui imposer une amende de 200 à 2,000 piastres, et cette amende sera payée par tous ceux qui ^'auraient pas pris part à la défense.
ce Art. 10. Les propriétaires ou gérants des propriétés rurales qui, pouvant se défendre, n'empêcheront pas les guérillas et autres bandes de malfaiteurs de pénétrer sur
leurs terrQ^t ou qui n'avertiront pas de leur présence l'autorité militâlte la plus rapprochée, ou qui recevraient sur leurs terres les chevaux fatigués *ou blessés des guérillas, sans donner avis k ladite autorité, seront punis par celle-ci d'une amende de 100 à 2,000 piastres, suivant la gravité du cas; dans le cas d'extrême gravité, ils seront arrêtés et consignés à la Cour martiale, qui les jugera conformément aux dispositions de la présente loi. L'amende sera versée à Tadministration principale des rentes dans la circonscription de laquelle la propriété se trouve située. Les dispositions contenues dans la première partie du présent article sont applicables aux populations.
a Akt. 41. Toute autorité, soit de l'ordre politique, soit de l'ordre militaire ou municipal, qui n'agira pas conformément aux dispositions de la présente loi contre ceux qui sont soupçonnés ou reconnus coupables des délits dont elle traite, sera passible d'une amenda de SO à 1,000 piastres ;> et lorsque l'omission impliquera connaissance avec les coupables, le délinquant sera consigné à la Cour martiale, qui le jugera et lui infligera une peine proportionnée à la gravité du délit. ' '
c< Art. 12. Les plagiarios seront jugés et condamnés confornlément' aux dispositions de l'art. 1^ de la présente loi, sahg égard aux Circonstances dans lesquelles l'enlèvement a été commis.
a Art. 13. La sentence de mort, prononcée pour les délits énonéés par fa présente loi, sera exécutoire dans le délai qu'elle fix^, et le bénéfice en grâce sera refusé au condamné.'
i< Lorsque l'accusé n'aura pas été condamné à la peine de mort et sera étranger; le gouvernement pourra, après qu'il aura subi: la peine, user à son égard du droit qu'il a d'expulser de son territoire les étrangers pernicieux.
(c Art. 14. L'amnistie est proclamée en faveur de tous ceux qui / ajant appartenu ou appartenant encore à des bandes armées et n'ayant commis aucun autre délit, se pré-
%n HlSTOItE DU MEXIQUE.
senteront à l'autorité avant le 15 novembre prochain. Uautprité se fera livrer les armes des amnistiés.
(c Art. 15. Le gouvernement se réserve la faculté de fixer réfyoque à laquelle les dispositions de la présente loi cesse-^ ront d'être en vigueur.
c( Chacun de nos ministres est chargé, en ce qui le concerne, d*exécuter la présente loi et de donner des ordres pour qu'elle soit strictement observée*
c( Donné au palais de Mexico, le 3 octobre 1866^ — Maximilien. — Le ministre des affaires étrangères chargé du ministère d'État^ José F. Ramirez ; le- ministre de Fomento, Luis Robles Pezuela ; le ministre de l'intérieur, José Maria Esteva; le ministre de la guerre, Juan de Bios Peza; le mi* nîstre de la justice, Pedro Escudero y Echanov€ ; le ministre de l'instruction publique et des cultes, Manuel Siliceo ; le sous-sccrétaire des finances, Francisco de P. Gesar. »
Il ne faut pas connaître l'histoire du Mexique pour supposer que ce décret pût impressionner les Meicicainsi habitués à en voir de semblables à presque tous les changements d'administration. Juarez surtout en avait édicté de si rigoureux, que l'un d'eux reçut le sobriquet de Loi mortuaire. Sous son impulsion, les gouverneurs d'État en publiaient de non moins redoutables qu'ils exécutaient rigoureusement, comme le prouve le témoignage de Doblado, qui se flattait d'avoir fait fusiller plus de dix-sept cents personnes dans l'État de Guanajuato. Pedro Ogazon publia, le 21 juillet 1861, à Guadajara un autre décret, par lequel il statuait :
a Art. 1*' — Tous les individus qui ^ sous le titre de chef^, officiers et soldats volontaires, auront servi la réaction» et qui resteront sur le territoire de l'État, sans une permission expresse de ce gouvernement, huit jours après la publioalion de cette loi, seront réputés conspirateurs récidivistes et passés irrévocablement par les armes, avec les seules, formalités exigées par les articles 5 et 6 de la léi duG décembre 1856.
« Art. 2. — Les employés civils qul^ en raison de leur vving
SECOND BMPIHB. 83:)
auraient encouru quelque responsabilité en servant la réaction, et qui auront continué à se mettre en hostilité, de quelque manière que- ce soit, avec le gouvernement, sont compris dans l'article antérieur.
tf Art. 3. — Les conspirateurs contre l'ordre constitutionnel seront jugés selon l'ordonnance générale de l'armée et punis conformément à la loi du 6 décembre 18S6.
c( Art. 4. — Ce décret sera appliqué dans cette capitale par l'état-major général de la division et dans les chefs-lieux de canton, par les commandants militaires.
(c Art. 5. — Les autorités auront à répondre de la nonexécution de cette loi, dont l'application leur est confiée ».
On remarque que cet édit, comme presque tous ceux lancés sous Juarez, — sauf celui du 25 janvier 1862, qui avait un but préventif, — n'a pas d'autre caractère que celui d'dne vengeance rétroactive. Le maréchal Bazaine n'est point intervenu dans la rédaction de ce décret. Son Excellence savait très bien qu'aucun décret publié par le gouvernement impérial ne recevait son exécution, et qu'ensuite les cours martiales suffisaient à la punition des bandits pris les armes à la main. Il est possible que le maréchal ait été consulté sur l'opportunité de ce décret, et je n'ai point été surpris. d'apprendre qu'il l'avait blâmé. Ce décret, naturel après les horreurs et les cruautés commises par les dissidents à la Tejeria, dans l'intérieur et le nord du Mexique, était en effet biàmabie, puisqu'il était inutile et ne devait pas faire verser une seule goutte de sang de plus qu'avant sa publication.
Tous les écrivains qui ont lancé le mot de représailles, en parlant de l'assassinat de l'empereur, ont oublié bien vite qu'ils l'accusaient naguère, avec raison, de publier trop de décrets et de n'en faire exécuter aucun ; ils ont oublié que c'est l'excessive indulgence de cet infortuné prince pour les dissidents qui a découragé, éloigné ses partisans et laissé multiplier impunément le nombre de ses ennemis. Le prétexte de représailles n'est donc pas applicable à l'empereur qu} n'a jamais fait fusiller un seul dissident, môme après le
décrei du 3 octobre, et qui ne faisait que trop souvent grâce à des t)andits couverts de crimes et Topprobre de leur nation. Les prisonniers faits par Mendez au Michoa'can, après le décret du 3 octobre, furent également jgpraôiéà, sauf les deux généraux Àrteaga et Salazàr, pris à la suite du combat acharné d'Uruapan. Mendè? ayant eu son père assassiné de sang- froid, à Morelia, par Àrteaga et son lieutenant, ne lès considéra pas comme des' prisonniers de guerre; il lesfft passer par un conseil de guerre qui les condamna à mort. Ils furent exécutés le 21 octobre; le 23 seulement, la nouvelle de la victoire de Mendez arriva à Mexico, comme Vatteste le rapport de notre quartier général, signé par le colonel Boyer, et qui commence ainsi : a Étal-major général, Mexico, ^4 octobre 1^65. — Le maréchal commandant en ,chef le corps expéditionnaire vient de recevoir la nouvelte officielle d'un brillant succès remporté par le colonel Meâdez, etc. » L'empereur ignorait donc cette victoire, même après Texécution d*Ârteaga, et ne pouvait plus Fempécher, dans le cas où il aurait voulu mettre sa clémence à la place de la justice, comme il le fit pour Fragoso, Figueroa, et tant d'autres.
Le Sancho de Bruxelles publia une lettre d'un oflBcier belge qui témoigne qu'Ârteaga avait d'autres reproches à se faire que celui du meurtre de Mendez, père, et que si le'nlot de représailles doit être parfois employé dans ces déplorables guerres civiles, ce n'est pas toujours en faveur du pârli qui l'acclame le plus. Voici cette lettre : < <•
— « Bruxelles, 8 juillet 1867. — Mon cher Sancho. — J'ai lu aujourd'hui avec un vif plaisir votre article sur Isî mort de l'empereur Maximilien. Vous avez justement flétri les faiièérables qui, ne sachant apprécier ni la bonne foi, ni les sentiments nobles et chevaleresques, ni le courage héroïque, ont fusillé ou massacré (c'est tout comme, les soldats mexicains étant d'une maladresse rare) le seul homme qui pût les sauver et conserver sur la carte du monde le Mexique à YétkX de nation indépendante.
SBGOND BMFIRE. 39ir
« Pour en finir une fois pour toutes avec le principal grief imputé à Tempereur Maximilien (je veux parler de l'exécu* tion d'Arteaga, de Salazar, de Villagomez et de Diaz Paracho), je me permettrai de faire remarquer que six semaines avant d*étre fait prisonnier à Santa-Ànna Amatlan par ie général Mendez, le général Arteaga avait emporté la ville d'Uruapan et en avait fait la garnison impériale prisonnière. Le commandant de la garnison, le colonel Lemus, vieillard de soixante-huit ans, et le préfet politique Paz Gutierez furent fusillés, non seulement sans jugement ^ mais encore il ne c< leur fut pas accordé une demi-heure de répit pour écrire à leur famille. »>
a Arteaga et ses principaux officiers furent conduits à Uruapan et fusillés au même endroit oii six semaines aupa- !ravant étaient tombés le colonel Lemus et le préfet politique Paz Gutierez. Ils ont donc été exécutés par voie de représailles et non d'après les ordres de Vempereur. Au contraire, peu de temps après la prise de Oajaca, l'empereur fit mettre en liberté vingt-deux généraux et deux cent quatorze ofiGiciers. À Tacambaro, dans la nuit du 11 avril 1865, les premières paroles d'Arteaga, après avoir entendu du général Régules les détails du combat, furent celles-ei : Pues bien^ quelos fusillan manana.porlas siete. — C'est bien, qu'on les fusille (les ôfiiciers) demain à sept heures du matin. — C'est grâce à la généreuse énergie de Régules que nous eûmes La vie sauve.
ce Veuillez agréer, mon cher SanchOj l'assurance de mes stentiments les plus distingués. Emile Walton, — lieutenant ' au i^ régiment de chasseurs à pied; ex-lieutenant au corps belge du Mexiquef et combattant de Tacambaro. »
En Europe on ignorait tous ces détails; aussi, que d'absurdités n'a-t-on point écrites sur ce malheureux décret du 3 octobre qui est allé au panier des rebuts rejoindre celui despoids et des mesures et ceux qui s*y trouvaient déjà par centaines. C'est à cette ignorance que nous devons de voir^ au Sujet des conséquences de ce décret, des écrivains firançais
31» HISTOIRE DU MEXIQeB.
publier les lignes suivantes : « Les ténèbres s'épaississent sur ee pays lointain^ perdu dans les brunies de TOeéan; il sembla qu'une lumière était portée tout à coup sur de mystérieuses tueries... Une date dut être fixée pour l'éracuation des troupes françaises... Maximilien se trouble; il croit que sa perte est résolue; il aime son frère» le pape, la France. y> Dans la lettre suivante, adressée au général Woll, on voit qu'il n'était $^ttère troublé et que s'il comptait un peu sur l'impression morale du décret du 3 octobre, il n'y songeait pourtant pas pluâ qu'à ceux qu'il avait déjà signés.
c< Chapultepec, 1^' novetnbre 1865. — Mon cher général. — Les nouvelles d'ici seront pleines d'intérêt pour vous, parce que les affaires vont très bien et avec une activité inconnue jusqu*à présent. La dernière loi, un peu forte, contre les guérilleros et les voleurs, produit déjà de bons fruits. » — Quatre ou cinq adhésions de chefs de bandes !
« Dans ces derniers jours il y a eu d'importants triomphes contre ces bandes, et la valeur et la fidélité de nos troupes mexicaines se montrent sous le jour le plus brillant.
« Les travaux de législation sur l'organisation politique, administrativeet judiciaire, sont terminés et la collection des lois, décrets et règlements, basés sur les principes du statut, va paraître ces jours ci en six volumes.
ce La situation entre le gouvernement et le clergé s'améliore chaque jour. On voit toujours ici avec plus de satisfaction que le clergé se rapproche du gouvernement et laisse sa malheureuse politique des extrêmes. L'archevêque de Mexico m'a demandé dernièrement une audience particulière dans laquelle il s'est montré entièrement raisonnable, et une autre fois la même manière d'être qu'il avait à Miramar, et qui me pli^t tant> il y a deux ans. En preuve de ceci vous apprendrez avec plaisir que, remplissant enfin ses devoirs et les prescriptions des canons, il visite son diocèse, ayant commencé par Pachuca. Ce qui démontre l'heureux changement qui a'opère, ete. — Maximilien. »
Ce changement était, en effet, du plus heureux augure, car
dBGON0 EHFiRB. $17
au Mexique, noa seulement les évoques ne faisaient pas la visite pastorale, à laquelle les oblige le concile de Trente, mais on en voyait qui ne se soumettaient pas môme à la résî« dence, et d'autres qui ne mettaient jamais les pieds dans leur diocôse, vivant tranquillement à Mexico de leurs revenus épiscopaux. Pourtant, Tempereur fait dans cetie lettre un tableau de la situation politique de l'empire, tout à fait en désaccord avec d'autres lettres déjà citées, et même afvec la réalité. Voici la manière dont ^envisageait Juarez dans une lettre adressée à Jésus Teran, son ancien secrétaire, qui la fit parvenir à Tempereur par reiitremise de M. le baron dé Pont.
« Paso del Norte, 17 août 1865. — Ge qui doit affliger le plus Tarchiduc est sa mésintelligence avec le pape, parce qu'elle le prive de l'unique appui avec lequel il pouvait cornp^ ter dans le pays : celui du parti clérical. Le secours des troupes françaises est très éphémère et éventuel, parce que le jour où cela conviendra à l'empereur Napoléon^ il les retirera, l'abandonnant à son propre sort... Je ne crois pas éloigné le jour où cela arrivera, soit que les Français se convaincroat de Timpossibilité de soumettre le pays à leurs baïonnettes, soit qu'ils y seront obligés à cause des faits qui se passent aux États-Unis et qui les dissuaderont de leur projet de conquête. L'arrivée des Français dans cet État -^ Gbihuabua *^ n'a amélioré en rien sa situation; ils n'ont obtenu aucune victoire résultant d'un fait d'armes; ils n'ont pas détruit le gouvernement légitime de la république, ee qui était U$ur but. Ils ne seraient pas venus si le général Negrete avait suivi les ordres du gouvernement de rester et d'appeler leur attention dans les États de Nuevo-Leon, Tamaulipas, Cobabuila et San-Luis Potosi, comme le font Escobedo, Mandez, Gortina et Aguirre; mais le général Brineourt a vu disparaître les forces qui le menaçaient vers le Gobahuila et résolut de venir daas oet Étati » — Il y était envoyé parle maréchal Bazaine. — « Sans doute, après avoir dépanné beaucoup d*argent et travenséun gratid' désert, il est
arrivé, mais, il n'a rien trouvé, parce ;que des forces qui se trouvaient dans cet État, J'en ai envoyé une partie dans le Gohahuila, Tautre dans i'EtaX de DuraAgo pour s'incorporer aux troupes de Patoni et de Corona ; le reste s'est placé dans les montagnes voisines, de Chihuabua à la disposition du gouverneur commandant militaire. Gomme Tennemi, amenant le gros de ses troupes jusque dans cet État, a affaibli ses lignes de l'intérieur , nous commençons à les battre en détails avec succès, suivant strictement le système de ne livrer aucune bataille rangée et de ne pas s'enfermer dans les villes.
c< Le 14 courant, je suis arrivé dans cette ville où' j'ai fixé pour ce moment la résidence du gouvernement. Il est difficile que Tennemi arrive jusqu'ici, et s'il le faisait, ce serait tant pis pour lui parce qu'il ne détruirait pas le gouvernement, et les nôtres profiteraient de son absence comme, ils •ont profité de son voyage à Ghibuahua. »
Après avoir parlé de quelques dispositions militaires dont il espère de bons résultats, il énumère les forces et les chefs dont il dispose dans tout le pays, puis il ajoute : > « Tous ces chefs ont la conviction. que le temps çst venu d'obtenir des avantages sur l'ennemi pour les raisons exposéesi et j'espère vous écrire promptement pour vous, confirmer ^exactitude de mes calculs, basés sur la connaissance que j'ai de la situation de notre pays. Les Américains ont placé une armée de 60,000 hommes au Texas, et, vers la frontière Ghihuahua, c'est à dire dans sa ligne limitrophe, de l'autre côté du fleuve, arrivent 6,000 hommes, pour ^entretien desquels ils font de grands approvisionnements, de vivres. Cette accumulation de troupes tient en constante alarme les impérialistes et les démoralise,.etc.t^B. Juarez. » .. Le 17 septembre^ M. Jésus Téran écrivait de? Berne ,au baron de Pont, une lettre excessivement longue, mal traduite et publiée dans, la XîterM, l'automne dernier. Gette lettreest un tissu d'inexactitudes, démenties par les faits ; elle {CODtieal pourtant des appréciations tantôt erronées, ts^tôt
SECOND EMHRB. 3^9
assez justes, quefquefois importantes et même prophétiques, mais toujours, entachées de Tesprit de parti. L'impartialité . (le l'historien m'impçfse, néanmoins, le devoir d'en citer les passages principaux. Après une esquisse partiale et rapide, d^s, partis politiques au Mexique^ M. Teran dit : . , << Dans le fait d'avoir ratifié la nationalisation dés bieiis ecclésiastiques et les autres lois de réforme, décrétées par ïuarez, Tempereur ne s*^st pas seulement aliéné tes conservateurs, m^is il a changé en violent ennemi le haut clergé, U s'est mis ^ dos le bas clergé, qui ne fut jamais hostile à J[uarez, en le privant des revenus dont il subsistait et l'assujettissant à un salaire, dont il est sûr qu'il ne sera jamais payé. Quant aux personnes riches qui constituent la firaction modérée du parti conservateur et s'unirent aux impérial^j^tes par amour de l'ordre et de la paix, elles se sont séparées d'eù}ç^ quand elles ont vu que l'empire ne leur apportait qu'une guerre ^lus sanglante et plus désastreuse que les
précédentes j. *
, « Quant au parti libéral, sa fraction modérée n'existe plus, ^et la radicale est celle qui soutient ia guerre contré Tempir^. La seule chose obtenue par l'empereur, au moyen de .son influence personnelle, a été de compromettre six ou ,]^uit individus, ayant appartenu à la fraction tnodérée, qui OQt accepté les ministères, mais de là à compter sur tin parti politique, il y a loin.
a II faut donc convenir que moralement parlant, l'empire ne compte pas sur le plus nlihime appui.
(c L'appui matériel consiste dans ie:s forces qui le soutiennent; ce sont Quelques troupes mexicaines, l'armée française, une division d'Autrichiens et de Belges. L'empereur n'a pas ,et ne doit pas avoir confiance dans les troupes mexicaines, car de considérables détachements de ces troupes ont âéjà . passé dans les rangs des constitutionnels, et que les propo- . citions de quélques,-uns de ses génétaux'au gouvernement Tépubiicain ne sont plus un mystèlrè. Quant à l'armée étrangère, elïe est insuiBBsante pour sabjugber te pays...
c< Les éléments qui conspirent contre Tempire sont également moraux et matériels. Parmi ces éléments no^s pouvons mettre en premier lieu la décoiisidération croissante de l'empereur, à cause de ses dépenses qui augmentent chaque jour, des dettes considérables et non nécessaireis p|ir lesquelles il a commencé à grever le pays avant de le connaître; de la Faiblesse qu'il a montrée dans la protection des Mexicains, comme on Ta vu en permettant l'exécution du général Romero... »
Romero n'était pas officier de l'armée, mais chef de ban-» dits, et fut fusillé pour des assassinats contre les voyageujns et l'attaque de la diligence. Suivent d'autres accusations tout aussi mal fondées. Son exposition du système des guérillas contre l'empire est moins inexacte et mérite d'être repro* duite.
« En Europe, dit-il, on ne connaît pas le système ûb^ guérillas et l'on ne se fait pas une idée de ce qu'on peut obtenir par leur moyen. On a oublié ce qui s'est passé en Espagne au commencement de ce siècle... Dans Les paya comme le Mexique, montagneux, déserts, avec un climat doux qui permet de camper en plein air toute l'année, ob les chevaux abondent, où les natifs rencontrent partout ce qui leur est nécessaire pour subvenir à leurs besoins très limités, les guérillas sont réellement indestructibles.» — Oa a vu que le colonel Garnier avait trouvé le moyen de les détruire. — » La difficulté consiste à les combiner en un^sy^-, tème... d'autant plus terrible que son pouvoir est latent et trompeur; il arrive au triomphe à force de déroutes, laissant par moment croire* à l'ennemi qu'il tient la victoire, tandis qu^une consomption imperceptible et lente le conduit à un complet anéantissement.
« Le Mexique fit son indépendance de l'Espagne par aae série de défaites non interrompues pendant onze ans. » r^, Et la défection d'Iturbide ? — « Par le même moyen il obtint la réforme en trois années... L'armée française triomphera partout... mais ses victoires lui étant plus coûteuses qu'à
Tennemi, elles ôûiroat par donner à celui-ci le triomphe définitif... Pour économiser le sang et ne pas s'exposer à des périls plus lointains, Tordre a été donné à toutes les guérillas d'inquiéter Tennemi sans jamais lui présenter le combat, ce qui doit augmenter de beaucoup les difficultés de l'armée française, parce qu'elle fera de longues marches, de grandes dépenses et se fatiguera sans autre profit que de constater par sa présence une fuite, une dispersion, en supposant qu'elle arrive à voir l'ennemi. »
Suivent des considérations sur la neutralité des États- Unis, et une demande de se faire l'intermédiaire auprès de Juarez pour lui faire accepter uub partie du traité de Miramar et une convention pour sauvegarder les intérêts de la France, des personnes compromises dans l'organisation de l'empire et, finalement, l'abdication de l'empereur Maximilien. A ces deux lettres qui lui furent transmises par le baron de Pont, l'empereur répondit de Chapultepec, le 8 décembre 1868 :
« Mon cher baron de Pont. — J'ai reçu avec le plus vif plaisir votre bonne lettre du 38 octobre, et je suis touché de la chaleureuse sympathie que vous me conservez, malgré les ans qui s'en vont et l'infini océan qui nous sépare.
« Les indications que vous me donnez et les lettres que vous m'envoyez sont d'une grande importance pour moi ; dès le premier jour j'ai apprécié la capacité de Jésus Teran, et ici dans ce beau Mexique , j'ai appris à l'estimer de plus en plus.
« Teran est un vrai patriote comme son maître, il avait les meilleures intentions pour son pays; s'il est bien informé, il doit savoir que dans toutes les discussions , je défends son maitre et que je reconnais toujours combien en beaucoup de choses il a été utile au Mexique ; mais il lui arrive, comme à notre bon vieux Gutierrez, ce qui arrive à tous, il exagère, et les souvenirs de la réalité s'effacent.
a Tout bien écrites qu'elles sont, ses lettres présentent pourtant des inexactitudes essentielles, sur lesquelles, si m. »
SIS HISTOmB DU MEXIQUE.
fen trouve le loisir^ je voudrais bien faire un mémoire que je vous enverrai. Tai bien voulu croire ce que Teran me disait avant mon départ de l'Europe, et je savais que les idées des pauvres exilés et de la régence embarrassée , n'étaient que des fantasmagories. Je ne me fis jamais des illusions, mais j'ai trouvé que la situation n'était pourtant pas si triste que Teran la peignait alors , et qu'il voudrait encore la faire paraître, ce pays est meilleur qu'il n'en a la réputation, et il est précisément meilleur dans lé sens contraire aux exilés.
(( Tout ce que Gutierrez et ses amis ont avancé est faux et basé sur des erreurs inséparables d'une absence involontaire de plus vingt-cinq ans. Le pays n'est ni ultra-catholique, ni réactionnaire, l'influence du clergé est à peu près nulle, celle des anciennes idées espagnoles est complètement brisée, mais d'un autre côté le pays n'est pas encore libéral dans le bon sens du mot, comme Teran le croit ou du moins comme il l'espère. Le pays est désorganisé par cinquante ans de changements continuels et par l'immoralité constante de ses gouvernements, se nommaient-ils libéraux ou conservateurs,, toutes les questions politiques jusqu'à présent n'avaient pour centre que l'argent et l'influence, « garder ou prendre. » La question du moment et du prochain avenir est d'organiser le pays d'une manière réfléchie et patiente. Cette tâche n'admet ni miracles ni transitions subites et je cherche à éviter l'unique erreur de mon prédécesseur Juarez qui, dans le court espace de sa présidence, voulut tout briser et tout réformer. La seule chose à laquelle on peut prétendre, c'est un développement organique et une conviction réfléchie; il faut laisser de côté tous les coups brillants, ils sont permis en Europe où Ton a à faire à des esprits blasés, ici tout est jeunesse et vigueur.
« Si Teran parle des désillusions et désafibctions, je n'en suis pas surpris et je le trouve naturel, le temps des affections et de l'enthousiasme n'est pas encore venu, il faut d'abord que le peuple me connaisse, et je serai content si au vingt - cinquième anniversaire de mon avènement au
trône, je serai aimé et apprécié. Le dernier voyage de Timpératrice à Yera-Cruz et au Yucatan prouve , du reste , que l'esprit public ne nous est pas si contraire. Yera-Cruz nous reçut, il y a deux ans, lors de notre arrivée avec une froideur glaciale, comme on devait s'y attendre de la part d'une ville intelligente qui ne pouvait pas prévoir ce qui serait. Cette fois, Timpéralrice du Mexique a été couverte d'une enthousiasme auquel les souverains d'Europe ne sont plus habitués. Je ne parlerai pas du Yucatan, l'enfant gâté de mon règne où l'impératrice a été accueillie avec frénésie , mais je ferai noter que Yera-Cruz et le Yucatan représentent le libéralisme du pays.
(c Pour vous prouver qu'aussi de vieux libéraux se sont ralliés à l'empire, je vous citerai le fameux Mendez, président de la nouvelle cour des comptes, qui est arrivé il y a quelques jours; c'est un politique des plus rouges, mais honnête homme et voyant, comme il l'a déclaré publiquement, dans l'empire la dernière chance de sauver sa patrie. Je suis aussi en bons termes avec les conservateurs enragés; la ' preuve en est le conseil d'État, dans lequel les amis les plus réactionnaires de notre cher Gutierrez discutent avec moi en toute bonhomie, ces mêmes hommes qui, sous la régence, ont cru devoir se retirer du tribunal suprême.
« Je crois trouver dans les lettres de Teran une diplomatie profonde et réelle; je désire beaucoup m'entendre avec Juarez, mais, tout d'abord, il doit reconnaître la décision de la majorité effective de la nation qui veut la tranquillité, la paix et la prospérité et il faut qu'il se décide à collaborer avec son énergie inébranlable et son intelligence reconnue à l'œuvre difficile que j'ai entreprise. Si, comme je lé crois, il envisage réellement le bonheur du Mexique, il doit bientôt comprendre qu'aucun Mexicain n'aime autant que moi le pays et son progrès, et que j'y travaille avec toute sincérité et avec les meilleures intentions. Qu*il vienne pour m'aider sincèrement et loyalement, et il sera reçu à bras ouverts comme tout bon Mexicain. Il ne peut pas être question
d'armistice, parce qu'il n'y a plus d'ennemi loyal, mais seufemcnt des brigands barbares > conséquence naturelle de tant d'années de guerre civile, des bandes comme celles qui ont fait tant de mal en Italie et en Hongrie.
c( Un armistice serait contraire à mes principes et à mes devoirs. Je serai victorieux avec l'unique intention de travailler pour le bien de la nation, ou je périrai avec honneur, ce ()ui est toujours mieux et plus honorable que le marasme et la putréfaction au milieu de tous les éléments de prospé*rité, dont je ne veux pas citer des exemples odieux.
« En tous cas , vous pouvez remercier Jésus Teran , en mon nom, de ses bonnes paroles, vous lui direz que je suis prêt à recevoir Juarez dans mon conseil et parmi mes amis, mais, que pour le moment, j'ai à défendre ce qui est au dessus de ma vanité et de mon bien-être individuels, l'indépendance d'un beau pays et d'un peuple de huit millions, tâche digne d'un prince de ma famille. Je vous renouvelle mes remercîments. — Maximilien. »
On croirait rêver en lisant cette lettre, si ce malheureux prince ne nous avait habitué dans ses correspondances aux contradictions les plus étranges, aux sentiments et aux aperçus les plus opposés, manifestés quelquefois la même semaine sinon le même jour. Au moment où il déclarait n'avoir jamais eu d'illusions sur le Mexique, où il traitait si durement ceux qui l'avaient élevé au trône et recherchait la collaboration de ses ennemis-nés et de Juarez, il était à 1^ veille d'apercevoir l'abtme qu'il se creusait lui-même et la faute monstrueuse qu'il avait faite d'avoir répudié ses amis et ses partisans pour confier l'établissement de l'empire à des mains républicaines. En politique il ne faut pas être idéaliste; on paie cher cette manière d'envisager les hommes et les choses; il faut de la logique, de la fermeté, mais pas de faiblesse vis-à-vis de l'opposition ; elle porte malheur.
L'empereur, par inclination ou vanité, voulait se faire une réputation universelle de souverain libéral, aimant la liberté et détestant l'étranger; mais il ne sut pas établir cette repu-
talion ni donner cette liberté. La liberté est une si belle chose que Dieu lui-même a voulu donner le libre arbitre à rhomme et respecter sa liberté pour le rendre responsable de ses actes. Un gouvernement libéral est donc un gouvernement catholique dans son essence et nécessaire au développement de l'activité humaine. Mais il faut être libéral pour les honnêtes gens aussi bien que pour les malfaiteurs, ne pas entraver la liberté des premiers au profit des seconds qui voudraient la monopoliser. On accepte trop la définition de la liberté, telle que Tentendent les révolutionnaires, et qui se traduit dans leur langage par l'oppression des honnêtes gens et la licence des soi-disant libéraux. Un gouvernement n'est-ce pas une institution qui gouverne la société dans le devoir, l'obéissance aux lois, le respect des droits de chacun et du repos public? Un gouvernement gouvernet-il ainsi lorsqu'il favorise la minorité aux dépens de la majorité, lui permet de prêcher la haine, de semer la discorde et de préparer les révolutions dont les classes laborieuses et pacifiques seules souffrent? Un gouvernement est-il libéral parce qu'il a des faiblesses pour ces libéraux platoniques qui voudraient enchaîner la liberté, en faire leur esclave, et non la proclamer reine du monde? Ces faux amants de la liberté, du reste, ne se targuent guère de patriotisme, de logique et de libéralisme à l'égard de leurs rivaux; ils savent que le bonnet phrygien dont ils se coiffent en public, n'est qu'un éteignoir bon pour des chandelles de cabarets et ne sera jamais le drapeau de la liberté pour une grande nation.
L'empereur Maximilien^ devenu le jouet de ses rêveries libérales et de ses théories sur les gouvernements libéraux, oubliait qu'il fallait commencer par constituer cette agglomération d'hommes en un peuple soumis aux lois, cherchant son pain quotidien et son bien-être dans le travail et l'industrie; qu'il fallait consolider le pouvoir, avant de le compromettre par une politique qui d'imprudente, devint funeste, parce qu'elle était prématurée. Sans finances, sans armée.
316 HISTOIRE DU HSIIQUE.
sans aucun élément national de force et de vitalité, comment pouvait-il songer à se maintenir au pouvoir par l'appui des républicains? Avait-il pu faire exécuter un seul de ses décrets? Tous les essais qu'il avait fait dans cette voie, n'avaientils pas été de la plus déplorable stérilité? Il changea son ministère au mois d'octobre, comme il l'avait modifié au mois de juin, mais à quoi servait ce changement de personnes puisqu'il n'était pas accompagné d'un changement de politique? A la fin de 186S dQS rapports nets et détaillés arrivèrent à Paris, montrant l'empire mexicain complètement usé, impossible à galvaniser. Quelques-uns de ces rapports disaient qu'il n'y avait de salut pour le Mexique et de sauvegarde pour nos intérêts que dans l'abdication de l'empereur Maximilien. C'était vrai, et je crois que ces rapports et leur conclusion ont influé sur la mission du baron Saillard.
Je ne parlerai pas des lois , décrets et règlements qui furent publiés, en i 865, pour l'organisation provisoire du système politique, administratif et judiciaire de l'empire ; cette publication forme huit volumes in-octavo et n'a servi qu'à décerner le titre ironique deSoIon moderne à ce prince qui s'occupait plus de rédiger des lois que de les mettre en vigueur. Au mois de janvier 1866, le trésor mexicain était épuisé, l'armée mexicaine attendait encore son organisation, l'impératrice, revenue du Yucatan, apprenait la mort de son père et les Américains violaient les lois de la neutralité de la manière la plus indigne. Les lettres de l'empereur, à cette époque, contrastent avec la situation telle que les événements la présentent. Se faisait-il toujours illusion ou bien voulait-il cacher la vérité? Après avoir parlé de la commission pour l'organisation de l'armée nationale dans la lettre suivante adressée au général ,Woll, le 31 janvier. Sa Majesté ajoute :
« ... Je vous écris de Guernavaca où nous sommes depuis cinqjours, l'impératrice, pourpasser les premiers jours de son grand deuil, retirée du monde, et moi, pour lui tenir compa-
goie dans ces tristes moments, comme pour me reposer un peu physiquement et moralement de nos derniers grands travaux qui m*ont un peu fatigué.
ce La politique intérieure, grâce à Dieu, me permet ce court repos, les affaires vont bien — sic — , les partis commencent à se calmer un peu; les affaires matérielles se dé* brouillent, les guérilleros disparaissent peu k peu et les bonnes nouvelles d*un prompt et durable arrangement avec Rome font espérer un premier et grand triomphe de notre politique, etc. — Maximilien. »
Jamais pareil optimisme ne fut moins motivé. Sur cette organisation de Tarmée, Miramon écrivait le 4 février, de Paris, au même général... « L'empereur a nommé une commission pour organiser une armée qui doit avoir commencé ses travaux depuis la tin de décembre ou le commencement de janvier. Le général Uraga en est le président, et les membres sont les généraux Mora, Minon, Galindo, Miguel Andrade, Obando, le comte de Thun et deux officiers autrichiens ; mais ce qui nous intéresse, c'est que le général Marquez et moi, serons rappelés, à ce que Ton nous assure, parce qu'il s'agit de lever 60,000 hommes, en six divisions, commandées par les généraux Woll, Mejia, Uraga, Marquez, Parrodi et moi. Je ne saurais vous dire combien cela me fera plaisir, etc. — Miramon. »
Selon la coutume, l'exécution de ce projet n'eut jamais lieu. Aussi, le 28 septembre 1866, Miramon qui, étant encore à Paris, venait de perdre en quarante-six heures un fils qu'il idolâtrait et se disposait à rentrer au Mexique, dit dans une lettre : « La crainte, de perdre mon autre enfant, le mauvais état de santé de Goncha — M* Miramon — et le peu de confiance de voir mes honoraires jamais payés m'obligent à décider le retour de la famille dans notre chère patrie; je ferai le voyage par le prochain paquebot de Saint- Nazaire, du 15 octobre, et je pense l'accompagner jusqu'à la Havane où j'attendrai des ordres pour rentrer dans l'empire ou rester encore à l'étranger, etc. — Miramon. »
341 HISTOIRE DU MEIIQU]^,
Un mois après la lettre du 31 janvier, Tempereur écrivait à un autre personnage :
« Chapultebec, 28 février 1866 »... Au commencement du mois de janvier dernier, je suis allé passer avec Timpératrice quelques jours à Guernavaca ; elle y est restée et je suis venu à Mexico pour une quinzaine de jours, et retournerai de nouveau à Guernavaca à la fin de ce mois, cette tranquille résidence se prête à l'occupation des travaux intéressants pour lesquels j'ai appelé près de moi les ministres Robles, Escudero et Gastillo. Ges mêmes jours, lorsque j'arrivai dans cette résidence, Bombelles est venu ; j'ai eu avec lui de longues entrevues et ses conversations ont été pour moi assez satisfaisantes.
« L'impératrice et moi nous sommes très satisfaits de la situation actuelle; néanmoins, nous voyons qu'elle nous obligera bientôt k faire quelques changements dans le ministère comme dans le gouvernement, pour Igi donner une impulsion plus directe et plus harmonieuse, sans toutefois laisser croire qu'il y a le moindre changement dans mes principes fondamentaux, libéraux et de bon progrès.
<c La mort subite de notre excellent M. Langlais, dont la nouvelle vous sera sans doute arrivée déjà, a été un coup cruel qui m'a personnellement beaucoup affecté. Dans Langlais, qui était un des hommes les plus loyaux et les plus honorables que j'ai jamais connus, j'ai perdu yn ami intime et vrai, mon gouvernement a perdu un homme d'État de premier ordre, et sa mort inattendue, qui a été généralement regrettée, m'a appelé en toute hâte à Mexico pour régler les affaires pendantes. Au milieu de cette lamentable perte il nous est restée l'unique consolation de savoir que Langlais avait terminé déjà son immense travail du budget et posé les bases de son nouveau système, de sorte que maintenant M. M. pourra travailler directement avec moi pour que les affaires publiques n'éprouVent pas un grand préjudice, etc. — Maxirailien. »
Gette lettre également optimiste, n'est-elle point en désac-
oord avec celle qu'il écrivait le 5 février au maréchal Bazaine pour le remercier d*avoir fait faire une avance de S millions de francs au gouvernement mexicain, dans un moment où celui-ci ne pouvait plus payer personne? Au mois de mars l'empereur ne paraissait pas avoir modifié sa manière d'envisager la situation, comme on le voit dans la lettre suivante :
« Guernavaca , 16 mars 1866. — Je médite avec le plus grand calme vos impressions qui ne m'étonnent pas, et je ne désespère pas que nous n'arrivions à un heureux résultat. Les menaces des États-Unis qui ne font pressentir rien de sérieux, tout en irritant la fibre nationale en France, nous font plus de bien que de mal. Ils sont bien loin de vouloir faire la guerre, ce sont des bravades et des tentatives habiles d'intimidation qui ne me semblent devoir guère réussir visà-vis d'un pays tel que le vôtre qui a foi dans sa force et dans sa position dans le monde, qui ne livrera pas ses œuvres à la rapacité d'autrui. Ce serait le moyen de ne jamais retirer les intérêts des sacrifices déjà faits que de s'arrêter court lorsque l'avenir offre un suffisant hypothèque, etc. -— Maximilien. s>
L'empereur fait ici allusion à la mission du baron Saillard, envoyé au Mexique au mois de janvier 1866 pour régler notre situation financière et le départ de nos troupes. Cette résolution du cabinet des Tuileries provenait tout à là fois de sa condescendance pour l'opinion publique abusée par les discours des orateurs de l'opposition au corps législatif et les récits inexacts de la presse révolutionnaire en France, et de la certitude du gouvernement français que de nouveaux sacrifices seraient inutiles pour consolider l'empire mexicain. M. Rouher a parfaitement établi dans son discours du 10 juillet 1867, les causes principales de la mission du baron Saillard. Voici le passage de son discours qui traite ce sujet :
« Jfous avons dû examiner, messieurs, cette situation d'une manière approfondie, nous étions aux premiers jours de jan-
vier 1866. Quelles étaient les exigences ? Quelles étaient les demandes ? Pour continuer à occuper le Mexique, il ne fallait plus compter sur Texécution du traité de Miramar, sur le paiement des sommes qui y avaient été inscrites ; il fallait faire face aux frais du trésor français, à l'occupation du Mexique. Cela eût coûté cher à la France. Nous aurions dû nourrir et solder Tarmée mexicaine tout entière, la légion belge et la légion autrichienne, prendre la direction de toutes les affaires militaires de ce gouvernement, prendre la direction de toutes ses affaires financières, et venir demander à la Chambre un crédit qui ne se serait pas élevé à moins de 80 millions.
(c Quelle était la situation de Topinion publique?
« L*opinion publique s'était enfiévrée de cette question.
« Il y a dans cette nation, si riche en grands élans, une Impatience du but qui ne calcule pas les conditions de temps.
(( Nous étions depuis dix-huit mois au Mexique ; aucun résultat ne s'était obtenu, réalisé, on nous pressait de repatrier nos soldats. Que faire?
(( Oh! messieurs, si vous aviez eu affaire à ce gouvernement despotique qu'on vous signale quelquefois, il aurait pu s'entêter, s'opiniâtrer dans son œuvre et dire : J'ai voulu reconstituer un empire au Mexique, lui donner mon concours, je ne retirerai pas mes troupes, et j'affronterai tous les risques qui peuvent se rattacher à cette difficile entreprise. Mais, non!... Je ne sais pas comment, sous les monarchies antérieures, se passaient les conseils des ministres, mais je me souviens des délibérations auxquelles ont donné lieu ces grandes et vives préoccupations que nous avions sur les événements ultérieurs du Mexique.
« Eh bien, croyez-moi, messieurs, tout a été dit, avec vérité, tout a été dit avec résolution, ces qualités ne s'écrivent ni dans les constitutions ni dans les programmes, elles sont dans la conscience des hommes. (Très bien! très bien! — Bravo ! )
(c Oui, nous avons délibéré tristement et solennellement ; oui, nous avons interrogé les fluctuations de l'opinion publique, et nous nous sommes résignés à pronoqcer le mot d'évacuation. (Mouvement.) d
Quant aux instructions données au baron Saillard, ce n*est point les révéler que de les mutiler comme on l'a fait; aussi, dans l'intérêt de l'histoire, je crois devoir reproduire les deux dépêches remises à notre ministre, M. Dano, et qui sont conformes aux instructions de M. Saillard.
(c Le ministre des affaires étrangères au ministre de France au Mexique* — Paris, 14 janvier 1866. — Monsieur, la situation dans laquelle nous nous trouvons au Mexique ne saurait se prolonger, et les circonstances nous obligent de prendre à cet égard une résolution définitive , que l'empereur m'a ordonné de vous faire connaître.
« Notre expédition n'avait primitivement pour but que de poursuivre la revendication de nos créances et les réparations dues à nos nationaux. Si toutefois nous avons jugé utile d'accorder notre secours aux efforts d'une nation qui aspire à retrouver sous un gouvernement régulier l'ordre et le bien-être, si notre intérêt légitime nous a conseillé de seconder le prince qui se consacrait à cette généreuse tâche, . notre coopération devait se renfermer dans des limites précises, que la convention de Miramar a eu pour objet de déterminer. Les arrangements réciproques consignés dans cet acte ont fixé la mesure et les conditions dans lesquelles il nous était permis de faire servir les forces de la France à la consolidation d'un gouvernement ami. Il serait superflu d'insister sur les motifs qui mettent la cour de Mexico, malgré la droiture de ses intentions, dans l'impossibilité reconnue de remplir ces conditions désormais. D'une part , tout appel au crédit demeurerait infructueux ; de l'autre, nous ne pouvons pas, en dehors des stipulations convenues, prendre à notre compte exclusif les charges du gouvernement mexicain, pourvoir par notre armée à sa défense et par nos finances à ses services administratifs. Les avances que nous avons plus
«n HISTOIRE DU MEXIQUE.
d'une fois consenties ne sauraient ôtre renouvelées, et l'empereur ne demandera pas à la France de nouveaux sacrifices.
« Il faut donc, que notre occupation ait un terme, et nous devons nous y préparer sans retard. L'empereur vous charge, monsieur, de le fixer de concert avec son auguste allié, après qu'une loyale discussion, à laquelle M. le maréchal Bazaine est naturellement appelé à prendre part, aura déterminé les moyens de garantir, autant que possible, les intérêts du gouvernement mexicain , la sûreté de nos créances et les réclamations de nos nationaux. Le désir de Sa Majesté est que l'évacuation puisse commencer vers l'automne prochain.
ce Vous voudrez bien , monsieur , donner lecture de cette dépêche à S. Exe. M. le ministre des aflaires étrangères et lui en laisser copie. Je charge M. le baron Saillard d'y ajouter verbalement toutes les explications nécessaires et de me rapporter dans un bref délai la réponse par laquelle vous me ferez connaître les arrangements définitifs qui auront été conclus. — Recevez, etc. — Drouyn de Lhuys. »
— « Le ministre des affaires étrangères au ministre de France au Mexique. — • Paris, le 18 janvier 1866. — Monsieur, je crois devoir entrer ici dans quelques développements, pour votre complète information, sur le sujet auquel se rapporte ma dépêche en date d'hier.
(( Le règlement de nos réclamations, tel qu'il résulte de la convention que vous avez signée à Mexico, le 27 septembre 1868, et qui a reçu, dans ses dispositions essentielles, l'approbation de Sa Majesté, assure à nos nationaux une réparation acceptable des dommages qu'ils ont subis. Cette convention sera, nous n'en doutons pas, loyalement exécutée; ainsi sera atteint, en ce qui nous touche le plus directement, le but de notre expédition, et satisfaction sera donnée au grief qui nous avait contraints de prendre les armes.
a Je n'ai pas à rappeler les considérations qui nous avaient amenés, non pas à perdre de vue l'objet de notre expédition , mais à en profiter pour offrir au Mexique les
SBCOND EMPIRE. 9»
chances sérieuses d'une régénération nécessaire. Cette pensée, dont nous afQrmons de nouveau la légitimité, le désintéressement et la haute portée politique, a déterminé l'appui que nous avons prêté à l'entreprise courageusement tentée par l'empereur Maximilien. Décidés à seconder ses efforts, nous avons dû toutefois régler les conditions de notre coopération à la mesure des intérêts français dont nous avions» avant tout, à nous préoccuper. L'empereur, par une sage prévoyance, a voulu défendre son gouvernement contre les entraînements d'une idée généreuse, en définissant la na^ ture et en limitant d'avance l'étendue du concours qu'il nous était permis d'accorder. Nous avons dû stipuler en même temps les ressources équivalentes qui devraient nous être attribuées, et fixer la quantité et l'échéance des sommes destinées à défrayer nos dépenses. Tel était l'objet de la convention de Miramar, qui devait rester la règle de nos droits et de nos devoirs réciproques.
« Il serait sans intérêt aujourd'hui de revenir sur les circonstances qui empêchent le gouvernement mexicain de remplir désormais les obligations que cet acte lui impose, et qui menacent de faire peser sur nous, sans aucune des compensations promises, les charges du nouvel établissement. Je n'insisterai pas sur les observations qui abondent à cet égard dans ma correspondance avec la légation de l'empereur, et il me paraîtrait superflu de rechercher aujourd'hui, dans une discussion vaine, les causes d'une situation que mon devoir m'oblige seulement à constater. En droit, les clauses du contrat libérai qui nous liait au gouvernement mexicain ne devant plus être exécutées par lui, nous sommes dégagés nous-mêmes des obligations que nous avions contractées.
a Toutefois, monsieur, nous n'aurions peut-être pas songé à nous prévaloir de la faculté que nous donne la non-exécution par le gouvernement mexicain des engagements du traité de Miramar pour nous déclarer affranchis des nôtres, si notre résolution à cet égard n'était pas commandée par une
considération de fait qui n'admet pas de discussion. Le gouvernement mexicain est impuissant à fournir les ressources financières indispensables h l'entretien de notre état militaire, et il nous a même demandé de prendre en outre à notre charge la plupart des dépenses de son administration intérieure. Ces embarras ne sont pas nouveaux, et, à diverses reprises, nous avons essayé d*y pourvoir en facilitant des emprunts qui ont mis à la disposition du Mexique des sommes importantes. Aujourd'hui, tout nouveau recours au crédit est reconnu impossible. Que nous reste-t-il à faire en présence du vide constaté du trésor mexicain et des charges que sa pénurie rejette sur nous? Les prévisions de notre budget ne nous fournissent aucun moyen de suppléer à ce déficit. Le Mexique ne pouvant pas payer les troupes que pous entretenons sur son territoire, il nous deviendrait impossible de les y maintenir. Quant à demander à notre pays de nouveaux crédits pour cet objet, je m'en suis déjà expliqué avec vous, comme je vous l'ai dit, l'opinion publique a prononcé, avec une irrécusable autorité, que la limite des sacrifices était atteinte. La France refuserait d'y rien ajouter et le gouvernement de l'empereur ne le lui demandera pas. Loin de moi la pensée de méconnaître les efibrts accomplis par l'empereur Maximilien et par son gouvernement. L'empereur a abofdé résolument les difficultés inhérentes à tout établissement nouveau, et que les conditions particulières où se trouvait le Mexique rendaient encore plus ardues peut-être. Son impulsion s'est fait sentir partout, et, s'il ne lui a pas été donné d'opérer au gré de ses bonnes intentions, et aussi rapidement qu'il les a conçues, les transformations que réclame l'administration du pays, d'incontestables résultats n'en attestent pas moins l'activité de son initiative. Dans les provinces comme dans la capitale, partout où l'empereur et l'impératrice, si vaillamment associée à l'œuvre de son auguste époux, ont pu se faire connaître personnellement, l'accueil sympathique des populations témoigne de leur confiance et des espérances qu'elles rattachent à l'afiTer-
SECOND EMPIRB. 355
missement de l'empire. L'empereur a proclamé lui-même la fin de la guerre civile, si toutefois les résistances à son autorité méritaient ce nom.
« Cette situation encourageante a bien des égards m'amène à me demander si l'intérêt bien entendu de l'empereur Maximilien ne se trouve pas ici d'accord avec les nécessités auxquelles nous sommes tenus d'obéir. De tous le reproches que font entendre les dissidents à l'intérieur et les adversaires du dehors, le plus dangereux pour un gouvernement qui se fonde, est certainement celui de n'être soutenu que par des forces étrangères. Sans doute le suffrage des Mexicains a répondu à cette imputation ; elle subsiste pourtant, et l'on comprend combien il serait utile à la cause de l'empire de retirer cette arme à ses adversaires.
« Au moment où ces diverses considérations nous obligent à envisager le terme de notre occupation militaire, le gouvernement de l'empereur, dans sa sollicitude pour l'œuvre glorieuse dont il a pris l'initiative et dans sa sympathie pour l'empereur Maximilien, devait se rendre un compte exact de la situation financière du Mexique. Cette situation est grave, mais elle n'est point désespérée. Avec de l'énergie et du courage^ avec une volonté ferme et suivie, l'empire mexicain peut triompher des difficultés qu'il rencontre sur sa route ; mais le succès n'est qu'à ce prix. C'est la conviction que nous avons puisée dans l'examen attentif et consciencieux de' ses obligations et de ses ressources, et vous vous efforcerez de la faire passer dans l'esprit de l'empereur Maximilien et de son gouvernement. — Recevez, etc. — Drouyn de Lhuys. »
L'empereur Maximilien fiit très peu de cas de la mission du baron Saillard ; il croyait que le gouvernement français se fâchait, parce qu'il était mal renseigné, et attribua une bonne partie de ce mécontentement à la conduite de M. Hidalgo qu'il ne trouvait pas assez zélé pour le Mexique, assez habile vis-à-vis de la France; aussi, lui retira-t-il la légation de Paris pour la confier au général Âlmonte. L'empereur, dès le mois de mars, avait transporté mon cabinet à Paris ;
à peine étais-je parti de Mexico qu'il me fit envoyer la note suivante pour la faire publier dans les journaux européens : — la lettre d*envoi porte la date du 18 mars 1866, palais de Mexico.
« On nous annonce que M. Hidalgo, ex-ministre plénipo* tentiaire du Mexique auprès du gouvernement flrançais , rentre en Europe sans aucun caractère officiel.
« Des personnes habituellement bien informées prétenf dent que la manière dont ce haut fonctionnaire a cru servir les intérêts de son gouvernement à Paris, n'a nullement répondu aux intentions de son souverain, et qu'il faudrait lui attribuer certains malentendus regrettables qui auraient pu être évités.
« Nous apprenons d'ailleurs que la nomination du digne général Almonte au poste qu'occupait M. Hidalgo a produit partout au Mexique la plus heureuse impression. Le dévoûment de Tancien président de la régence à la cause de l'intervention n'est ignoré de personne, et cette nomination nous semble devoir être interprétée comme un gage de plus que donne le gouvernement de l'empereur Maximilien de son sincère désir de marcher entièrement d'accord avec le ca^ binet des Tuileries. »
M. Almonte fut donc envoyé à Paris dans l'espoir qu'il fe^ rait renoncer notre gouvernement à rappeler le corps expé* ditionnaire, et qu'il obtiendrait des avances d'argent pour le compte du gouvernement mexicain. M. Almonte accepta la mission diplomatique que Sa Majesté lui confiait et renonça spontanément avant de partir aux positions élevées qu'il occupait en sa triple qualité de grand maréchal de la cour, de ministre de la maison impériale et de Grand-Chancelier des ordres impériaux. L'empereur lui-même fit des économie)? pour ménager les ressources de l'État. « Les sages réformes^ financières, dit-il dans une lettre du 3 mars, que nous a léguées l'excellent et à jamais regrettable M. Langlais, m'im^ posent l'obligation de dissoudre le cabinet et de le remplacer par un simple secrétariat. » Dans une note du 29 mars, Sa'
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Majesté motive la renonciation qu*Elle a faite des deux tiers de sa liste civile; j'étais, en outre, chargé de la publiera dans Y Indépendance belge et un des principaux journaux de Paris. » La voici :
« Nous apprenons que l'empereur du Mexique vient de renoncer spontanément aux deux tiers de sa liste civile qui s'élevait à 1,500,000 piastres, et l'impératrice à la moitié de sa dotation, afin d'alléger lès charges qui incombent au trésor mexicain et donner à leur nouvelle patrie l'exemple de l'économie sérieusement appliquée. Ce trait de désintéres-^ sèment, venu de l'autre côté de l'Océan, ne laissera pas que d'étonner, sans doute, plus d'une monarchie européenne. Quant à nous, nous aimons à y voir une preuve non équivoque que donne l'empereur Maximilien à tous les porteurs de la rente mexicaine, de sa résolution de remplir religieusement les engagements contractés avec eux par son gouvernement, et nous sommes convaincus que ces derniers y verront un nouveau gage de loyauté et de bonne foi... »
Peu de temps après cette renonciation, l'empereur fit une pension à la veuve du général Zaragoza. Cette pension ne devait naturellement pas grever le pauvre budget mexicain, mais était-ce politique de montrer tant de générosité vis-àvis la famille d'un général qui avait combattu l'intervention; tandis que les soldats de l'empire souffraient de la pénurie du trésor?
A Paris, on attendait le retour du baron Saillard pour régler d'une manière définitive la rentrée de nos troupes. A peine arrivé, le baron déclara en plein conseil des mi^ nistres que l'empire mexicain avec Maximilien pour empereur était devenu une impossibilité, que de prolonger notre occupation du Mexique, c'était verser du sang et dépenser de l'argent en pure perte pour le pays que nous avions voulu régé* nérer. Il ne faut pas oublier que M. de Montbolon ayant au Mexique trouvé la politique suivie par l'empereur contrairel à celle que Sa Majesté aurait dû suivre, avait envoyé à notre ministre des affaires étrangères des rapports! défavorables! m. S5
au gouvernement mexicain. M. de Montholon , nommé ministre plénipotentiaire à Washington, transporta aux États- Unis la mauvaise impression qu*il avait éprouvée à Mexico contre le nouvel empire ; en outre, aux États-Unis, il avait des intérêts de famille et des sympathies acquises par sa résidence et son mariage dans ce pays. Il n*est donc pas étonnant de voir M. de Montholon exagérer, à son insu, les dispositions hostiles du cabinet de Washington contre l'empire mexicain et prendre une manœuvre politique intérieure pour des intentions de guerre qui n'ont jamais existé , ni dans l'esprit du gouvernement américain ni dans l'esprit public. Ses appréciations n'en étaient pas moins alarmantes, et devaient être, à cause de la position exceptionnelle de ce ministre, considérées par le cabinet des Tuileries, comme l'expression vrai du sentiment général qui régnait aux États- Unis.
Dans celte question, comme dans toutes celles qui se rapportaient au Mexique, le cabinet des Tuileries fut mal servi. Il n'est donc pas étonnant que, pressé par l'opinion publique en France, par les attaques incessantes de l'opposition, par l'inutilité de prolonger notre occupation et pour éviter sinon un conflit avec les États-Unis, au moins des embarras sérieux au moment ou l'Europe se préparait à la guerre, il n'est pas étonnant, dis-je, de voir le cabinet des Tuileries annoncer dans le Moniteur du 6 avril la rentrée de nos troupes pour l'année 1866 et celle de 1867.
Tai mis vingt ans à connaître le Mexique et les États-Unis dans leur histoire, leurs institutions, leurs tendances, les rouages de leur administration et le caractère des dififérentes classes qui constituent leur échelle sociale. Mes études n'avaient d'autre but que celui de connaître ce qui est et non ce que j'aurais voulu qui fût; elles m'ont convaincu que la question mexicaine était complètement inconnue en Europe, n'importe à quel point de vue.
Il est naturel que l'opposition dynastique et lopposition républicaine au Corps législatif comme dans la presse, aient
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attaqué, à tort et à travers , notre intervention au Mexique. II est fâcheux que nos députés ne soient pas obligés de faire à leurs frais, pendant deux ans, avant de siéger à la Chambre, un voyage autour du monde pour étudier les intérêts français dans les questions étrangères et transocéaniques. Ces messieurs comprendraient alors Timportance des expéditions lointaines, l'utilité de voir notre pavillon flotter sur toutes les parties du globe et favoriser la création de nouveaux marchés d'achat et de vente pour notre commerce et notre industrie. Un député qui vit confortablement dans sa province et n'a jamais dépassé nos frontières, lésinera toujours sur les sommes qu*il doit voter dans l'intérêt de notre pays et de notre drapeau, si cet intérêt est éloigné! En France l'opposition, s'étant donné la tâche de critiquer le pouvoir dans tous ses actes, n'a vu ou fait semblant de ne voir que les sacrifices, sans daigner jeter les regards sur les avantages immenses que nous devions retirer du succès de notre expédition au Mexique. Son patriotisme, jugé par ses discours et ses écrits, nous conduirait à la plus humiliante nullité, si on s'y laissait tromper. En attaquant Fexpédition du Mexique, elle attaquait le gouvernement dans son œuvre ; en la faisant avorter , elle remportait une victoire morale qui devenait une arme dans ses mains. De là cet acharnement dont le Mexique était le prétexte et l'abaissement du prestige impérial le but.
La conduite des États-Unis dans la question mexicaine semble n'avoir été comprise qu'à Mexico. L'esprit éminemment pratique des Américains les porte à laisser de côté leurs sympathies pour telle ou telle forme du gouvernement chez leurs voisins, pourvu que leur commerce et leur industrie trouvent leur intérêt dans un ordre de chose stable. La république mexicaine n'a jamais été pour eux un grand marché ; la consolidation de l'empire leur promettait, au contraire, un débouché important pour leurs machines, leur charbon, leurs laines, leur coton et bien d'autres marchandises. Juger l'opinion publique aux États-Unis par le lan-
3«d HISTOIEB DU MEXIQUE.
gage du gouvernement et de certains journaux est une erreur que ne commettent jamais ceux qui ont vécu longtemps dans ce pays et se sont donné la peine de l'étudier. Du reste» ce langage n'a pas été toujours bostile à Tempire mexicain, je Tai déjà prouvé dans mon dernier ouvrage sur le Mexique. Nous avons paru ignorer les nécessités de tactique du gouvernement américain, et nous avons pMs au pied de la lettre ce qui n'était qu'une formule, un moyen de fortifier son point d'appui.
Au milieu des embarras de la guerre et des inquiétudes que lui inspirait le soin de sa propre conservation, le cabinet de Washington a tenu* au sujet des affaires mexicaines un langage plein de circonspection. Le il février 1864, M. Seward écrivait à M. Dayton : a Nous ne reconnaissons les révolutions que par ordre du président, après mûre et entière considération. Jusqu'à une autorisation régulière pour une reconnaissance, nous n'entretenons pas de communications officielles ou autres avec les agents politiques ou les représentants des mouvements révolutionnaires avec lesquels nous maintenons nos relations diplomatiques. »
Le 30 avril de la même année, M. Seward écrivait de nou veau au représentant américain à Paris : « Il n'est pas impossible que l'avéoement de l'archiduc à l'autorité du Mexique cause des embarras à notre gouvernement. Mais nous ferons tout ce que la prudence, la justice et l'honneur exigent pour les éviter, en même temps nous ne mettrons au tiaSfird aucun de nos droits nationaux. Si ces précautions ne peuvent nous garantir contre une agression, j'espère, sans grands efforts, nous mettre à la hauteur des devoirs qui nous seront incombés. »
Au mois de mars 1865, la guerre régnait encore aux États-Unis, mais les chances tournaient en faveur du nord et le gouvernement de Washington pouvait déjà donner à d'autres soins qu'à ceux de là défense de l'Union une partie de son attention. Le ministre américain remit une dépêche à M. Drouyn de Lhuys, dans laquelle M. Seward, obéissant à
une pensée qu'il ne révèle pas, mais qu'on devine, s'entretient des mouvements de l'opinion publique dans le nord. <c Les Américains, dit*il, comptent leurs ennemis à l'étranger; ils supposent que, parmi leurs anciens alliés, la France faiblit, et l'on désire à la Maison -Blanche voir le cabinet des Tuileries saisir une occasion pour lémoijnfier de ses sentiments envers FUnion américaine ». M. Drouyn de Lhuys proteste, verbalement et dans une note, à notre ministre, contre les suppositions du peuple américain. La France, ajoute-t-il, a conservé pendant.la guerre une stricte neutralité, et sa conduite a été telle, qu'elle a le droit d'attendre la réciprocité de la part des États-Unis dans les affaires du Mexique. Ainsi commence à prendre place, dans les relations diplomatiques de la France et des États-Unis, lu question de l'avenir du Mexique. En avril, Richmond tombe, le parti confédéré met bas les armes faute de ressource pour prolonger la lutte, le gouvernement de Washington se sent libre de reprendre à l'étranger les habitudes de sa politique outrecuidante. Néanmoins, la reconstitution de l'Union devant être laborieuse, M. Seward ne rend qu'insensiblement une protection efficace à Juarez; il ne retrouve encore toute son assurance que dans son discours d'Auburn, appelé à produire de l'impression, surtout sur ses compatriotes, en vue des élections. Dans sa correspondance officielle il est plus mesuré ; aussi permet-il à M. Bigelow de dire à M. Drouyn de Lhûys que le cabinet de Washington regrette la république du Mexique et ne saurait envisager avec faveur l'établissement du système monarchique chez ses voisins; mais il reconnaît quearépreuve.des institutions démocratiques et républicaines faite depuis près d'un demi-siècle au Mexique, est loin d'être favorable, et qu'elle a causé à cet infortuné pays plus de maux qu'elle ne leur a procuré de biens ».
Le 2 mai, M. Drouyn de Lhuys, prend acte de cette déclaration et répond à son tour en disant :
« Nous avons facilité par notre concours la consolidation d'un nouveau régime qui, en travaillant consciencieusement
m HISTOmB DU MEXIQUE.
telle est la loyauté de nos dispositions que, le 20 juillet, le ministre des affaires étrangères écrit à notre représentant pour qu'il ait h infornief le cabinet de Washington des ^)esure^ prises à Mexico, eu vue de l'immigration des confédérés.
Mais ù Washington on parait chercher bien plus des pré* textes de se plaindre que des occasions de se féliciter de Tattitude de la France. Dans ses recherches^ il découvrit des lettres volées ou perdues, d*après lesquelles le docteur W. Gwin et sa famille, c< traîtres au gouvernement des États- Unis, » ont obtenu des concessions de terrains niétallifères sur le territoire mexicain, dans le voisinage des Éiais-Unis, et que ces établissements supposés patronnés par Tempereur des Français sont une menace pour le gouvernement fédéral. S'appuyant sur ces lettres, M. Bigelow remit le 1^' août, à M. Drouyn de Lhuys, une note aussi ridicule qu'insolente, à laquelle il fut répondu dignement le 7 août. Dans cette réponse on lit les passages suivants :
ce Nous serons toujours prêts, monsieur, à répondre loyalement aux demandes d'explications qui nous viendront d'un pays allié, lorsqu'elles seront inspirées par un esprit de conciliation, présentées sur un ton amical, et fondées sur des documents réguliers ou des faits positifs. Mais je dois ajouter que l'empereur est résolu à repousser toute interpellation qui nous serait faite sur un ton comminatoire, à propos de vagues allégations et sur la foi de pièces d'un caractère équivoque
« Quant à la France, elle a, monsieur, en plusieurs occasions et avec une entière franchise, témoigné sa résolution d'observer dans toutes les questions intérieures qui peuvent agiter ou diviser l'union, une impartiale et scrupuleuse neutralité. Nous n'avons à offrir , comme gage de nos intentions, que notre parole; mais nous estimons que la parole de la France est une garantie qui doit suffire à une puissance amie, de même que nous nous contentons de la parole que le gouvernement fédéral nous a donnée de conserver fidèlement la neutralité à l'égard des affaires du Mexique. »
Dans une dépêche du 17 août, M. Drouyn de Lhuys fait plus que de rapporter à M. de Montholon les termes de sa réponse du 7, il entre de nouveau dans la question de la neutralité des États-Unis à Tégard du Mexique, et en montre la raison politique. Après Tincident Gwin , il s*en présente un autre. L'empereur Maximiiien écrivit à Washington et le président Johnson refusa de recevoir sa lettre. M. Drouyn de Lhuys crut devoir juger dans une note cette démarche inopportune à laquelle le gouvernement Trançais était resté étranger. En attendant la réponse du cabinet de la Maison-Blanche à la note du 7 août, une autre dépêche du 3 septembre nous apprend que M. Seward regrette de plus en plus la chute de la république mexicaine.
ce M. le secrétaire d*État, dit M. Bigelovv dans la note qu'il a laissée au ministre des affaires étrangères, exprime la confiance que les nations américaines continueront à prospérer sous le régime républicain. Au Mexique, notamment, il désire et il espère voir cette forme de gouvernement se perpétuer et se consolider. Il n'en reconnaît pas d'autre, et le gouvernement de ce pays est toujours, à ses yeux, personnifié dans le président Juarez. Il reconnaît un état de guerre existant entre la France et la république mexicaine ; il n'a pas à réexaminer les causes ni à émettre une opinion sur les griefs qui lont amené; le gouvernement fédéral est résolu àobserver une stricte neutralité entre les belligérants ; mais il espère que, la guerre terminée, les institutions républicaines lui survivront au Mexique. »
M. Drouyn de Lhuys se refuse avec raison à entrer dans une dissertation dogmatique sur les mérites comparés des institutions monarchiques et républicaines, mais il manifeste son étonnement « de voir méconnaître à ce point les faits existants et l'incontestable autorité qu'ils ont reçue des libres suffrages de la nation mexicaine. »
« Il ne m'était pas possible, cependant, de ne pas opposer une protestation formelle aux assertions de M. le secrétaire d'Ëtat, persistant à considérer M. Juarez et ses bandes er-
3«6 HISTOIRB DU MEXIQUE.
rantes, non seulement comme un belligérant, mais encore comme le chef reconnu d*un gouvernement régulier. Je ne pouvais ici me défendre d'un rapprochement qui se présentait de lui-même à fesprit. Lorsque nous avons reconnu aux États du sud le caractère de belligérants, le gouvernement fédéral le leur a énergiquement contesté, et cependant un pouvoir constitué résidait à Richmond; il était obéi sur de vastes territoires, levait des impôts, était dérendu par de nombreuses et vaillantes armées commandées par des chefs renommés; c'était là un belligérant; nous avons constaté le fait sans aller pourtant jusqu'à reconnaître le gouvernement qui faisait mouvoir ces forces imposantes, et sans entrer en relations avec lui. Or, je cherchai^ vainement, je l'avoue, la trace d'une situation analogue au Mexique. J*y voyais un ancien président, fuyant de village en village, et, je le répète, je me demandais par quelle méprise on peut le supposer encore investi, non seulemAit des droits d'un belligérant, mais encore des attributs d'un chef de gouvernement. »
Dix jours après l'envoi de cette dépêche, H. Drouyn de Lhuys recevait la réponse du gouvernement américain au sujet du docteur Gwin. H. Seward dit dans sa note qu'il a appris avec satisfaction que les projets Gwin étaient abandonnés, qu'il regrette que M. Drouyn de Lhuys ait blâmé, dans le fond et dans la forme, la réclamation du 7 août, destinée à prévenir des difficultés et de calmer des craintes qui auraient pu altérer les bons rapports existants entre les États-Unis et la France. « Le président est reconnaissant d'avoir reçu une nouvelle assurance de la résolution de l'empereur d'observer une impartiale et scrupuleuse neutralité dans toutes les questions intérieures qui peuvent agiter ou diviser les Etats-Unis. »
Au mois d octobre, la durée de l'occupation française au Mexique est mise sur le tapis ; M. Bigelow avait ouvert la voie à cette question dans une entrevue avec le ministre des affaires étrangères. Dans une dépêche du 18 octobre, M. Drouyn de Lhuys déclare que le gouvernement français
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désire retirer le corps auxiliaire aussitôt que la situation le permettra; il ajoute a qu*il dépendait beaucoup des États- Unis de faciliter le départ de nos troupes, en adoptant envers le gouvernement mexicain une attitude amicale qui aiderait à l'affermissement de Tordre et dans laquelle nous pourrions trouver des motifs de sécurité pour les intérêts qui nous ont obligés à porter nos armes au delà de TAtlantique. »
Plus d'un mois s'écoule ensuite sans que de nouvelles dépêches soient échangées ; mais, vers la fin de novembre, M. Bigelow vient saisir M. Drouyn de Lhuys de réclamations sur l'affaire Iturbide, et sur le décret du 3 octobre. Dans la réponse faite le 28 novembre au gouvernement américain, H. Drouyn de Lhuys dit : « que Juarez, dont le mandat légal vient d'expirer, ne représente plus rien, même aux yeux de ses rares partisans; que changeant constamment de résidence, n'ayant ni armée, ni finances, ni administration, il n'est, en droit comme en fait, revêtu d'aucun des caractères qui constituent un chef d'État. L'empereur Maximilien peut-il, dans de pareilles conditions, accorder aux bandes qui tiennent encore la campagne les droits des belligérants? Le gouvernement fédéral n*a-t-il pas contesté cette qualité aux confédérés du sud? Et cependant la confédération avait un vaste territoire, des pouvoirs partout obéis, des généraux d'un rare talent, des armées dont les troupes fédérales n'ont pu vaincre la résistance qu'à force de patience et de courage.
« La prétendue autorité de Juarez n'est au contraire qu'une fiction. Où est le siège de son gouvernement? Qui sait le nom de ses fonctionnaires ou.de ses officiers? Quelle est la province, quelle est la ville qui lui est soumise? Oii trouve-t-on des traces régulières de son administration? Qu*en reste-t-il, sinon quelques bandes indisciplinées ne vivant que de brigandage? Si aujourd'hui les débris des armées du sud formaient des guérillas parcourant le territoire fédéral, les États-Unis s'aviseraient-ils de les traiter comme des belli-
ses HISTOIRE DU MEXIQUE.
gérants? Dans une pareille situation, il ne s'agit pas de loi internationale; il n*y a plus qu'une question intérieure, et le premier devoir d'un gouvernement bien organisé, c'est de maintenir l'ordre dans le pays. »
Non seulement Juarez avait terminé son temps légal, mais encore ses propres partisans protestaient contre la prolon* gation de ses pouvoirs, qu'il prorogeait de sa propre autorité. La première nouvelle de ces protestations parvint à l'empereur Haximilien par la lettre suivante du maréchal Bazaine.
« Mexico, 9 décembre 1865. — Sire. — En rentrant j'ai trouvé la dépêche suivante du général de Gastagny :
— c( Durango, S décembre. — Le général Manuel Ruiz, a président de la cour suprême — de Juarez — s'e:>t rendu « au commandant Billot le 1^' décembre, au Rio-Florido, €( déclarant se séparer du gouvernement de Juarez. Il a « adressé au président, è la date du 30 novembre, une pro- (c testation contre la prorogation de pouvoirs que s'est <c attribués Juarez par décrets du 8 novembœ. Un courrier « extraordinaire porte une dépêche détaillée avec toutes les « pièces. »
<€ Cette nouvelle est importante, et Juarez n'est plus aux yeux de son parti, qui sHntilule de la légalité^ qu'un usurpateur, si les gens de bonne Toi veulent rester dans la constitution. Je suis, etc. — Maréchal Bazaine. »
Voici le décret par lequel Juarez prorogeait ses pouvoirs :
« Art. 1. Dans le présent état de guerre, les fonctions du président de la république doivent être et seront prorogées pour tout le temps nécessaire au delà de la période constitutionnelle ordinaire, jusqu'à ce qu'il puisse remettre le gouvernement entre les mains du nouveau président qui sera élu, aussitôt que l'état de guerre permettra de procéder légalement à'son élection.
ce Art. 2. De même doivent être et seront pix)rogés les pouvoirs de la personne qui remplit les fonctions de président de la cour de justice, pour tout le temps nécessaire au
SBCOND BMPfRS. . S6»
delà de la période ordinaire, afin qu'il puisse remplacer le président, s*il vient à manquer.
(c Et j*ordonne que ce décret soit imprimé, publié, mis en circulation et dûment exécuté.
« Donné à Paso del Norte, le huit novembre mil huit cent soixante-cinq. — Benito Juarez. »
Afin de paralyser la protestation' du général Ortega, qui devait lui succéder, en sa qualité de président de la cour de justice, sur le fauteuil présidentiel, Juarez destitua Ortega par un autre décret daté du même jour et le déclara pas-r sible des tribunaux pour avoir été à l'étranger, en temps de guerre, sans autorisation du président de la république. En effet, le générai Ortega adressa à M. Lerdo de Tejada, ministre de Juarez, une protestation datée de Paso del Aguila, 21 décembre 1868, et qui commence ainsi :
ce Protestation du président constitutionnel de la suprême cour de justice de la république mexicaine.-— L'acte immoral et impolitique qu'a consommé D. Benito Juarez en vous faissftit expédier les décrets du 8 novembre dernier, m'ont placé dans le cas pénible de protester devant la nation contre le contenu de ces décrets,
1^ Parce qu'ils sont contraires à ce qui a été expressé» ment prévu par la constitution, et en conséquence, illégaux, arbitraires et injustes ;
â*' Parce qu'ils créent une dictature au profit de D. Benito Juarez, lequel peut abolir ou remplacer, selon son bon plaisir, les autorités de l'un des pouvoirs fédéraux, lequel est indépendant et souverain, et est émané du vote de la nation. De cette manière il détruit un principe républicain et la base de l'ordre légal qui est la forme de gouvernement établie par la constitution.
5» Parce qu'ils sont une insulte pour le peuple mexicain et pour ceux qui ont combattu pour ses droits et autour du drapeau national, en ce qu'ils laissent supposer clairement que le sang versé par ce môme peuple, que ces milliers de
victimes n'ont eu d'autre but que la défense de la personne de Juarez...
&" Et parce que enfin pour les bases sur lesquelles s'appdent ces décrets, on a eu recours non seulement à un sophisme, mais encore à la calomnie, pour ce qui me con* cerne, etc. — Jésus G. Ortega. »
De même que dans l'histoire de la république on a vu la marche progressive des ambitions américaines, vis-à-vis du Mexique, de même ont voit dans le langage de H. Seward vis-à-vis des puissances européennes un progrès dans ses prétentions les plus inqualifiables à mesure qu'on lui répond par la modération sinon par des concessions. En Europe, on connaît peu les habitudes et les nécessités politiques du gouvernement américain ; par des ménagements imprudents et maladroits, on exagère l'opinion qu'il a déjà de son importance, de sorte que cette importance grandit en réalité chaque jour, comme influence sur la politique européenne, et qu'elle deviendra menaçante et même désastreuse pour les intérêts matériels de l'Europe si l'on ne se hâte d'y opposer un frein.
Après les élections du New-Jersey, M. Seward s'aperçut que le parti radical ou républicain allait devenir en majorité dans les Chambres; le gouvernement, poursuivant alors avec une sage persévérance le projet de reconstruction, il dut, pour s'assurer le concours de la majorité, sacrifier, en, paroles, la politique étrangère à la politique intérieure. Il arbora donc la doctrine Monroê pour se rallier les radicaux ou mettre une barrière à leur hostilité; il se mit à la tête du mouvement pour le diriger; par une manœuvre très habile, il alla si loin que les Chambres eurent peur d'un conflit réel avec l'Europe. Aussi, renvoyèrent-elles immédiatement à la commission dés affaires étrangères, la question mexicaine, c'était la renvoyer aux calendes grecques, comme le désirait le cabinet de Washington.
Dans sa correspondance diplomatique comme dans toute sa vie politique, M. Seward obéit à l'inflexible nécessité, déjà
signalée, de compter avec les partis, de ménager les exigences électorales, de couper l'herbe sous les pieds des adversaires de Tadministration qu'il personnifie. Il ne peut ni veut laisser k l'opposition le monopole du langage patriotique et de la doctrine Monroê. Il prend les devants sur elle et s'approprie l'attitude que comptaient prendre ses ennemis pour battre en brèche sa politique intérieure. C'est là un genre d'habileté particulier aux hommes d'État de l'Amérique du nord, qu'on ne connaît qu'après les avoir longtemps pratiqués, et qu'il faut se rappeler pour ne pas se méprendre sur la portée de leurs actes.
Je n'exposerai pas ici la doctrine Monroê, si contraire, dans son principe, à la signification qu'on lui donne aujourd'hui; j'en ai suffisamment parlé dans le cours de cette histoire et dans mon Mexique tel quHl est. Je dirai seulement que cette doctrine était plutôt un drapeau qu'une arme pour H. Seward, parce que l'opinion publique aux États-Unis ne voulait pas de son application ; elle avouait hautement, par la voie des journaux que « la doctrine Monroê, — telle qu*on l'entend actuellement — était la négation du droit des nations et l'extinction de l'indépendance nationale de tous les États auxquels on pourrait la faire appliquer ». Mais si M. Seward ne pouvait imposer la doctrine Monroê aux États voisins, par la force, il pouvait en essayer le triomphe par l'intrigue et créer par ce fait des embarras sérieux à la France. Profitant des vacances parlementaires, M. Seward partit un jour pour Saint-Thomas, sous prétexte de raison de santé. La dépêche qui annonçait à l'empereur Maximilien cette nouvelle est ainsi conçue : « Il est arrivé un navire de guerre américain à Saint-Thomas. Le général Santa-Ânna, en grand uniforme se transporta sur ledit vapeur et fut salué de vingt et un coups de canon ». M. Seward, s'imaginant que Santa-Anna jouissait encore au Mexique de son influence d'autrefois, songeait à se servir de l'ex-dictateur pour diriger à son gré la question mexicaine. Ils convinrent ensemble que le gouvernement de Juarez serait écarté parce
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que la France refuserait toujours de traiter avec lui. Maximilien devait abdiquer et Santa-Anna le remplacerait comme président de la république, après avoir reconnu les créances françaises et les emprunts contractés par Maximitien. M. Se^ ward devait appeler Santa-Anna aux États-Unis, aussitôt que le rappel de notre corps expéditionnaire serait décidé.
Ce projet ne se réalisa pas; M. Seward, voyant les partisans d*Ortega, de Romero et de Santa-Anna se déchirer de leur mieux aux États-Unis, fut bientôt convaincu que Tex-^ dictateur n'avait plus d'influence dans son pays; ensuite, il était préférable pour les États-Unis de voir le Mexique revenir sous la férule de Juarez qui pourrait le démembrer encore, au profit de la grande république. Juarez, déjà lié par des traités, triompha donc de ses rivaux, par i'intermé^ diaire de M. Romero. Plus tard, madame Juarez fut conduite à Vera-Cruz sur un navire de guerre américain et Santa- Anna, pris à Tombre du drapeau des États-Unis fut aban-" donné par H. Seward qui n'avait plus besoin de lui pour ses projets politiques.
On suit aisément, dans la conduite et les dépêches succès-^ sives de M. Seward, les plans qu'il se propose et la pression croissante sous laquelle il écrit. Tant que l'interrègne législatif le laisse maître de la situation, il prépare ses moyerrs et se borne à des indications générales sur le mauvais effet moral produit aux États-Unis par les événements du Mexique. A mesure qu'approche le moment où il va se trouver en face du congrès, ses représentations s'accentuent davantage et prennent le caractère d'une chicane. C'est alors qu'il proteste contre certaines mesures du gouvernement mexi^ cain et nomme le général Logan représentant auprès de Juarez. Cette nomination avait pour but de montrer au congrès que la dépêche de M. Drouyn deLhuys du 2 septembre' n'avait point influencé le cabinet de la Maison-Blanche et que le gouvernement impérial de Mexico ne serait point re^ connu. Le général Logan ne se trompa point sur le caractère de la mission dont on semblait l'investir; il savait qu'elld
était purement fictive et refusa de partir, à moins qu'on ne lui donnât le pouvoir d'intervenir en faveur de Juarez. M. Seward le laissa tranquille. Le 8 décembre, M. Drouyn de Lhuys, dans une dépêche regrette cette nomination dont il révèle l'inconvenance et les inconvénients.
Pourtant, le parti d'hostilité contre le sud parle de plus en plus haut. L'idée de rendre aux vaincus leurs droits constitutionnels est repoussée avec une énergie croissante par les ultra, et tout fait prévoir une lutte acharnée sur le point de savoir si les représentants des anciens Ëtats confédérés doivent ou non être admis à siéger dans les chambres. M. Seward, pour conjurer l'orage, se rejette sur le Mexique; il repousse la transaction quer lui propose la France ; il écrit à M. Bigelow sa dépêche du 16 décembre, qui aurait l'air d'une mise en demeure, si les ménagements de la forme ne disaient clairement que l'on ne songe ni à menacer, qi à offenser, ni à défier.
Le but de cette tactique est de s'avancer tellement que, le jour où les pièces seraient communiquées au congrès, celui-ci, au lieu de déborder le gouvernement, se trouvât presque débordé lui-même. En demandant communication des pièces, la chambre ne s'attendait pas à en voir l'allure si tranchée; elle avait en vue d'accuser le secrétaire d'État de faiblesse et de se donner à elle-même, vis-à-vis du pays, le relief d'une attitude de fierté nationale, pour quelque déclaration à grand effet. Elle a été surprise et déjouée dans son calcul, en découvrant que ce qu'elle voulait faire, M. Seward l'avait déjà fait ; aller plus loin c'était la guerre, et personne ne la voulait. M. Seward pressentait qu'on jouerait avec le feu tant qu'on le verrait de loin; pour éviter un danger, il mit le congrès à deux pas de l'incendie ; puis, il fit reculer en permettant les événements de Rio Grande.
Préparée ouvertement sur le territoire américain, exécutée par des soldats nègres de l'armée fédérale, dont une surveillance complaisante avait favorisé la désertion, l'affaire de Bagdad est une preuve évidente de la coupable duplicité m. 34
ni HISTOAB DU HEXIQUB.
du gouvernement américain. Le commandement des bandes juaristed recrutées aux États-Unis est donné, au mois de déèembre, aax généraux Grawford et Reed qui viennent à Brownsville. Le 2 janvier, le général Weitzel, commandant les troupes fédérales au Texas, écrivit au général Hejia, sur une réquisition de Grawford, pour empêcher la justice d'avoir son cours, relativement à dix-sept bandits juaristes, accusés de vol à main armée. A cette injonction le général jftejia répondit par la lettre suivante :
a Division Mejia, quartier général. Matamores, i janvier 1866. — Général, je vous accuse réception de votre communication en date de ce jour. Je me trouve dans la nécessité de repousser hautement la participation à laquelle vous prétendez dans les affaires intérieures de ce pays. La question «qui fait l'objet de la protestation contenue en votre note a été portée actuellement devant des tribunaux Compétents, et nul n'a le droit de suspendre leur action. Pour votre gouverne personnelle, j'ajouterai que les individus dont vous parlez sont accusés d'avoir enlevé par force et les armes à la ïnain treize chariots, trente-six mules et dévalisé treize personnes. Il serait vraiment étrange, général, qu'au milieu du dix-neuvième siècle des bandits et voleurs obtinssent l'aide et la protection du monde civilisé. Par la môme occasion, je me vois obligé de vous rappeler le contenu de la lettre que j'eus l'honneur de vous adresser le 21 décembre dernier.
c( Je renverrai sans réponse toutes communications de la nature de celle que j'ai sous les yeux en ce moment et conçues dans le même langage, —Acceptez, général, etc. — Thomas Mejia. — Gommandant la ligne du Rio-Grande. »
Le lendemain, 3 janvier, les troupes de Grawford se mitent en route pour Bagdad, afin d'y commettre une scène de meurtre et de pillage que la Liberté n'a pas osé justifier, tout en cherchant à justifier, dans son numéro du 21 octobre 1867, l'exécution de Mejia, appellée des représailles à propos de la reproduction de la correspondance du 2 janvier de ce général, avec le général Weitzel. Voici sur eette
SEGOm) EMPIRE. 9f^
a^ire le rapport da Menitor de Vera^ruz, qui est exactement le même que ceux publiés aux États-Unis.
«c Dans la nuit du 4 au 5 janvier, vers quatre heures du matin, Bagdad a été surpris par un nombre considérable de soldats nègres des États-Unis, qui se sont répandus de tous ' côtés en déchargeant leurs carabines et leurs revolvers, dans le but de jeter la terreur parmi les habitants et de les tôliger à s'enfermer chez eux. Cette attaque inattendue, que personne ne pouvait prévoir, a rempli la ville d'effroi et paralysé tous ceux qui auraient pu se défendre en d'autres circonstances. Les envahisseurs se dirigèrent d'abord du côté du corps de garde mexicain, dont le factionnaire fut tué, ainsi qu'un des soldats de poste ; deux autres furent blessés et le reste fut fait prisonnier. Deux soldats parvinrent à s'échapper en se jetant k la rivière; ils gagnèrent la rive opposée et ^e rendirent à Glarksville. Une fois maîtres du port, cinquante noirs s'emparèrent de la* caserne, aprèst avoir tué te clairon, au moment où il allait sonner l'alarme. Après une courte résistance, qui coûta la vie à cinq soldats mexicains, la garnison, composée de deux cents hommes, fut enfermée dans la maison de ville et gardée par des soldats nègres. Le vapeur Antonia^ descendu de Matamoros pour remettre à bord de la Tysiphone quelques marins envoyés par le général Mejia, se trouvait en ce moment à l'ancre dans la rade de Bagdad. Les noirs, après avoir mis en liberté M. Forster, détenu par ordre des autorités impériales,, le mirent à leur fête et se disposèrent à attaquer VAntonia. Embusqués dans les maisons environnantes, ils commencèrent par diriger sur le vapeur un feu nourri, appuyé d'une pièce d'artillerie dont deux projectiles atteignirent la coque du navire. Il y eut une lutte assez vive qui coûta de grandes pertes aux assaillants, et à YAntoniaj un caporal français et un sergent autrichien ; enfin le vapeur s'éloigna dans la direction de Matamores. Suivant les personnes venues de Bagdad qui nous donnent ces détails, les soldats nègres portaient l'uniforme de l'armée fédérale; à l'attaque de VAntonia, ils étaient
accompagnés de leurs officiers, mais avec des rubans blancs à la casquette, sur lesquels on lisait le nom de Cortina.
ce Aussitôt après le départ de VAntonia^ le pillage commença au milieu des scènes les plus atroces. Escobedo, venu pour prendre part au pillage, se retira en voyant que les pillards de la côte du Texas travaillaient pour leur propre compte et non pour sa cause. Les Mexicains de la basse classe et la police se joignirent aux nègres pour saccager la ville. Un Français, nommé Roque, fut assassiné, sa femme violée. D'autres malheureuses femmes subirent le même sort; deux d*entre elles furent tuées. Le juge Alonzo fut massacré par un nègre; le juge Ceroza ne dut son salut qu'à une rançon de cent piastres qu'il versa entre les mains du major Sears. Le désordre dans les rues était indescriptible; les maisons étaient mises à sac ; les marchandises, les meubles et tout ce qui pouvait avoir un peu de valeur, partagés attire les officiers et les soldats. M. L., Tun de ceux qui ont réussi à gagner Glarksville, a donné sa voiture au colonel Hall, qui se fit signer un reçu de 200 piastres, comme s'il avait payé Cette somme, afin de mettre son honneur à couvert. Le major Sears s'était emparé de plusieurs chevaux et d'une riche selle, appartenant également à M. L. En apprenant ces lamentables événements, le général Weitzel avait envoyé, pour empêcher le pillage, un détachement de ISO noirs, sous les ordres du colonel Hudson. Mais ces noirs ne purent résister à la tentation et se joignirent aux premiers, pour achever la ruine de cette malheureuse ville, dont les richesses ont passé au Texas, sur les vapeurs qui vont et viennent d'une rive à l'autre. La qualité de citoyen américain n'était même pas une sauvegarde aux yeux de ces bandits, qui ont dévalisé leurs compatriotes comme les autres. Tout individu qui voulait passer à Glarksville, devait livrer tout ce qu'il avait sur lui, bijoux et valeurs. M. de la S. a dû se défaire de sa montre et de sa chaîne, outre l'argent qu'il portait sur lui, afin de pouvoir traverser la rivière, (c Bagdad est ruiné ; tout ce que contenait cette malheu- ^
reuse ville a été transporté au Texas comme butin; une partie a été envoyée à Brownsville , le reste a été embarqué sur des chaloupes à destination de Brazos Santiago. »
Les événements de Bagdad soulevèrent l'opinion publique aux États-Unis; une réaction se produisit et le 25^ corps d'armée tout entier, le général Weitzel en tête, fut licencié et renvoyé dans ses foyers. Crawford fut arrêté et interné au fort Jackson près de la Nouvelle-Orléans. Malheureusement, nous considérâmes le sac de Bagdad comme une simple affaire de flibustiers; aussi, notre modération fortifia-t-elle l'audace de M. Sev^rd qui écrivait en février h M. Bigelow : « Vous informerez M. Drouyn de Lhuys, en toute franchise, que les sympathies du peuple américain se manifestent tous les jours avec plus d'ardeur en faveur de la république du Mexique, et qu'il est disposé à regarder avec impatience l'intervention prolongée de la France dans ce pays. »
ia note du 6 avril fut une déception pour M. Seward ; il s'était flatté d'obtenir, non pas davantage en fait, mais mieux en apparence. Pour M. Seward, le terme fixé à l'intervention n'était pas le point essentiel; ce qu'il avait à cœur c'était une constatation ofiScielle qu'en fixant ce terme, la France se rendait au vœu des États-Unis et donnait gain de cause à sa diplomatie. La forme dans laquelle l'empereur Napoléon annonça sa résolution lui a enlevé ce triomphe, puisque la note du Moniteur s'adresse au gouvernement français et non à celui de Washington. Le chef du cabinet en conserva un secret dépit, se promettant de prendre sa revanche tôt ou tard, et comme ce n'est pas un homme disposé à laisser tomber une question oh trouvent si bien leur compte sa popularité et sa réputation d'homme politique, il a tourné ses batteries contre l'Autriche, prétendant lui interdire le droit de laisser recruter chez elle pour la légion étrangère de l'empereur Maximilien. Néanmoins dans sa note du 23 avril, c'est à dire deux jours après la remise officielle de celle du Moniteur^ M. Seward révèle sa rancune par le ton de
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maître qu'il s*arroge, comme on peut le juger par les lignes suivaoies :
a Le gouvernement a reçu des assurances satisfaisantes de l'empereur des Français, que toutes les troupes françaises seront retirées du Mexique, et que la France poursuivra une politique de non-intervention absolue dans les affaires mexicaines. Notre gouvernement exigera la môme politique de la part de toutes les puissances européennes. On a reçu de Paris et de Vienne des avis ofQciels que Tettipereur d'Autriche s'est engagé à fournir des troupes à Maxi<milien pour remplacer celles de France, et qu'un grand nombre de soldats autrichiens sont au moment de s'embarquer pour Vera-Cruz. M. Seward a donné à M. Motley l'ordre de demander ses passe-ports aussitôt que le premier navire serait parti avec des troupes pour une expédition de œ genre, et de notifier au gouvernement de Vienne que le mjr nistre autrichien à Washington recevrait ses passe-ports a« reçu d'une semblable nouvelle. L'intervention de toute puissance européenne dans les affaires du Mexique sera désormais considérée par notre gouvernement comme une cause de guerre. La France a été engagée dans une guerre avec le Mexique en cherchant le redressement de torts et d*injures qu'elle avait subis. Elle a maintenant accepté la politique de non-intervention dont les États-Unis, en ce qui regarde le Mexique, se feront désormais eux-mêmes les gardiens. i>
La prétention d'interdire les enrôlements des volontaires autrichiens était bouffonne de la part d'un gouverneme&t qui, pendant la guerre du sud, n'avait presque que des Allemands et des Irlandais à son service et avait étendu ses enrôlements au monde entier. Cependant ce fut avec le plus grand sérieux et avec une raideur plus grande encore que H. Seward la mit en avant. Cette fois il n'y va pas par quatre chemins, et l'on reconnaît de suite combien il se sent à son aise de n'avoir plus affaire à la France. Si le gouvernement autrichien laisse embarquer un seul soldat pour le Mexique, les États-Unis rompront toute relation avec lui. Voilà du
SEGONB pMPlRJf . m
mèîx^e coup le premier et le dernier mot d^ cette sommation pe^i respectueuse.
Où n'a pas été surpris de voir le secrétaire d'État soulever c^ nouvel incident; on sait qu'il excelle dans ces .chicane^, d*où il trouve toujours moyen de tirer parti pour son renom d'habileté. Dfais les termes absolus avec lesquels il a posé de suite cette question ont étonné tout te mondée; il falI^U q^'ii fût persuadé que la France n'interviendrait pas, sinoja, selon son habitude, il aurait d*abord sondé le terrain, puis serrait ménagé une porte de sortie. M. Seward pousse sa hardiesse juste jusqu'au point où il sent que ce serait imr prudent d'aller plus loin. Il sait s'arrêter à temps, et même, si d'aventure il s'avance trop, entraîné par une illusion, il semçnage une retraite et ne craint pas de reculer. L'homme qui, en novembre 1861, déclarait urbi et orbi que jamais oo n^e relâcherait MM. Slidel et Mason, et qui, six semaines après, faisait reconduire les deux prisonniers à bord d'un navire anglais, cet homme-là ne sera jamais embarrassé pour sortir d'u^ mauvais pas. Il n'a plus la question mexicaine pour combattre l'opposition parlementaire, mais il a ressuscité l^a la question de VAlabama et créé celle des Fénians. Le point important pour le cabinet de Washington est de dominer la politique intérieure au moyen de la politique extérieure,
Dans la question mexicaine il ne s'agissait pas pour lui de la promesse faite par la France de rappeler ses troupes ; c'était là, si paradoxal que cela puisse paraître, le côté secondaire de la question. Le vrai but de la correspondance à graad eifet du secrétaire d*Ëtat consistait à traverser la session sans que le congrès pût s'opposer au projet de reconstruction, et s'avisât de lancer une bombe impossible à éteindre. M. Seward était sûr de maîtriser la situation tant qu'elle ne sortirait pas de ses mains ; il n'en aurait plus été de même, si la question du Mexique lui avait échappé pour tomber dans le domaine parlementaire. Éviter que cela arrivât fut sa constante occupation, c'est dans cette pensée qu'il faut chercher le secret de sa conduite et de toute sa
correspondance. En se montant au diapason oti on Ta vu, il a beaucoup moins obéi à une intention d'exigence envers la France, qu'à un calcul de politique intérieure. Lorsque la question des Fénians et celle de VAlabama seront résolues, le gouvernement américain sera obligé d'en chercher d'autres pour empêcher les États-Unis de se diviser en deux ou plusieurs républiques, et s'il ne s'en trouve pas, il lui deviendra impossible de prévenir une inévitable et prochaine dislocation de l'Union américaine.
La suite de la correspondance diplomatique de M. Seward et de M. Drouyn de Lhuys, pendant l'année 1866, n'est plus que la conséquence de deux situations à peu près identiques. D'une part, M. Seward, sous la pression d'une nécessité politique, continue ses instances auprès du cabinet des Tuileries pour accélérer l'évacuation de nos troupes; la forme de son langage varie selon les difficultés de sa position et notre condescendance. Il risqua pourtant de perdre le terrain gagné, car au milieu de l'année 1866, notre mouvement de concentration qui devait précéder notre départ du Mexique, fut un moment suspendu, par suite de son attitude. H. Seward recula. D'autre part, M. Drouyn de Lhuys, voyant l'opposition en France semer et développer dans l'opinion publique la crainte, humiliante pour notre amour-propre, désastreuse pour nos intérêts, d'une guerre avec les Ëtats- Unis, voyant cette crainte devenir générale et le pays presque entier demander l'évacuation du Mexique, sachant d'une autre côté que l'empereur Maximilien, n'ayant plus de partisans ni aucun élément de stabilité, ne pourrait jamais constituer l'empire, M. Drouyn de Lhuys, dis-je, conserve dans ses notes cette modération que les Américains prirent pour de la timidité, et qui n'était, après tout, que l'aveu officiel de notre désir de nous retirer d'une position désormais insoutenable.
Après avoir tracé le rôle joué par les États-Unis dans la question mexicaine, il ne reste plus qu'à relater les faits généraux qui ont précédé la tragédie de Queretaro.LelSmai,
Tempereur étant enfin convaincu que les décrets devaient être remplacés par des faits, écrivait à son ancien chef du cabinet militaire qui revenait d'une mission à Paris :
« Mon cher Loysel. — Je me félicite de votre heureux retour qui ne pouvait se produire dans des circonstances plus opportunes, car par suite des dernières résolutions... rai plus que jamais besoin du concours de votre inaltérable dévoûment et de votre grande connaissance de l'organisation des armées. •
c( Le gouvernement français, en retirant prochainement ses troupes, nous met dans l'obligation de pourvoir par nous-mêmes au prompt achèvement de la pacification. Vous trouverez mes idées à ce sujet esquissées à grands traits dans le mémoire ci-joint, et je vous serais reconnaissant de me rédiger un plan d'opérations actives basé sur ces idées et les nombreux documents que l'état-major général vous fournira sur la situation actuelle.
oc II est encore un autre point pour lequel vos lumières me seront bien précieuses. Le maréchal Bazaine m'a proposé la formation de bataillons franco-mexicains : ce projet m'a paru fort sage quoique susceptible de légères modifications, et je désire que vous organisiez ces bataillons d'accord avec le ministre de la guerre et le quartier général, en prenant leurs éléments parmi les meilleurs, car ils devront être plus tard un des plus fermes appuis de l'ordre. Recevez, mon cher Loyel, les assurances de la bienveillance de votre très afTectipnné. — Maximiiien. »
Il était urgent d'adopter l'excellente mesure proposée par le maréchal Bazaine, et cette fois l'empereur laissa faire notre quartier général qui s'empressa d'organiser ces bataillons appelés « chasseurs du Mexique. » L'organisation de ce corps qui devait constituer le noyau d'une armée natio^ nale fut poussée activement dans les villes principales de l'intérieur. Il devait se composer de quarante bataillons d^engagés volontaires, avec un cadre d'officiers, sous-officiers et soldats français et mexicains. Une prime de 28 piastres était
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payée à chaque engagé. Ces bataillons étaient commandés par des chefs de bataillons Trancais. Ces corps étai^^nt traités d'après les règlements de l'armée française, payés avec régularité et pourvus de tout le nécessaire. La durée de l'engagement fut fixée à 2, 3, 4, S, 6 et 7 ans. Les engagés de^ vaient avoir de 18 à 38 ans. Leur temps de service une foî^ accompli, on leur délivrait un congé en forme et ils ne pour vaient être rappelés sous les drapeaux contre leur gré. Les grades supérieurs étaient accessibles à tout soldat mexicain qui aurait donné des preuves de courage et d'intelligence. Si l'empereur avait fait en 1864 ce qu'il fit en 1866, relative^ ment à Tarmée, il aurait eu de bons soldats et d'excellents officiers pour le défendre en 1867. Mais on a vu qu'il priait sans cesse le maréchal Bazaine de lui faire des projets d'orga-nisation d'armée, qu'il ne les avait jamais exécutés et qu'il avait confié au général Thun une t&clie que des Français seuls pouvaient remplir au Mexique.
En 1866, la situation empirant chaque jour, les nuages survenus entre l'empereur Maximilien et le maréchal Bazaine ne firent que grossir. Le maréchal placé, d'une part, entre sa responsabilité personnelle, les intérêts de la France, les ordres de son gouvernement et, d'autre part, les indécisions de l'empereur Maximilien, l'excessive faiblesse de Sa Majesté à l'égard des Mexicains, son penchant à ne laisser aucune autorité importante à. des Français, son ignorance de l'art de la guerre et des nécessités d'une armée, le maréchal, dis-je, avait eu jusqu'alors une position très difficile qui devait soulever bien des tiraillements entjre lui et le gouvernement mexicain. Toutes les lettres contradictoires publiées par M. de Kératry, comme dans cet ouvrage, témoignent que l'empereur montrait tantôt une grande affection pour le chef du corps expéditionnaire et tantôt un désir de le voir remplacé par un autre général.
En 1866, l'empereur, qui s'était révélé jusqu'à cette époque fort au dessous de sa situation, dont l'indulgence et la bont^ lui avaient fait perdre la considération publique, deviei^t
SBGOND
plus décidé; il profite un peu de Texpérience acquise et finit en 1867 par se montrer un souverain digne de sa race. Malbeureusement, son énergie se réveilla trop tard. Des intérêts se groupent encore autour de son trône» mais les' Mexicains Tout abandonné pour la plupart, il ne trouve guère de sympathie que dans les rangs de l'armée française. Quel^ ques-uns des personnages mexicains qu'il a comblés de bien*^ faits, d'autres dont il a méconnu le caractère et l'influence^ travaillent au Mexique comme en Europe à sa chute. Ea France, au Mexique; partout on désire son abdication, on U prépare, on la croit indispensable pour sauver la patrie» comme deux ans plus tôt on travaillait à son élévation et l'oo attendait de lui le salut de cet infortuné pays. On se hftta trop de conspirer le retour de ce prince à Hiramar. On savait ce qu'on avait alors, on ignorait ce qu'on aurait après sot départ.
Je ne crois pas que l'empire pût encore être sâuvé^ en 1866, mais en voyant l'empereur changer non pas de principe, mais de tendances, revenir insensiblement dans le bon chemin ; eç songeant que le Mexique ne retrouverait probablement jamais une autre occasion de se régénérer et de prendre son rang parmi les nations civilisées, il était permis de croire que tous les intéressés tenteraient un dernier effort pour consolider ce trône si près de l'abtme. On n'en fit rien. Lorsque le sentiment d'un danger commun vint opérer une réactioa en faveur du souverain, on avait trop attendu pour faire ce suprême effort, il devint stérile.
Bien des Mexicains regrettent aujourd'hui leur défaillance ou leur apathie lorsqu'ils auraient encore, sinon pu prévenir la chute de l'empire, au moins éviter les désastres qui l'onit suivie.
Pendant les six premiers mois de l'année 1866, des améliorations s'opèrent ; on voit encore bien des décrets promulgués, mais ils sont utiles et pratiques. Le 8 janvier. Sa Majesté concède le privilège d'un chemin de fer de Puebla au Pacifique pie Bulletin des Uris publie durant ce mois d'au-
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très concessions d'utilité publique. Le 10 février, parut la loi d*internement et de droit de contra-registro qui devait donner au trésor bien des sommes que la contrebande et la fraude lui enlevaient. Le 15 mars , Tempereur réduisait sa liste civile au chiffre mesquin que j!ai déjà signalé. Le S avril, Sa Majesté prenait également des mesures pour faire recouvrer à rËtat les créances que. lui devaient les détenteurs de biens nationaux. Le lendemain, il prescrivait l'établissement d'un séminaire à Zamora dans le Michoacan. A la fin d'avril, la réorganisation des finances nationales, si souvent commencée, si souvent interrompue par le départ, la maladie ou la mort de nos agents, était à peu près achevée. L'économie, la réduction des dépenses au strict indispensable^ telle était le point de mire du gouvernement. Les réductions, arrêtées dans toutes les branches de Tadministration, furent appliquées dès le mois de mai. La révision des biens du clergé désamortisé révéla que leur montant s'élevait à plus de 62 millions de piastres. Sur cette somme, 25 millions étaient entrés dans les caisses publiques avant rintervention ; on aurait donc pu diminuer de 37 millions de piastres la dette de TÉtat. Ces révélations ne laissèrent pas de produire une certaine impression sur la moralité des gouvernements antérieurs à l'intervention.
Le 29 mai parut un décret déclarant que la contribution sera prélevée sur le revenu et non plus sur le capital ; un autre décret instituait en dehors de cette contribution un droit d'un demi-réal sur chaque 50,000 vares carrées — la vare est un peu moins d'un mètre-— sur les propriétés rurales. La correspondance officielle disait à ce sujet : « L*Ëtat va donc se trouver en mesure d'offrir à l'émigration des avantages qu*elle n'a pas eus jusqu'à présent, en mettant à sa disposition des terrains sur lesquels chacun avait établi ses droits selon ses convenances ou ses convoitises. Il pourra également commencer l'affranchissement de la race indienne, si dévouée au nouvel ordre de choses, en la faisant passer, en partie, du prolétariat à la condition sociale
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qui offre le plus de garanties à l'ordre public et au progrësi c'est à dire à la digaité que donne la conscience de la possession et le sentiment de l'indépendance.
(c Enfin, si on envisage cette mesure au point de vue de l'économie politique, on voit qu'elle est conforme aux plus saines doctrines de cette science. En assurant au pays un revenu permanent, elle le mettra à même, dans un temps donné, de baisser les tarifs de douane dont l'élévation forcée nuit à son développement commercial et industriel, et elle lui permettra surtout de faire face à ses dépenses sans avoir recours h des emprunts qui sauvent quelquefois le présent, mais presque toujours en compromettant Tavenir. »
Le Code civil fut pareillement publié, ainsi que d'autres lois, règlements et décrets d'un intérêt général. En théorie l'empire commençait à marcher; mais en réalité, il n'était guère soutenu que par nos soldats et quelques sacrifices d'argent que le maréchal Bazaine avait eu le courage de prendre sous sa responsabilité dans un moment où l'empereur ne pouvait plus payer ni l'administration, ni l'armée. Sa Majesté ne s'apercevait pas du vide qui se faisait autour d'Elle et conservait encore des illusions sur l'impossibilité de se maintenir ainsi longtemps avecses propres ressources. Je crois, néanmoins, que ces illusions n'étaient point sans un mélange de quelques éclaircies qui lui montraient la vérité dans toute sa nudité ou sans quelques velléités d'abandonner la partie et de revenir à Mi ramar. L'horizon politique devenait menaçant pour TAutr]che; Maximilien avait pris ses précautions, en prévision d'un retour possible; au mois de décembre 1864, il avait protesté contre le Pacte de famille, au mois de septembre 1865, il adopta moralement le petit fils d'iturbide, au mois de janvier 1866, il renvoya M. Éloin sonder l'opinion publique en Autriche sur la popularité de sa personne et s'informer en Europe d'autres particularités secrètes non moins importantes. L'empereur songeait-il à quitter déjà le Mexique dans un temps plus ou moins rapproché? Ces faits semblent l'indiquer.
m HISTOIEB M HfiXIf^.
Je dois publier ici un brouilloa de lettre que Sa Majesté éerivait à Tempereur Napoléon, à la fin du mois de mai, et dont l'importance n'échappera à personne. Pour rintelli* gence de cette lettre je suis obligé de mettre entre deux târetsdes mots oubliés, effacés ou illisibles.
« Monsieur mon frëre^ — j'ai reçu avec grand plaisir votre lettre du 12 avril... Rien ne peut être plus utile à l'œuvre que nous avons entreprise en commun, qu'une grande franchise » — pour éviter -- « de petits malentendus qui » — gr&ce — « à la largeur de l'océan ne peuvent manquer de se produire... Pour mon compte nul ne désire plus vivement que les légers nuages qui viendraient à surgir soient dissipés par des explications franches et immédiates.
« Votre Majesté paraît croire que j'aurais songé à ne pas exécuter les clauses du traité de Miramar; M. César, soussecrétaire des finances, au mois de décembre dernier, avait» il est vrai, démontré à cette époque la difficulté, sinon l'impossibilité de payer les sommes dues à la France d'après le traité; mais ses observations reposaient plutôt sur des considérations de politique que de finances; car alors comme depuis, la pacification marchait peu et les ressources des douanes et des impôts commençaient à se tarir d'une manière effrayante. Malgré tout, l'ordre de payer jusqu'au mois de juin de cette année » — mot illisible — oc tracé par le traité de Miramar, a été religieusement donné; je pense donc que c'est par un malentendu seulement que Votre Malesté a pu être induite à croire que nous n'avions pas jusqu'à présent accompli les stipulations du traité.
« Quelque effet que ces tiraillements aient pu produire, je compte qu'une entente cordiale avec Votre Majesté me permettra de conduire à bien l'œuvre que j'ai entreprise. Vous me recommandez les finances et l'armée; je continue à m'occuper des premières et j'espère dans la venue prochaine d'un haut fonctionnaire qui continuera les travaux du regrettable M. Langlais. Quant à l'armée, le jour même où je re-
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eevais la lettre de Votre Majesté, j^ëorivais au marëcfaal Bazaine pour Tinviter à se réunir à moi une fois au moins pâff semaine, afin de traiter la question militaire. Dans ces séances auxquelles devront assister ie ministre de la guerre, rintendant Priant et le commandant Loysel, je veux régler l'organisation immédiate de 20,000 hommes de troupes nationales, la formation solide des corps mixtes qui prendront le nom de « Cazadores de Mexico », la pacification systématique du pays et assurer Texécution rapide de toutes les mesures jugées nécessaires pour atteindre ces différents objets ».
Le brouillon de cette lettre se termine ainsi brusquement. Il paraît justifier la dépêche du 31 mai publiée par M. de Kératry comme document accusateur contre le gouvernement français, et que je vais expliquer. Mais il ne faut pas oublier que Sa Majesté avoue dans sa lettre que son ministre lui avait « démontré, au mois de décembre, la difficulté sinon Timpossibilité de payer les sommes dues par le traité deMiramar. « L'empereur ajoute, il est vrai, qu'il a donné les ordres de payer, mais il ne dit pas si M. de Germiny avait de l'argent pour exécuter ces ordres. Il peut paraître naturel à M. de Keratry qu'un gouvernement écrive à un autre : « Vous ne payez plus ; » et que Tautre réponde : c< Mais si, je paie toujours ; » mais à tout esprit impartial cela paraîtra {jeu vraisemblable, car les faits sont ou ne sont pas, on n'en discute pas l'existence , puisqu'ils portent avec eux des preuves. Voici la dépêche dont j'ai parlé plus haut : — Paris, 31 mai 1866. — Le général Almonte a remis à l'empereur les lettres de S. M. l'empereur Maximilien et s'est acquitté des communications dont il était chargé pour le gouvernement français. Sa Majesté a le regret de voir exprimer ici la surprise que lui ont causée ces communications. Depuis plus d'un an, les instructions adressées aux agents français au Mexique, inspirées parle sentiment des devoirs et des obligations réciproques que nous avons contractées, avaient pour objet de flaire parvenir au gouvernement mexicain des
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conseils dictés par les intérêts des deux pays, non moins que par la sincère amitié que Sa Majesté porte à l'empereur Maximilien.
« Ces conseils ne semblent pas avoir été compris. Les propositions formulées par M. le général Àlmonte l'indiquent assez, en même tempç qu'elles révèlent la méconnaissance complète d'une situation sur laquelle on ne peut pas différer d'éclairer la cour du Mexique.
ce On n'a pas à rappeler l'origine de l'expédition française ; sa légitimité ressortait de nos griefs : obligés de nous faire justice, rexpérience du passé nous commandait de rechercher pour l'avenir des garanties contre le retour des actes qui avaient si souvent attiré sur ce pays, au prix d'expéditions onéreuses, des répressions sévères, mais toujours inefficaces. Ces garanties devaient surtout résulter de la fondation d'un gouvernement régulier assez fort pour rompre avec les traditions de désordre que s'étaient léguées des pouvoirs éphémères. Quelque désirable que fût l'établissement d'un tel gouvernement, moins que tout autre, nous pouvions songer à l'imposer, et nous avons toujours désavoué hautement un pareil dessein. Nous n'avons pas voulu croire cependant que les éléments d'une régénération politique indispejisable fissent défaut à la société mexicaine, et nous nous étions promis de seconder tous les efforts qui seraient tentés par le pays lui-même pour l'arracher à l'anarchie qui le dévorait. Cette entreprise avait sa grandeur ; elle a séduit l'empereur Maximilien. A l'appel de la nation mexicaine, sans se laisser arrêter par les difficultés et les périls de la tâche, il s'y est courageusement dévoué. Il pensait, comme Tempereur Napoléon, que de grands intérêts de conciliation et d'équilibre se rattachaient à l'indépendance du Mexique, à l'intégrité de son territoire, garanties par un gouvernement stable et réparateur , et il savait que notre appui ne lui manquerait pas pour l'aider à réaliser une œuvre profitable au monde entier.
a Les devoirs de l'empereur envers la France lui corn-
mandaient toutefois de mesurer, à l'importance des intérêts français engagés dans cette entreprise, l'étendue du concours qu'il lui était permis d'offrir au Mexique pour en assurer le succès. C'est à cet effet qu'a été conclu le traité de Miramar
(c Or, du contrat qui avait établi nos droits et nos obligations, la France a largement acquitté les charges qu'elle avait acceptées, et elle n'a reçu que bien incomplètement du Mexique les compensations équivalentes qui lui étaient promises. C'est un fait que nous devons constater, parce qu'il ne dépend pas de nous d'en supprimer les conséquences. Nous sommes loin de méconnaître les obstacles et les difficultés de toute nature contre lesquels S. M. l'empereur a eu à lutter. Si nous avons déploré souvent que ses loyales intentions ne fussent pas mieux secondées, nous avons toujours applaudi à son active sollicitude et à sa généreuse initiative
(c Le gouvernement français facilitait la conclusion d'emprunts qui venaient en aide aux embarras du trésor mexicain, et cependant nos charges n'étaient compensées que par des règlements de compte illusoires. Des conseils amicaux ont été donnés ; mais la résistance systématique des conseillers de Sa Majesté se manifestait sur tout ce qui touchait les intérêts de la France. Doit-on rappeler au prix de quels efforts la légation de France a pu obtenir enfin une insuffisante réparation des dommages subis par nos nationaux, alors qu'étaient réglées sans conteste les réclamations anglaises ; alors qu'on trouvait des ressources pour acquitter, sans délai et argent comptant, des créances douteuses et non exigibles, nous avons vu contester le principe même des réclamations françaises, reconnues cependant, par le traité de Miramar, comme la cause déterminante de notre expédition et qui, à défaut de toute stipulation, auraient constitué une dette d'honneur irrémissible et indiscutable.
(( Après avoir, en toutes circonstances, signalé au gouvernement mexicain la nécessité de pourvoir par lui-même à m. S5
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sa propre conservalion et lui avoir maintes fois déclaré que le concours que nous lui prêtions ne serait maintenu qu'autant que les obligations correspondantes, contractées vis-àvis de nous, seraient strictement remplies, nous lui avons fait exposer les impérieuses considérations qui ne nous permettaient plus de demander à la France de nouveaux sacrifices et qui nous décidaient à rappeler nos troupes.
ce En prenant toutefois cette résolution, nous avons prescrit d'apporter dans son exécution les délais et les précautions nécessaires pour éviter les dangers d'une trop brusque transition. Nous avons dû nous préoccuper en même temps de substituer aux stipulations, désormais sans valeur, du traité de Miramar, d'autres arrangements destinés à assurer la sécurité de nos créances. Le ministre de l'empereur à Mexico a reçu, en conséquence, des instructions pour conclure, à cet effet, une nouvelle convention.
« Ces instructions sont, comme tous les actes de l'empereur Napoléon, inspirées par les sentiments naturels qui l'attachent à l'empereur du Mexique et par son désir sincère de concilier des intérêts qu'il ne veut pas séparer. Il a apprécié les raisons qui ont déterminé ses représentants à ne pas presser la conclusion immédiate des arrangements qui leur étaient indiqués; mais il a regretté de voir le âd)inet mexicain profiter de leur condescendance pour transporter à Paris le siège d'une négociation qui ne peut être utilement suivie qu'à Mexico.
« L'empereur Napoléon a surtout regretté de trouver libellées dans le projet de traité soumis à son gouvernement parle général Almonteles propositions déjà formulées et que, chaque fois qu'elles se sont produites, les plus puissantes raisons nous ont forcés de décliner. Le séjour des troupes devrait être prolongé au delà des termes assignés, de nouvelles avances nous sont demandées dans la prévision de l'insuffisance des ressources du trésor mexicain, et le remboursement en est ajourné à des époques, indéterminées; aucun gage ne nous est offert, aucune garantie n*est stipulée
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pour la sûreté de nos créaaces. Âpres les explications fran* cfaes, loyales et complètes du gouvernement français, on a peine à se rendre compte de la persistance des illusions qui ont présidé à la conception de ce projet.
c( Il est impossible d'agréer les propositions apportées par le général Almonte et d'en autoriser la discussion. Il faudra consentir à une nouvelle convention.
<c Si les combinaisons qui lui seront proposées sont agréées par Sa Majesté l'empereur Maximilien, les termes fixés pour les départs successifs des troupes françaises seront maintenus, et le maréchal Bazaine arrêtera, de con* cert avec elle, les mesures nécessaires pour que l'évacuation du territoire mexicain s'effectue dans les conditions les plus favorables au maintien de l'ordre et à la consolidation du pouvoir impérial.
« Si, au contraire, nos propositions n'étaient pas accep.tées, on ne doit pas dissimuler que, nous considérant comme libres désormais de tout engagement, et fermement résolus à ne pas prolonger l'occupation du Mexique, nous prescririons au maréchal Bazaine de procéder, avec toute la diligence possible, au rapatriement de l'armée, en ne tenant compte que des convenances militaires et des considérations techniques dont il serait le seul juge. Il aurait à aviser, en même temps, à procurer aux intérêts français les sécurités auxquelles ils ont droit, etc. »
Que s'était-il donc passé à Paris, entre le ii avril, date de la lettre de l'empereur Napoléon dont Maximilien V" se montrait assez satisfait, et le 31 mai, date de la dépêche dont je viens de citer les principaux passages? Deux faits qui découragèrent complètement le gouvernement français, encore hésitant à laisser l'empereur du Mexique livré à ses seules ressources et le décidèrent à ne plus faire de sacrifices inutiles pour soutenir un trône qui n'avait plus de soutien que nous.
. Au mois d'avril M. Hidalgo revenait à Paris sans aucun caractère officiel, la légation du Mexique ayant été remise à
M. Almonte, qui arrivait à son tour au mois de mai, et remettait dans la seconde quinzaine du môme mois les lettres de l'empereur Maximilien, demandant de nouveaux secours d'hommes et d'argent. M. Hidalgo, qui avait eu de longs entretiens à Guernavaca avec Leurs Majestés, n'avait point caché ses sympathies pour le gouvernement français et sa politique; il avait dit à Leurs Majestés que le salut du Mexique se trouvait là, qu'on l'avait compromis par une méfiance systématique, formulée parfois par un mauvais vouloir évident de remplir des engagements pris ou de suivre une politique conservatrice et libérale qui seule pouvait consolider l'empire. M. Hidalgo revint à Paris, atterré par la situation désespérée du Mexique, et ne cacha pas à notre gouvernement qu'il n'y avait plus d'espérance à fonder sur le gouvernement impérial mexicain.
Le mois suivant arriva M. Âlmonte avec les lettres impériales. Ce fut le coup de gr&ce, et la dépêche du 31 mai fut expédiée. M. de Kératry ne s'appuie sur aucun document pour justifier ce qu'il dit à la suite de la réception de cette dépèche à Mexico, et je ne pense pas qu'il puisse exiger qu'on le croie sur parole. Si cette dépêche eût été aussi foudroyante pour Leurs Majestés qu'on le suppose, cela prouverait d'abord que le gouvernement français n'exagérait riea dans sa dépêche, ensuite que l'empereur Maximilien poussait ses illusions jusqu'à l'aveuglement, deux conséquences tout à fait contraires à celles tirées par M. de Kératry dans ses attaques contre notre gouvernement. Quoi qu'il en soit, l'impératrice Charlotte, voyant le trône impérial s'écrouler, voyant son auguste époux placé entre une abdication qui entraînait avec elle le pénible aveu d'impuissance, et l'abandon de l'unique appui de ce trône, crut pouvoir, par son influence personnelle, faire revenir le cabinet des Tuileries sur ses décisions et paralyser les tristes efiets produits par le retour de M. Hidalgo et la mission Almonte.
Le 7 juillet le Diario officiel publiait la note suivante : a Sa Majesté part demain pour l'Europe. Sa Majesté va trai-
ter des affaires du Mexique et régler diverses admires internationales. Cette mission, acceptée par notre souveraine avec un véritable patriotisme, est la plus grande preuve d'abnégation que l'empereur ait pu donner à sa nouvelle patrie, d'autant plus que l'impératrice va affronter le risque du vomito sur la côte de Vera-Cruz, si dangereuse dans la saison des pluies.
a Nous donnons cette nouvelle pour que le public connaisse le véritable but du voyage de Sa Majesté. »
Il me sera permis de voir,, dans la lettre suivante, des pressentiments de l'empereur sur l'insuccès de la mission de l'impératrice ou du moins des doutes sur les prospérités de l'avenir qui lui furent souhaitées le 6 juillet, jour de sa fête.
a Mexico, 12 juillet 1866. — Je vous remercie des vœux que vous m'exprimez dans votre aimable lettre du 6 juillet, et il m'est agréable de voir que je puis toujours compter sur votre dévoûment et vos bons offices.
« Je ne sais si les prospérités que vous me souhaitez se réaliseront^ mais, quoi qu'il arrive, soyez assuré des sentiments de cordiale bienveillance avec lesquels je suis votre très affectionné. — Maximilien. »
L'impératrice s'embarqua le 13 juillet à Vera-Cruz à bord du paquebot de Saint-Nazaire. M. de Kératry dit : « L'impé-. ratrice Charlotte, arrivant sur le môle, ne trouva qu'un canot français à ses ordres : elle refusa nettement de naviguer à l'ombre de notre pavillon pour se rendre au bâtiment qui chauffait en rade. » Ce bâtiment s'appelait VImpératrice Eugénie^ il était français et portait notre pavillon. Sa Majesté ne craignait donc pas de naviguer à l'ombre de notre pavillon? Si l'assertion de M. de Kératry était exacte, elle prouverait que l'intelligence de Sa Majesté était déjà ébranlée, puisqu'elle ne voulait pas parcourir cinquante mètres dans un canot français, et qu'elle consentait à faire près de trois mille lieues dans un navire français, tandis qu'en attendant quelques jours, elle pouvait naviguer dans un navire américain, et en retardant son voyage de deux semaines, elle
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aurait eu & sa disposition le paquebot anglais. Quand une plume n'est dirigée que par la malveillance, elle commet bten des erreurs sinon des naïvetés drolatiques.
L'auguste Voyageuse était accompagnée de M. Martin Gastillo, ministre des affaires étrangères, de M. le comte del Valle, son grand chambellan, de trois ou quatre autres personnes de la cour et de son service personnel. On fut averti à Paris, très tard, de l'arrivée de.Sa Majesté, mais, contrairement & ce que dit M. de Keratry, assez à temps pour qu'on pût aller l'attendre à Saint-Nazaire. M. et madame Almonte se rendirent à Saint-Nazaire ; M. Gutierrez de Estrada et plusieurs personnages mexicains et français allèrent à la gare du Mont-Parnasse recevoir Sa Majesté qui voulait voyager incognito. Des calèches découvertes conduisirent l'impératrice et sa suite au Grand-Hôtel où l'on avait préparé des appartements. A peine arrivée. Sa Majesté reçut le prince de Metternich et le général aide de camp de l'empereur en service à Saint-Gloud. On se rappelle que l'empereur Napoléon, fort souffrant alors, avait dû interrompre sa cure à Vichy, et était revenu précipitamment se reposer dans la splitude. Sa Majesté ne recevait personne, néanmoins Elle reçut l'impératrice le lendemain.
Dans cette entrevue, l'impératrice Charlotte acquitta certitude que les résolutions prises par la France, à la face de l'Europe, après deux années d'attente et d'amères déceptions, ne pouvaient être modifiées. « De la scène du palais de Saint-Gloud, dit M. de Keratry, peut dater réellement la folie de cette intéressante princesse... » Je ne réfuterai cette odieuse et gratuite assertion qu'en répétant ce que disait le Courrier des États-Unis dans son numéro du 2 octobre 1867. — a C'est là une insinuation perfide et une calomnie. C'est aussi une maladresse de la part du défenseur du maréchal Bazaine. » Sa Majesté eut d'autres entrevues avec l'empereur et l'impératrice des Français, mais en supposant qu'elles avaient pour but de traiter les affaires du Mexique» elles û'eurentaucun résultat quant à la continuation des secours
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d'hommes et d*argent que Timpératrice Charlotte demandait. Le 33 août, Sa Majesté quittait Paris pour se rendre directement & Miramar; des voitures de la cour allèrent la prendre au Grand-Hôtel pour la conduire avec sa suite à la gare de Lyon. Le 18 septembre, Sa Majesté quitta Miramar pour aller à Rome; on sait qu'elle y arriva peu de jours après, et qu'à la suite d'une longue conférence avec le Saint-Père, Elle donna des preuves évidentes d'un dérangement dans sa noble et belle intelligence. Dans mon Journal iun missionnaire au Texas et au Mexique^ je cite des faits, passés sous mes yeux, d'empoisonnement par les Vandoux, qui ont tous les caractères de la maladie de cette infortunée princesse, mais il n'est pas besoin de recourir à cette explication pour comprendre un pareil malheur. A Mexico, à Paris, à Rome, l'impératrice reçut de terribles leçons sur le poids d'une couronne, sur les devoirs des souverains et sur les nécessités des peuples. Elle apprit que chaque peuple a sa stature, ses besoins particuliers, ses traditions,* ses défauts, et qu'on ne peut impunément gouverner une nation qui naît à la vie politique comme on gouverne les nations viriles, à l'apogée ou au déclin de la civilisation. Elle apprit encore que le libéralisme est une bonne chose, mais donné à propos, donné avec mesure, avec lequel il ne faut pas jouer, sous peine de le voir tourner en un violent poison pour les peuples et les rois. Elle apprit enfin, que les empires ne se fondent pas avec des révolutionnaires, que si le fanatisme et la superstition sont odieux, il vaut mieux ramener les superstitieux et les fanatiques à des sentiments plus conformes avec la vérité chrétienne que de les traiter avec dédain, et que les amis de la veillepeuvent devenir les ennemis du lendemain quand on les repousse ou qu'on les éloigne.
Au Mexique, se développait de tous côtés ia série des désastres militaires, commencée par la perte de Matamoros, la capitulation de Mejia, le sac d'Hermosillo et la boucherie qui en fut la suite, la défaite et la mort du commandant Briant. Le maréchal Bazaine partit le 2 juillet pour l'inté-
riear. Il trouva le pays dans la démoralisation la plus complète et récrivit fraochement à Tempereur Maximilien. Sa Majesté, pressée par ses ministres, venait de décréter au mois d'août l'état de siège dans quelques départements, et voulait l'étendre sur tout le Mexique, laissant alors toute l'autorité civile et militaire à des commandants supérieurs qu'on choisirait autant que possible parmi les officiers français. Ce plan qui donnait au maréchal l'omnipotence souveraine, avec une immense responsabilité, fut déclinée par le chef du corps expéditionnaire; il avait permis que le général Osmont et l'intendant Priant prissent en main — le 26 juillet — le ministère de la guerre et celui des finances, c'était assez de responsabilité dans ce moment de crise suprême.
Quatre jours après la nomination de ces deux officiers, la convention du 30 juillet fut signée; elle réglait la question financière.
Voici les articles de la convention qui devait faire droit à toutes nos réclamations :
« ART. 1^. Le gouvernement mexicain accorde au gouvernement français une délégation de la moitié des recettes de toutes les douanes maritimes de l'empire, provenant des droits ci-après mentionnés :
« Droits principaux et spéciaux d'importation et d'exportation sur tous objets;
(c Droits additionnels AHntemacion et de contra-registro ;
a Droit de mejoras materiales^ lorsque ce dernier sera libéré de la délégation actuellement consentie en faveur de la compagnie du chemin de fer de Yera-Cruz à Mexico, délégation qui ne pourra être prolongée.
« Toutefois les droits d'exportation des douanes du Pacifique étant engagés pour les trois quarts, la délégation attribuée au gouvernement français sera réduite aux 25 V« restant libres.
« Art. s. Le produit de la délégation stipulée par l'article précédent sera attribué :
(c l^' Au paiement des intérêts, de Tamortissement et de toutes les obligations résultant des deux emprunts contractés en 1864 et en 1865 par le gouvernement mexicain ;
« %"" Au paiement des intérêts à 3 <^/o de la somme de 216 millions de francs dont le gouvernement mexicain s'est reconnu redevable en vertu de la convention de Hiramar, et de toutes les sommes postérieurement avancées par le trésor français, à quelque titre que ce soit. Le montant de cette créance, évaluée aujourd'hui au chiffre approximatif de 280 millions de francs, sera ultérieurement fixé d'une manière définitive.
« Dans le cas d'insufSsance du prélèvement pour l'entier acquittement des charges ci-dessus indiquées, les droits des porteurs de titres des deux emprunts et ceux du gouvernement français demeurereront entièrement réservés.
« Art. 3. Le prélèvement résultant de la délégation de la moitié 'du produit des douanes mexicaines s'élèvera proportionnellement à l'augmentation des recettes, et dans le cas où ce prélèvement dépasserait la somme nécessaire pour faire face aux charges spécifiées dans l'article 3 , l'excédant serait affecté à l'amortissement du capital dû au gouvernement français.
(c Art. 4. La quotité des droits et le mode de perception actuellement en usage ne pourront recevoir de modifications qui aient pour effet de diminuer le prélèvement concédé.
• « Art. 5. Le prélèvement de la délégation mentionnée dans l'article l^'' sera opéré à Vera-Cruz et à Tampico par des agents spéciaux placés sous la protection du drapeau de la France.
c( Tpus les droits perçus dans ces deux douanes pour le compte du trésor mexicain, sans exception, seront affectés à l'acquittement de la délégation française, sous la seule réserve de la partie afférente aux délégations actuellement connues et au traitement des employés de ces deux douanes.
(c Le montant de cette dernière dépense, qui comprendra
398 HISTOIRB DU MEXIQUE.
les émoluments attribués aux agents français, ne pourra excéder S Vo du produit des droits précités. Un règlement de compte trimestriel constatera le montant des prélèvements ainsi opérés parle gouvernement français, et le produit des droits délégués pour toutes les douanes de Tempire.
ce Ce règlement fixera la somme à verser immédiatement par le gouvernement mexicain pour parfaire le prélèvement concédé, en cas d^insuffisance, ou la somme à lui restituer de la même façon en cs^s d'excédant de prélèvement.
« Dans tous les ports autres que Vera-Gruz et Tampico, les agents consulaires français viseront les états de situatkm des douanes de leur résidence.
ce ART. 6. Il sera abandonné à l'appréciation de l'empereur Napoléon III de fixer le temps pendant lequel les agents chargés d'opérer les recouvrements seront maintenus à Vera- Gruz et à Tampico, ainsi que d'arrêter les mesures propres à assurer leur protection.
€< Art. 7. Les dispositions ci*dessus spécifiées seront soa« mises à l'approbation de l'empereur des Français et appKcables à partir du jour désigné par Sa Majesté.
« La convention signée à Miramar, le 10 avril 1864, sera dès lors abrogée en tout ce qui a trait aux questions finan* cières.
ce En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention, qu'ils ont revêtue du cachet de leurs armes.
a Fait en double expédition, à Mexico, le 30 juillet de Tan de grâce 1866. — Alph. Dano. — Luis de Arroyo. »
Cette convention ne fut mise en vigueur que le 1*' novem^ bre de la même année. Je ne parlerai pas ici de la conspiration découverte, au mois de juillet, à Mexico, et dont Santa-Anna, paratt*il, était l'âme, car dans la liste des seize personnages arrêtés à ce sujet, liste publiée par le Diario^ on voit le nom du chanoine Ordonez. Dans son numéro du 18 juillet, le journal ofiQciel publiait également une lettre de Santa-Anna adressée à ce chanoine et par laquelle on voyait que d'autres
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personnages très haut placés faisaient partie de cette conspiration. Je dirai pourtant que le trésor ne pouvant plus payer les fonctionnaires ni l'armée, la défection devenait générale. Faute d'argent, les bataillons de « chasseurs mexicains », nouvellement organisés, ne pouvaient plus se compléter, et ceux qui existaient commencèrent à se débander. Notre gouvernement n'avait naturellement pas accepté la clause introduite dans la création de ce corps, qu'il serait payé par le trésor français. Les Belges eux-mêmes se mutinèrent à Montereyl Les ofBciers devaient se rembarquer le 13 septembre; le gouvernement belge leur avait accordé une prolongation de congé de six mois, mais cette dépêche ne parvint à l'empereur qu'après avoir donné l'ordre de rappeler le régiment à Mexico. Monterey évacué fut repris par les dissidents , qui s'emparèrent aussi de Tampico. L'empereur rejetait la faute de tous ces désastres sur le maréchal Bazaine qui lui répondit par une lettre dans laquelle on voit que le maréchal avait été constamment en lutte avec les autorités libérales du Mexique et les fonctionnaires civils et militaires qui avaient jusqu'alors dirigé la politique impériale. Cette lettre, déjà publiée par M. de Keratry, est trop significative pour ne pas être reproduite ici.
« Peotillos, 13 août 1866. — Sire, — Je reçois à l'instant la lettre de Votre Majesté, en date du 4 courant.
a En associant le fait de la prise de Tampico par les dissidents à l'évacuation de Monterey, par mes ordres, Votre Majesté semble vouloir m'imputer la responsabilité de ces deux faits. Je croyais avoir suffisamment exposé à Votre Majesté, par mes deux lettres écrites de San-Luis Potosi, à la date du 11 juillet, n^" 7, et du 30 juillet, n*» 46, la situation de Nuevo^ Léon et de Gohahuila, pour que la nécessité de l'évacuation de Monterey, après la destruction des troupes de Mejia et la capitulation de Matamores, dans les conditions morales où se trouvait la légion belge , fût reconnue , non seulement au point de vue politique, mais surtout au point de vue militaire.
« La capitulation de Matamoros et les conséquences qui en sont résultées ne sont point de mon fait, et je n*ai pas pu formuler mon appréciation à ce sujet. J'avais à parer aux exigences d'une situation que je trouvais toute faite » et je crois avoir rempli mon devoir envers le souverain en mettant sous ses yeux tous les documents joints à mes lettres précitées, dont j'ai d'ailleurs envoyé le duplicata à mon gouvernement.
« Quant à la prise de la ville de Tampico par les dissidents, j'aurai l'honneur de rappeler respectueusement à l'empereur, qu'avant d'entreprendre ce qu'il veut bien appeler ma campagne dans le nord, au moment où les débris des troupes du général Mejia arrivaient à Vera-Cruz, j'ai demandé l'envoi à Tampico de M. le général Olvera, avec ce qui restait de sa brigade. Les instances du général Mejia auront vraisemblablement fait modifier la première décision de Votre Majesté, qui était favorable au mouvement projeté; car la brigade Olvera ne s'est point rendue à Tampico, et a même été dirigée depuis sur Mexico, contrairement à des ordres que j'avais laissés, et qui correspondaient à une combinaison militaire, dont l'effet avorté a ses conséquences actuelles dans l'État de Queretaro.
<c Un défaut de concours analogue, que refusa de me prêter M. le général de Thun, n'a pas peu contribué non plus aux désastres qui frappent le Tamaulipas. Le général Mejia se plaignit que ses soldats fussent exposés aux dangers de la fièvre jaune à Tampico.
c( Un faible détachement de la contre-guérilla, le seul dont je pusse disposer pour constituer une garnison à Tampico, fut alors embarqué à la Yera-Gruz, sans compter avec les rigueurs du climat , qui nous a coûté un bataillon l'année dernière. Je ne sache pas que ce détachement ait abandonné son poste, ni livré ce qu'il était chargé de défendre.
« Votre Majesté m'exprime le désir d'être instruite du plan que je me propose de suivre dans mes opérations.
(c Si Votre Majesté eût daigné me recevoir lorsque , la
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veille de mon départ de Mexico, je sollicitais l'honneur de prendre congé d'elle, je lui eusse exposé mes projets, qui consistaient simplement à reconnaitre de mes propres yeux l'effet produit dans le nord de l'empire par les événements de Matamoros ; à m'assurer de l'exactitude des rapports qui m'étaient adressés, sur le peu de confiance que l'on devait avoir dans les principaux fonctionnaires et sur l'esprit généralement hostile des populations de ces contrées.
« C'est après avoir constaté toutes ces vérités, que, m'appuyant sur les rapports des généraux Douay et Jeanningros» j'ai reconnu l'impossibilité de conserver pour le moment des points avancés, qui ne pouvaient être qu'une source de dangers et de dépenses continuelles. J'ai pris, en en rendant compte à Votre Majesté, le parti, que je persiste à croire sage, d'ordonner Tévacuation de Monterey et de Saltillo, afin d'établir en arrière une ligne forte, facile à garder, et séparée de la première par un véritable désert, où alliés comme ennemis ne peuvent compter sur aucune ressource. Mon opinion était et est encore, qu'il est préférable de développer son influence dans l'intérieur, en concentrant ses moyens d'action dans une zone déterminée, que de s'user aux extrémités', soumises aux influences de la frontière.
« Votre Majesté provoque des explications ; je les lui donnerai sincères.
(c L'abandon absolu dans lequel les anciens ministres de l'empire ont laissé le général Mejia à Maïamoros a déterminé la capitulation de cette place ; la triste situation qui est faite au général Monténégro à Acapulco, malgré mes nombreuses réclamations, malgré les promesses toujours faites et jamais tenues, entraînera, je n'en doute pas, un jour ou l'autre, ou la défection de cette troupe qui a donné des preuves réelles d'abnégation et de dévpûment, ou la capitulation de la place.
« En présence de cette inertie, de ce mauvais vouloir flagrant que je ne crains pas de dénoncer encore à Votre Ma* jesté, tout en accomplissant loyalement envers l'empereur du Mexique, avec conscience et dévoûment, la mission que
Wt HISTOIAS DU UCXIQUB.
m'a confiée mon souverain, je dois me préoccuper des soins que m'impose mon devoir comme mon droit de commandant en chef de l'armée française.
ce Ma lettre du 11 juillet a exposé à Votre Majesté mes devoirs en vue des éventualités d'une prochaine évacuation par une notable portion de l'armée confiée à mon commandement.
a Comme conséquence naturelle des événements et des appréhensions qu'il m'est permis de concevoir sur le rôle que l'élément mexicain joue dans ce pays, j'ai l'honneur de porter à la connaissance de Votre Majesté qu'il me sera impossible de laisser mes troupes à Guaymas et à Mazatlan.
« Depuis longtemps le gouvernement mexicain a pu et dû s'occuper d'assurer le maintien du pouvoir impérial dans ces deux places. Je me . vois forcé de laisser la Sonora et le Sinaloa aux seules ressources dont dispose le gouvernement de Votre Majesté, et je ne tarderai pas à rappeler les troupes françaises qui occupent ces contrées éloignées.
ce Quant aux fonctionnaires qui ont prôté leur concours au gouvernement de Votre Majesté, je les crois trop habiles, ou pour s'être compromis inutilement ou pour s'exposer à des éventualités prévues par eux.
a Ils ont su jusqu'ici et sauront tous, dans l'avenir se mettre d'eux-mêmes à l'abri de tout danger... — Bazaine. »
Un nouveau sujet de dissentiment vint tendre la situation entre l'empereur et le maréchal qui paraissait fluctuer parfois dans ses sentiments, ses vues ou ses projets. De retour à Mexico, le maréchal intima l'ordre au général Osmont, ministre de la guerre, à l'intendant Priant, ministre des finances, et au capitaine Pierron, chef du secrétariat de l'empereur d'opter entre leur position auprès de Sa Majesté et celle qu'ils occupaient dans le corps expéditionnaire. Pour le capitaine Pierron, je ne sais si cet ordre lui fut donné au mois de juillet ou au mois de septembre. Je n'ai jamais compris l'animosité du quartier général contre ce capitaine de zouaves, vrai type de fidélité, de dévoûment, d'intelligence.
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de travail et de loyauté. La position qu'il occupait auprès de l'empereur, avec le consentement du maréchal, ne pouvait froisser ni les règles hiérarchiques, ni les susceptibilités de ses supérieurs. Loin d'être satisfait de voir cette position occupée par un officier français, au lieu de Têtre par un Mexicain, ce pauvre capitaine n'eut pas à se louer d'avoir été attaché au cabinet de l'empereur; un sentiment de justice me fait craindre qu'il ne soit laissé, longtemps encore, simple capitaine, tandis que l'équité devrait, à titre de récompense pour services exceptionnels, lui donner de Tavancement et le couvrir d'honneurs.
Quant au général Osmont et à l'intendant Priant, malgré les services réels que leur haute intelligence leur permettait de rendre à la cause de l'empereur qui, après tout, était notre cause, il était incontestable qu'ils ne pouvaient occuper indéfiniment le poste de ministre qu'on leur avait permis d'accepter, mais il est étrange qu'on ait pris pour motif de leur rappel une modification ministérielle dans un sens conservateur, puisque tous les ministres et tous les hauts fonctionnaires qu'on avait eus jusqu'alors et dont se plaignait sans cesse le maréchal, étaient libéraux. M. de Kératry, en disant que les dissensions entre l'empereur et le maréchal, ainsi que la chute de l'empire provinrent du ministère réactionnaire nommé à la dernière heure, n'aurait pas dû publier toutes les lettres qui prouvent le contraire de ce qu'il affirme.
M. de Kératry, dans son réquisitoire fantaisiste contre le gouvernement français, ne s'aperçoit pas qu'il accuse fréquemment le maréchal, en croyant le défendre, et qu'il tend Il prouver que le maréchal ne s'accordait pas plus avec les cçnservaieurs qu'avec les libéraux. Les faits et les documents qu'il cite sont constamment en opposition avec les conclusions qu'il en tire; on voit que la logique ne lui est pas plus familière que l'histoire du Mexique. L'empereur, s'apercevant trop tard que les libéraux dont il s'était entouré jusqu'alors l'avaient conduit insensiblement à sa perte, se jette enfin dans les bras des conservateurs au mois de juil-
let 1866, et remplace le capitaine Pierron, qu'on lui enlève forcément, par TabbéFisher qui devient chefde son secrétariat. L'abbé Fisher était un choix déplorable ; mais, puisqu'on dit que sa vie privée n'était point en rapport avec le respect qu'il devait à son habit, il ne pouvait pas être un clérical bien féroce. Les conservateurs répondirent à l'appel de Maximilieu, bien convaincus qu'à cette heure tardive, ils ne faisaient qu'exposer leur vie et leur fortune. Les paroles du maréchal dans sa lettre du 12 août ne pouvaient pas s'appliquer à leur parti, écarté du pouvoir depuis 1864, et qui, en 1867, a fourni bien des victimes aux vengeances des juaristes, les uns ayant été fusillés et les autres emprisonnés.
Pourquoi donc attribuer à l'abbé Fisher une importance aussi exagérée, une influence aussi décisive dans les déterminations de l'empereur? Évidemment, parce que lorsqu'il fut question de faire abdiquer Sa Majesté, il fallait que l'insuccès des démarches du maréchal Bazaine, de M. Dano et du général Castelnau tombât sur quelqu'un autre que sur eux. Au dessus de l'influence improvisée de l'abbé Fisher, il y avait le caractère et la forme de la pression exercée sur l'empereur par les trois personnages susnommés, il y avait l'attitude des États-Unis, celle de l'empereur d'Autriche, formulée dans une dépêche à M. Lago, après la mission de M.Éloin; il y avait une lettre de l'archiduchesse Sophie, dans laquelle la mère de l'empereur priait son fils de ne pas revenir encore en Autriche. L'empereur Maximilien avait bien des faiblesses, mais il n'a jamais eu la bonhomie de compromettre son honneur ou sa vie par déférence pour l'abbé Fisher. Cette parenthèse était nécessaire pour mettre sous leur vrai jour les événements qui vont se dérouler.
On sait que le général Castelnau, parti au mois de septembre en mission extraordinaire, arriva au Mexique au mois d'octobre. L'empereur Maximilien, désespéré par la maladie de l'impératrice, autant que par la situation politique et militaire dans laquelle il se trouvait, n'attendit pas le général Castelnau. La neutralité des Américains était violée à Mata-
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moros tombée entre les mains des juaristes; les troupes dissidentes suivaient notre mouvement de concentration et s'emparaient, sans coup férir, des villes que nous abandonnions; Porfiri.o Diaz, que les Autrichiens avaient laissé échapper de sa prison à Puebla, avait repris Oajaca; Tempereur, dans un état de faiblesse extrême, malade et résolu d*abdiquer, partit pour Orizaba le 21 octobre.
Gomme je Tai déjà dit en parlant de la politique des États- Unis, la question mexicaine touchant à son terme» le cabinet de Washington n*avait plus devant lui que la question féniane pour opérer les virements d'opinions indispensables à l'obtention d'une majorité dans le congrès. La dépêche du 9 novembre de M. de Montholon, dit textuellement : « La question féniane va désormais faire les frais de la politique extérieure. Le résultat des élections est tout en faveur de l'opposition et passe condamnation sur la politique présidentielle pour la reconstruction de l'Union. Le parti républicain et radical est, du reste, en ce qui nous concerne, très nettement opposé à tout conflit extérieur. — Montholon. » Le gouvernement français savait donc à quoi s'en tenir sur l'altitude des Étals-Unis, et ne subit en ce moment aucune pression de ce côté-là à l'égard du Mexique. Néanmoins, tant que nos troupes n'étaient pas rapatriées, M. Seward pouvait espérer qu'une démonstration en faveur de Juarez lui serait utile; c'est alors qu'il inventa la mission de M. Campbell et du général Shermann qui s'embarquèrent à New- York le 11 novembre pour le Mexique. Les instructions données à ces deux agents des États-Unis étaient vagues comme leur mission. Après un court séjour à Tampico, ils vinrent à Vera-Gruz à la fin du mois ; la ville était en fête ; elle venait d'apprendre la résolution de l'empereur de ne pas abdiquer et de rester au Mexique. Les deux agents partirent aussitôt pour la Havane, sans s'aboucher avec les autorités françaises.
Voici ce qui s'était passé. Le ii novembre, les journaux de la capitale annoncèrent que, sur la demande de l'empe-
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reur, les ministres et les conseillers d'État se rendraient à Orizaba pour conférer avec Sa Majesté. A mon avis, c'est par le courrier du 10 novembre qu'ont dû arriver la lettre de M. Éloin, la dépêche du gouvernement autrichien à H. Lago et la lettre de l'archiduchesse Sophie à l'empereur. Dans tous les cas, Sa Majesté a certainement reçu ces trois communications pendant le mots de novembre, car l'empereur, jusqu'alors décidé à remettre le pouvoir suprême entre les mains de ses ministres et de ses conseillers d'État ou d'un congrès, préparant depuis la dernière quinzaine d'octobre et son abdication et son départ du Mexique, changea subitement de résolution. Or, il n'est pas admissible que la mission Gastelnau, qui ne modifiait en rien les déterminations du gouvernement français consignées dans la dépêche du 31 mai, que la mission Campbell-Shermann, qui ne débarqua même pas à Vera-Cruz, lesquelles deux missions, du reste, étaient d'accord dans leur résultai, avec les dispositions de Sa Majesté, il n'est pas admissible, dis*je, que ces deux missions aient motivé la brusque résolution de l'empereur de rester au Mexique. D'autres influences plus sérieuses le déterminèrent; ces influences il faut les chereher dans les trois documents dont j'ai déjà parlé.
Je n'ai lu ni la lettre de l'archiduchesse Sophie, ni la dépêche adressée à M. Lago; mais des personnages qui les ont lues, m'ont dit que la première contenait une prière à Fem* pereur de ne pas compromettre son honneur en revenant dans les circonstances actuelles, et de rester encore au Mexique en dépit des dangers qui l'entouraient; la seconde» d'après les mêmes informations, aurait déclaré à Sa Majesté que son titre d'empereur ne serait pas reconnu en Autriche, que ie pacte de famille serait exécuté et qu'on prierait Sa Higesté de ne pas s'occoper de politique. Enfin ^ Ton sait que M. Eloin, envoyé en mission secrète au commencement de Tannée, eut la maladresse d'adresser une lettre au « consul du Mexique à New-York » vers la fin de septembre. Les États-Unis, n'ayant pas reconnu le gouvernement impérial,
cette lettre fut remise à M. Romero, agent de Juarez, qui s'empressa de la publier dans les journaux. Telle est la vei*sion, généralement admise, de la publicité qu'elle a eue. Elle est datée de Bruxelles, 17 septembre ; en calculant les départs des courriers européens pour l'Amérique, le trajet, les vicissitudes qu'elle a subie aux États-Unis, les rare^ communications entre New- York et Vera-Cruz, on comprendlra facilement que cette lettre n*a pu parvenir à l'empereur avant le mois de novembre. Voici les principaux extraits de cette lettre écrite par un individu auquel notre gouvernement a donné la croix de la Légion d*honneur qu'il portait au cou.
« Sire. — L'article du Moniteur français désavouant l'entrée aux ministères de guerre et des finances, prouve qtra désormais, et sans pudeur, le masque est jeté. La mission du général Casteinau, aide de camp et homme de confiance de l'empereur, bien que secrète, ne peut avoir d'autre but, selon moi, que de chercher à provoquer au plus tôt une solution... le gouvernement français voudrait qu'une abdication précédât le retour de l'armée et qu'ainsi il lui fût possible de procéder seul à réorganiser un nouvel état de choses capable d'assurer ses intérêts et ceux de ses nationaux. Ta! l'intime conviction que Votre Majesté ne voudra pas donner cette satisfaction à une politique qui doit répondk*e tôt ou tard... de ses actes et des conséquences fatales qui en seront la suite. . •
« Cependant, j'ai l'intime conviction que l'abandon de là partie avant le retour de l'armée française serait interprété comme un acte de faiblesse, et l'empereur tenant son mandat d'un vote populaire, c'est au peuple mexicain, dégagé de la pression d'une intervention étrangère, qu'il doit faire un nouvel appel, et c'est à lui qu'il faut demander l'appui matériel et financier indispensable pour subsister et grandir.
« Si cet appel n'est pas entendu, alors Votre Majesté ayant accompli sa noble mission jusqu'à la fin, reviendra en Europe avec tout le prestige qui l'accompagnait au départ, et
au milieu des événements importants qui ne manqueront pas de surgir, elle pourra jouer le rôle qui lui appartient à tous égards.
« Parti de Miramar le 4 de ce mois avec la résolution de m*embarquer à Saint-Nazaire, après avoir pris des ordres de S. M. rimpératrice, j'ai été entraîné à ajourner de nouveau mon départ. Il fallait cette haute influence pour changer une détermination que mon dévoùment me conseillait comme l'accomplissement d'un devoir
« En traversant TAutriche, j*ai pu constater le mécontentement général qui y règne. Rien ne se Tait encore. L'empereur est découragé; le peuple s'impatiente et demande publiquement son abdication. Les sympathies pour Votre Majesté se communiquent ostensiblement à tout le territoire de l'empire. En Vénétie, tout un parti veut acclamer son ancien gouverneur; mais quand un gouvernement dispose des élections sous le régime du sufl'rage universel, il est facile de prévoir le résultat.
« D'après les derniers ordresde Votre Majesté, j'expédie par ce courrier un télégramme chiffré à Roccas, pour avertir Votre Majesté de l'arrivée du général Gastelnau et du désaveu donné à Osmont et Priant.
a rai appris par G... que l'attitude douteuse prise à Paris par 2146 — sans doute M. Almonle — devenait chaque jour plus publique. Depuis quelque temps il comble d'égards et d'argent le jeune Salvador (Iturbide), qui, lui-même ne comprend rien à ce changement. Je crois nécessaire de reprendre le jeune homme près de moi en attendant la fin de ses vacances... — Eloin. »
Il n'est pas étonnant qu'après la réception de cette lettre, celle de sa mère et celle de son frère, l'empereur, sachant l'Autriche découragée par la bataille de Sadowa et croyant exacts les renseignements de M. Eloin, se décidât subitement à ne plus abdiquer pour le moment. Résolut-il de soutenir seul la lutte contre les dissidents, puis, après avoir triomphé des armées juaristes, réunir un congrès et lui re-
SECOr^D EMPIRE. 409
mettre entre les mains les destinées de la nation? C*est probable; ce projet, d'ailleurs, n'avait rien d'extravagant; l'histoire de la république nous apprend que bien des présidents se sont sortis d'une position aussi difficile, sinon pire que celle dans laquelle se trouvait alors l'empereur. Marquez et Miramon lui offrirent leur épée; les conservateurs lui promirent quatre millions de piastres; le danger commun lui ramena bien des esprits, il pouvait espérer le triomphe sans paraître insensé.
Le 1®' décembre, le Diario publiait la nouvelle suivante :
« Les délibérations des conseils de ministres et d'État ont été closes. D'accord avec leur vole, S. M. l'empereur a pris la résolution de conserver le pouvoir et de retourner bientôt dans la capitale.
(c Cette noble et patriotique résolution du souverain , adoptée hier définitivement, a causé une impression ineffable de joie à Orizaba où elle a été célébrée au son des cloches, des pétards, de la musique et de toute espèce de démonstrations joyeuses. »
Le manifeste de l'empereur publié à cette occasion était ainsi conçu :
« Mexicains. — Les circonstances si graves qui 'touchent au bien-être de notre patrie et qui disparaissent devant nos malheurs domestiques, ont provoqué dans notre esprit la conviction que nous devions vous rendre le pouvoir que vous nous aviez confié.
« Nos conseils des ministres et de l'État convoqués par nous ont été d'avis que le bien du Mexique exigeait que nous restassions au pouvoir. Nous avons cru de notre devoir d'accéder à leurs instances, en vous annonçant tout à la fois notre intention de réunir un congrès national sur les bases les plus larges et les plus libérales, auquel participeront tous les partis. Ce congrès déterminera si l'empire doit continuer dans l'avenir, et, au cas affirmatif, concourra à la formation des lois vitales pour la consolidation des institutions publiques du pays. Dans ce but, nos conseils se préoc-
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cupent açtuellemeat de nous proposer toutes les mesuras opportunes, et, en même temps, font les démarches nécessaires pour que tous les partisse prêtent ^ un arrangemeot sur cette base.
« En conséquence, Mexicains , en comptant sur vous tous sans exclusion d'aucune couleur politique, nous nous efforcerons de poursuivre avec courage et constance Toeuvre de régénération que vous avez confiée à votre compatriote. — Maximilien. »
Le 3 décembre, M. Lares, pré^id^at du conseil des ministres, et M. Luis de Arroyo notifièrent au maréchal Bazaine, à M. Dano et au géi>éral Gastelnau la résolution d^ Tempereur et demandaient en mên;^e temps la remise aux troupes mexicaines des établissements et magasins militaires. La surprise et le mécontentement de nos représentants furent extrêmes; le général Gastelnau et M. Dano durent regretter profondément 4e a'avoir pas répondu, le 18 novembre, à Tappel que leur faisait Tempereur et d'avoir peut-être fait échouer Tabdication de Sa Majesté, pour n'avoir pas voulu se donner la peine de faire soixante lieues par de mauvais chemin. Leur désappointement se manifesta dans la presse française de Mexico, qui s'inspirait à la légation de France et au quartier général. Pendant le mois de décembre» il parut dans ces journaux des articles contre la décision de S9 Majesté, contre l'administration Lares, et même des articles en faveur d'Ortcga. La diplomatie cédait la place m dépit, et, franchement, ce n'était ni digne ni convenable. Lorsque l'empereur s'arrêta sous Puebla en remontant k Mexico, M. Dano et le général Gastelnau allèrent auprès de Sa Majesté — sans se laisser accompagner du maréchal — t4)qter de faire revenir l'empereur sur sa décision ; mais, si l'on en croit la chronique, la forme de leur langage aurait indisposé Sa Majesté contre eux et leur mission.
Cette tension des rapports entre M. Dano, le général Gastelnau et le gouvernement impérial amena un conflit relativement à l'exécution de la convention du 30 juilletqui devait
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èlne mise en vigueur le 1^ novembre. À cette heure suprême, les douanes ne devaient rapporter que des soi&mes trop mi* ni/nes pour nous dédommager de nos sacrifices et sauver l'empire qui n'existait déjà plus. D'une part, le gouvernement mexicain ne pouvait naturellement pas payer des troupes étrangères dont l'entretien était beaucoup plus dlspeQ.<îieux que celui des troupes mexicaines ; d'autre part, l'aq^pereur Maxîmilien, ne voulait pas associer ies étrangers aux périls qui les menaçaient, les délia de leurs engage- D^ents. Au mois de janvier, le général Gastelnau reçut une dépôcbe qui lui disait de rapatrier tous ceux qui le vou* laient. Le corps belge, on se le rappelle, devait rentrer ; le baffon Lago pria le maréchal Bazaine de faire rentrer également le corps autrichien. La légion étrangère qui devait res« ter après le départ de nos troupes, ne pouvant être entretenue par le gouvernement mexicain, dut rentrer pareillement. À la fin du mois de janvier 1867, tous ces corps se dirigèrent sur Vera-Cruz.
Le 14 de ce même mois, la résolution de l'empereur Maximilien de rester à la tête des affaires fut affermie par le résultat d^une nouvelle conférence analogue à celle d'Orizaba. L'assemblée se composait de MM. Lares, Lacunza, Marin, Garcia Aguirre, Mier y Teran, Carapos, Pereda, général Marquez, Hurphy (sous-secrétaire de la guerre), Almazan, Luis Mendez, Manuel Gordero, Esteban Villalba, Cortès y Esparza, Bonifacio Gutierrez, Robles Pezuela, Ponseca, Sarahia, Iribarren, Hidalgo y Teran, Arango y Escadon, Orozco y Berra, Linares, Hernandez, Victar Perez, Lopez Portillo, Tbootas Hurphy, géiiéral Portilla, général Galindo, l'arche^ véqu^ de Mexico, l'évêque de San Luis Potosi, Sanchez Na* varro, le R. P. Ficher, Vidauri, Manuel Lizardi.
M* le maréchal Bazaine s'était rendu à la séance sur le vœu de l'empereur.
De même qu'à Orizaba, M. Lares présidait l'assemblée au nom de l'empereur. Après avoir ouvert la séance, il posa en ces termes la question à résoudre :
« Dans les circonstances actuelles du pays, et en vue des chiffres présentés par les ministres de la guerre et des finances, le gouvernement impérial doit-il et peut-il entreprendre la pacification ? »
. Le ministre de la guerre a déclaré qu'il comptait un effectif réel de 26,000 hommes; le ministre des finances a cro pouvoir répondre d*un revenu actuel de 11 millions de piastres, qui devra s'élever àS4 millions, puis à 36, à mesure que le gouvernement impérial rétablira son autorité dans le pays. M. le général Marquez a exprimé sa conviction que ces ressources étaient pleinement suffisantes pour avoir raison des dissidents.
Appelés à formuler leur opinion, les membres de l'assemblée ont pris successivement la parole, et deux tiers environ se sont prononcés pour que la lutte continuât jusqu'à l'affermissement de l'empire.
 la suite de cette délibération, MM. Cordero, Certes Esparza et Luis Mendez ont donné leur démission de conseillers d'État.
M. Thomas Murphy^ doyen du corps diplomatique mexicain, fut nommé ministre des affaires étrangères; M. Sanchez Navarro, — le plus considérable propriétaire foncier du Mexique, — reçut le ministère de la maison de Tempereur. Sa Majesté chargea une commission particulière de régler les dettes de la liste civile restées en souffrance., et mit à la disposition des liquidateurs sa vaisselle plate et son argenterie. Trois jours après, les voitures, chevaux, mules et autres objets du service de la cour furent mis en vente. Le 18 janvier, les dernières troupes françaises qui restaient dans l'intérieur rentraient à Mexico. Un avis officiel du quartier général fixa au 1«' février le départ pour Vera-Cruz du dernier convoi, auquel pouvaient se joindre les émigrants civils. Le nombre des partants français et mexicains était assez considérable; en revanche, la capitale se remplissait de plus en plus des réfugiés de l'intérieur.
Le 26 janvier, le Diario publia deux documents qui témoi-
gnaient de la sollicitude de Sa Majesté pour les Français qui restaient au Mexique. Ce sont une lettre et une recommandation de l'empereur. Les voici :
a Mexico, 26 janvier 1867. —Mon cher ministre des travaux publics. — Les bouleversements politiques qu'a subis et que subit actuellement le Mexique, ont eu pour conséquence la ruine complète d'innombrables familles étrangères, spécialement de nationalité française, qui se trouvent dans l'impossibilité de pouvoir profiter de Tinvitation que leur a faite la légation de France de rentrer dans leur pays natal avec le corps expéditionnaire.
ce Je désire soulager leur sort , en tant que possible, et leur procurer les moyens de se créer un foyer domestique parmi nous^ en leur concédant les terrains qu'ils peuvent coloniser.
a Je vous recommande donc de me proposer les moyens convenables pour atteindre ce but. — Recevez, etc. — Maximilien. »
— « Généraux, chefs, officiers et sous-officiers de notre armée nationale!— Parmi vous existe un grand nombre de militaires distingués, qui n'ont pas vu le jour au Mexique, mais qui sont Mexicains d'adoption et de cœur. Je désire ardemment que la plus parfaite fraternité règne entre les indigènes et les fils adoptifs du Mexique; qu'ils pçirtagent ensemble les fatigues de la guerre, les périls des combats et les douceurs de la paix. Je vous adjure tous d'agir ainsi, car il me serait douloureux d'avoir à punir, soit des actes, soit des paroles qui troubleraient l'harmonie et pourraient blesser la susceptibilité de ceux qui sont aujourd'hui nos frères. Je leur adresse, à eux aussi, la même recommandation, et je ne doute pas que je ne sois également satisfait des uns et des autres.
« L'armée française rentre dans sa patrie, mais un nombre considérable des fils de la noble France restent parmi nous, servant dans l'armée nationale , après avoir servi dans celle de leur pays, et appliqués au commerce, à l'industrie et aux
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arts. €'est pour nous un devoir de veiller avec un soin scrupuleux à ce que les premiers n'éprouvent aucun désagrément parmi leurs compagnons d'armes en échange de l'abnégatioa dont ils font preuve en restant ay Vexique au lûeu de retourner dans leur pays. Quunt aux autres , nous devons agir de mêine pour qu'ils ne souffrent ni dans leurs personnes ni dans leurs intérêts. Je vous exhorte de la manière la plu9 pressante à l'accomplissement de ce devoir.— Uaximiliea. x>
Avant notre départ de Mexico, nous remîmes aux autorités mexicaines les poudrières, l'arsenal, les établissements militaires et les magasins. A l'époque de rentrée de l'année française à Mexico, l'artillerie avait trouvé les établissements de la capitale dans le plus déplorable état de dévastation. Tout avait été vendu ou pillé.
Le premier soin du général Courtois d'Hurhal ùd ie reconnaître ces établissements qui étaient d'une nécessité ab;siolue pour le gouvernement mexicain. Mais il ne pouvait pas se dissimuler que la tâche était immense et d'une énorme difiBculté dans les circonstances où se trouvaient le personnel et le matériel de son armée. Néanmoins, gràca au dévoûment sans bornes de ses officiers, sous-officiers et soir d^ts, à l'activité qu'ils déployèrent, malgré les rudes fatir gués qu'ils venaient de subir au siège de Puebla, et malgré la rigueur du climat, l'artillerie put atteindre promptement le but que s'était proposé son général. En effet, dès le mois de septembre 1863, le grand arsenal, la fonderie, la fabrique de c^ipsules étaient en pleine activité, et la manufacture d'armes prête à fonctionner.
Depuis cette époque, tous ces grands établissements fii-^ rent l'objet d'agrandissements successifs et de perfectionnements considérables, de telle sorte qu'ils purent toujours subvenir aux immenses besoins de l'empire mexicain, néoes? sites par l'état de guerre constant qui existait sur différentes parties du territoire.
A la fonderie de Molino del Rey, Tartillerie fondait les eanous qui lui étaient nécessaires; à l'arsen^ de Mexico, elle
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coastruiçait le matériel des batteries et réparait celui qui était en mauvais état ; à la manufacture d'armes, elle remettait en é^t une quantité considérable de fusils qui, avec ceux qui lui avaient étié envoyés précédemment, ont été successivement délivrés aux troupes mexicaines ou aux populations disposées à se défendre. Enfin, elle fabriquait les munitions de guerre de tpute espèce dont la consommation jojurnalièf e était des plus considérables.
De plus, en môme t^mps qu'elle exécutait tous ces travaux^ elle remettait en état toiut le matériel de guerre destiné, non seulement à )a capitale, mais encore à l'armement des diverses places désignées par le maréchal Bazaine comme placçs stratégiques. Elle pourvoyait aussi toutes les bouches à feu d'un approvisionnement proportionné à l'importance des positions auxquelles on les destinait et qui variait ià cent h cinq cents coups par bouche à feu.
Ls 17 juin 1866, le général d'artillerie s'étant, en outre> chargé de l'organisation de Fartillerie mexicaine, Teoipereur lui écrivit la lettre suivante :
a Mon cher général Courtois d'Hurbal. — - Le maréchal B^^aine m'a informé de l'offre bienveillante que vous nous faites de vous charger de l'organisation de l'artillerie de mon armée.
(( Vous avez déjà tant fait dans ce bu) que je ne puis que vous remercier chaleureusement de la part de fatigues et de tr^va^x que vpus assumez avec d'autant plus de courage que vQps connaissez d^à par expérience, combien il faut déployer de patience et d'énergie dans ce pays pour terminer upe œuvre compliquée.
tt Je vous ferai remettre successivement l'état des éléments qui devront servir à la formation des batteries et j'espère qu^ vous nous donnerez pour les instruire et les administrer quelques -uqs des excellents officiers, sous -officiers et gardes qui sont sous vos ordres. — Recevez, mon cher général, etc. — Maximilien. »
L'artillerie française peut constater comme résultat de ses
travaux incessants que, malgré les livraisons impérieuses qu'elle avait à faire pour parer aux divers services, il existait encore, au moment du départ, dans les magasins de Tempire, une réserve considérable de matériel, de munitions et d'objets de toutes espèces qui constituaient une immense richesse militaire pour le Mexique.
L'empereur Maximilien remercia l'artillerie, dans la personne de son général^ de tous les services extraordinaires qu'elle lui avait rendus par la lettre suivante :
« Mon cher général Courtois d'Hurbal. — Je tiens à vous remercier cordialement, au moment de votre départ, du zèle avec lequel vous avez organisé l'artillerie de mon armée.
« Vos travaux laisseront parmi nous un souvenir durable, et pour ma part je n'oublierai pas le loyal concours que- vous m'avez toujours prêté.
ce Vous trouverez ci-joint une lettre pour l'empereur Napoléon et vous m'obligerez infiniment en la lui remettant. — Recevez, etc. — Maximilien. »
Espérons que le gouvernement français récompensera bientôt ce général aussi distingué que brave en le faisant asseoir au sénat à côté de H. Corta. On voit, par cette esquisse sur les travaux de l'artillerie française, que Tarmée et les places stratégiques mexicaines étaient abondamment pourvues d'armes et de munitions. Nous n'embarquâmes que nos canons. Les projectiles creux ou pleins, nous appartenant, et dont le transport eût coûté dix fois leur valeur furent brisés, étant inutiles aux Mexicains, dont les canons étaient d'un calibre double du nôtre. Quant à la poudre, le général Castelnau la fit noyer, Mexico étant suffisamment approvisionnée et son transport devant être aussi dispendieux qu'inutile.
Le 5 février, la capitale fut remise aux autorités mexicaines, et nos dernières troupes l'évacuèrent. Le 12 mars, nous n'avions plus de soldats au Mexique ; l'armée française et les corps austro-belges embarqués voguaient sur l'Océan, en route pour l'Europe.
Depuis le mois de mars 1867, l'histoire des dernières convulsions de Tempire mexicain devient obscure, et la plupart des rares événements qui Font signalée est encore ensevelie dans les voiles de l'incertitude. Les journaux américains ont publié plusieurs lettres apocryphes de l'empereur Maximilien, et d'autres, dont l'authenticité est au moins douteuse, que Sa Majesté aurait étantes dans les trois derniers mois de son agonie politique; mais il n'est pas possible de s'appuyer sur les renseignements de la presse américaine pour écrire une histoire quelconque. Il faut donc attendre, pour parler avec exactitude des faits survenus au Mexique après le départ des troupes, que l'administration despotique et sanguinaire de Juarez soit terminée, et que les acteurs de ce long et déplorable drame puissent librement raconter ce qu'ils ont vu. Je crois que M. Masseras, ancien directeur de YÈre nouvelle^ va combler bientôt cette regrettable lacune.
Néanmoins, si l'on ne peut encore tout dire, on peut marquer d'aune manière générale, les étapes qui ont amené l'infortuné souverain au couvent des Gapuchinos. Il est impossible de savoir jusqu'à quel point les conservateurs ont tenu leur promesse de soutenir de leurs deniers l'empire mourant ; on sait seulement que les généraux populaires Miramon, Mendez^ Mejiaet Marquez ont bravement tenu leur parole, payée du sacrifice de leur vie par les trois premiers. Quant au dernier qui s'est échappé au Texas, malgré le peu de sympathie qu'il rencontrait parmi les étrangers, il est probable qu'il est plus coupable d'ineptie, d'arbitraire et de concussion que de trahison. Soldat brutal, mais vrai soldat, avant de l'accuser d'un pareil crime, il faut en avoir des preuves, et ces preuves manquent.
Si l'empereur avait été abandonné à Orizaba, il est certain que les conservateurs eussent vu une seconde édition des lois mortuaires appliquée contre eux aussitôt après le départ de nos troupes. En soutenant l'empire, ils soutenaient donc leurs propres intérêts et même leur vie. En organisant une armée pour les défendre et prolonger la lutte, les con-
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servâteurs pouvaient naturelTéiHent espérer d'obtenir de meilleures conditions des dissidents. Oes considérations fo^t supposer que leur concours devait être sincère et sérieux. S'il n'»- pas été ce qu'ils avaient promis, — c*est que la position était trop désespérée pour être remédiable, et que la terreur inspirée par les actes des juaristes s'est changée en panique. Quant à Miramon, son épée n^iavait pas été tirée en vain hors* du fourreau. Le 27 janvîei^, il envoyait de Zacatecas, la dépêche suivante au ministre de la guerre :
a Aujourd'hui, j'ai attaqué et occupé la place deZacatecas. Les forces — dissidentes — de Durango et de Zacatecas Dnt été poursuivies à trois lieues au delà de la ville. L'artillerie , l'armement et beaucoup de prisonniers sont restés eii mon pouvoir.
« Juarez n'a dû son salut qu'à la rapidité de sa voiture.
a Veuillez féliciter Sa Majesté pour cette victoire. — Mîramon. »
Dans la première quinzaine de février, l'empereur partit pour Queretaro. Il est probable qu'après sa victoire, Miramon, voulant poursuivre une colonne ennemie, qui se dirigeait sur S. Luis Potosi, fut battu, et que les dissidents reprirent l'offensive. Les détails manquent sur les diffirentes actions qui eurent lieu à cette époque, mais il est à supposer que Miramon se replia en deçà d'Aguas-Calientes, tête de ligne de S. Luis Potosi et de Zacatecas, pour rejoindre les forces impériales de Queretaro et livrer bataille dans les environs de cette ville, peut-être même à Gelaya.
A S. Juan del Rio , dernière étape avant d'arriver à Queretaro, l'empereur lança l'ordre du jour suivant :
a San Juan del Rio, 17 février 1867. — Aujourd'hui je me mets à la tête et je prends le commandement de notre armée, qui pouvait à peine, il y a deux mois, commencer à se réunir et à se former. Ce jour, mes vœux ardents Tappe^ laient depuis longtemps; des obstacles indépendants de ma volonté me retenaient. Aujourd'hui, libre de tout engage^
ment, je peui ne prendre pour gaide que mes sentimeots de bon et fidèle patriote.
(K Notre devoir comme loyaux citoyens nous oblige à combattre pour les deux principes les plus sacres du pays, pour son indépendance menacée par des hommes qui, dans leurs vues égoïstes, veulent trafiquer même du territoire national, et pour le bon ordre intérieur que nous voyons chaque jour troublé de la manière la plus cruelle au préjudice de nos pacifiques compatriotes. Notre action libre de toute iii^ Quence, de toute pression étrangère , cherche à soutenir et à porter haut Thonneur de notre glorieux drapeau tricolore.
« J'espère que les généraux donneront à leurs officiers, et ceux-ci à leurs vaillantes troupes , le noble exemple de la plus stricte obéissance et de la plus sévère discipline, indispensables à une armée qui doit relever la dignité nationale. Quant à la valeur et à la résolution, il est inutile d'en parler aux Mexicains :' c'est le patrimoine de notre pays.
« rai nommé le brave général Marquez, chef de mon étatmajor. Tai réparti l'armée en trois corps : le premier, sous le commandement du vaillant général Miramon; le second, sous les ordres de son chef actuel, et le troisième, sous ceux de l'intrépide général Mejia.
« J'attends encore d'un moment à l'autre l'arrivée du courageux général Mendez avec ses troupes fidèles et aguerries qui se joindront au deuxième corps. Tai déjà près de moi le général patriote Yidaurri, qui va organiser le plus promptement possible ses troupes et ouvrir la campagne dans le nord.
« Ayons confiance en Dieu qui protège et protégera le Mexique, et combattons avec une indomptable énergie sous cette invocation sacrée : Vive Tindépendance ! »
Deux jours après cet ordre du jour, l'empereur fit son entrée à Queretaro, où il reçut l'accueil le plus enthousiaste. Le 20 février, Sa Majesté adressa à l'alcade de cette ville la lettre de remerctm^nts ci-après :
oc rai vu avec le plus grand plaisir et avec une vive émO-
tion TafTectueux et enthousiaste accueil que m*ont fait les habitants de cette population sympathique qui m'ont donné les plus loyaux et sincères témoignages de leur dévoûment» sentiment dont le souvenir restera éternellement gravé dans mon cœur reconnaissant. Vous offrirez en mou nom des remerdments à la population , vous leur direz que tous mes efforts, toutes mes sollicitudes n'auront d'autre objet que d'assurer la paix et la félicité à mon pays. Pour y parvenir, je compte toujours sur la coopération de tous les bons Mexicains, et je range parmi eux les habitants de cette belle cité. — Maximilien. »
La lettre suivante de Marquez , au président du conseil , M. Lares, nous apprend que ce général, avant d'être investi du commandement de la ville de Mexico, avait suivi son souverain à Queretaro.
« Queretaro, 19 février 1867. —Mon cher ami. — Vous savez qu'une fois la capitale évacuée par led troupes françaises, l'empereur a résolu de mettre à exécution le dessein qu'il avait conçu de se mettre à la tête de l'armée et de faire la campagne à l'intérieur. C'est pourquoi, le 13 du courant» il est parti de Mexico pour Queretaro avec une colonne composée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, qu'il a daigné placer sous mes ordres.
c( Vous savez aussi que le même jour nous avons combattu et mis en déroute l'ennemi, que nous avions rencontré à la hacienda de la Lecheria; et, depuis. Sa Majesté a montré une sérénité et une valeur que n'ont pu s'empêcher d'admirer tous ceux qui l'accompagnent.
« Tai aussi porté à votre connaissance l'autre rencontre que nous avons eue au fort de Calpulalpan, avec les bandes de Gelista et de Cosio, qui ont été également mises en déroute; dans cette journée. Sa Majesté, comme de coutume, s'est portée sur tous les points où était le danger,et a donné l'exemple de la fermeté et de la résolution aux soldats qui lui obéissent. Ensuite, nous sommes arrivés ici, après une marche que rien n'a entravée, car, à l'exception des deux faits
d'armes dont je viens de parler, nous n'avons pas rencontré un seul ennemi.
c( Vous ne pouvez vous figurer, mon bon ami, les avanr tages que nous a procurés cette expédition de l'empereur, attendu que dans son cours Sa Majesté a pu voir par ellemême qu'il n'y a rien de vrai dans ce qu'on lui disait touchant la situation dû pays. Elle a vu que ce qu'on représentait à l'empereur comme des brigades et des divisions de l'armée juariste, opérant de concert et sous une direction centrale reconnue par tous, ne consiste qu'en de misérables bandes de malfaiteurs, qui maraudent pour leur compte en ruinant les populations, qui ne reconnaissent aucun centre, qui ne pensent à rien moins qu'à D. Benito Juarez, qui, loin d'être unies, vivent dans une anarchie perpétuelle, se faisant ]a guerre les unes aux autres, et qui, incapables de se battre, fuient aux premières décharges de nos troupes, quel que soit le nombre de leurs adversaires.
« Cependant l'empereur, accueilli partout avec enthousiasme, a entendu les acclamations de tous les habitants des localités par lesquelles il a passé, les plaintes qu'ils lui ont présentées contre les bandes de dissidents, et l'expression d'un désir unanime de voir l'établissement de la paix sous le régime impérial et la destruction de ces hordes de sauvages.
a £nfin, l'empereur a fait aujourd'hui son entrée dans la ville, au milieu des troupes qui y tiennent garnison et qui formaient la haie pour lui faire les honneurs d'usage. Sa Majesté s'est trouvée entourée d'un peuple nombreux et empressé, qui, de même que l'armée, l'applaudissait sans relâche; et à mesure que le cortège pénétrait dans l'intérieur de la ville, l'air se remplissait de fusées, de vivat, qui, retentissant au milieu des carillons et des salves d'artillerie, formaient un spectacle vraiment grandiose et difficile à décrire, et qui touchaient la fibre la plus sensible du cœur, {Puisqu'ils exaltaient l'amour de la patrie à son plus haut degré.
IIÎ. S7
4«t HISTOIRE DU MEXIQUE.
a Ce jour a certainement été un jour aussi grand pour l'empereur que pour nous tous qui aimons notre patrie, d'autant plus que l'avenir qui s'était présenté à Sa Majesté était plus sombre.
« Après i*entrée de l'empereur» les troupes ont défilé ea sa présence en colonne d'honneur, et encore une fois^ pleines d'enthousiasme, elles ont répété leurs vivat en l'honneur du souverain du Mexique, en lui donnant le nom de libérateur.
« Un autre des avantages qui ont résulté de ce voyage, c'est que l'empereur a appris à connaître ses troupes, dont il a pu apprécier par lui-même le bon ordre, la résignation, la vitesse à la marche, l'esprit de subordination et l'excellente administration sous tous les rapports ; de sorte que Sa Majesté est très satisfaite, très contente de son arrivée à Queretaro, et résolue absolument à continuer de travailler au salut de notre pays, sans reculer devant aucun sacrifice de quelque genre que ce soit.
« Honneur et gloire au prince Maximilien ! Félicité éternelle aux fils du Mexique !
c( Nous voici donc au milieu de nos compagnons d'armes, animés d'une joie sincère, avides de gloire, pleins de foi et résolus à travailler avec courage jusqu'à ce que nous ayons achevé la délivrance de notre patrie, fftt-il pour cela néces* saire de faire le sacrifice de notre vie.
« La ville de Queretaro est satisfaite, l'armée enthousiasmée; tout ici respire la prospérité et le bonheur, et tout annonce un avenir riant et de bon augure.
ce Demain Sa Majesté recevra les généraux et leurs étatsmajors, et après-demain elle passera la revue de toutes ses troupes.
a Le général Mendez, à la tête d'environ cinq mille hommes de troupes aussi aguerris que dignes de confiance, est arrivé aujourd'hui à Gelaya, il sera demain ici au quartier général; avec ces troupes et les renforts qui doivent bientôt les rejoindre, nous formerons une agglomération à laquelle l'enneoii ne pourra résister. Plaise à Dieu de l'aveugler au point qu'il
nous attende quelque part, afin que de cette manière nous puissions lui donner une leçon comme d'habitude! Mais, quand même il ne nous attendra pas, nous manœuvrerons convenablement pour obtenir le résultat que nous cherchons, c'est à dire la pacification du pays et la destruction de ses ennemis.
« Tout ce que je vous dis est pour votre gouverne. Taurai soin de vous informer de ce qui surviendra de nouveau ; et en attendant je me dis derechef votre affectionné ami et dévoué serviteur. — L. Marquez. »
Les mois de mars et d'avril furent occupés à fortifier la capitale et Queretaro. Il paraîtrait que Marquez f\it envoyé contre Porfirio Diaz qui assiégeait Puebla ; il avait la tâche de faire lever le siège de la ville et de renvoyer ensuite à Queretaro des renforts. Des lettres de l'empereur Maximilien d'une authenticité douteuse disent que Marquez devait amener ces renforts, et qu'il avait des pouvoirs discrétionnaires pour défendre Mexico, en cas de défaite. Comme ce général ne pouvait être à la fois dans la capitale et à Queretaro, ces lettres paraissent apocryphes. Quoi qu'il en soit. Marquez se laissa battre par Porfirio Diaz qui vint assiéger Mexico, après s'être emparé de Puebla. Jusqu'au 7 mai, pourtant, les impérialistes étaient pleins de confiance dans le triomphe définitif de leur cause. A Queretaro, Miramon faisait merveille; le 27, avril il avait délogé les dissidents établis dans le cimetière, soutenus par 10,000 hommes, vingt pièces d'artillerie et commandés par Escobedo ; après une heure de combat il les mettait en déroute et leur faisait 500 prisonniers.
Le 14 mai dans la nuit, l'empereur présida un conseil de généraux pour préparer une sortie qui devait, le lendemain, sinon faire abandonner le siège aux troupes d'Escobedo, du moins livrer passage aux forces impériales et leur permettre de se battre en rase campagne. Le colonel Lopez, comblé de faveurs par l'empereur Maximilien, le trahit à ce moment suprême; sa trahison fut si habilement et si mysté-
4U HISTOIRE DU MBIIQUB.
Tieusement ourdie que Tempereur et ses généraux furent pris à IMmproviste dans la matinée du 15 mai et durent capituler sans coup férir. Lopez a cherché à se disculper devant l'opinion publique, mais sa lettre, tissu de fables, n*a pu diminuer l'exécration générale dont il est partout l'objet, depuis son odieuse infamie. Les faits l'accusent d'une manière trop évidente pour qu'il lui soit permis de nier son crime. Dans la réfutation de la lettre de Lopez, faite par les officiers de l'armée inapériale, on voit qu'il avait pour complice un Polonais du nom deJablonski. Pour préparer rentrée des troupes d'Escobedo dans Queretaro, par le jardin de la Gruz, Lopez avait eu soin de faire garder une embrasure du mur de clôture par un détajchement placé sous les ordres de Jablonski. Voici sur ces événements la déclaration du colonel Guzman, chef d'état-major en second de l'armée impériale:
« Vers les quatre heures du matin du 15 mai, M. J. L. Blasio, secrétaire de l'empereur, entra dans la chambre qui servait de logis au général del Castillo et à moi; il m'avertit que l'ennemi était dans le cimetière. J'en informai le général, qui sortit précipitamment.
(c ... Je me retirais avec la plus grande précaution, lors'* que, arrivant au « tambour », je rencontrai cinq ou six officiers, derrière lesquels venait Lopez.
(c Je fis un pas en avant au milieu d'eux, et m'adressant à Lopez, je lui dis : a Qu'y a-t-il, colonel? » Il ne me répondit pas et je pus remarquer qu'il semblait vouloir s'effacer derrière le groupe de ces officiers. J'avais à peine prononcé ces mots, que l'un d'eux, qui se trouvait placé derrière mot quand je m'avançai au milieu du groupe, dit à haute voix : « Assurez-vous de ce monsieur, » ce que firent sept ou huit soldats qui se trouvaient derrière et que je n'avais pas aperçus. Ge petit piquet me fit avancer derechef vers le jardin, à vingt-cinq pas environ de la porte, où nous stationnâmes.
« Dans ce moment, je supposai que Lopez avait été fait prisonnier comme moi; mais je ne concevais pas pourquoi
on ne me l'adjoignait pas, en le voyant continuer de se diriger avec ses ofRciers vers une autre porte de l'édifice, à vingt ou vingt-cinq mètres à la droite du tambour qui conduisait aux quartiers de la compagnie des sapeurs, à celui d'un piquet dé gendarmerie et à l'intérieur d'un ouvrage for* tifié qu'on construisait sur le chemin, en sortant de la place de la Cruz.
c( Durant un quart d'heure environ, je pus observer que quelques personnes, sortant de l'intérieur, se dirigeaient vers les détachements d'infanterie et les faisaient avancer sur le couvent par ses deux entrées et par une grande cour où Ton parvenait par un percement. Cette cour communiaquait par le sud avec la ligne de San Francisquito et par le nord avec la partie basse de l'hôpital. En ce moment, j'entendis à peu de distance Lopez qui disait à haute voix en marchant précipitamment :
« — Par ici, mon général, par ici. »
« J'eus un moment de grande joie, car je supposai à Tins* tant que Lopez était parvenu à s'échapper, et que c'était au général Castilio qu'il désignait le chemin par lequel l'ennemi s'était avancé; mais cette illusion dura peu, car bien peu d'instants après, on me fit marcher vers une plate-forme construite dans le mur de clôture gauche, où je fus réuni à sept ou huit de mes camarades faits déjà prisonniers. C'est alors que je pus comprendre tout ce qui s'était passé sous mes yeux avec tant d'ordre et de silence, pourquoi aucun poste n'avait fait feu et celui de la tour n'avait pas paru s'apercevoir du mouvement.
« Parmi les prisonniers, se trouvaient les commandants de ces postes, excepté celui de la tour, et chacun se mit à raconter ce que Lopez était venu leur dire pour les en séparer. Â celui du cimetière : « Qu'un bataillon du général Mar* quez, trompant la vigilance de l'ennemi, était parvenu à pénétrer dans la place, et que c'étaient des détachements de cette troupe qu'il plaçait pour relever la garde qui devait se réunir à son bataillon pour entreprendre une opération au
point du jour. » Au sous-officier Hans, il l'obligea de traîner sa pièce vers la Cruz, parce « qu'un détachement s'était soulevé dans cet endroit; » le retira de ce poste et le retint prisonnier, laissant la pièce à la garde de nouveaux soldats. Enfin chacun décrivit la mahière dont il avait été fait prisonnier, et tous désignèrent Lopez comme étant l'auteur de tous ces Taits. »
La déclaration du commandant L. Echeagaray du 3°"" bataillon Marquez n'est pas Imoins convaincante : — a Mon bataillon, dit-il, était de service dans la nuit du 14 au 18 mai, et il n'était resté dans les corridors de l'hôpital qu'une quarantaine de. prisonniers qu'on nous avait donnés pour remplacer les vides. Il était environ quatre heures et demie du matin, lorsqu'un officier de la garde de prévoyance de ma troupe, le lieutenant Molinarès, entra dans mon logement, situé en face de la caserne de la Cruz, et me dit : « Major, il paraît que l'ennemi est dans le jardin et le cimetière. » Au moment où je sortais pour me transporter à la caserne, je vis un corps de troupes qui longeait le côté droit de l'église, se dirigeant vers les pièces d'artillerie qui se trouvaient sur la petite place près de l'entrée de ma caserne. Je demandai à Molinarès quelle était cette troupe; il me répondit qu'elle lui semblait être ennemie. En même temps, je la vis s'emparer de l'artillerie.
ce En arrivant à la porte de la caserne, j'y trouvai le général Castillo, qui venait probablement de son logement. Nous allions entrer quand nous en vlûies sortir Lopez, qui avait fait déposer les armes aux quarante hommes dont j'ai parlé. Le générai Castillo demanda à Lopez : « Qu'y a-t-il, colonel ? » Celui-ci ne répondit pas, vint à moi et me dit : « Sauvez le général, tout est perdu. » Alors je lui dis que j'irais réunir quelques piquets de mon bataillon qui défendaient la ligne fortifiée, pour voir ce qu'il y aurait à faire. « Non, non, me dit-il» que tout reste dans le même état. » Plusieurs chefs républicains, que je ne connais pas, se trouvaient là pistolet en main. Je m'efTaçai et volai aux postes les plus proches,
SECOND BMPIRB. m
OÙ il y avait de la troupe de mon bataillon pour la rallier; mais ce fut en vain, car Lopez, à la tête d*une colonne ennemie accompagnée de ces mâmes chefs, se dirigeait à tous les points occupés par nos troupes, les enveloppait et les désarmait.
« Je crois que la confusion fit qu'on ne nous fit pas prisonniers alors. Je suivais Lopez, qui exécutait avec une grande activité les opérations dont j'ai parlé, jusqu'à Saint-François, où je le laissai. Lorsque je descendais la grande place, je vis défiler dans la même direction les piquets de troupe impériale, Explorateurs de Mexico^ les hussards, l'escorte de l'empereur et la petite troupe que commandait Jablonski. Les trois premiers piquets furent arrêtés, entourés, obligés de mettre pied à terre et de livrer leurs armes; mais Jablonski, avec sa section, criant « Vive la liberté ! » passa librement, et tournant à droite, s'achemina vers la Congregacion, où je fus fait prisonnier. »
« Aux premières lueurs du jour l'empereur était sur pied» dit un témoin oculaire de cette tragédie, et presque aussitôt il apprit qu'un événement extraordinaire s'était accompli. Réveillant le prince de Salm-Salm, son aide de camp, Maximilien se dirigea vers l'enceinte extérieure du couvent; mais à peine eut-il fait quelques pas qu'un détachement de soldats, conduit par le colonel Rincon Gallardd, l'entoura. Lopez accompagnait ce détachement ; ce fut lui qui désigna le prince à ses ennemis, en s'écriant d'une voix rauque : (c C'est lui! saisissez-le! » C'est alors qu'un incident eut lieu. Le colonel Gallardo, brave soldat qui ne paraissait pas goûter la trahison de Lopez, se dirigea vers Maximilien et lui dit : (c Vous êtes un particulier, et non pas un soldat; nous n'avons rien à vous dire. Partez !» Et en disant ces mots, il poussa le prince hors du couvent. Cinq minutes plus tard, je rencontrai Maximilien qui paraissait n'être pas encore revenu de sa surprise. Il se dirigeait à pied, le plus rapidement possible, vers le Gerro de la Campana, à l'autre extrémité de la ville.
m HIStOlBfi Dd MEXIQUE.
a Vers ce même point, les officiers et les soldats impérialistes qui n'avaient pas encore été capturés se dirigeaient confusément, poursuivis par la cavalerie ennemie.
(c Jusqu'alors, quelques coups de feu seulement avaient été tirés. Le général Corona, toujours prompt dans ses mouvements, avait fait entrer dans le couvent d*abord, et ensuite dans la ville, la plus grande partie de l'armée libé* raie. Il avait ainsi pris à revers toutes les positions impérialistes, dont les défenseurs jetaient leurs armes en criant : Viva la libertad! Hais Miramon n'était pas disposé à. se soumettre aussi facilement. Ralliant une partie du régiment de l'impératrice, qu'il rencontra dans la calle de las Capuchi-naSy la plus large rue de la ville, il tint tète aux assaillants. Un des premiers coups de feu atteignit Miramon au visage, au dessous de l'œil gauche, le privant ainsi momentanément de la vue. Avant qu'il eût repris ses sens, tous ses soldats s'étaient rendus, et lui-même était prisonnier dans une maison voisine.
(c Pendant ce temps, Maximilien avait gagné le Gerro de la Gampana, colline fortifiée qui commande la partie nord de la ville; il avait été rejoint par les généraux Mejia, Gastillo et Âvellano, par le prince de Salm-Salm et par plusieurs autres de ses officiers ; mais il devint bientôt évident que toute résistance était impossible. Quatre bataillons d'infan-* terie et toute la cavalerie libérale environnaient le Gerro.
« Le pavillon blanc fut alors arboré, et l'empereur, avec tout son état-major, se rendit au général Gorona. On permit aux prisonniers de conserver leurs chevaux, leurs armes et leurs effets personnels, et quelques heures plus tard, on les conduisit au couvent de la Gruz.
c< Les premières compagnies de l'avant-garde mexicaine qui étaient entrées dans la ville avaient commis quelques excès; on signalait plusieurs maisons pillées et des personnes dévalisées dans les rues; mais dès l'arrivée des officiers généraux, l'ordre fut rétabli. »
Du couvent de la Gruz, l'empereur fut conduit avec ses
officiers à celui de Santa-Teresita, où, pendant trois jours ils dormirent sur la terre nue, et reçurent une nourriture grossière et môme insuffisante. On les transféra ensuite au couvent des Capuchinas oii les amis des prisonniers leur firent parvenir des aliments, du vin, des vêtements et quelques objets de première nécessité.
Le siège de Queretaro avait duré soixante-huit jours. Dans l^enceinte de la ville, les vivres étaient devenus rares au commencement de mai, et les habitants comme la garnison souffrirent beaucoup de cette pénurie. L'empereur vivait comme un simple soldat, plein d'espoir, d'illusions etd'ab*négation, s'exposant au danger avec uneinsoucianceétrange. Sa conduite n'a cessé d'être un exemple de courage chevaleresque et un sujet d'admiration pour tous.
Le 15 mai, Juarez envoya la dépêche suivante au général Bériozabal qui l'expédia aux États-Unis.
d S. Luis Potosi, 15 mai. — Viva la patria ! Queretaro est tombée ce matin à huit heures par la force des armes. Maximilien, Mejia, Gastillo et Miramon sont prisonniers. — Benito Juarez. »
Il appelait Tor et la trahison « force des armes! » Escobedo dans sa dépêche, oublie également ce détail qui ne devait pas flatter l'orgueil des chefs juaristes. Parmi les généraux prisonniers se trouvait également Mendez, le vainqueur de cent combats, dans le Micboacan. Pris dans la journée du 16 mai, il ne se cacha pas le sort qui l'attendait. Il passa la nuit à écrire à sa famille, et le lendemain matin il fut conduit à l'Alameda et passé par les armes. Suivant Tusage du pays, à l'égard de ce qu'on appelle des «traîtres», on le fusilla par derrière. Il protesta, en disant qu'il voulait afflronter la mort en face ; mais l'officier commandant le peloton lui répondit qu'il devait obéir à ses ordres. — « Cest bien, dit Mendez, feites ! » Puis il s'agenouilla tranquillement en tournant le dos aux soldats chargés de l'exécution. Quatre hommes sortirent des rangs et firent feu. Le condamné n'ayant pas été atteint mortellement, se releva et fit
signe de tirer à la tête. Le caporal alors lui appliqua le canon de son fusil contre l'oreille et lui fit sauter la cervelle. Ainsi mourut Ramon Mendez, un des Indiens les plus éminents de cette époque.
M. Lago, chargé d'affaires de rAutriche, M. Gurtopassi, chargé de la légation d'Italie, M. Hoorickx, chargé de la légation belge, et M. Forest, consul de France, se rendirent à Queretaro pour intercéder en faveur de l'empereur Haximilien. M. le baron Magnus, ministre de Prusse à Mexico, fit à Queretaro comme à S. Luis Potosi des prodiges d'activité, d'instances et de démarches de toutes sortes pour obtenir la vie sauve à l'auguste prisonnier. Quant aux démarches du gouvernement autrichien, personne ne les ignore, elles ont été consignées dans la Gazette officielle de Vienne du l*' juillet. Voici la note de ce journal :
a II n'est pas sans intérêt de connaître les démarches que le gouvernement impérial autrichien a entreprises depuis plusieurs mois, dans le but de conjurer la terrible catastrophe dont la nouvelle vient d'arriver ici.
ce Déjà au moment de la retraite des troupes françaises, S. M. l'empereur d'Autriche, partant de cette pensée que l'empereur Maximilien quitterait Mexico en même temps que le maréchal Bazaine, jugea opportun d'examiner la question de savoir s'il n'y avait pas lieu de rendre à l'empereur Maximilien le retour plus facile en le réintégrant dans tous les droits d'agnat auxquels il avait renoncé avant son départ pour Mexico. S'il ne fut pas donné suite immédiatement à cette idée, la raison en est que, sans parler d'autres droits légitimement acquis qui étaient en question et qui demandaient un mûr examen, l'empereur Maximilien restait à Mexico et continuait la lutte avec les forces indigènes qui étaient à sa disposition.
(c Lorsque la nouvelle de sa capture parvint ici, tout fut mis en œuvre pour provoquer en sa faveur une intervention diplomatique de toute l'Europe.
« Déjà auparavant, l'ambassadeur d'Autriche à Washing-
ton avait reçu mission de s'adresser au gouvernement des États libres de TAmérique du nord et de faire appel à leur intervention et à leur action diplomatique pour le cas où un danger aurait menacé l'empereur Maximilien.
« On sait que M. Seward a donné suite à cette instance, et que le gouvernement américain employa alors ses bons offices dans ce sens auprès de Juarez.
« Lorsque la capitulation de l'empereur Maximilien eut été connue, laFrauce, l'Angleterre, la Russie et la Prusse chargèrent leurs ambassadeurs à Washington de joindre leurs efforts à ceux de l'ambassadeur autrichien à l'effet de sauver la vie de l'empereur.
« Toutes les puissances s'employèrent dans ce sens, et la reine Victoria, en particulier, ajouta qu'il s'agissait de « sau- « ver la vie à un proche parent qui lui était cher. »
« Un motif d'espérer s'offrit encore, lorsqu'on eut appris ici les raisons à l'aide desquelles l'ambassadeur de Juarez à Washington , Romero, essayait de justifier les mesurés rigoureuses prises contre l'empereur Maximilien. Ces raisons s'appuyaient essentiellement sur la considération que l'empereur Maximilien demeurerait toujours prétendant, qu'il continuerait à rassembler autour de lui les personnages turbulents du Mexique et, par suite, à maintenir le pays dans un état permanent d'agitation. Dès lors il fut résolu, sans retard, dans le conseil de la famille impériale autrichienne, qtie l'empereur Maximilien rentrerait dans tous ses droits de dernier agnat, qu'on s'appliquerait à obtenir de lui la plus complète renonciation à ses droits comme empereur du Mexique et à fournir les garanties nécessaires pour l'accomplissement et l'exécution de cette renonciation.
ce On expédia télégraphiquement à l'ambassadeur autrichien à Washington des instructions dans ce sens.
« M. Seward s'est empressé à nouveau d'employer activement ses bons offices. Malheureusement, les nouvejles qui viennent d'être publiées attestent que les efforts ont été sans
43i HISTOIRB DU MEXIQUE^
succès. La question d'une rançon n'a jamais été soulevée. Â la cour impériale autrichienne on eût été pleinement disposé à acquitter une rançon. Mais ici , la plus grande prudence était commandée. II fallait éviter d'éveiller la pensée d'un empiétement sur la juridiction du conseil de guerre qui avait ouvert le procès ; ce qui aurait aggravé la situation de l'empereur Maximilien. Cette dernière considération prévalut aussi lorsque fut agitée la question de savoir s'il n'y avait pas lieu d'envoyer à luarez une personne de confiance. On renonça à ce parti , attendu que , abstraction faite de la tournure fâcheuse que cette démarche aurait pu donner à la destinée de l'empereur Maximilien, Juarez lui-même aurait été compromis si elle avait été découverte. »
Je ne sais sî le gouvernement américain a fait, dans cette circonstance, ce qu'il aurait dû, ce qu'il aurait pu, ce qu'il avait promis de foire. M. Seward chargea M.- Campbell d'aller auprès de Juarez obtenir la vie de l'empereur ; M. Campbell resta à la Nouvelle-Orléans et envoya un courrier à sa place. Si M. Seward avait voulu sauver la vie de Tempereur il l'aurait sauvée ; Juarez, dans la situation où il se trouvait vis-à-vis des États-Unis, ne pouvait refuser cette demande. Mais la mort de l'empereur devait à tout jamais terminer les interventions européennes au Mexique et laisser ce pays devenir pacifiquement la proie des Ëtats-Unis; M. Sevrard laissa M. Campbell se promener à la Nouvelle-Orléans et ne confia pas la mission dont il l'avait chargé à un autre fonctionnaire. Quand on réfléchit au temps écoulé entre la capture de l'eippereur et son exécution, il est permis de croire que Juarez attendait des États-Unis sinon des ordres, au moins des instructions sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard de Sa Majesté. La postérité jugera le gouvernement des États-Unis dans cette triste circonstance, mais il est douteux qu'elle le disculpe d'une terrible responsabilité relativement à la mort de ce malheureux prince.
La dépêche de M. Lago sur les événements de Queretaro, est trop importante pour ne pas la publier ici. En voici le texte :
SECOND EMPIRE. m
(c Mexico, le 25 juin 1867.— J*espère que Votre Excelleace aura reçu ma lettre du 30 du mois dernier, et je me permets de lui rendre un compte abrégé des événements survenus depuis, autant que le temps et les circonslances me le permettent, en me réservant de donner plus tard des communications plus détaillées.
ce Malgré les obstacles que le lieutenant général Marquez mit à mon départ, j'ai pu quitter Mexico le 31 du mois dernier, par le canal Chalco, et après un voyage de trois jours, arriver à Queretaro dans la nuit du 3 juin. Dès le lendemain, j'obtins du général en chef Escobedo l'autorisation de voir l'empereur aussi souvent que je le désirais. Je me rendis aussitôt dans la prison du couvent de las Capuchinas, où je trouvai Sa Majesté étendue sur un lit, malade de corps (dyssenterie), mais saine d'esprit et courageusement résignée.
« Des centaines de soldats étaient couchés sur les escaliers et dans les corridors qu'il fallait traverser pour se rendre auprès de Sa Majesté, de manière qu'il fallait littéralement leur passer sur le corps. La chambre elle-même était une cellule qui se trouvait au bout d'un corridor au premier étage, longue d'environ dix p^s et large de trois; elle ne contenait rien qu'un lit de camp , une armoire , deux tables, un fauteuil en jonc et quatre chaises en jonc ; le sol était carrelé grossièrement; il y avait une porte et une fenêtre donnant sur le corridor.
c( Devant la porte se trouvait un factionnaire; devant Ja fenôtre un officier couchait sur un paillasson. La nuit, un un général et trois colonels faisaient sentinelle, le revolver à la main, devant la chambre impériale.
ex Les deux généraux impériaux Miramon et Mejia étaient détenus dans deux cellules voisines de celle de l'empereur, et avaient la faculté de converser librement avec leur souverain. Non loin se trouvaient, non pas comme prisonniers, le docteur Basch, médecin particulier de Maximilien, et deux serviteurs européens.
ce A partir du moment de mon arrivée, j'ai eu presque
chaque jour des entrevues de plusieurs heures avec Sa Majesté, qui m*a traité sans cesse de la manière la plus gracieuse et la plus bienveillante. Sa Majesté vit très souvent aussi mes collègues également arrivés à Queretaro , le ministre résident de Prusse, le chargé d'affaires belge, M. F. Hoorikx, et le chargé d'aifaires italien, M. Curtopassi, et montra également à ces messieurs beaucoup de grâce et d'amabilité.
« Dans rintervalle, nous avions acquis, en raison de la tournure grave et désespérée des choses , la conviction que les deux avocats, Riva Palacio et Martinez de la Torre, venus de Mexico, agiraient à San-Luis , le siège du gouvernement républicain, et, par suite, le lieu où serait prise la décision définitive, avec plus d'efficacité, dans l'intérêt de la cause de Maximilien, qu'à Queretaro, où les deux autres avocats, Ortega et Vasquez, devaient rester.
a Peu de temps après l'arrivée des deux premiers avocats à San-Luis, nous apprenions d'eux, par le télégraphe, que leurs efforts avaient complètement échoué, et que l'on avait refusé de prononcer, ainsi qu'ils l'avaient demandé, l'incompétence du tribunal destiné à juger l'empereur.
« Ce tribunal était composé de six capitaines et présidé par un lieutenant-colonel. Par contre^ les avocats avaient proposé que l'aifaire fût renvoyée devant un conseil de guerre composé de généraux ou devaht le congrès national.
a A la suite des nouvelles décourageantes que les avocats nous firent parvenir le jour même par une estafette de San- Luis, H. de Magnus, représentant de la Prusse, partit immédiatement pour cette ville pour y tenter un dernier effort, en vue d'un meilleur résultat ou pour obtenir du moins une suspension de la procédure judiciaire. Pour ne rien négliger, de mon côté, de ce qui pouvait être utile au malheureux prisonnier impérial, j'offris, bien que je ne fusse pas appelé à San-Luis par le télégraphe , d'y accompagner mon collègue prussien , d'autant plus que le chancelier de celui-ci était à Queretaro assez gravement malade.
« Ce ne fut qu'après la déclaration solennelle faite par les
deux avocats, qui étaient restés devant moi et mes collègues, que la présence d*un représentant autrichien à San Luis ne pourrait que nuire à la cause de l'empereur, que je renonçai au projet d*y aller, ce dont Sa Majesté me remercia vivement le même soir, puisqu'elle avait beaucoup plus besoin de moi à ses côtés. L'empereur ne fondait aucun espoir sur les négociations commencées à San Luis et n'attendait avec raison, comme la suite l'a montré, absolument rien de ce côté pour sa vie et son honneur.
c( Le 12 et le 13, le procès commença dans le théâtre de la ville; le conseil de guerre se trouvait, comme les accusés, sur la scène, les auditeurs dans les stalles et les loges; le théâtre était faiblement éclairé. Gomme Sa Majesté, k cause de son état maladif, mais principalement par un sentiment d'honneur blessé, ne voulut paraître en un tel lieu à aucune condition, à moins de l'emploi de la force, on suspeudit la procédure à son égard et on commença par les généraux Miramon et Mejia, qui furent forcés, en effet, de paraître sur la scène.
« Le 14 au matin, enfin, commença le plaidoyer des avocats impériaux, après que ceux-ci eurent prouvé que le procès pouvait avoir lieu et le jugement être prononcé légalement sans que l'accusé parût en personne devant ses juges. Je serai plus tard en position de rendre compte avec plus de détails, à Votre Excellence, des treize points d'accusation et de la défense. Outre l'usurpation du pouvoir suprême, la guerre civile, etc., le point qui figure en première ligne dans l'accusation est la sanction donnée à la loi du 3 octobre 1865, conformément à laquelle, d'après des notabilités libérales, 40,000 personnes auraient été exécutées depuis cette époque dans le pays.
ce Le 14» à neuf heures du matin, un adjudant du général Escobedo vint nous chercher, MM. Hoorikx, Gurtopassi, Forest (ancien consul de France à Masatlan et chargé de pouvoirs confidentiels de l'ambassadeur de France) et moi, et nous conduisit au quartier général. Là, l'ordre nous fut
donné de quitter Queretaro dans deux heures. A peine eûmes-nous le temps d'informer Sa Majesté de cette mesure et d'emballer nos effets, quand un second ordre nous enjoi* gnit de quitter la ville immédiatement.
a Un quart d'heure après, une diligence préparée pour nous, nous emmenait ho'rs de Queretaro. Un passe-port nous fut délivré par cet adjudant pour Guantitlan-Tacubaya, et il nous déclara, au nom du général Ëscobedo, que si nous ne quittions pas à l'instant Queretaro, ou si nous y revenipns av.ant sept ou huit jours, cela nous coûterait la vie.
« Le 16 au soir, nous arrivâmes après un voyage pénible à Tacubaya, où nous apprîmes que le général Marquez ne songeait nullement à rendre la ville, mais qu'il continuait à dépouiller et torturer les habitants de la manière la plus éhontée, tandis qu'il faisait officiellement annoncer que l'empereur avait remporté de brillantes victoires et qu'il devait arriver d'un jour à l'autre.
'. c( Dans la capitale , la famine avait fait des progrès effrayants ; un tiers de la population s'était c^nfuie vers les points occupés par les libéraux, où régnait une misère immense, d'où d'horribles épidémies commentaient à exercer leurs ravages.
« Dans le camp des libéraux, l'exaspération contre le général Marquez, contre les autres généraux impériaux, et contre les officiers et soldats servant sous leurs ordres, était arrivée à son comble, attendu qu'il était impossible d'admettre qu'ils pussent encore être dans le doute sur le sort de l'empelreur. On leur reprochait en conséquence de vouloir l'effusion du sang inutilement et sans chance de succès par pure passion et obstination.
(( Tous les officiers supérieurs mexicains et européens se trouvaient donc sur la liste de ceux qui devaient être exécutés après la prise de Mexico. D'autre part« S. M. l'emj^er reur avait désigné à moi, aussi bien qu'à mes collègues^ le général Marquez comme le plus grand traître qui, depuis qu'il. avait quitté Queretaro, avait toujours agi d'une façoa
directement opposée aux instructions qu*il avait reçues de Tempereur. Ainsi l'empereur me dit que le général Marquez n'avait jamais été autorisé à se mettre en marche surPuebla, mais qu'il avait reçu l'ordre de se rendre, avec la garnison de Mexico et les sommes déposées dans celte ville, à Queretaro, où il aurait offert alors à l'armée principale des libéraux une bataille décisive, dont l'issue lui aurait certainement été favorable .
« Après qu'on eut attendu vainement pendant quelques semaines le retour du général Marquez, on avait pris la résolution, après de nombreux combats toujours heureux contre l'armée assiégeante, six fois plus nombreuse, d'abandonner Queretaro et de marcher sur Mexico; on devait partir le 15 au matin; mais à trois heures du matin, le traître Lopez, jusque-là un grand favori de l'empereur et commandant du couvent fortifié de la Cruz, avait introduit l'eunemi dans ce point qui domine tout Queretaro.
(c L'empereur me raconta lui-même, que dans l'intention d'y réunir ses troupes, il s'était rendu à la colline bien fortifiée Gerro de la Gampana, qui se trouve à l'ouest de la ville.
« Là, il aurait attendu le général Miramon ; mais celui-ci avait dans l'intervalle reçu une forte blessure au visage et avait été fait prisonnier. Ainsi se passa sans aucun profit le temps précieux qui aurait pu être utilisé pour s'ouvrir un chemin et pour fuir. Lorsque l'empereur apprit le sort de Miramon, il n'y avait plus à songer à la fuite.
ce La plus grande partie des troupes impériales, qui pendant le siège s'étaient montrées si braves et si fidèles, avaient été surprises et se trouvaient prisonnières et dispersées. Même le général Mejia conseilla à l'empereur de se rendre, puisque des colonnes d'assaut ennemies s'approchaient de toutes parts sous une terrible grêle de mitraille. L'empereur prit alors lui-même le drapeau blanc, puis il se rendit au général Riva Palacio, le fils de son avocat actueL
« Quatre jours auparavant, le colonel Lopez, ce traître, ni. SB
488 HISTOIHB DU MEXIQUE.
s'était rendu dans le quartier du général Escobedo et avait offert sa trahison pour la somme de 3,000 onces d*or, sur laquelle, paratt-il, il n'a reçu que 7,000 piastres environ. L'empereur me dit lui-même que Lopez l'avait vendu, lui et ses troupes, pour à peu près 11 réaux par tête.
ce À peine arrivé à Tacubaya, j'adressai une communication officielle aux officiers d'état-major autrichiens, pour les informer de la prise de Queretaro, et de la captivité de Sa Majesté ; en même temps je leur appris qu'une lettre autographe de l'empereur dans laquelle il les invitait à mettre fin à une effusion de sang inutile, et que je leur avais envoyée par M. Magnus» avait préalablement été confisquée par le général Marquez, et je leur dit que, dans les circonstances, je devais les rendre responsables vis-à-vis de Sa Majesté autrichienne, notre gracieux maître, de toute vie de soldat autrichien qui serait perdue d'une façon inutile.
<c J'offris d'avoir, la nuit, dans la tranchée, une entrevue avec le colonel KhevenhuUer pour lui enlever le dernier doute sur l'authenticité de la nouvelle de la fin de l'empereur. En même temps, je me mis en rapport avec le général Porfirio Diaz, afin d*obtenir les conditions les plus favorables pour les Autrichiens. Le général Porfirio Diaz déclara tout à fait inacceptable une proposition des officiers autrichiens, d'après laquelle les Autrichiens pourraient se rendre à la Yera-Crux avec armes et bagages, parce que les troupes étrangères avaient appuyé pendant deux mois la domination violente et barbare du général Marquez.
« Enfin, le général Diaz et moi, nous nous accordâmes sur les points de la capitulation des troupes autrichiennes et de leurs chefs, concessions que le général désigna comme les concessions extrêmes dont il pouvait prendre la responsabilité vis-à-vis de son gouvernement. Mais le général Diaz refusa de me donner une déclaration écrite, mais déclara à moi et aux témoins présents, M. Frédéric Hube et le gouverneur Baz, qu*il s'obligeait, par sa parole d'honneur, à tenir les stipulations arrêtées. C'est de cette manière que je com-
SECOND BHPIRB. 4S9
muniquai aux officiers supérieurs autrichiens, les dernières conditions du général, qui étaient à peu près les suivantes :
<f lo La condition principale de la présente convention est, qu'à partir de ce moment, les Autrichiens s'abstiendront de toute participation aux hostilités contre les forces républicaines ;
(c 20 Si, jusqu'au 21 au matin, c'est à dire quarante-huit heures après la réception des stipulations, les Autrichiens sortent de la ville et déposent leurs armes, le général Porflrio Diaz leur garantit le transport jusqu'à Vera-Gruz aux frais du gouvernement républicain. Hais il faut que les armes et les chevaux soient livrés, à l'exception des épées et des chevaux des officiers ;
a S"" En cas d'un combat si, sans y prendre part, les Autrichiens se retirent dans le palais et bissent le drapeau blanc, ce général ne pourra leur garantir que la vie ; du reste, le gouvernement républicain prononcerait en pareil cas;
« 4"* Ces conditions sont applicables aux autres soldats non mexicains placés sous le commandement des officiers autrichiens, suivant quelques conditions secondaires.
« Le 20, à cinq heures du soir, nous apprenions à Tacubaya que ces points avaient été acceptés sans réserve par les chefs autrichiens; ils déclaraient en même temps que le lendemain, à dix heures du matin au plus tard, les Autrichiens sortiraient de Mexico et déposeraient les armes à Tacubaya. Malheureusement, des négociations avaient été entamées en vue d'une capitulation par le général Tabera, commandant de Mexico en remplacement de Marquez qui s'était caché ; elles aboutirent vers minuit.
« Le 21, vers cinq heures du matin, les troupes républicaines devaient entrer à Mexico, ce qui eut lieu en effet. Par là, l'exécution du point 2 fut rendue impossible, sans leur faute.
ce Les Autrichiens sont concentrés dans le palais, et depuis l'entrée des troupes républicaines on ne leur a pas encore demandé leurs armes. Les Autrichiens et une partie
des troupes étrangères doivent partir demain pour Puebla ; là, ils attendront la décision que le gouvernement républicain aura prise définitivement sur leur sort.
ce Porfirio Diaz m*a déclaré que tous officiers autrichiens (au nombre de 150) auraient la vie sauve, et il espère que le président ne mettra pas d'obstacle à leur départ du Mexique ni à celui des troupes. Du moins, il fera tout son possible, car c'est aux Autrichiens qu*il est redevable de la prompte capitulation de Mexico àans effusion de sang. »
(Suivent les détails sur les mesures prises pour le trans* port des Autrichiens à Vera-Cruz et leur embarquement.)
(( Le 19 au soir, alors que je travaillais ardemment à la négociation secrète de la capitulation, je reçus la communition d*un télégramme adressé de Queretaro par le général Escobedo à Porfirio Diaz, annonçant que l'empereur, ainsi que les généraux Mejia et Miramon, avaient été fusillés le 9, à sept heures du matin, au Gerro de Campana. Comme depuis quelques jours j'avais acquis la certitude que l'horrible événement était inévitable, j'avais adressé, dès le 18, un télégramme aux docteurs Basch et Ribadaneyra, en les invitant à embaumer soigneusement le corps de Sa Majesté dans le cas de sa condamnation. Je sais positivement que cette dépêche est arrivée à son adresse.
« Le soir même où je recevais la nouvelle de la mort de Sa Majesté, j'envoyai un télégramme à Juarez pour le prier (le me faire remettre le corps de Sa Majesté pour qu'il pût être transporté en Europe. Le lendemain j'envoyai une estafette munie de tous les passe-ports et lettres de recommandation nécessaires au général commandant de Vera-Gruz (qui est encore aux mains des impériaux), à Sacrificios, près de Vera-Gruz, avec l'ordre de faire expédier à la Nouvelle-Orléans, par un navire de guerre, le télégramme qui probablement est arrivé à Votre Excellence. En même temps, j'invitais le capitaine du bâtiment ÏÉlisabeth à se rendre à Tampico, où j'espérais être dans trois semaines avec le corps de l'empereur.
(c Après le départ du courrier, je reçus un télégramme du ministre Lerdo de Tejada, de San Luis, qui m'apprenait que pour des motifs graves le président ne pouvait pas me permettre de disposer du corps de Sa Majesté, et je donnai contre-ordre au commandant de YÉlisabeth. Ma mission était terminée, mais on me conseilla de tenter de nouvelles démarches auprès du président et de ses ministres après leur prochaine arrivée, pour obtenir le corps de l'empereur. Je doute encore si je dois faire cette démarche.
<c Le motif auquel on attribuait le refus du gouvernement républicain (et que Porfirio Diaz me déclara ne pouvoir comprendre), était que celui-ci avait l'intention de ne délivrer le corps que sur la demande directe du gouvernement impérial et à un agent spécialement désigné à cet effet. D'un autre côté, M. de Magnus, qui avait assisté aux derniers moments de l'empereur et avait reçu ses dernières volontés, se rendait le 20 à San Luis pour intervenir directement aqprès du président, afin d'obtenir la remise du corps. Lei9, M. de Magnus nous écrivait (en français) de Queretaro :
« Tandis qu'on vous renvoyait à Tacubaya, M. Lerdo me disait que vous étiez tous en route pour San Luis. L'exécution était fixée pour dimanche, à trois heures de l'après-midi. Mais l'empereur m'ayant demandé d'être de retour ici avant sa mort, j'ai pu obtenir une remise de trois jours. L'espoir que les efforts faits de tous les côtés, pendant ces trois jours pour sauver l'empereur, pourraient être couronnés de succès, nous a trompé. Le malheureux prince a conservé jusqu'à la mort un calme et une tranquillité d'esprit véritablement héroïques. Sa mort a été sublime. Je ne puis pas décrire aujourd'hui toutes ces scènes terribles; je suis atterré encore et tombe de fatigue et d'agitation morale. »
Plus loin il ajoute (en français) :
« L'empereur a ordonné que sa dépouille mortelle soit embaumée ici par son médecin et accompagnée par lui ultérieurement à Vera-Cruz, pour être transmise à bord d'un steamer de guerre d'Autriche. Hier soir encore, l'empereur
44) HISTOIEE DU MEXIQUE.
a écrit au général Escobedo en exprimant je désir qu'on me remette le cadavre. Malgré la lettre de Tempereur, le général Escobedo» conformément aux ordres venus de San Luis, a fait embaumer sa dépouille par les médecins mexicains, et, du reste, il garde convenablement le mort. »
Puis, il ajoute également :
a L'avocat Ortega est d'avis que je dois parlir pour San Luis, afin d'y régler cette triste affaire. »
(M. de Magnus n'avait naturellement aucune connaissance du refus de Juarez de remettre le cadavre.)
a Tappréhende que les démarches du ministre résident prussien soient inutiles. En cas contraire, je me rendrai à Queretaro, et en suivant le conseil de ceux qui connaissent le pays, je préférerais, dans une saison aussi avancée, la route de la Sierra à Tampico (douze à quatorze jours de voyage), à celle qui mène par Mexico et Puebla par Vera- Gruz, d'autant plus que cette année le vomitô sévit dans cette dernière ville.
« L'attaché de légation, chevalier de Tavora, que j'ai envoyé le 20 à Queretaro muni des pouvoirs nécessaires pour organiser le transport de la dépouille impériale, m'écrit de cette ville, où il doit rester jusqu'à nouvel ordre, que Sa Majesté est tombée frappée par neuf balles. Mes collègues vont pour la plupart abandonner bientôt Mexico et partir pour l'Europe. — Agréez, etc. — 26 juin 1867. — Lago. »
a P. S. — Un des avocats de feu Sa Majesté l'empereur, revenu hier de Queretaro, me fait espérer que peut-être le ministre résident prussien, M. de Magnus, réussira à se faire livrer le corps de l'auguste défunt. Je profite de cette occasion pour assurer à Votre Excellence que M. Dano, le ministre français, a fait de son côté tout ce qui lui était possible pour sauver la vie de l'empereur. Je dois ce témoignage à la vérité. — Lago, m. p. »
— a Mexico, 28 juin 1867. — J'ai l'honneur de soumettre à Votre Excellence un numéro du Globe contenant tous les importants télégrammes touchant S. M. l'empereur Maximilien.
SBGOMB EMPIRK. IIS
ce Les Autrichiens se sont mis aujourd'hui en marche, à trois heures du matin, pour Puebla, où ils attendront la dé'» cision définitive sur leur sort. Le comte colonel Khevenhul- 1er et le baron Bertrand restent pour le moment, d*après leur désir, à Mexico. Depuis quelques jours, nous manquons de nouvelles de M. de Magnus. Le bruit court que le gouvernement permettrait que le cadavre impérial fût transporté à Tampico sous escorte, accompagné seulement par le méde^ cin privé, M. le docteur Basch.
« Agréez, etc. — Lago, m. p. »
Après la lecture de cette dépêche, il est inutile de raconter les événements qui ont précédé Texécution de l'empereur condamné d'avance. Il fallait à Juarez que la sentence fût dictée par un tribunal ; il n'osa pas la dicter ofiiciellement lui-même sans lui donner les apparences d'un caractère légal. L'empereur, ayant été appelé au Mexique par le vote des provinces libres, voulait être jugé 4)ar un congrès. Juarez n'avait point assez d'influence pour espérer que ce congrès condamnerait à mort l'empereur, il refusa la de* mande de cet acte de haute justice et remit le jugement entre les mains d'un conseil de guerre composé d'officiers subalternes choisis ad hoc. L'empereur, étant malade, n'assista pas aux débats de ce procès illusoire; il fut condamné, malgré l'incompétence du tribunal et malgré l'éloquent plaidoyer de ses défenseurs.
La sérénité de l'empereur, sa liberté d'esprit, sa noble conduite à l'égard des amis désolés qui l'entouraient, firent supposer qu'il ne croyait pas à son exécution, et qu'il conserva ses fatales illusions jusqu'au moment de mourir. Pourtant, le 15 juin, il écrivit la lettre suivante au capitaine Pierron qui l'avait servi fidèlement jusqu'à son départ du Mexique; cette lettre semble indiquer que les illusions de Sa Majesté s'étaient évanouies, hélas ! trop tard :
c( Mon cher capitaine Pierron. -— A ma dernière heure, je pense encore à votre bonne amitié, si cordiale, et aux services que vous m'avez rendus avec tant de loyauté. Je pro*
411 HISTOIRE DU MEXIQUB.
fite de ces derniers instants pour vous envoyer un suprôme adieu : je veux vous remercier de nouveau de votre franchise, de votre attachement et du dévoùment que vous m*avez montré en toute occasion.
c( Cet épanchement est cher à mon cœur.
« J'espère que vous conserverez mon souvenir après ma mort, et je fais jdes vœux pour que vous viviez heureux et tranquille.
c( N'oubliez pas celui qui a été jusqu'à son dernier soupir. — Votre tout affectionné. — Queretaro, le 18 juin 1867. — Maximilien. »
M. le baron Magnus mit officiellement et personnellement tout en œuvre pour empêcher Texécution. Tout fut inutile. Il dut enfin se limiter à demander le corps du souverain. Escobedo le lui refusa sans une donation écrite de Sa Majesté qui, seule, disait-il , avait le droit de disposer de son corps; mais il promit de le livrer après Texécution si l'em* pereur donnait cette lettre. Le baron revint auprès du prisonnier, ne sachant comment lui demander une pareille autorisation. Il en parla à quelques personnes de l'entourage de Sa Majesté. La prison était étroite, l'empereur entendit quelques mots qui le mirent sur le sujet de la conversation ; il écrivit aussitôt l'ordre de remettre son corps à la disposition du ministre de Prusse. Escobedo revint sur sa parole et demanda par dépêche à Juarez ce qu'il fallait faire ? Juarez refusa de livrer son corps.
C'est à la Gazette officielle de Vienne que j'emprunterai les détails sur les derniers moments de l'empereur. Les voici tels que ce journal les donne :
« Lorsque mercredi, à six heures du matin, les condamnés sortirent du couvent des Capucins, l'empereur, arrivé sur le seuil, se retourne, et, s'adressant à Ortega, son défenseur, lui dit : « Quel beau ciel ! c'est ainsi que je désirais qu'il fût le jour de ma mort! » Ils étaient tous vêtus de noir. Chacun monta dans une voiture avec un prêtre. Ces voitures, escortées par quatre mille hommes de troupes, se
dirigèrent vers le Gerro de la Campaaa, colline en dehors de la ville de Queretaro. C'est à cent pas de ce point que, le 15, l'empereur s'était rendu. Les condamnés descendirent de voiture à Tendroit où ils devaient être exécutés. L'empereur secoua la poussière qui recouvrait ses vêtements; il avait Tair résolu ; il portait la tète haute.
« Il s'informa des soldats qui étaient désignés pour le fusiller ; il leur donna à chacun une once en les priant de viser à la poitrine. Le jeune officier qui devait commander le feu s'approcha de l'empereur, lui exprima combien il craignait qu'il mourût en lui en voulant, tandis qu'au contraire il désapprouvait du fond de son coeur la mission qu'il était forcé de remplir.
(c Muchacho (jeune homme), répondit l'empereur, le devoir du soldat est d'obéir. Je vous remercie de votre compassion; mais ce que je demande, c'est que vous accomplissiez l'ordre qui vous a été donné. »
Après cela, l'empereur s'approcha des généraux Miramon et Mejia, et les embrassa avec effusion en leur disant : «Nous nous reverrons bientôt dans l'autre monde. » L'empereur, qui était au milieu, s'adressa à Miramon : « Général, les souverains admirent aussi les braves, et, avant de mourir, je veux vous céder la place d'honneur. » Puis, se tournant vers Mejia, il ajouta : « Général, ce qui n'a pas été récompensé sur terre le sera certainement au ciel. » Mejia était le plus abattu des trois ; quelques minutes auparavant il avait vu sa femme, son enfant dans ses bras, la poitrine découverte, courir à travers les rues, comme si elle avait été en proie à la démence.
L'empereur, s'avançant de quelques pas, prononça les paroles suivantes d'une voix claire et avec une tranquillité remarquable :
« Mexicains I les hommes de mon rang et de mon origine, les hommes animés de sentiments pareils aux miens sont destinés par la Providence à fonder le bonheur des peuples ou à devenir des martyrs. Lorsque je suis venu à vous, je
n'avais aucune arrière-pensée. Je vins après avoir été appelé par des Mexicains bien intentionnés, par ceux qui se sacrifient aujourd'hui pour ma patrie adoptive.
(c Au moment de quitter ce monde, j'emporte avec moi ta consolation de n'avoir fait que du bien dans la mesure de mes forces, et de ne pas être abandonné par mes bien^aimés et fidèles généraux. Mexicains I que mon sang soit le dernier versé, et que ma malheureuse patrie adoptive puisse un jour se relever! »
Après ces paroles, l'empereur recula de quelques pas, mit un pied en avant,, leva les yeux vers le ciel, indiqua de la main sa poitrine et attendit tranquillement la mort. Miramon tira un papier de sa poche, promena ses regards comme un commandant sur les 4,000 hommes postés devant lui, et dit :
« Soldats du Mexique, concitoyens! Vous me voyez ici comme condamné à mort pour trahison. Au moment où la vie ne m'appartient déjà plus, où dans quelques minutes je serai mort, je déclare devant vous tous, à la face du monde entier, que jamais je n'ai été traître à mon pays. J'ai combattu dans l'intérêt de l'ordre, et c'est pour cette cause que je tombe aujourd'hui avec honneur. Tai des fils, mais jamais ceux-ci ne pourront être atteints par la calomnie dont j'ai été indignement souillé. Mexicains, vive le Mexique ! vive l'empereur! »
II poussa ces cris d'une voie tonnante. Tous les cœurs étaient émus, des larmes se voyaient dans bien des yeux. Pas un habitant de Queretaro n'assistait à l'exécution; les rues étaient désertes, les maisons fermées. Les corps furent embaumés.
On dit que l'empereur a légué S0,000 thalers aux fils de Miramon, et a prié son frère, l'empereur d'Autriche, de les faire élever comme ses propres enfants, et de ne jamais ou* blier qu'ils sont lés fils d'un ami resté fidèle jusqu'à la mort. Mejia a confié son fils légitime à Escobedo. Quels amers remords de conscience pour ce général que Mejia tint entre ses mains et qui lui accorda plusieurs fois la viel
SBCOND EMPIRE. U7
C'était le 19 juin. L'empereur, frappé à la distance d'un mètre, tomba mort ; le feu prit à ses vêtements ; M. le baron Magnus, le docteur Basch et un chirurgien mexicain assistaient à cet horrible drame. Par leurs soins^ le feu fut immédiatement éteint &L le cadavre de Sa Majesté recouvert d'un drap apporté par l'un de ces messieurs, fut remis entre les mains des médecins qui l'embaumèrent aussitôt. *
La catastrophe du 19 juin amena la reddition de Mexico, le retour de Juarez au pouvoir, Tanarchie, plus violente» plus intolérable qu'elle ne l'avait été de 1859 à 186S, et fit perdreau Mexique toute espérance de reconquérir sa place parmi les nations civilisées. Lorsque l'esprit humain s'aflflranchit des passions mesquines qui lui font servir un intérêt ou bien un parti ; lorsqu'il brise les chaînes rivées par les préjugés ou les entraînements qui bornent son horizon, Untelligence reprend sa liberté d'action et s'élève dans ces hautes sphères où les grands événements qui bouleversent le monde et les lois qui régissent les empires apparaissent sous une formé nouvelle, logique et régulière. Dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, rien n'est fortuit, rien n'est vide de sens, tout a sa raison d'être.
Dans l'histoire on étudie les faits, quelquefois leurs causes et leurs enchaînements, mais on ne profite jamais des leçons qu'elle donne. Elles sont pourtant bien sévères parfois! Trois principes, trois autorités régissent toute société bieo organisée : — L'autorité morale, représentée par le chef de la famille; l'autorité religieuse, représentée par le chef de l'Église; l'autorité politique, représentée par le chef du pou-^ voir ; le mépris de ces trois autorités est toujours suivi d'uo châtiment. C'est pour avoir méprisé les droits de l'homme au Mexique que l'Espagne a perdu le Mexique. Le clergé mexicain, par son ignorance, son amour des richesses et son peu de moralité, méprisait les principes élémentaires de la loi divine, il en fut puni par l'aveuglement ; les prêtres descendirent au rang de simples citoyens. Les premiers ils levèrent l'étendard de la révolte contre la mère-patrie, se
44S HISTOIRE DU MEIIQUB.
servant, comme instrument, des populations indiennes sur lesquelles ils avaient une influence absolue, ils furent aussi* avec les Indiens, les premières victimes de la révolution qu'ils ont déchaînée sur leur pays. Depuis 1846, ils n'ont pas cessé de se plaindre contre les actes plus ou moins arbitraires dont ils ont été l'objet, mais à ces plaintes poussées par une cupidité qui ne s'est pas démentie jusqu'en 1867, on pourrait répondre : — « Arrière ! laissez passer la justice de Dieu. »
Il serait peut-être puéril de mettre en relief ce que j'appellerai — les châtiments historiques et naturels— dont on trouve tant d'exemples dans l'histoire de notre vieille Europe et celle du nouveau monde; mais l'éloquence des faits est indiscutable, et depuis dix-huit siècles ils nous prouvent qu'on ne foule pas en vain sous les pieds aucun de ces trois principes, de ces trois autorités, sans lesquels une société n'est plus qu'une agglomération d'individualités dangereuses sinon malfaisantes.
Pour comprendre les fautes et les châtiments du peuple mexicain, il faut se rappeler son origine, son éducation, et l'on connaîtra, en même temps, la cause de toutes ses vicissitudes. On a vu dans l'histoire ancienne du Mexique qui forme la préface historique et le premier volume de cet ouvrage que ce pays avait été conquis, maîtrisé, peuplé par des soldats et des vassaux de Charles-Quint, de Philippe II, par des hommes incapables de sentir les dernières convulsions de la liberté mourante en Espagne. Dans le monde des idées et celui des sentiments, ces hommes ne comprenaient que l'obéissance passive dans Tordre religieux comme dans l'ordre politique ; ils n'implantèrent dans les colonies espagnoles qu'un seul principe, celui de l'autorité. Ce principe unique, base de la société coloniale, prit des proportions tellement exagérées qu'il intronisa le despotisme religieux» politique, administratif et financier. Dans les décisions du conseil des Indes, on voit, en effet, un ensemble admirable, sous le rapport de I9 sollicitude et de l'amour pour la race
conquise ; mais, barbare par la proscription de tout ce qui était étranger et nouveau. L'administration était despotique, l'inquisition sévère, l'enseignement élémentaire nul, la liberté de communiquer avec tout autre pays que l'Espagne étroitement enchaînée; aucun champ n'était ouvert à l'initiative de l'individu, partout existait la tutelle la plus jalouse et la plus rigoureuse. Le conseil des Indes réglait tout, prescrivait tout; il décidait quelles cultures seraient autorisées, quelles manufactures établies, quels livres imprimés, quelles opinions reçues; il réglait le prix des marchandises que l'Espagne seule avait le droit d'importer et d'exporter, il accordait des privilèges exclusifs aux Espagnols et limitait à son gré l'émigration. Ce système énervant ne sut créer ni des sujets dociles ni des citoyens capables, et lorsqu'il s'évanouit par impuissance, il ne laissa qu'une foule sans institutions et sans droits, à la place d'une belle nation qu'on aurait pu fonder.
C'est ainsi que se forma la société mexicaine, société monarchique la plus absolue ; monarchique par ses habitudes, ses sentiments, les traditions, les lois, la religion, les intérêts ; c'est ainsi qu'elle a vécu pendant trois siècles, et que nous la retrouvons au commencement de celui-ci. Dans la vie d'un homme comme dans l'histoire d'un peuple, il arrive toujours une de ces heures solennelles qui décident de la destinée sinon de l'existence même de ce peuple ou de cet homme. Cette heure allait sonner pour le Mexique, mais comment une multitude qui n'avait connu jusqu'alors que le joug de l'esclavage politique aurait-elle pu faire sortir la liberté d'une révolution brusque, inespérée? Ne devaitelle pas infailliblement tomber dans l'esclavage révolutionnaire?
L'esclavage révolutionnaire suivit donc immédiatement l'esclavage politique, et le Mexique devint la proie d'une oligarchie, comme on n'en retrouve des exemples que dans le moyen âge. Mais le principe monarchique qui régissait ce pays depuis un temps immémorial et qui fut continué par
m HISTOIRE DU HCI1QUE.
les Espa^ols avait donné une telle vitalité au peuple mexicain qu'il put effectuer son indépendance de la patrie-mère. La république l'énerva, le démoralisa et ne lui donna que des chaînes honteuses, l'opprobre et la misère. L'idée monarchique, on l'a vu, n'a jamais été complètement étouffée au Mexique, elle demeura vague, indécise, après l'empire d'Iturbide, se révéla hautement, plusieurs fois depuis i839; le monarque fit plutôt défaut que les monarchistes. Les républicains, par intérêt, furent assez nombreux, dès 1824; par conviction, ils furent toujours rares.
Les patriotes sincères, conservateurs ou républicains, s'avouant incapables de remédier aux maux de leur patrie, désiraient l'intervention étrangère depuis longtemps, ils la demandèrent souvent, et je ne crois pas qu'on puisse les en bl&mer. Ne vaut-il pas mieux sauver une mère mourante, en appelant un médecin étranger, que de la laisser mourir entre les mains d'un médecin national? Après Texpulsion, par Juarez, des ministres européens en 1861, l'Europe se décida à intervenir au nom de l'humanité et de la civilisation, et de ses propres intérêts. Le Mexique revint alors à la forme monarchique pour diriger ses destinées : « Le remède était bon, m'écrivait M. Gutierrez de Estrada, mais il fut mal appliqué. » L'empereur Maximilien ne comprit ni les besoins de sa patrie d'adoption, ni le caractère de ses habitants. Au lieu de s'aliéner les monarchistes et le clergé, il aurait dû s'appuyer sur eux , et les diriger pour les empêcher de devenir réactionnaires et de recommencer les anciennes luttes de parti; pouvait-il espérer raisonnablement de trouver des alliés dans le parti républicain ?
Le but proposé par l'intervention avait été gravement compromis par les convoitises du général Prim, les imprudences, les indécisions et les lenteurs de nos chefs d'armée, mais l'empereur Maximilien, ardemment désiré, pouvait facilement réparer le mal par une conduite sage et ferme. Malheureusement, dans un pays où la politique est inutile , où les théories administratives n'ont aucune portée, où les chemins
SECOND EHPIRB 4»
manquent, ob l'on ne demande qne la protection individuelle, où le développement du commerce et de Tindustrie est le premier élément de moralité, de progrès et de richesse. Sa Majesté négligea Tessentiel et ne s'occupa que de politique, de lois et de décrets dont l'application n'était possible qu'avec une énergie qui lui fit complètement défaut. Au mois de juin 1864, le Mexique était dans une situation telle, qu'il pouvait être sauvé ou perdu par les premiers actes d'autorité faits par l'empereur. Ce n'était point une question de temps, comme se l'imaginait Sa Majesté; c'était une question de tact et d'énergie qui n'admettait, au contraire, aucun atermoiement pour être décidée.
L'empereur, il est vrai, n'a été secondé par personne ; mais à qui la faute ? Pourquoi n'a-t-il pas écouté les conseils de l'empereur Napoléon, pourquoi ne s'est-il entouré que d'hommes ineptes ou hostiles à son gouvernement, lorsque ses conseillers étaient naturellement indiqués par les circonstances qui avaient précédé son élévation au trône et par le caractère du pays qu'il devait gouverner? La triste responsabilité de l'avortemenl de l'empire retombe uniquement sur la faiblesse, les illusions, les rêves et l'esprit peu pratique de ce prince infortuné. Tous les faits qui ont accompagné, hftté la chute de l'empire mexicain sont accessoires, et provenaient de la personnalité même du souverain. Tout contrat est bilatéral ; si Maximilien I«' avait exécuté les contrats formels ou tacites passés entre lui , la France et les conservateurs mexicains , les conservateurs et la France l'auraîe&t soutenu jusqu'au plein succès de son entreprise. Il a voulu donner au Mexique des institutions européennes, sans tenir compte de son passé, de sa situation présente, de ses mœurs, et lui imposer une livrée qui ne convenait pas à sa taille. Pour arrêter ses plans , il s'inspirait d'hommes qui ne connaissaient le Mexique et ses habitants sous aucun rapport; enfin, pour appliquer ses théories allemandes, françaises et belges, il prit des Mexicains qui n'y comprenaient rien et n'en voulaient pas !
La conduite des États-Unis, dans la question mexicaine n*était et ne pouvait être qu'une attitude, je crois Tavoir sufâsamment prouvé. Cette attitude n'a précipité les événements que!parceque Maximilien l^' laissait l'empire aller à la dérive et ne se montrait pas un souverain sérieux. Le cabinet de Washington aurait été plus modeste et plus réservé dans ses allures envers l'empire mexicain si l'empereur eût été à la hauteur de la situation. Sa Majesté n'avait que les qualités passives du monarque, il n'en avait pas les qualités actives; la création d'un empire, même dans un pays momarchiste et disposé à l'accepter avec bonheur, était une tâche au dessus de ses forces ; excellent vice-roi en Lombardie, en Pologne ou dans tout autre pays de l'Europe, il ne pouvait que commettre faute sur faute dans n'importe quelle contrée du nouveau continent où tout est à faire, mais où les besoins matériels et sociaux doivent, politiquement parlant, passer avant les besoins artificiels ou secondaires d'une société déjà très avancée dans sa civili* sation.
Quant au gouvernement français, à mon avis, il a commis une faute en se retirant du Mexique sans avoir suivi les traditions intéressées de la politique anglaise ou américaine. A titre d'hypothèque, il aurait dû laisser une brigade dans le département de Tehuantepec, installer un comptoir, une administration provisoire, jusqu'au paiement de la dette mexicaine. L'isthme de Tehuantepec est riche comme la plupart des provinces mexicaines ; les États-Unis la convoitent depuis longtemps comme un transit économique, avantageux entre les deux océans ; les droits de la guerre nous permettaient de l'occuper, d'en tirer tout le profit que nous aurions pu ; cette occupation ne nécessitait pas un grand déploiement de forces, ni de grandes difficultés ; je crois que nous en aurions retiré des bénéfices considérables, en at^ tendant que le Mexique eût payé la dette qu'il avait contractée avec nous. Il est maintenant inutile de se livrer à des regrets superflus.
Un homme d'État qui signe N. N. publiait au mois de mars 1866, dans' le Times de New-York, un remarquable article, dans lequel il disait que la question mexicaine devait être réglée au moyen d'une convention passée entre les États- Unis et les puissances européennes intéres6ées au maintien de l'indépendance du Mexique, pour assurer la neutralité de ce vaste pays. La neutralité de la Belgique et de la Suisse réglée par une convention analogue prouve la nécessité de s'entendre dans les questions politiques d'un intérêt général. Pour le Mexique, cette nécessité est d'autant plus impérieuse qu'elle touche aux intérêts industriels et commerciaux, à l'avenir financier de toute l'Europe.
Nous ne sommes encore qu'au printemps d'une ère nouvelle, mais les découvertes modernes de la science ont détruit les mœurs industrielles et sociales du passé; elles ont amené dans la vie des peuples et des individus une transformation considérable au point de vue physique et moral. La vapeur et l'électricité ont opéré un changement radical dans le système économique des sociétés ; elles ont aboli les distances et développé le commerce et l'industrie à un tel degré qu'il est devenu de toute nécessité, pour ne pas éprouver des crises désastreuses, d'avoir les matières premières à très bas prix, la fabrication à très bon marché et un écoulement rapide des produits fabriqués. La question de la multiplicité des marchés d'achat et de vente est devenue pour l'Europe et les États-Unis une question de décadence ou de prospérité, de vie ou de mort qui s'imposera bientôt à la politique des gouvernements, car les anciens marchés sont devenus insuffisants.
En outre, maintenant que la vapeur s'est généralisée dans la navigation au long cours, le vent est moins dans la toile que dans le charbon ; malheur aux peuples maritimes qui, dans dif ans, n'auront pas leur dépôt de houille assuré sur tous les rivages des deux océans! ils ne trouveront plus de marchés dans les pays lointains, et ne pourront soutenir la concurrence des peuples plus prévoyants ou plus audacieux.